« Pour Nazione, le projet d’autonomie nie les droits du peuple corse »

(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 24 juin 2026) Nazione exprime son opposition au projet de statut d’autonomie adopté en première lecture par l’Assemblée nationale française, estimant qu’il ne répond pas aux revendications historiques du mouvement national corse.

Le parti rappelle que, depuis plus de cinquante ans, plusieurs générations de militants ont porté le combat pour la reconnaissance des droits du peuple corse, souvent au prix de la prison, de l’exil ou de lourds sacrifices.

Le mouvement souligne qu’un consensus s’était progressivement construit entre autonomistes et indépendantistes autour d’une exigence commune : l’obtention d’un véritable pouvoir législatif. Or, selon Nazione, le texte issu du processus de Beauvau maintient la Corse dans une dépendance politique à l’égard de l’État français et ne lui accorde pas les moyens juridiques nécessaires pour décider de son avenir.

Le parti dénonce également le remplacement de la notion de « peuple corse » par celle de « communauté insulaire », qu’il considère comme une négation de la réalité historique, culturelle et politique de la nation corse. Selon lui, cette évolution empêche toute réponse efficace aux enjeux jugés fondamentaux que sont la protection du foncier, la défense de la langue, la maîtrise démographique ou la préservation de l’identité collective.

Nazione estime en outre que le texte ferme la porte à plusieurs revendications historiques, notamment le statut de résident, la coofficialité de la langue corse, la corsisation des emplois et la mise en place d’un corps électoral spécifique. Le mouvement considère ainsi que le projet d’autonomie consacre un statu quo institutionnel et une logique de normalisation dans le cadre français.

Face à cette situation, Nazione appelle à poursuivre le combat politique engagé par les générations précédentes, réaffirme son attachement au droit à l’autodétermination du peuple corse et plaide pour une unité patriotique autour des revendications fondamentales.

Scrianzatu

 

Le communiqué:  Alors que le projet de statut issu des discussions de Beauvau a été adopté, il y a quelques heures, par l’Assemblée nationale française, Nazione exprime son profond désaccord quant à l’avenir proposé à la Corse. Il convient d’abord de rappeler le long chemin parcouru. Depuis plus de cinquante ans, des générations de militants, d’élus, de femmes et d’hommes engagés ont porté avec courage et détermination la revendication nationale corse. Beaucoup y ont consacré leur vie et trop nombreux sont ceux qui l’ont perdue. Certains ont connu la prison, la répression, l’exil politique ou les blessures d’un engagement total au service de leur peuple. Tous ont contribué à maintenir vivante une aspiration essentielle : permettre au peuple corse de décider de son avenir sur sa propre terre. Dans ce contexte, un consensus historique s’était progressivement construit entre autonomistes et indépendantistes autour d’un principe clair : l’obtention d’un véritable pouvoir législatif, plein et entier. Sans ce pouvoir, aucune autonomie digne de ce nom ne peut exister. Or, aujourd’hui, les propositions avancées ne répondent pas à cette exigence fondamentale. Derrière les annonces et les discours officiels, la réalité reste celle d’une dépendance politique persistante à l’égard de l’État français et de son pouvoir central. La Corse demeurerait privée des moyens juridiques indispensables pour décider elle-même dans les domaines essentiels qui concernent son avenir. Plus préoccupant encore, le peuple corse, au cœur des revendications nationales depuis des décennies, est réduit à la notion de « communauté insulaire » sans aucune consistance juridique. Cette substitution n’est pas anodine : elle efface la dimension historique, culturelle et politique du peuple corse pour la diluer dans une définition administrative qui ne reconnaît aucun droit collectif spécifique. Dès lors, plusieurs questions fondamentales se posent : comment protéger durablement notre terre sans véritable pouvoir législatif ? Comment sauver notre langue sans outils juridiques adaptés ? Comment lutter contre la spéculation foncière, la marginalisation démographique ou la disparition progressive de notre identité collective sans réelle capacité de décision ? La question dépasse ainsi largement celle d’une simple réforme institutionnelle. Elle touche à la survie même du peuple corse en tant que peuple. En refusant de reconnaître ce peuple et de lui donner les moyens de maîtriser son développement, sa terre, sa langue et son destin, on organise progressivement son effacement. Demain, tous ceux qui s’installeront en Corse feront naturellement partie de cette « communauté insulaire » indistincte. Mais qu’adviendra-t-il alors du peuple corse, de sa singularité, de ses droits historiques et de son existence politique ? À cet égard, l’explication de texte donné par le député Bernalicis au soutien de l’amendement 111, voté y compris par les députés autonomistes, est claire : tous les habitants de la terre de Corse auront les mêmes droits, qu’ils soient « Corses depuis un jour ou Corses depuis toujours » (sic !). Comme Gérald Darmanin, en son temps, le rapport du texte, Florent Boudié a livré, durant les débats, une interprétation du texte très claire : « ces dispositions, à aucun moment, ne créerons les conditions d’instaurer ni un statut de co-officialité de la langue corse, ni un statut à proprement parler de résident, dont l’effet serait de créer deux catégories distinctes et discriminées de citoyens. En aucun cas ». C’est pourquoi Nazione ne peut accepter ce qui est présenté comme une avancée historique. Une véritable autonomie suppose des pouvoirs réels, des garanties constitutionnelles solides, la reconnaissance du peuple corse et la capacité effective de décider de notre avenir collectif, c’est-à-dire son droit à l’autodétermination. Le « statut de Beuveau » est, depuis l’origine, une régression puisqu’il grave dans le marbre constitutionnel français un système qui nie les droits du peuple corse, ne reconnaît nullement un véritable pouvoir législatif semblable à celui dont disposent a minima la plupart des régions européennes, ferme la porte au statut de résident, à l’officialité de la langue, à la corsisation des emplois ainsi qu’à un corps électoral spécifique. C’est d’ailleurs le corps électoral actuel, faussé par les inscriptions massives issues de la colonisation de peuplement qui sera appelé à se prononcer sur l’évolution statutaire en cours. En somme, derrière l’illusion du terme galvaudé d’ « autonomie », c’est la consécration du statu quo et de la politique de normalisation dans l’espace français. L’emphase des déclarations « historiques » des promoteurs de Beauvau n’y changera rien. Pas plus que la future loi organique présentée comme la solution miracle mais qui ne pourra défaire ce que l’article constitutionnel aura fait et mal fait. Face à cette situation, Nazione affirme la nécessité de poursuivre le combat engagé par plusieurs générations de patriotes. Il s’agit de défendre l’héritage de celles et ceux qui nous ont précédés et de transmettre aux générations futures une Corse toujours maîtresse de son destin. Dans les prochains jours, Nazione détaillera son analyse politique à l’occasion d’une conférence de presse. Hè ghjunta l’ora pe l’unità patriotta intornu à e nostre rivendicazione fundamentale. A storia ci insegna chì nunda ùn hè mai statu ottenutu senza determinazione, senza impegnu è senza perseveranza. Infine, per a nostra terra, per a nostra lingua, per u nostru populu è per e generazioni à vene, Nazione ùn rinuncerà micca. Evviva a Corsica Nazione ! Evviva u Populu Corsu !

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