(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 23 juillet 2026) Dans un long texte publié après leur retrait des instances de Nazione, Josepha Giacometti-Piredda et plusieurs anciens cadres, élus et militants du parti expliquent les raisons politiques et stratégiques de leur décision.
Ils affirment qu’il ne s’agit ni d’un différend personnel, ni d’une rupture idéologique avec les fondamentaux indépendantistes, mais d’un profond désaccord sur la stratégie à adopter face aux défis auxquels le mouvement national est confronté aujourd’hui.
Les signataires reviennent d’abord sur la polémique née des élections municipales d’Aiacciu. Ils estiment avoir respecté la ligne officielle de Nazione, qui n’avait donné aucune investiture, et revendiquent leur soutien à une démarche municipale qu’ils qualifient de résolument nationaliste, fondée notamment sur le statut de résident, le corps électoral corse et la défense d’un modèle de développement conforme aux revendications historiques du mouvement national.
Au-delà de cette séquence électorale, le texte pointe surtout l’absence de débat stratégique au sein du parti. Les auteurs regrettent que Nazione ne soit pas parvenu, deux ans et demi après sa création, à fédérer largement les militants de la Lutte de Libération Nationale comme cela avait été annoncé lors de son lancement en janvier 2024. Ils considèrent que le mouvement indépendantiste doit désormais repenser son organisation, ses méthodes de travail et ses espaces de mobilisation.
Le document dresse ensuite un constat particulièrement sévère de la situation politique en Corse. Selon les signataires, le processus Beauvau est aujourd’hui un échec politique majeur. Ils estiment que les concessions successives consenties au nom du consensus ont conduit à l’abandon des revendications essentielles : reconnaissance du peuple corse, statut de résident, coofficialité de la langue, pouvoir législatif et véritable autonomie. Ils appellent à reconstruire un rapport de force politique et populaire autour de ces revendications historiques.
Les auteurs dénoncent également l’aggravation de la dépossession économique, culturelle et sociale de la Corse. Ils évoquent la précarisation croissante de la société corse, l’accaparement de secteurs entiers de l’économie, le poids des monopoles, la dépendance économique et l’émergence des dérives mafieuses. Selon eux, la réponse nationaliste ne peut se limiter à un discours institutionnel mais doit proposer un véritable projet de société fondé sur l’émancipation économique, sociale et culturelle du peuple corse.
Le texte critique enfin les limites de l’action institutionnelle menée depuis 2015. Les signataires considèrent que les victoires électorales ont trop souvent été confondues avec des victoires politiques et que le mouvement national a progressivement abandonné sa fonction historique de contre-pouvoir. Ils appellent à un bilan lucide de cette décennie politique afin de reconstruire l’unité nationale sur des bases nouvelles et ambitieuses.
Josepha Giacometti-Piredda et les cosignataires réaffirment leur engagement au sein de la Lutte de Libération Nationale et appellent à ouvrir un nouveau cycle politique fondé sur l’unité des nationalistes, l’adaptation aux réalités contemporaines de la société corse et la construction d’un véritable projet d’émancipation nationale. Pour eux, le renoncement n’est pas une option et le combat pour la défense du peuple corse demeure plus que jamais d’actualité.
AnTo FpcL

Voici le texte publié sur le réseau social de Josepha Giacometti Piredda et repris par une partie des militants qui se sont retirés de Nazione.
Chjarificazione in seguita di u ritiru di Nazione
Notre position et notre analyse suite au retrait des instances de Nazione
Le 14 juin dernier avait lieu l’Assemblée Générale du parti Nazione.
Nous regrettons que les brefs échanges internes qui ont précédé son organisation précipitée, n’aient pas permis un travail de fond engageant un véritable débat sur les choix stratégiques à privilégier pour faire face aux enjeux auxquels notre courant sera confronté dans les mois et les années à venir.
Ces échanges ont au contraire révélé des crispations qui n’ont fait que se cristalliser. Constatant l’impossibilité de faire entendre une autre voie, nous avons donc décidé de ne pas assister à l’Assemblée Générale et de nous placer en retrait des instances de Nazione.
Cette décision étant lourde de sens pour ceux -élue, anciens membres du bureau et de la coordination, militants de Nazione- qui ont décidé d’agir ainsi, il nous est apparu nécessaire d’expliquer les raisons de ce retrait. C’est ainsi qu’aujourd’hui, sans esprit polémique, mais avec la volonté de ne pas prêter le flanc aux interprétations fantaisistes (voire malveillantes) qui seraient préjudiciables à tous, nous livrons quelques clarifications relatives à notre décision. Cette décision ne relève en rien de différents personnels, mais est uniquement fondée sur des divergences stratégiques majeures.
