Pour le mouvement indépendantiste, le projet d’autonomie constitue un « recul historique »

(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 30 juin 2026) Réuni en conférence de presse ce 30 juin, le mouvement indépendantiste considère que le « statut de Beauvau » adopté par l’Assemblée nationale française ne constitue pas une avancée, mais un recul pour le combat national corse.

Le mouvement dénonce d’abord la substitution du peuple corse par la notion de « communauté insulaire », estimant qu’elle prive les Corses de toute reconnaissance de droits collectifs et du droit à l’autodétermination. Il critique également l’absence d’un véritable pouvoir législatif, jugeant que le Parlement français conserverait la maîtrise des compétences accordées à la Corse.

Nazione estime par ailleurs que l’amendement 111 verrouille définitivement la possibilité de mettre en œuvre des revendications historiques telles que le statut de résident, la coofficialité de la langue, la corsisation des emplois ou encore un corps électoral corse spécifique.

Ce mouvement dénonce l’organisation d’un futur référendum sur la base des listes électorales actuelles, considérées comme altérées par les effets de la colonisation de peuplement.

Pour Nazione, le texte adopté le 23 juin ne représente ni une véritable autonomie ni une étape acceptable, mais la constitutionnalisation du statu quo et du « destin français » de la Corse. Le mouvement appelle ainsi à ouvrir un nouveau cycle politique et à reconstruire l’unité du mouvement national autour des revendications fondamentales du peuple corse.

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Autonomie – « Pour Josepha Giacometti-Piredda, l’essentiel des revendications a disparu du texte »

