(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 29 juillet 2026) La section corse de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) annonce son retrait de la commission contre les pratiques mafieuses de la Collectivité de Corse, estimant que l’orientation prise par cette instance ne correspond plus aux objectifs pour lesquels elle avait accepté d’y participer.
Dans une lettre ouverte adressée aux élus de l’Assemblée de Corse, l’association explique avoir initialement rejoint la commission au regard de son engagement historique contre la corruption, les atteintes à la probité et toutes les formes d’arbitraire, ainsi que du cadre fixé par la délibération de l’Assemblée de Corse de février 2025.
La LDH estime cependant que le programme de travail présenté par la commission repose désormais sur une approche qui tend à considérer la société corse comme étant sous une « emprise mafieuse ». Selon elle, cette grille de lecture risque d’entretenir des amalgames entre corruption, dysfonctionnements administratifs, infractions économiques et phénomène mafieux, au point de nourrir une vision globale de la société corse qu’elle juge injustifiée et dangereuse. L’association craint notamment que cette approche alimente les arguments de ceux qui s’opposent à un renforcement des compétences institutionnelles de la Corse, en présentant le territoire comme incapable d’exercer davantage de responsabilités.
L’organisation critique également la volonté de promouvoir l’introduction en droit français d’un délit d’association mafieuse inspiré de la législation italienne. Elle considère que cette revendication s’inscrit dans une logique de droit pénal d’exception susceptible d’élargir les pouvoirs répressifs au détriment des libertés publiques. La LDH rappelle les critiques formulées contre certains dispositifs italiens de lutte antimafia, notamment le régime carcéral spécial, ainsi que les réserves exprimées par plusieurs juridictions européennes sur ces mécanismes. Elle souligne par ailleurs que l’empilement des lois sécuritaires en France n’a pas permis d’endiguer durablement la criminalité organisée.
La Ligue rappelle en outre que le rapport adopté à l’unanimité par l’Assemblée de Corse sur les dérives mafieuses concluait lui-même qu’une transposition du délit italien d’association mafieuse présenterait un risque d’arbitraire judiciaire et ne devait pas être retenue. Elle s’interroge donc sur le fait que la commission poursuive des travaux qu’elle estime contraires aux orientations validées par les élus.
Estimant que les travaux engagés associent une vision généralisée de la société corse à une logique de renforcement du droit pénal d’exception, la LDH considère que cette démarche s’éloigne de sa conception de la défense des droits et des libertés. Elle annonce en conséquence son retrait définitif de la commission contre les pratiques mafieuses de la Collectivité de Corse.
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