Le reproche principal qui nous a été fait est de nous être affranchis de la ligne du parti, en choisissant de soutenir la démarche portée par Jean-Paul Carrolaggi à l’élection municipale d’Aiacciu.
Nous ne partageons pas ce grief pour au moins trois raisons :
- la position officielle de Nazione publiée le 30 novembre 2025 au sujet des élections municipales, et plus spécifiquement celles de Bastia et d’Aiacciu, indiquait qu’« aucune investiture » ne serait donnée et précisait que « chacun demeure évidemment libre, en son âme et conscience, de déterminer son comportement individuel et ses choix locaux, mais sans se prévaloir d’un mandat ou soutien officiel de Nazione en dehors des décisions formellement adoptées ».
En l’espèce, aucun des candidats ou des soutiens à la démarche ajaccienne, ne s’est prévalu du mandat ou de l’investiture de Nazione.
- contrairement à ce qui nous a été opposé, cet engagement n’avait nullement vocation à renforcer la majorité territoriale ou ses alliés, mais à fédérer des militants nationalistes organisés et inorganisés (pour beaucoup) autour du travail mené pendant 6 ans par l’opposition municipale ajaccienne derrière une tête de liste indépendantiste ! La pertinence de cette démarche a créé une dynamique réunissant de nombreux militants, jeunes ou plus aguerris, et a d’ailleurs été validée dans les urnes avec un résultat jamais atteint par le mouvement national lors des échéances municipales à Aiacciu.
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- le projet présenté aux municipales d’Aiacciu était, sans ambiguïté ni réserve, résolument nationaliste. Cela a été souligné par tous les observateurs. Il prônait l’instauration d’un statut de résident et d’un corps électoral corse, le rejet d’un modèle urbanistique débridé favorisant les arrivées massives incontrôlées qui déstructurent socialement et culturellement notre peuple.
Le projet a été bâti autour d’une vision claire et conforme à nos idées du développement économique, social, culturel et linguistique de la première ville de Corse.
Le projet a été enfin élaboré dans le respect des positions de chacun sur le processus d’autonomie en cours et sur la conduite des affaires de la Corse, et nous n’avons donc jamais renié la position constante soutenue pendant cinq ans à l’Assemblée de Corse, souvent dans des conditions difficiles. Cette position n’a jamais varié ni avant, ni pendant, ni après la campagne des municipales.
Nazione ne l’a d’ailleurs jamais contesté.
Pour toutes ces raisons, et dans le cadre d’une stratégie pour le futur, nous avons soutenu, sans convaincre, que Nazione aurait dû se donner les moyens de délivrer son message lors de ces élections, afin de promouvoir la singularité de son approche dans les débats et sur le terrain. Car la lutte institutionnelle est un des leviers de la construction d’une stratégie globale.
Plus préoccupant, les discussions autour de la participation à cette élection ont occulté le véritable débat sur les déclinaisons stratégiques des orientations du parti, que nous tentions depuis plusieurs mois de faire entendre au sein des instances de Nazione. Ces incompréhensions, les choix stratégiques et les méthodes retenues ont progressivement fait apparaître des divergences qui ont révélé des conceptions différentes de l’organisation et du fonctionnement à mettre en place pour appréhender les véritables enjeux auxquels nous sommes confrontés.
Nous saluons les militants de Nazione avec lesquels nous partageons les principes qui ont présidé à la création du parti le 28 janvier 2024, devant près de 450 militants à l’Università di Corsica.
L’objectif était alors clair : fédérer largement les nationalistes, jeunes et plus anciens se réclamant de la Lutte de Libération Nationale, en créant les conditions de la mise en place d’une plate-forme patriotique.
Deux ans et demi plus tard, l’objectif n’est pas atteint, il ne s’agit pas seulement de le constater, mais de s’interroger pour rectifier ce qui peut l’être. Nous regrettons de n’avoir pu mener collectivement cette réflexion en interne, car nous savons ces interrogations partagées par nombre de militants et de sympathisants.
Nous demeurons militants de la Lutte de Libération Nationale et notre seule boussole est la défense du peuple corse et de son droit imprescriptible à vivre et à décider sur sa terre.
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Au-delà des fondamentaux que nous partageons, des solidarités que nous n’avons jamais reniées, il est temps de dépasser les slogans pour jeter les bases d’une stratégie nouvelle susceptible de créer les conditions d’une alternative forte et ambitieuse.
Notre pays est à un moment critique de son histoire.
