(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 10 aout 2026) À l’issue des 44e Ghjurnate Internaziunale di Corti, Nazione dresse le bilan d’un rendez-vous présenté comme un moment majeur du débat patriotique corse. Le mouvement indépendantiste remercie les militants mobilisés, rend hommage aux prisonniers et aux disparus, notamment Jean-Marc Rodriguez, et réaffirme sa solidarité avec les délégations internationales présentes à Corte.
Dans son discours, Nazione réaffirme également sa solidarité politique avec le FLNC à l’occasion de son cinquantième anniversaire, tout en refusant de commenter ou d’interpréter ses prises de position. Le mouvement estime toutefois que la question du devenir du peuple corse sur sa terre constitue désormais un enjeu central.
Le texte défend une conception du peuple corse fondée sur les Corses d’origine et les Corses d’adoption, tout en rejetant à la fois les conceptions de l’extrême droite et celle de la « communauté » défendue dans le cadre de Beauvau. Nazione considère que la pression démographique, la spéculation, la décorsisation des emplois et les difficultés d’accès au foncier, au logement et à la langue menacent aujourd’hui l’existence du peuple corse.
Le mouvement affirme parallèlement son opposition au statut constitutionnel issu du processus de Beauvau. Il estime que le texte ne reconnaît pas suffisamment le peuple corse, ne garantit pas un véritable pouvoir législatif, écarte plusieurs revendications fondamentales et pourrait figer dans la Constitution un cadre contraire aux intérêts collectifs corses. Nazione demande donc son retrait et considère que, quelle que soit son issue, une nouvelle étape de la lutte nationale devra s’ouvrir après Beauvau.
Nazione, à travers Petru Antone Tomasi, appelle néanmoins à reconstruire une nouvelle unité stratégique du mouvement national autour d’une plateforme revendicative dépassant les organisations. Le mouvement cite notamment le statut de résident, le corps électoral corse, la corsisation des emplois, le modèle social, le code des investissements, le statut fiscal et social, la coofficialité de la langue et le droit du peuple corse à décider de son avenir. Il revendique notamment la dynamique engagée par plusieurs communes autour de la délibération d’Alzi sur le statut de résident.
Nazione annonce vouloir renforcer son implantation dans la société corse au-delà de la seule question institutionnelle. Le mouvement appelle ses militants à agir dans les domaines syndicaux, associatifs, économiques et sociaux, à défendre la terre, l’emploi, le logement et la langue, à lutter contre la spéculation et la dépossession et à promouvoir un modèle de développement endogène.
AnTo FpcL

DISCORSU GHJURNATE INTERNAZIUNALE DI CORTI 2026 – 09.08.2026 – Petr’Anto Tomasi.
Carissimi amichi,
Vene l’ora di compie issa 44ma edizione di e Ghjurnate Internaziunale di Corti.
Malgradu l’incertezza di i tempi ch’è no campemu, à mezu à i periculi maiò chì menanu u nostru populu, malgradu a ripressione di l’idea naziunale, site stati una volta di più prisenti è numarosi à accoglievi in citadella di Corti per fà di e Ghjurnate u grande appuntamentu annuale di a lotta di u populu corsu.
U successu d’isse Ghjurnate ùn hè pussibule chè grazie à l’impegnu di e militante è i militanti di Nazione, è di Sulidarità, chì si danu di rimenu, senza sfiatà, dipoi e settimane è i mesi.
Iss’artisgiani di e Ghjurnate ùn sò micca tutti à issa tribuna, ùn avaranu micca addossu à elli u lume di i media è di i ritratti ma, elli chì sò l’anime d’isse Ghjurnate, vi dumandu di dalli una sciaccamanata per tuttu u meritu soiu !
Frà mezu à i cumpagni di strada di e Ghjurnate, pinsemu dinù à quelli chì mancanu quist’annu à mezu à noi.
Pinsemu à tutti i prigiuneri, pinsemu à Petru è Sebastianu, incarcerati à a vigilia di e Ghjurnate per u solu fattu ch’elli sò patriotti corsi.
Pinsemu à quelli chì ùn ci sò più è in particulare à u nostru amicu Ghjuvan Marcu Rodriguez, à quale tutte e nostre delegazione internaziunale anu resu un umagiu sinceru.
À e nostre delegazione internaziunale, chì sò e portabandere di tanti populi d’Auropa è d’altrò li vulemu dinù mandà tutta a nostra amicizia è a nostra sulidarità in e so lotte, sinu à a vittoria !
Li dimu chì a so presenza fidata, à fiancu à noi in ogni circustanza, ci dà forza è fiatu è li dimu di core : à ringraziavvi !
