Autonomie – « Pour Josepha Giacometti-Piredda, l’essentiel des revendications a disparu du texte »

(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 25 juin 2026) Lors de son intervention à l’Assemblée de Corse, Josepha Giacometti-Piredda a expliqué son opposition au projet de statut d’autonomie actuellement en discussion, non par rejet de toute autonomie ou par principe indépendantiste, mais parce qu’elle considère que le texte ne répond plus aux revendications fondamentales du mouvement national corse.

L’élue estime que les concessions successives ont affaibli le projet initial sans désarmer ses opposants jacobins. Elle regrette notamment l’abandon de la notion de « peuple corse » et considère que la référence à une « communauté insulaire » et à un « lien à la terre » est devenue essentiellement symbolique, sans réelle portée juridique.

Elle se montre particulièrement inquiète des déclarations faites à Paris sur l’impossibilité de mettre en place, dans le cadre du futur statut, des mesures telles que le statut de résident ou la coofficialité de la langue corse. Selon elle, l’adoption de l’amendement 111, rappelant le principe d’égalité entre citoyens, pourrait constituer un verrou supplémentaire empêchant toute dérogation future en matière de foncier, d’emploi local ou de protection du peuple corse.

L’élue déplore également le flou entourant la future loi organique et s’interroge sur ce qu’il reste aujourd’hui de « l’essentiel » des revendications nationales. Elle estime que ni la reconnaissance du peuple corse, ni des droits spécifiques, ni un véritable pouvoir législatif ne sont désormais garantis par le texte.

Josepha Giacometti-Piredda appelle les nationalistes à définir les lignes rouges qu’ils jugent encore acceptables et à engager une réflexion sur la suite du processus, estimant que la dimension symbolique, historique et politique de la Corse ne peut être réduite à une simple caractéristique administrative ou géographique.

AnTo FpcL

Transcrit de la vidéo :

Je ne vais pas répondre aux différentes attaques en malhonnêteté, en incompétence ou en incohérence qui ont émaillé les débats précédents. Cela ne m’intéresse pas beaucoup et je n’ai pas pour habitude d’attaquer les individus ; je préfère m’atteler au fond du projet.

Pourquoi suis-je contre ce texte ?

Ce n’est pas parce que je suis indépendantiste. Un indépendantiste peut tout à fait considérer que l’autonomie constitue une étape, éventuellement transitoire et acceptable.

Ce n’est pas non plus parce que je serais opposée à tout compromis ou à toute concession. Faire de la politique, c’est aussi savoir faire des compromis et des concessions, à condition d’en préserver le sens.

Je suis contre la nature même de ce qui est écrit dans ce texte.

Les jacobins les plus rétrogrades ne sont pas désarmés parce que l’on affaiblit nos positions. Vous l’avez vu : ils se sont déchaînés en Corse comme en France. Et nous en avons encore quelques spécimens.

Nous ne les avons pas désarmés ; en revanche, nous nous sommes affaiblis.

Sur la question de la communauté, le débat a fait ressurgir celle du peuple corse. On nous a dit : « Il y a vingt ans, nous n’aurions pas voté cela. Si vous aviez présenté cette notion aujourd’hui, nous aurions voté contre. »

Or, pendant trente-cinq ans, nous avons vécu avec le refus du statut Joxe. Cette fois, les parlementaires étaient en situation de pouvoir modifier la Constitution. Il aurait peut-être été utile de reposer cette question pour la suite du chemin constitutionnel.

Autre faiblesse : le lien à la terre.

On m’a reproché d’être malhonnête. Je veux bien croire, moi, à votre honnêteté lorsque vous dites que la notion de « lien singulier à sa terre » pourrait générer du droit et permettre le statut de résident.

J’ai toujours été très réservée sur ce point. Mais aujourd’hui, continuer à l’affirmer relève du déni.

Le lien à la terre corse est devenu un élément essentiellement symbolique, voire folklorique. On lui a adjoint le principe d’insularité et l’on a remplacé le peuple corse par la notion de « communauté insulaire », c’est-à-dire l’ensemble des habitants de la Corse.

Lorsque je dis que le statut de résident n’est pas seulement une question de sémantique mais une question de protection des personnes et de notre peuple, certains me le reprochent.

Pourtant, le rapporteur Florent Boudié lui-même a déclaré à l’Assemblée nationale qu’il n’a jamais été question de mettre en place un statut de résident ou la coofficialité de la langue corse, car cela reviendrait, selon lui, à créer deux catégories de citoyens.

En revanche, il a précisé que des mesures dérogatoires pourraient éventuellement être mises en œuvre pour l’ensemble des habitants de l’île afin de lutter contre la spéculation foncière.

Le gouvernement n’en demandait pas tant.

L’amendement Bernalicis n°111, qui reprend le principe d’égalité déjà inscrit dans l’article premier de la Constitution, a été présenté comme superfétatoire. Pourtant, le gouvernement a tenu à le maintenir, estimant que « cela va mieux en le disant ».

En rappelant explicitement le principe d’égalité, on réduit considérablement les possibilités de dérogation.

Je regrette que les députés corses soient tombés dans le piège du débat présidentiel entre LFI et le RN, car ce n’est pas anodin.

Dans un texte consacré aux collectivités territoriales, soit on ne rappelle pas le principe d’égalité, soit on prévoit explicitement la possibilité d’y déroger. Ici, non seulement on ne prévoit aucune dérogation, mais on réaffirme le principe.

Concernant le statut de résident, notre proposition reposait sur le Centre des intérêts matériels et moraux et sur une durée de résidence. Il faut le dire clairement : aujourd’hui, cette voie semble fermée.

Quant au renvoi à la future loi organique, nous sommes dans le flou le plus total.

Lorsque j’avais demandé que soient précisément identifiées les matières dans lesquelles l’autonomie pourrait s’exercer, on m’avait répondu que cela n’avait pas sa place dans le texte constitutionnel.

En revanche, on y a inscrit de nombreux verrous : les compétences régaliennes, les libertés publiques et les droits constitutionnellement garantis.

Cela fait beaucoup.

On a fermé une grande partie du champ des possibles et laissé un flou considérable dont personne ne sait aujourd’hui comment il sera interprété par le futur législateur.

On nous dit : « Nous avons préservé l’essentiel. »

Mais qu’est-ce que l’essentiel aujourd’hui ?

Le « pour qui » a été sacrifié : le peuple corse a disparu.

Le « pourquoi » a été sacrifié : aucun droit nouveau n’est garanti.

Le « comment » reste flou : le pouvoir législatif est renvoyé à plus tard.

Je pose donc la question : qu’est-ce qui demeure encore acceptable ? Où est la limite ? À partir de quel moment dira-t-on : nous avons tenté d’aller au bout du chemin, mais cela n’est plus acceptable ?

(…)

 

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