- sur le plan institutionnel, se dessine l’échec du processus Beauvau. Comme annoncé, l’Assemblée Nationale française a exploité toutes les brèches qui avaient été ouvertes dès le début des discussions. Nous le disons sans relâche depuis quatre ans : le refus systématique d’engager un rapport de force au profit des consensus mous, le manque d’ambition, les demandes édulcorées pour ménager les sensibilités, ont conduit à sacrifier l’essentiel. Cette attitude a de surcroît eu pour effet de déchaîner tous les jacobins de Corse et de France !
Que reste-t-il ?
- pas de reconnaissance du peuple corse
- pas de possibilité de mettre en œuvre le statut de résident
- pas de co-officialité de la langue corse
- pas de pouvoir législatif, donc pas d’autonomie non plus !
Prétendre le contraire en renvoyant à la future loi organique relève du déni ou pire, de la mauvaise foi. Que le processus législatif soit interrompu avant le Congrès (ce qui serait un moindre mal) ou qu’il soit adopté sous une forme encore plus édulcorée, cette séquence aura été un immense gâchis, et ceux qui y ont participé devront savoir prendre leurs responsabilités.
Pour autant, nous aurons tous à en supporter les conséquences, et il s’agira de relancer collectivement et en urgence, un véritable projet politique sanctuarisant les garanties essentielles : statut de résident, co-officialité, statut fiscal et social, compétences transférées, pouvoir législatif.
Cela ne pourra se faire sans engager un véritable rapport de force par la mobilisation de tous les nationalistes et de tous les corses qui voudront y participer.
- au-delà de la question institutionnelle, la Corse est dans une situation économique et sociale critique. Elle connaît une précarité grandissante sur fond d’érosion culturelle et linguistique. Nos valeurs se diluent au bénéfice du seul profit.
La mécanique de dépossession s’accentue et les effets de la colonisation de peuplement sont de plus en plus destructeurs.
Ce constat souvent porté par les seuls nationalistes pendant des décennies, est aujourd’hui partagé par de nombreux corses qui subissent cette douloureuse réalité dans leur vie quotidienne. Ils ressentent les effets produits par l’accaparement de pans entiers de notre économie au profit de quelques-uns, le poids des monopoles sur la cherté de la vie, la mono économie, la dépendance à l’import.
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Sans oublier le poids des dérives mafieuses et du trafic de drogue. Pendant des années, l’État a nié leur ampleur, laissant prospérer la voyoucratie, et en se concentrant sur la répression contre les militants nationalistes et en usant de toutes les manipulations, hier comme aujourd’hui. L’erreur majeure serait de tomber dans les pièges qu’il nous tend. L’expérience militante doit au contraire nous conduire au recul et à la lucidité. Tout comme notre mémoire historique d’une part, et notre attachement aux libertés fondamentales d’autre part, nous obligent à la défiance au sujet de la mise en place de lois d’exception pour lutter contre ces dérives.
Pour autant, disons-le clairement, cette position n’est en aucun cas un aveu de complaisance à l’endroit de la voyoucratie et des dérives mafieuses.
Au contraire, nous devons être pleinement engagés et favoriser l’émergence d’un modèle économique, social, sociétal, éducatif et culturel qui repousse à la marge, ceux qui enserrent et tentent d’étouffer la société corse de l’intérieur. Refusant l’auto-flagellation, les discours culpabilisateurs ou infantilisants qui aujourd’hui prolifèrent, et annihilent notre capacité collective à agir.
L’Etat a entretenu les logiques de la dépendance et a alimenté le terreau d’un développement mortifère par carence, par volonté, par opportunité. Rappeler le constat, c’est faire œuvre prospective. Analyser les causes, c’est trouver les solutions en prenant nos responsabilités.
Pour des nationalistes, le combat contre les dérives mafieuses s’inscrit dans le rejet de toute forme de domination et dans le combat pour l’émancipation.
L’action institutionnelle peut être un outil d’émancipation si elle ne se contente pas de dénoncer les contraintes qui lui sont imposées (manque de moyens, difficulté d’agir à cadre constant), mais tente de les dépasser pour devenir la matrice d’un projet national.
La Collectivité de Corse aurait pu ainsi développer une action politique qui pousse les curseurs au maximum et se décline en actions concrètes, en utilisant l’ensemble des leviers à sa disposition, en faisant des choix clairs et en assumant les rapports de force quand ils sont nécessaires. Les retards accumulés, l’absence de choix, les atermoiements sur des sujets capitaux (révision du PADDUC, politique des déchets…) ont permis à d’autres forces de s’organiser pour faire prévaloir leurs intérêts propres.