A SULIDARITÀ DI A LOTTA NAZIUNALE CORSA
Sta sulidarità di a lotta naziunale corsa cù i populi nigati hè un fattu vechju quant’è e Ghjurnate è ancu di più.
Arrimane, i nostri amichi catalani ramintavanu chì cent’anni fà, a Corsica avia accoltu parechji militanti d’Estat Català esiliati dopu à avè participatu à un prugettu d’insurrezzione armata per a liberazione di a Catalogna.
À listessa epica u puetu Ghjanettu Notini, dettu u Sampetracciu, scrivia una puesia dedicata « à i catalani liberi » purghjenduli u salutu di « noi altri i pochi, i chjuchi, i pazzi di a Corsica ch’ùn vurria catene » è fendu sta prumessa ch’ella vinaria in Corsica, cum’è in Catalunya, l’ora di a libertà.
Issi fatti sò testimoniu chì a fiara di una cuscenza naziunale corsa ùn hè mai smarita è si hè mantenuta longu à i seculi.
Ma à stu sintimu prufondu li hè mancatu, durante anni è anni, una sprissione fattiva è strutturata.
Perquessa, ci hè vulsutu Aleria, c’è vulsutu a notte di Bastia è c’è vulsutu soprattuttu a creazione di u Fronte di Liberazione Naziunale di a Corsica di maghju di u 76.
50 anni oramai.
Qualchi ghjornu fà, u Fronte hè vinutu à ramintà chì a so storia ùn appartinia solu à u passatu ma si scrivia dinù cù l’inchjostru di i tempi prisenti.
Allora, à l’occasione d’issi 50 anni, Nazione ramenta a so sulidarità pulitica cù u Fronte è manda un salutu à tutti issi cumbattenti d’onore, quelli d’eri è quelli d’oghje, chì mossi da u stintu naziunale anu fattu a scelta di a lotta è di tanti sacrifizi per a salvezza di u populu corsu è di a so tarra.
LES CORSES SUR LEUR TERRE : UN PEUPLE ET NON UNE COMMUNAUTÉ SANS DROITS NI TITRE
Si notre mouvement a toujours affirmé publiquement sa solidarité politique avec le FLNC, il a constamment refusé de se prêter à un exercice d’exégèse de ses prises de position.
Le FLNC étant une organisation politique qui assume ses propres analyses, celles-ci ne nécessitent pas, en effet, l’intervention d’interprètes extérieurs.
Cela étant dit, la parole du FLNC participe du débat politique et trouve naturellement des prolongements au niveau de l’expression d’organisations publiques de toutes sensibilités.
Ces dernières heures, la communication du FLNC a notamment posé la question centrale du devenir du peuple corse sur sa terre.
Laissant de côté les élucubrations, intentionnellement malveillantes, d’une certaine presse, voire de certains camps politiques, Nazione entend rappeler ici sa position sur ce sujet d’une importance capitale.
Cette position est la suivante :
Sur leur terre, les Corses constituent un peuple.
Et ce peuple ne peut, en aucun cas, se voir réduit à une simple communauté sans droits ni titres, en déshérence sur un bout de sol qui ne lui appartiendrait pas.
Disons-le clairement il ne pourra jamais en être autrement, même si la Constitution française venait à prétendre le contraire !
Ce peuple corse, comme tous les peuples du monde, est composé de Corses d’origine et a accueilli, à travers les âges, des Corses d’adoption.
C’est d’ailleurs en ces termes que le peuple corse a été défini par la motion adoptée par l’Assemblée de Corse en 1988 à l’initiative d’A Cuncolta.
Cette définition, qui reste la nôtre, diffère par nature de deux logiques qui s’expriment actuellement dans le débat public et que nous rejetons dos à dos.
D’une part, notre conception est, par nature, aux antipodes de celle défendue par l’extrême-droite qu’elle soit corse, française ou d’ailleurs et que nous avons toujours combattue sans ambiguïtés.
D’autre part, notre combat pour les droits du peuple corse sur sa terre se situe en opposition totale avec la philosophie de la « communauté à la sauce Beauvau » et du fameux « amendement 111 » aux termes desquels ceux qui ont débarqué en Corse « depuis un jour » auraient tous les droits sur notre terre !
Admettre cela, ce serait renoncer à ce que les Corses puissent disposer de droits spécifiques leur permettant d’accéder à la terre, aux logements, aux emplois, de protéger leurs entreprises des dérives du marché ou encore de pouvoir parler leur langue en tous les lieux.
Et cela, nous ne l’accepterons jamais !
Aujourd’hui en Corse, plus personne ne peut nier que notre existence en tant que peuple est menacée par un phénomène de submersion démographique.