Le communiqué avec prière d’insérer : Conférence de presse 30/06/2026 Le « statut de Beauvau » adopté à l’Assemblée nationale française : un recul pour le combat national corse Depuis des décennies, des générations de militants nationalistes, parfois au prix de lourds sacrifices, se sont engagées pour obtenir une avancée politique digne de ce nom pour la Corse. Leur combat n’a jamais eu pour objectif une simple adaptation administrative ou un compromis au rabais, mais bien la reconnaissance des droits du peuple corse, la préservation de sa terre, de sa langue et de son identité, ainsi que la capacité de décider librement de son avenir. C’est au regard de cette exigence historique et de cette fidélité à nos engagements que nous considérons qu’aucune réforme ne peut être acceptée si elle ne prend pas véritablement en compte les intérêts fondamentaux du peuple corse. Le 23 juin dernier, l’Assemblée nationale française a adopté, par une majorité de 271 voix contre 202 (64 abstentions), le projet de « statut de Beauvau ». Alors que la version initiale du texte excluait déjà l’ensemble des éléments fondamentaux de la revendication nationale corse, le contenu de la nouvelle mouture s’est dégradé encore davantage. Cette réalité a d’ailleurs été admise par les défenseurs du processus pour qui ce vote constitue « un compromis sur le compromis ». Pour bien comprendre notre propos, nous affirmons que ce projet comporte au moins quatre vices rédhibitoires : 2 1) La négation des droits du peuple corse relégué, sur sa propre terre, au rang d’une simple « communauté » Le choix de graver cette appellation au sein de la Constitution française n’est pas seulement une régression d’un point de vue symbolique, elle comporte également des implications juridiques très concrètes. En effet, du point de vue du droit constitutionnel comme du droit international public, seuls les peuples disposent de droits collectifs et notamment du droit à l’autodétermination. À défaut de reconnaissance expresse des droits nationaux du peuple corse, il aurait donc mieux valu laisser cette question ouverte – et donc ne rien dire – plutôt que d’acter juridiquement l’existence d’une « communauté insulaire » dépourvue de droits politiques propres. 2) L’absence d’un véritable pouvoir législatif, donc d’une réelle autonomie Aux termes d’un principe consensuellement admis, il n’existe pas d’autonomie sans pouvoir législatif. Or, Contrairement à l’ensemble des régions autonomes d’Europe, la Corse ne disposerait pas, avec ce statut, du pouvoir de voter librement ses propres lois sans contrôle du Parlement français. Comme cela a été rappelé durant les débats parlementaires, notamment par le rapporteur Florent Boudié, il n’y aura pas de transfert permanent du pouvoir législatif au bénéfice de l’Assemblée de Corse. Il appartiendra au Parlement français de déterminer : – Les domaines dans lesquelles l’Assemblée de Corse pourra voter des « normes » spécifiques ; – La durée pour laquelle l’Assemblée de Corse sera habilitée à agir ; – Les modalités de contrôle des décisions de l’Assemblée de Corse dans le cadre de ce qui est appelé une « clause d’évaluation ». En d’autres termes, le Parlement français conservera la maîtrise du périmètre de l’« autonomie » et le pouvoir de réduire, pour des raisons de pure opportunité politique, le champ d’intervention de la Collectivité de Corse. On est donc très loin du droit commun de l’autonomie des îles et régions européennes. 3 3) L’amendement 111 ou la renonciation expresse au statut de résident, à la corsisation des emplois, à la co-officialité de la langue et au corps électoral corse Les effets conjugués de la colonisation du peuplement et de la spéculation foncière font peser une menace incontestable quant au devenir du peuple corse. En conséquence, l’enjeu d’un nouveau statut pour la Corse consiste à arracher, de toute urgence, des mesures de sauvegarde pour permettre la préservation de nos terres et de nos maisons, la protection de l’emploi corse, la pérennité de la langue ainsi que le respect du fait démocratique corse. Les revendications qui en découlent sont identifiées : statut de résident, corsisation des emplois, officialité de la langue, corps électoral. Actuellement ces mesures sont impossibles à mettre en œuvre du fait d’une interprétation rigoriste du principe d’ « égalité des citoyens devant la loi » qui figure à l’article 1e de la Constitution française. Partant de ce constat, seule l’inscription, au niveau du statut constitutionnel de la Corse, d’une clause spéciale permettant de déroger à ce principe d’égalité peut donc permettre de lever cet obstacle, comme c’est le cas, par exemple, à l’article 74 de la Constitution française qui concerne la Polynésie. Or, cette clause n’a jamais figuré dans aucune des versions du texte. Pire, alors que la version initiale incluait déjà une restriction supplémentaire empêchant ces revendications vitales – il s’agit de la disposition indiquant que l’Assemblée de Corse ne pas adopter de mesures remettant en cause « un droit constitutionnellement garanti » ou « une liberté publique » – le vote du fameux amendement 111 présenté par le député Bernalicis est venu définitivement verrouiller toute possibilité en ce sens. Rappelons que par cet amendement, le projet de statut prévoit désormais explicitement qu’il ne peut être dérogé au principe d’égalité afin de reconnaître aux Corses des droits spécifiques au prétexte qu’une personne qui est « Corse depuis un jour » doit avoir les mêmes droits qu’une personne qui est « Corse depuis toujours ». Il est, à ce propos, totalement incompréhensible que les députés autonomistes aient soutenu cet amendement qui est une renonciation expresse au statut de résident ou à la co-officialité, par exemple. Ce alors, que les responsables autonomistes n’ont de cesse de répéter, au mépris de la réalité, que le présent statut permettait la mise en œuvre de ces revendications. 4 4) L’organisation d’un référendum sur la base d’un corps électoral biaisé Le dernier alinéa du texte prévoit l’organisation d’un référendum, en Corse, sur cette question statutaire. Or, en précisant que le corps électoral sera constitué des électeurs inscrits sur les listes électorales « en Corse », et non « de Corse » comme dans la version initiale, les députés ont levé toute incertitude : c’est bien le corps électoral altéré par les milliers d’électeurs fraichement installés et issus de la colonisation de peuplement qui se prononcera sur notre avenir. En conclusion, pourquoi ce texte n’est pas une « petite avancée » mais un recul ? Sur l’ensemble de ces questions, l’analyse est désormais partagée par d’innombrables militants nationalistes, bien au-delà de nos rangs. Cependant, un certain nombre d’entre eux continuent de considérer ce texte comme « un petit pas » ou « une étape » de la lutte nationale qui serait préférable au « statu quo ». Si nous entendons ces points de vue, nous ne les partageons pas. Car il s’agit en réalité de graver le « destin français » de la Corse et le statu quo institutionnel dans le marbre constitutionnel. En effet, comment qualifier autrement que de statu quo un statut qui nie nos droits en tant que peuple, exclue nos revendications les plus urgentes et les plus fondamentales et, derrière l’affichage du mot, n’a rien de comparable à une « autonomie » ? Il s’agit peut-être d’une évolution très relative du statut de la Corse dans le cadre de la décentralisation administrative à la française, mais nullement d’une avancée conforme aux votes massifs des Corses depuis plus d’une décennie et des aspirations populaires exprimées avec force au printemps 2022. 5 Par conséquent, soutenir ce texte c’est prendre, en connaissance de cause, le risque de figer l’avenir de la Corse pour potentiellement plusieurs décennies. Cela fait 23 ans que le Titre de la Constitution française consacré aux « collectivités territoriales » n’a plus été modifié. C’est la première fois en 68 ans d’existence de cette Constitution qu’il est question d’insérer un article consacré à la Corse ? Pense-t-on raisonnablement que si le statut qui nous est présenté était adopté, nous aurions l’occasion de le modifier dans les années qui viennent ? Pouvons-nous nous payer le luxe de reporter sine die des mesures aussi indispensables ? C’est la raison pour laquelle Nazione réaffirme que si un véritable statut d’autonomie peut constituer une étape acceptable vers l’indépendance, nous rejetons sans ambiguïté ce statut contraire aux intérêts vitaux du peuple corse et appelons les militants du mouvement national à en faire autant afin de tourner, très vite, la page de « Beauvau » au profit d’un nouveau cycle politique, construit dans l’unité sur des bases résolument différentes.

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