(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 11 aout 2026) Dans son communiqué, A Manca conteste frontalement l’analyse développée récemment par le FLNC-UC et, plus largement, par Nazione autour de la « communauté de destin » et de la « colonisation de peuplement ».
Le mouvement replace les difficultés actuelles de la Corse dans un contexte plus large : crise économique, modèle ultra-libéral, dégradation des conditions de vie et conséquences sociales touchant particulièrement la jeunesse et les classes populaires.
A Manca estime que les politiques publiques, en maintenant une relation de domination, nourrissent les frustrations, tandis que le discours désignant les migrants comme responsables des difficultés contribue, selon elle, à reprendre des thématiques de l’extrême droite. Le mouvement voit dans cette évolution une dérive réactionnaire d’une partie du nationalisme corse, cherchant à agréger les différentes colères plutôt qu’à s’attaquer aux causes économiques et sociales.
Sur la « communauté de destin », A Manca considère que le rejet exprimé par le FLNC-UC n’est pas nouveau et critique surtout la manière dont cette notion est désormais utilisée. Selon le mouvement, réduire les problèmes de la Corse à la « colonisation de peuplement » détourne l’attention des mécanismes économiques et sociaux. A Manca souligne notamment la responsabilité d’acteurs corses dans la spéculation foncière et immobilière et dans un modèle économique largement orienté vers le tourisme.
Le texte défend ainsi une lecture en termes de classes sociales, considérant que les intérêts des différents groupes présents en Corse peuvent être profondément antagonistes. A Manca dénonce parallèlement le risque de voir une conception ethnique du peuple corse remplacer une conception fondée sur les « droits du sol et de la sueur », et estime que cette évolution peut converger objectivement avec les positions de l’extrême droite locale.
Concernant le processus de Beauvau, A Manca reconnaît ses limites, notamment l’absence de reconnaissance du peuple corse et la faiblesse de sa dimension sociale. Le mouvement considère néanmoins que ses promoteurs ont réalisé des concessions importantes et reproche surtout au processus d’être resté trop institutionnel, sans mobilisation populaire suffisante. Selon A Manca, une autonomie plus ambitieuse aurait pu constituer un objectif atteignable.
Ce mouvement refuse la logique opposant les « traîtres » aux « purs » et met en garde contre une conception de la pureté politique susceptible, selon lui, de favoriser des manipulations extérieures. A Manca conclut que le nationalisme corse, privé d’un véritable projet de société, risque de rester enfermé dans une logique qui a atteint ses limites et qui ne serait plus capable de porter une véritable dynamique d’émancipation.
Le communiqué : FLNC- UC : Un refus simpliste des causes profondes. Confrontée de plein fouet au tsunami économique généré par une économie ultra-libérale également à l’origine de la dégradation accélérée de l’habitabilité des territoires pour les plus pauvres, notre société est ébranlée dans ses fondements. Les conséquences en sont multiples et affectent particulièrement, la jeunesse et plus globalement les classes populaires dans tous les aspects du quotidien. A ce marasme dévastateur viennent s’ajouter des politiques étatiques qui, faute de rompre avec une relation de dominants à dominés, ne respectent en rien les expressions d’une majorité de Corses. Rappelons qu’elle s’était prononcée lors de scrutins successifs. En continuant de mettre à la charge des migrants tous les maux, ce gouvernement comme les précédents a de plus amplement abondé dans le sens des thématiques ordinairement avancées par l’extrême droite. Tous ces facteurs se conjuguant, il n’est donc pas étonnant de voir des fractions du mouvement nationaliste s’adonner à une surenchère objectivement réactionnaire. Fondées sur des socles idéologiques aussi fragiles que contestables, ces formations soufflent sur les braises en tentant ainsi de récupérer la somme de toutes les colères. Les dernières déclarations du FLNC dit Union des Combattants à propos du concept de « communauté de destin », n’ont rien de très novateur dans la mesure où celui-ci a déjà fait antérieurement l’objet d’attaques de la part d’autres formations nationalistes. Au moyen d’une communication simpliste et sans nuance aucune, les partisans de la clandestinité agitent à leur tour une notion totalement vidée de son sens premier. Plutôt que de dénoncer radicalement cette économie de marché qui ravage notre pays, ils font le choix de désigner « la colonisation de peuplement » en tant que causalité majeure de nos problèmes. Ce raccourci, outre qu’il renvoie encore une fois aux calendes grecques la question d’un projet de société, présente surtout comme avantage de dédouaner ceux des Corses qui participent pleinement aux spéculations foncières et immobilières et qui en tirent de colossaux bénéfices dans le cadre de la vocation tout tourisme que le pouvoir a donné à la Corse. N’en déplaise à beaucoup, il existe pourtant bien dans notre pays des classes sociales aux intérêts radicalement antagonistes. Les droits du sol et de la sueur sont battus en brèche. Une conception ethnique du peuple corse tend désormais à se substituer à eux. Cette option s’avère bien évidemment particulièrement saluée par l’extrême droite locale, laquelle peut donc à juste titre, se satisfaire des dernières déclarations du FLNC et du mouvement Nazione. Toujours selon ces derniers, il y aurait au sein du nationalisme corse des liquidateurs des acquis de décennies de luttes et d’autres qu’ils prétendent incarner eux-mêmes, autoproclamés meilleurs défenseurs du peuple corse. Cette pente extrêmement dangereuse induit en outre qu’il faille se ranger sans contestation aucune derrière une direction politico-militaire. Nous n’ignorons pas pour notre part que le modeste projet d’autonomie qui a fondé le processus de Beauvau présente des faiblesses certaines. La reconnaissance du peuple corse et la question sociale se trouvent notamment laissées de côté. Les négociateurs de la majorité de la CdC ont à l’évidence fait des concessions. Ils s’en voient mal récompensés au regard des positionnements du gouvernement et d’une grande partie de la classe politique française. Mais l’erreur majeure demeure de circonscrire ce processus au seul périmètre institutionnel, sans chercher aucunement à mobiliser sur le terrain. Il semble qu’en dépit des démarches se voulant pédagogiques actuellement entreprises, cette carence ne puisse être comblée. Là où exiger une autonomie digne de ce nom aurait été un objectif atteignable, le risque a été pris de rabougrir un projet encourant à termes, d’être insatisfaisant. Pour autant, nous refusons la pensée binaire présentant les « traîtres » d’un côté et les « purs » de l’autre. Cette logique de la « pureté » reste porteuse de graves dérives et peut permettre à des forces extérieurs au mouvement nationaliste de se livrer à toutes les manipulations possibles. Le passé étant là pour en attester. Faut-il le répéter encore une fois, l’absence manifeste de projet de société clairement identifiable, a comme conséquence le non-dépassement d’une logique nationaliste qui a pourtant atteint ses limites et n’est en rien porteuse d’une dynamique émancipatrice. A Manca
