« I 50 anni – Le livre blanc du FLNC, première édition, seconde édition »

Dans le cadre des 50 ans de la création du FLNC, voici un article de synthèse qui concerne les différentes éditions du livre blanc du FLNC, remplaçant de facto, le livre vert.

Dans le cadre de mes recherches sur les archives de l’histoire contemporraine de la lutte « identitaire » « régionale » ou de « libération nationale », la parution des différents livre blanc (deux éditions à ma connaissance) a marqué un tournant dans l’occupation du terrain du FLNC depuis sa création en 1976.

Selon les différents protagonistes, et sources (livres de Pantaleon Alessandri, Jo Peraldi, Christian Mondoloni, Pierre Poggioli…) (Texte de Denis luciani, texte du groupe de reflexion I Chjassi di u cumunu) il en resulte que :

En 1981 est rédigé le Livre blanc du FLNC. Ce document marque la volonté de doter l’action du mouvement d’une nouvelle ligne politique, jugée plus réaliste que celle du Livre vert, considéré comme trop marginal.

Le Livre blanc expose une conception renouvelée de l’autodétermination, fondée sur une stratégie de mise en place de contre-pouvoirs, à la suite de la création, dès décembre 1980, d’une organisation publique.

Dans le Livre Blanc, le Front définit les moyens à employer pour atteindre les objectifs qu’il s’est fixés : “ Le mouvement de libération nationale est composé de différentes expressions publiques politiques, syndicales, sociales et culturelles se situant toutes dans une même stratégie et luttant toutes pour les mêmes finalités. La différence entre-elles se situant au niveau des moyens qu’elles utilisent ”…

Cette stratégie, qui suscite notamment l’intérêt de militants irlandais, repose sur une définition de l’autodétermination non réduite à un simple référendum, mais envisagée comme l’aboutissement d’un processus de prise de conscience collective de l’aliénation du peuple corse. Cette prise de conscience doit se traduire par un engagement au sein de structures d’organisation, de réflexion, de proposition et d’actions parallèles : les contre-pouvoirs, conçus comme les instruments concrets de cette dynamique collective.

Le Livre blanc remplace ainsi le premier Livre vert du FLNC. Le FLNC (Livre Blanc) définit les bases fondamentales de la Lutte de Libération Nationale (LLN).

Quelques mois avant l’élection présidentielle, et pour la première fois depuis son apparition, le mouvement clandestin décide de se doter d’une structure publique en levant l’anonymat. Est alors créée A Cunsulta di i Cumitati Naziunalisti (CCN), organisation publique rassemblant les principaux cadres du FLNC. Cette structure est directement issue des orientations définies par le Livre blanc, devenu la nouvelle référence idéologique du mouvement après l’abandon du « Petit Livre vert ».

Le « Petit Livre blanc » fixe désormais les grands objectifs stratégiques : agir simultanément sur les terrains de la lutte de masse, de la lutte armée et de la lutte institutionnelle, afin d’acquérir un poids politique et une légitimité face au pouvoir en place. Le Front conserve la fonction de décision et d’orientation, tandis que les organisations publiques sont chargées de l’exécution, du moins en théorie. Cette période constitue un tournant majeur dans l’histoire politique de l’île, notamment avec l’émergence d’un syndicalisme corse qui bouleverse les rapports de force traditionnels.

La première édition du document, désigné sous le nom de « Livre blanc », présente un aspect matériel modeste, reflet des moyens limités dont dispose alors le mouvement. Les différentes régions sont chargées d’en assurer la reproduction par photocopie et la diffusion la plus large possible.

Sur le fond, le Livre blanc définit les objectifs politiques que le Front entend concrétiser dans les années suivantes. Il propose une vision d’une Corse souveraine, où le développement économique et social serait pensé en fonction des intérêts collectifs du peuple corse et non d’intérêts particuliers. Le Front y est présenté comme une avant-garde révolutionnaire et comme la « Direction politique » de la Lutte de Libération Nationale (LLN), chargée de définir la stratégie, de structurer et de diriger la lutte. Le document insiste sur la mise en place de contre-pouvoirs dans une logique d’auto-organisation populaire. Il distingue également la phase de « propagande armée » de celle de la « lutte armée », cette dernière ne devant intervenir qu’une fois la première achevée. La stratégie globale repose sur un triptyque indissociable : lutte armée, lutte institutionnelle et lutte de masse, chacune s’exprimant de manière autonome tout en étant complémentaire et solidaire des autres.

Une seconde édition du Livre blanc (avril 1984), enrichie des dernières prises de position du Front, notamment à la suite de l’arrivée de la gauche au pouvoir, bénéficie d’une présentation plus aboutie. Cette version est rendue possible grâce à l’intervention de membres de cellules de réflexion d’Ajaccio, qui parviennent à faire imprimer plusieurs centaines d’exemplaires avec le soutien de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), alors engagée aux côtés du combat mené. Certains proches de cette organisation participent activement aux échanges et aux réflexions. Le Livre blanc est ensuite livré à Ajaccio et réparti entre les différentes régions. Malgré la répression, l’incarcération de nombreux responsables et militants, et les difficultés de communication, le Front dispose désormais d’un outil de propagande structuré et cohérent, servant de base à l’élaboration de tracts et à l’explication des actions menées localement.