Si l’espoir suscité en 2015 était sans doute démesuré au regard des possibilités réelles dont nous disposions, si de façon plus générale, il ne peut y avoir en politique d’obligation absolue de résultat, il aurait dû y avoir une obligation absolue de recherche du résultat, en faisant preuve d’imagination, d’inventivité et d’audace.
On a confondu victoires électorales et victoires politiques.
Le mouvement national a ainsi neutralisé une partie de ce qu’était sa force motrice : occuper le terrain en créant les conditions d’une logique de contre-pouvoir.C’est la raison pour laquelle il nous semble que le cycle politique ouvert en 2015 devra faire l’objet d’un bilan auquel tous ceux qui ont participé aux responsabilités devront prendre leur part, en négatif comme en positif.
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L’unité nationale – à terme indispensable face au danger de disparition de notre peuple – est à ce prix. Mais elle ne doit pas être un slogan, elle ne peut se décréter, et doit s’envisager en dehors des échéances électorales, sauf à reproduire les mécanismes de l’échec.
Le courant indépendantiste auquel nous appartenons devra pleinement jouer son rôle au sein d’un mouvement national aujourd’hui atomisé qu’il faudra rebâtir, pour faire face à la dépossession programmée, pour s’opposer à la résurgence d’un jacobinisme de plus en plus décomplexé et à l’émergence de courants populistes qui se parent d’un vernis patriotique en niant l’existence même du peuple corse, seule communauté de droit sur sa terre.
Nous devons retrouver ce rôle d’avant-garde qui a caractérisé la Lutte de Libération Nationale, moteur de toutes les avancées qu’a connues notre pays.
Cela passe aussi par une révolution des esprits.
On ne peut plus parler d’émancipation en restant enfermés dans des schémas qui nous sont imposés, qui sont dépassés et entretiennent les logiques de dépendance.
À titre d’exemple, nous savons depuis toujours que la dépendance à la France coûte cher à la Corse (coût des transports, de l’énergie, de la santé, des carburants, de l’alimentation, de la construction, des intrants agricoles, coût géostratégique et militaire).
Pourtant avons-nous jusqu’à présent dépassé le stade du constat pour en faire la démonstration ?
Avons-nous jusqu’à présent fait autre chose que de demander les comptes sans jamais les obtenir ?
Enfin, nous n’avons que trop tardé à intégrer dans notre réflexion politique, les nouvelles problématiques d’une société corse en profonde mutation, en dépassant les postures, les éléments de langage et les attitudes dogmatiques paralysantes.
Nous savons que notre pays dispose, malgré les difficultés et le marasme actuels, de toutes les ressources pour répondre aux défis qu’il devra affronter, si nous opérons des choix clairs, en matière économique en misant notamment sur des secteurs négligés pour l’heure, en matière d’énergie, d’agriculture, de gestion de nos ressources naturelles, environnementales, patrimoniales, culturelles, et en misant enfin sur un exceptionnel capital humain trop longtemps négligé.
Il ne s’agit pas là d’incantations, nous en avons les moyens.
Le sentiment de découragement qui anime trop souvent ceux que nous rencontrons, les questionnements légitimes face à un avenir incertain, s’accompagnent pourtant de la résurgence d’un sentiment national, qui s’exprime peut-être différemment de ce que certains d’entre nous ont connu.
Pour beaucoup, il n’est plus conditionné seulement par des logiques de renforcement d’appareils, ou par une pratique militante telle que nous l’entendions.
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Mais le désir d’engagement est toujours présent.
Il faut donc imaginer différemment l’organisation d’espaces de lutte et de convergence afin que chacun puisse trouver sa place.
Rien ne se fera, sans un engagement collectif, et le renoncement n’est pas une option.
L’indipendentismu ùn hè un utopia chì ci cunduce à esse luntanu di e realità è di u cutidianu di i corsi,
Ci vole à sfà si di l’idea chì tuttu hè persu,
Sò oghje numerosi i corsi chì ricusanu u spussessu
Sò oghje numerosi i militanti i più anziani, chì dopu à tanti strapazzi, sanu tuttu ciò ch’avemu sapiutu supranà
Sò oghje numerosi i giovani chì s’impegnanu, cuscente di a lascita mà soprattuttu chì volenu scrive a sò storia, oghje è avà, à modu soiu.
Tutti, à ci duvemu dì, ùn simu l’ultimi riprisententi d’un populu chjosu in una citadella assaltata. Semu d’un populu vechju quantu a terra induv’ellu hè natu.
Di è soprattuttu fà, chì ùn saremu mai a pupulazione d’un pezzu di francia à mezù à u Mediterraniu.
Avvià torna una lotta di liberazione naziunale chì sà abbraccià l’oghje è l’avvene
Per a Corsica Nazione