Plus personne, mêmes des adversaires historiques du mouvement national, ne nie que l’arrivée massive de près de 5.000 nouveaux arrivants par an, dans un petit pays comme le nôtre, bouleverse, avec une rapidité extrême, tout ce qui fait la singularité de notre peuple, sa langue, sa culture, sa mémoire, ses équilibres sociétaux, sa façon de concevoir le monde et de se projeter vers l’avenir.
Personne ne peut nier que nous assistons, malgré nous, à la réalisation de la sinistre prophétie du rapport de l’Hudson Institute qui, en 1970 déjà, écrivait que « l’identité culturelle corse continue à subir une érosion » et qu’ « il est tout à fait clair pour les Corses qu’ils sont […] en voie de disparition tout comme les aigles, ou les bisons aux Etats-Unis ».
Dans cette situation, il est évident, pour ne pas dire mécanique, que la fameuse « machine à fabriquer des Corses » ne fonctionne plus, ou de façon malheureusement très marginale, et que le concept de « communauté de destin » se retrouve, par conséquent, en panne.
Déjà, nous assistons aux prémices d’un scénario à la calédonienne avec la montée en puissance d’un communautarisme assimilable à l’attitude des caldoches sur la terre de Kanaky.
Celui-ci commence à se manifester par l’opposition à la présence de notre langue dans nos écoles (on se souvient de cette prise de position de la FCPE, il y a quelques mois seulement en ce sens), par la décorsisation systématique des emplois, par l’expression d’un vote communautaire, par la volonté d’imposer un mode de vie contraire au nôtre dans nos villes comme dans nos villages.
Eccu chì u ritrattu di « u culunialistu » zuccatu da e rime di u povaru Marcellu Acquaviva tant’anni fà : quellu chì « pretende amparacci in casa nostra à stà più bè » è chì « sà ancu pinsà per noi ».
Alors oui, à tous ces néo-arrivants qui débarquent en pays conquis, en pensant nous imposer leur façon de vivre, nous leur redisons fermement qu’ils ne sont pas les bienvenus en Corse !
Et qu’ils ne le seront jamais !
Face à de tels propos, le chœur des « observateurs avisés » et autres commissaires de la pensée crient à la dérive xénophobe.
Mais une telle allégation discrédite, déshonore et in fine ridiculise ceux qui la portent.
À ce compte-là, doit-on considérer le poète martiniquais Aimé Césaire, penseur humaniste, anti-colonialiste, père du concept de « négritude », comme un dangereux xénophobe lui qui fustigeait la colonisation de peuplement en des termes encore plus dur, en parlant de « génocide par substitution » ?
Alors soyons clairs, une fois encore.
Notre combat a le racisme et la xénophobie en horreur tant ces concepts lui sont inconnus.
Notre lutte consiste, au contraire, à reconnaître la valeur intrinsèque de chaque peuple, de chaque langue, de chaque culture.
Face à des logiques étatiques qui écrasent ces réalités humaines, nos luttes sont des luttes pour l’Humanité au sens le plus noble du terme.
Les Ghjurnate Internaziunale en sont d’ailleurs le meilleur témoignage.
Ceci étant rappelé, entendons-nous bien, cette position ne vaudra jamais quitus au colonialisme français pour conduire le peuple corse à sa disparition programmée.
CONSTRUIRE L’APRÈS-BEAUVAU : POUR UNE NOUVELLE STRATÉGIE NATIONALE CORSE
Dès lors, toute évolution politique pour la Corse doit permettre de traiter, au fond, cette question qui est, actuellement, la mère des batailles.
Or, le projet de statut constitutionnel pour la Corse tel que scellé au « dîner de Beauvau » et adopté par l’Assemblée nationale française ne conduira qu’à aggraver ces phénomènes.
Nazione n’a eu de cesse d’alerter, depuis l’origine, sur les vices rédhibitoires du texte et sur ses dangers puisqu’il ferme la porte à tout ce qui est aujourd’hui essentiel pour la Corse.
Notre analyse a malheureusement été confirmée à chaque étape de ce pseudo « processus ».
Aujourd’hui, malgré certaines déclarations des signataires du texte qui relèvent du déni de réalité, les choses sont parfaitement claires.
Ce statut nie l’existence du peuple corse et de ses droits, au premier rang desquels son droit à l’autodétermination.
Ce statut n’est pas un statut d’autonomie. L’Assemblée de Corse ne disposerait pas d’un véritable pouvoir de voter librement ses propres lois, mais d’un « pouvoir normatif » sous contrôle du Parlement.
Ce statut ferme la porte au statut de résident, à la corsisation des emplois, à la co-officialité de la langue.
Ce statut officialise le corps électoral actuel, altéré par la colonisation de peuplement, comme étant le corps électoral habilité à décider au nom des Corses de l’avenir.
Ce statut qui a été encore dégradé par le vote des députés est maintenant appelé à passer sous les fourches caudines des sénateurs.
