(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 29 juin 2026) Dans une conférence publique prononcée à Bastia en 1987, le docteur Edmond Simeoni dresse un constat sans concession de la situation de la Corse.
Économie en difficulté, agriculture en perdition, intérieur qui se dépeuple, société en crise morale et culturelle, montée de la violence et perte des repères : selon lui, l’île traverse l’une des périodes les plus graves de son histoire contemporaine.
Tout en réaffirmant l’existence du peuple corse, « fruit de l’Histoire » et indissociable de sa terre, il refuse les logiques d’affrontement et appelle à une démarche de responsabilité partagée. Pour Edmond Simeoni, ni l’État, ni les élus, ni les nationalistes, ni les Corses eux-mêmes ne peuvent s’exonérer de leur part de responsabilité dans la situation actuelle.
Face au risque d’un affrontement interne qu’il juge suicidaire, il plaide pour le dialogue, la démocratie, la justice sociale et le développement économique. Il appelle à un vaste sursaut citoyen et propose de privilégier les moyens d’action non violents : débat public, mobilisation populaire, désobéissance civile et concertation.
Pour le leader historique d’Aleria, la Corse n’est pas un pays condamné. « La situation de la Corse n’est pas désespérée ; ce sont les Corses qui désespèrent », affirme-t-il, en concluant que l’avenir de l’île est entre les mains de son peuple et qu’il lui appartient de construire la paix, la démocratie et la justice.
De 1987 à 2026 ??
Relire aujourd’hui « La Corse au bord du gouffre » est un exercice troublant. Une grande partie des interrogations soulevées par Edmond Simeoni en 1987 demeurent d’une étonnante actualité.
À l’époque, il mettait en garde contre plusieurs dangers : le déclin démographique et culturel, la dépendance économique, la faiblesse du tissu productif, la perte des repères collectifs, la violence politique et le risque d’un affrontement interne. Il appelait également à une solution politique, au dialogue et à une mobilisation citoyenne et démocratique.
Depuis lors, la Corse a profondément changé.
Le FLNC a annoncé la fin de la lutte armée en 2014, tournant majeur de l’histoire contemporaine de l’île. Cette décision a mis fin à plusieurs décennies de clandestinité organisée, même si des reprises d’actions et de revendications clandestines ont réapparu à partir de 2023, sans commune mesure toutefois avec la période antérieure.
L’assassinat d’Yvan Colonna, en mars 2022, a constitué un autre moment historique. La mobilisation d’une partie de la jeunesse corse et les manifestations qui ont suivi ont provoqué une crise politique majeure entre la Corse et l’État français. C’est dans ce contexte qu’a été ouvert un nouveau cycle de discussions institutionnelles entre Paris et les représentants élus de la Corse.
Ce processus a débouché sur un projet d’évolution institutionnelle, communément appelé « processus de Beauvau », et sur l’adoption en première lecture, le 23 juin 2026, par l’Assemblée nationale française, d’un projet de révision constitutionnelle ouvrant la voie à un statut d’autonomie pour la Corse.
À la lumière du texte de 1987, plusieurs éléments apparaissent.
D’une part, Edmond Simeoni plaidait déjà pour une solution politique, pour la reconnaissance de la réalité corse et pour des réformes profondes permettant à la Corse de maîtriser davantage son destin. Sous cet angle, l’ouverture d’un processus institutionnel et le vote de l’Assemblée nationale constituent incontestablement un événement historique que peu auraient imaginé possible en 1987.
D’autre part, nombre des préoccupations qu’il exprimait demeurent entières : la question démographique, la dépendance économique, la maîtrise du foncier, le devenir de la langue corse, les difficultés de développement de l’intérieur, la cohésion de la société corse et le sentiment de perte de repères.
Enfin, son avertissement sur la nécessité d’éviter les fractures internes conserve une résonance particulière. Le débat actuel autour de l’autonomie a ravivé des divergences profondes au sein du mouvement national et plus largement dans la société corse, entre ceux qui y voient une avancée historique et ceux qui considèrent que le projet proposé ne répond pas aux revendications fondamentales portées depuis des décennies.
Sans préjuger de ce qu’aurait été le jugement d’Edmond Simeoni sur les débats actuels, une chose apparaît avec certitude à la lecture de son intervention de 1987 : il considérait que la Corse devait trouver une issue politique à sa crise historique, dans le dialogue, la démocratie et la responsabilité collective, et que l’avenir de l’île demeurait, avant tout, entre les mains de son peuple.
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#Corse Conférence publique du Docteur Edmond Simeoni à Bastia le 29 juin 1987
