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Corse – A Manca :La censure, France 3 Corse et les petits arrangements

L’humanisme prétend racheter par son intransigeance et son rigorisme juridique les gages qu’il ne cesse de donner au laxisme marchand. Raoul Vaneigem1

Il apparait assez sûr de lui, ce jeune journaliste de France 3 Corse, qui, en ce mercredi 1er juin, couvre les négociations entre les syndicats et les responsables de l’ARS. À un de ces moments où il faut bien occuper le temps entre deux sorties de délégations, des militants de la Manca échangent quelques mots avec l’équipe de techniciens et journalistes de FR3 Corse. La question qui arrive rapidement dans le fil de la discussion est celle d’un accès équitable et démocratique aux médias, notamment pour les courants d’opinions.

A ce propos, nous faisons remarquer au journaliste de cette équipe, qu’en treize ans d’existence, notre mouvement n’a pu s’exprimer qu’un peu moins de dix minutes sur les ondes de sa station (hors temps des campagnes officielles, temps, eux, règlementés et contrôlés par le CSA). La réponse de ce professionnel de l’information frise alors la provocation : «  Mais vous avez fait combien de voix aux élections ? ». Quelle éloquente vision du droit à l’information ! Ainsi, la ligne directrice des responsables de cette antenne est désormais dévoilée. Parce que nous ne croyons pas une seconde qu’il se soit agi là d’un point de vue individuel. Le service public d’information ne donnerait donc accès aux images et aux sons qu’en fonction des scores électoraux réalisés par les formations politiques, auteurs de « performances » lors des scrutins.

Et bien, c’est une contre-vérité.

Nous avons la certitude, fondée sur des preuves irréfutables, que des associations aussi éphémères qu’absentes des scrutins ont bénéficié amplement des largesses de FR3 Corse. Lors des deux années qui ont précédé les dernières élections régionales, une association aujourd’hui en sommeil, Via Prugressista, a tenu plusieurs conférences de presse, toutes suivies par la presse locale et amplement commentées et présentées sur les ondes. Le but clairement exposé de ce regroupement temporaire consistait à rapprocher les « courants progressistes » en vue des échéances électorales. Ni de gauche, ni de droite, les animateurs de cette association disaient vouloir se situer dans une dynamique de convergences qui se proposait de mettre un terme « aux archaïsmes politiques de notre société ». Les objectifs étaient clairs. Du parti socialiste aux nationalistes modérés en passant par des membres de la société civile, il s’agissait de créer les conditions afin de faire émerger une autre voie.

Le plan «médias» fut on ne peut plus appliqué. Mais qui en avait planifié le déroulement ? Dans quelle sphère avait-on décidé de fabriquer de l’opinion ? Et question cruciale, dans quels buts ? Les critères d’accessibilité aux médias, n’étant sûrement pas ceux des scores aux précédentes élections, ne résidaient-ils pas dans une stratégie, envers laquelle le pouvoir français, témoignait et témoigne encore d’une bienveillance très intéressée ? En 2014, la refonte des institutions occasionnera la fusion entre l’Assemblée de Corse et les conseils généraux. Il sera alors question de doter le futur micro- parlement régional de quelques nouveaux pouvoirs. Une très vague autonomie, perspective qui fait l’objet d’un consensus entre des courants qui vont d’une partie du PS, des « corsistes » de droite, des nationalistes dits « modérés » et des animateurs de la société civile. Pour que l’opération soit un succès, plusieurs conditions doivent être réunies.

Mais c’est le but qui doit mobiliser toute notre attention. Le pouvoir colonial veut in fine se débarrasser du « problème » corse : plus précisément, de la perspective d’une émancipation du peuple corse, et en particulier de sa composante majoritaire, les classes populaires. Lesquelles constituent le seul véritable obstacle à une mise en coupe réglée de notre pays. Ce potentiel de résistance est réel, même si les hommes et les femmes du monde du travail n’en ont pas clairement conscience. D’autres dont l’Etat et des fractions de la petite bourgeoisie, en ont, eux, une idée bien précise.

Peut-on dès lors accepter que par tous les moyens l’opinion publique soit soumise à un conditionnement ? Il y a autour de la bataille pour un accès pluraliste aux médias, d’autres luttes en perspective. Mais, ne faisons pas l’erreur de relâcher nos efforts sur ce combat. Le Mouvement Populaire de Libération doit défendre pied à pied l’idée d’une démocratie réelle et donc en défendre aujourd’hui les espaces menacés. Le libre accès aux médias publics n’est sûrement pas « la » condition à l’évolution des rapports de force en faveur des classes populaires. Il en est un élément parmi d’autres.

C’est dans les mobilisations que nous ferons la démonstration des contours de la société que nous voulons construire. La liberté ne se marchande pas, elle s’arrache par les luttes. L’idéologie libérale prétend en Corse représenter l’avenir. Ses instruments de propagande, comme la presse privée, sont nombreux et puissants. Le service public ne doit plus être à la solde des liquidateurs de la lutte d’émancipation. C’est pourquoi nous n’aurons de cesse, que de dénoncer la CENSURE. Au nom de nos droits collectifs, en tant que travailleurs, en tant que défenseurs du droit à l’autodétermination.

A Manca. Juin 2011.

1 « Rien n’est sacré, tout peut se dire » R.Vaneigem. Editions La Découverte. 2003.

 

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