« C’est même une femme, CV, qui coorganisera la fabrication et l’acheminement vers la Corse du « Livre Blanc » du flnc, sorti des presses de la LCR, la Ligue Communiste Révolutionnaire, mouvement fondé par Alain Krivine. Selon A Manca « Très spontanément, il n’hésita pas à utiliser les moyens financiers dont disposait son organisation de l’époque, la LCR, au service du FLNC pour pouvoir, entre autres, imprimer le « Petit livre blanc ». »

Le 24 octobre, le Front tient une conférence de presse dans le nord de l’île afin de présenter publiquement son Livre blanc, alors diffusé sous la forme d’un numéro spécial de Ribellu. L’accent est mis sur la stratégie future de mise en place de contre-pouvoirs. Cette conférence ne bénéficie que d’une couverture médiatique limitée, un seul journaliste de Libération, en poste à Bastia, y assistant, les autres quotidiens ayant renoncé sous la pression de leurs directions.

LE LIVRE BLANC DU FLNC, les années 80.

LE CHOIX DES MOYENS

Le Livre blanc du FLNC expose les fondements idéologiques et stratégiques de ce qu’il définit comme la Lutte de Libération Nationale (LLN). Celle-ci est présentée comme un cadre global d’analyse et d’action visant à transformer la situation politique, économique et sociale de la Corse.

L’OBJECTIF DU FLNC

Le FLNC affirme que la domination exercée par l’État français ne peut être remise en cause par de simples réformes institutionnelles. Il rejette également l’indépendance formelle si celle-ci ne s’accompagne pas d’une transformation profonde des structures économiques et sociales, estimant que de nombreux peuples indépendants demeurent soumis à des formes de domination post-coloniale.

La libération nationale est définie comme la seule voie permettant au peuple corse de reprendre la maîtrise de son avenir. Elle implique, selon cette analyse, la reconnaissance de droits nationaux, la disparition des mécanismes assimilés au colonialisme, une redistribution foncière, l’instauration d’un pouvoir populaire et démocratique, ainsi que la mise en œuvre d’un processus d’autodétermination négocié avec l’État français.

Le texte insiste sur la nécessité de l’unité nationale en Corse, considérée comme indispensable face aux risques de marginalisation ou de disparition culturelle. Cette unité doit, selon le FLNC, se construire en dehors des cadres politiques importés de la droite ou de la gauche françaises, jugés sources de divisions internes.

LES MOYENS DU FLNC

La LLN est décrite comme un ensemble coordonné d’expressions politiques, syndicales, sociales et culturelles, partageant les mêmes objectifs mais recourant à des moyens différents. Le FLNC considère que seule cette stratégie globale permet une unité durable, contrairement aux alliances ponctuelles perçues comme opportunistes ou conciliatrices avec l’État.

Le Front affirme la nécessité de contrer les projets réformistes ou intermédiaires, qualifiés de « troisième voie », en agissant au sein des différentes composantes de la LLN afin de structurer une force politique alternative. Se définissant comme une organisation politico-militaire, le FLNC fixe des objectifs à court, moyen et long terme : amorcer un processus de décolonisation, obtenir la reconnaissance des droits nationaux corses, puis garantir l’exercice effectif du droit à l’autodétermination.

CRÉATION DE CONTRE-POUVOIRS PAR LE FLNC

Le FLNC estime que la lutte contre le colonialisme doit s’exercer dans tous les domaines. La LLN doit ainsi favoriser l’émergence de contre-pouvoirs permettant à la population de prendre en charge la gestion collective des affaires économiques, sociales, politiques et culturelles.

Ces structures (syndicats, associations, organisations politiques, coopératives, mutuelles) sont présentées comme des instruments d’autodétermination réelle, à condition qu’elles s’inscrivent dans une stratégie globale, coordonnée et solidaire. Le FLNC rejette l’intégration dans les structures politiques et syndicales françaises et appelle à renforcer les organisations relevant de la LLN.

LES DIFFÉRENTES FORMES DE LUTTE MISE EN PLACE PAR LE FLNC

Le triptyque : lutte armée, lutte institutionnelle, lutte de masse

La lutte armée est définie comme un outil politique complémentaire, et non comme une finalité militaire. Le FLNC distingue deux phases : une phase initiale de « propagande armée », présentée comme dissuasive et évitant volontairement les pertes humaines, puis une phase de confrontation destinée à contraindre l’État à négocier.

L’évolution de cette lutte est conditionnée par le niveau de mobilisation et d’organisation politique de la population. La lutte de masse (manifestations, mobilisations, actions collectives) et la lutte institutionnelle (participation aux élections) sont considérées comme indissociables de la lutte armée et doivent s’inscrire dans une solidarité stratégique afin d’éviter l’émergence d’alternatives jugées incompatibles avec les objectifs de la LLN.

Enfin, le FLNC affirme la nécessité d’une direction politique centralisée pour maintenir la cohérence stratégique de l’ensemble du mouvement. Il se présente comme l’acteur chargé d’assurer cette direction à travers l’implication de ses militants dans l’ensemble des secteurs de la société, et se définit comme une étape essentielle dans la conduite et l’aboutissement du projet de libération nationale.

Dans les deux prochains articles disponibles en mai 2026, une grande partie de la première édition, ainsi qu’une grande partie de la seconde : 

Le livre blanc, année 80 – FLNC.unita-naziunale.org #Corse

Le livre blanc seconde édition, année 84 – FLNC.unita-naziunale.org #Corse

 

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