« L’État français laisse-t-il la Corse brûler ? »

(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 22 juillet 2026) L’actualité de ce 22 juillet 2026 remet brutalement sur le devant de la scène une question que la Corse pose depuis plus de quinze ans : celle des moyens aériens de lutte contre les incendies.

Alors que plus de 570 hectares ont déjà été détruits en Haute-Corse, la tension est montée d’un cran au poste de commandement de Corte entre le président du SIS 2B, Hyacinthe Vanni, et la préfète de Haute-Corse, Véronique Deprez-Boudier. Le premier dénonce l’insuffisance et l’absence de permanence des moyens aériens engagés sur l’île. La seconde rappelle l’importance des renforts terrestres et aériens mobilisés par l’État, estimant qu’il n’y a jamais eu autant de moyens déployés en Corse.

Si le débat semble aujourd’hui particulièrement vif, il ne date pourtant pas d’hier.

Dès 2011, Jean-Christophe Angelini, alors élu de Femu a Corsica, plaidait déjà pour la création d’une flotte insulaire de bombardiers d’eau. Il estimait qu’une telle flotte permettrait de garantir la permanence des moyens, une plus grande autonomie opérationnelle et une meilleure efficacité face aux incendies. Pierre Ghionga partageait alors cette réflexion, appelant à une approche globale associant les moyens de l’État et ceux des collectivités.

En 2012, la préfecture de Haute-Corse présentait un dispositif important de lutte contre les incendies avec près de mille hommes mobilisés, trois Tracker, deux Canadair, trois hélicoptères bombardiers d’eau, ainsi que l’ensemble des services de l’État et des collectivités territoriales. Une organisation qui démontrait déjà l’importance des moyens aériens dans la stratégie de lutte contre les feux en Corse.

En 2014, les pilotes de la Sécurité civile tiraient la sonnette d’alarme sur l’état de la flotte nationale. Réparations tardives, appareils indisponibles et manque de pièces détachées devaient réduire le nombre d’avions disponibles, notamment en Corse. Les professionnels rappelaient alors qu’un seul Canadair manquant sur l’île pouvait avoir des conséquences importantes lorsque plusieurs milliers d’hectares étaient susceptibles de partir en fumée.

En 2016, les difficultés rencontrées par les Canadair étaient devenues le symbole des limites d’un dispositif national vieillissant. Les Ghjurnate Internaziunale di Corti faisaient déjà écho aux interrogations sur les capacités opérationnelles des moyens aériens engagés sur l’île.

En juillet 2017, à la suite du spectaculaire incendie de Bonifacio, l’Assemblée de Corse, présidée par Jean-Guy Talamoni, adoptait une motion demandant une réévaluation complète de la saison des feux de forêt. Le texte réclamait notamment que les Canadair et les hélicoptères bombardiers d’eau soient basés en Corse dès le 1er juin, ainsi qu’une augmentation significative des moyens terrestres et aériens mis à disposition de l’île.

En juillet 2022, alors que les Canadair basés à Aiacciu étaient envoyés sur le continent, le STC alertait publiquement sur l’extrême vulnérabilité de la Corse face au risque incendie. Le syndicat dénonçait déjà la fragilité du dispositif aérien actuel et rappelait que le retrait des Tracker n’avait jamais été réellement compensé. Il estimait alors que l’État devait soit renforcer directement les moyens disponibles, soit donner à la Collectivité de Corse les moyens financiers nécessaires pour le faire.

En juin 2025, le STC Spinghjifocu renouvelait ses inquiétudes face aux conséquences du changement climatique et réclamait une révision urgente de la stratégie aérienne de lutte contre les incendies. Le syndicat demandait notamment le prépositionnement durable des Canadair en Corse et appelait à davantage faire confiance aux choix opérationnels des personnels engagés sur le terrain.

Quelques semaines plus tard, en août 2025, le PNC alertait à son tour sur l’arrivée inévitable des méga-feux en Méditerranée et sur la nécessité absolue de préparer la Corse aux conséquences du changement climatique. Le parti soulignait l’obsolescence de la flotte nationale des Canadair et appelait à une réflexion euro-méditerranéenne sur les moyens humains et matériels nécessaires pour faire face aux incendies du futur.

Aujourd’hui, en juillet 2026, le constat est frappant. Les incendies d’Albertacce et de la Restonica ravagent les massifs forestiers corses. Les élus, les syndicats, les responsables politiques et les services de secours dénoncent, parfois avec des mots différents, les mêmes insuffisances qu’il y a quinze ans.

Depuis au moins 2011, les alertes se succèdent. Les constats sont connus : changement climatique, sécheresses plus longues, méga-feux, flotte aérienne vieillissante, insularité de la Corse, difficulté des reliefs montagneux et nécessité d’une permanence des moyens aériens.

Quinze ans plus tard, une question demeure : comment expliquer qu’aucune véritable anticipation structurelle n’ait été mise en œuvre ?

Car au-delà du face-à-face médiatique entre Hyacinthe Vanni et la préfète de Haute-Corse, il apparaît difficile de ne pas s’interroger collectivement. L’État a été alerté à de nombreuses reprises. Les services de secours ont multiplié les rapports et les demandes. Les organisations syndicales et politiques ont formulé des propositions depuis plus d’une décennie. La Collectivité de Corse elle-même s’est saisie du dossier à plusieurs reprises.

Il est donc légitime de s’interroger sur cette incapacité collective à anticiper une situation que tous annonçaient depuis des années. Les incendies qui frappent aujourd’hui la Corse ne constituent malheureusement pas une surprise. Ils étaient annoncés, documentés et prévisibles.

Le véritable débat dépasse donc la polémique du jour : il pose la question de la responsabilité politique, institutionnelle et opérationnelle de l’ensemble des acteurs concernés face à un risque identifié depuis plus de quinze ans et qui ne fera que s’accentuer dans les décennies à venir.

Plus de 15 ans sans anticiper, la question peut elle se poser ? « L’État français laisse-t-il la Corse brûler ? »

AnTo FpcL (ex SPV)

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