Dans ce contexte, en maintenant leur soutien au texte, les signataires s’astreignent eux-mêmes à boire le calice jusqu’à la lie…
Pour notre part, nous considérons que le retrait du texte constitue la seule option raisonnable.
Car dans le cas contraire, le « statut de Beauvau » figerait dans le marbre constitutionnel français un statut contraire à nos intérêts collectifs et ce avec l’assentiment de la représentation corse du moment.
Cela étant, quelle que soit l’issue, l’épilogue de Beauvau est proche.
Et il nous appartiendra, dans quelques mois, d’écrire une nouvelle page de l’Histoire contemporaine de la lutte du peuple corse.
Une page lumineuse cette fois, qui tenant compte des erreurs passées, permettra de franchir une étape décisive vers la pleine souveraineté.
Aussi, si Nazione assume un positionnement ferme et divergent par rapport aux autres formations du mouvement national, nous demeurons persuadés de la nécessité de reconstruire une unité stratégique nouvelle.
Notre opposition résolue à « Beauvau » n’a jamais relevé d’une politique de la terre brûlée, mais de la volonté de bâtir un projet national sur des bases solides.
Aussi, nous affirmons notre disponibilité à contribuer à une plate-forme revendicative large, transcendant les organisations patriotiques, voire parfois le seul mouvement national.
L’an passé, les Ghjurnate ont été l’occasion d’expérimenter cette orientation sur une question précise : celle du statut de résident.
À l’initiative de Nazione et de notre ami, et militant, Simon Venturini, le maire d’Alzi, un appel était lancé aux maires corses afin d’appliquer, sans attendre, le statut de résident sur leur commune et bloquer, le cas échéant, les projets d’acquéreurs étrangers à la Corse.
Cette démarche a trouvé, depuis, une concrétisation avec l’adhésion de plusieurs dizaines de communes, de différentes sensibilités, à la délibération votée à Alzi et la création, à leur initiative, d’une structure visant à organiser leur démarche.
Nous voulons aujourd’hui saluer cette expérience qui va dans le sens de l’intérêt national et nous y prendrons part avec les élus de notre mouvement.
Demain, nous devrons aller plus loin que ce seul domaine pour porter, conjointement la question du corps électoral, de la corsisation des emplois et d’un modèle social corse, du code des investissements, du statut fiscal et social, ou encore de la coofficialité de la langue.
Et bien sûr la question, fondamentale, celle du droit du peuple corse à disposer de lui-même et à décider de son avenir.
Cette 44e édition s’est attelée à en jeter les fondations.
Car une fois de plus, les Ghjurnate se sont affirmées comme un lieu incontournable du débat patriotique et de l’ouverture du mouvement national vers d’autres composantes de la société corse.
Un débat, sans tabou qui en acceptant les différences d’approches et de sensibilités, s’emploie à envisager l’intérêt commun.
Nous tenons, à ce sujet, à remercier l’ensemble des représentants politiques, syndicaux, acteurs économiques ou sociaux qui ont accepté d’y participer.
POUR LA SUITE
En attendant de bâtir cette nouvelle stratégie nationale corse, il nous appartiendra de continuer à développer le projet de société de Nazione.
Dans cette perspective, Nazione va avoir besoin, dans les mois qui viennent, de l’ensemble de ses militants pour construire le pays libre que nous voulons, celui qui nous ressemble et qui nous rassemble.
Car le mouvement de libération ne pourra jamais se limiter à des dimensions institutionnelles et constitutionnelles, même si elles sont déterminantes.
Nous devons donc, sans attendre, donner corps à la Nation en lui donnant des réalités concrètes et alternatives au cadre imposé par l’autorité occupante.
C’est tout le sens du redéploiement que nous avons acté lors de la dernière Assemblée générale de Nazione.
Aussi nous allons avoir besoin de vous tous :
au sein des contre-pouvoirs syndicaux et associatif ;
pour irriguer notre projet politique au service de l’indépendance nationale ;
pour le populariser par des actions de terrain ;
pour défendre notre terre ;
pour faire rempart à la spéculation, à la dépossession et à la colonisation de peuplement ;
pour faire face à la répression de la lutte nationale ;
pour défendre les droits des Corses à l’emploi, au logement, à la terre ;
pour qu’aucun Corse ne connaisse, sur sa terre, l’exclusion, la précarité et la misère ;
pour promouvoir un modèle de développement endogène, à taille humaine, adapté aux défis environnementaux ;
pour promouvoir notre culture et notre mode de vie dans les quartiers et dans les villages ;
pour développer nos écoles immersives et l’usage de notre langue.
Più chè mai, avemu bisognu di luttà tutti inseme per fà Nazione !
Eviva a lotta di liberazione naziunale !
Eviva a Nazione !
