Le Livre blanc Per a CORSICA NAZIONE Dans les années 80, le FLNC abandonne la revendication indépendantiste qui était la sienne depuis 1976. Le livre blanc, était le livre de base de réflexion du Front. Le FLNC se structure dans les années 80, pour occuper le terrain politique, il met donc en œuvre un livre blanc qui pose les bases de la Lutte de Libération Nationale sur un triptyque de lutte : La Lutte de masse, la lutte Armée, la lutte institutionnelle. Le front préconise une stratégie d'autodétermination en mettant en place des contre-pouvoirs qui deviendront par la suite de véritables structures politiques, ou syndicales comme le STC. Il s'agit donc là de vous proposer la lecture d'un document vieux de 45 ans. De comprendre la Lutte de Libération Nationale des années 80. Ce livre blanc a eu depuis 20 ans, quelques modifications qui sont disponibles dans le livre de Pierre Poggioli "Derrière les cagoules". Voici son sommaire : SUNTA (plus précise) Conférence de presse (1/4/81) Introduction et analyse de la situation A Le Colonialisme B Les forces politiques traditionnelles C Le réformisme D Le Peuple Corse E Le FLNC Conjoncture Conclusion Communiqué de presse (13/5/81) Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes Introduction : Un contexte nouveau Première partie Les dangers immédiats... Le Jeu électoral Le statut particulier Deuxième partie Les perspectives Le FLNC Stratégie à court et moyen terme Conclusion Historique Notre pays est occupé depuis deux siècles Avec Pasquale Paoli notre pays a été indépendant Organisation du mouvement Organisation générale pour une réelle indépendance I CUSTATU 1 Constat économique et social Agriculture Tourisme Industrie Pêche Artisanat Commerce Transport Finances Energie Social Santé Démographie Environnement 2 Constat politique Situation politique 3 Constat culturel Conclusion II A LOTTA DI LIBERAZIONE NAZIUNALE I) Bases fondamentales de Libération Nationale Identité culturelle Affirmation des droits nationaux Unité Nationale II) Développement de la Lutte de Libération Nationale Création de contre-pouvoir Lutte dans différents secteurs Moyens III ANNEXE Annexe SUNTA (livre blanc édition 81) CONFERENCE DE PRESSE (1/04/81) ............................COMMUNIQUE DE PRESSE (13/06/81) ........................... 3HISTORIQUE ................................................ 9 I CUSTATU CONSTAT ECONOMIQUE ET SOCIAL ........................... 16 CONSTAT POLITIQUE ...................................... 20 CONSTAT CULTUREL ....................................... 26 II A LOTTA DI LIBERAZIONE NAZIUNALE BASES FONDAMENTALES DE LIBERATION NATIONALE• IDENTITE CULTURELLE ..................................... 32• AFFIRMATION DES DROITS NATIONAUX ........................ 32• UNITE NATIONALE ......................................... 33 DEVELOPPEMENT DE LA LUTTE DE LIBERATION NATIONALE• CREATION DE CONTRE-POUVOIR .............................. 33• LUTTE DANS DIFFERENTS SECTEURS ......................... 34• MOYENS .................................................. 35 ........................................................... 44 III ANNEXE ANNEXE .................................................... 48 Page 2 Conférence de presse (1/4/81) Introduction et analyse de la situation A) Le Colonialisme B) Les forces politiques traditionnelles C) Le réformisme D) Le Peuple Corse E Le FLNC Conjoncture A) les hypothèses B) La Réalité Conclusion CONFERENCE DE PRESSE : 1/4/81 Introduction 26-1-80, 14-1-80. 30 000 Corses dans la rue pour demander la libération des patriotes incarcérés pour violences contre l’Etat Français ? C’est aujourd’hui la donnée essentielle d’une réalité que d’aucuns cherchent par tous les moyens à camoufler : c’est une véritable conspiration du silence que tous les partis français prenant le relai du pourvoir s’emploient à favoriser et cela dans une seul but : nier la réalité de la lutte de libération nationale et l’enracinement populaire du FLNC. Analyse de la situation A / Le colonialisme Il poursuit son œuvre dévastatrice. Le bilan catastrophique de la colonisation est vite fait : agriculture, tourisme, industrie, commerce, emploi, culture, répression… les chiffres parlent d’eux-mêmes. Notre journal spécial Ribellu est clair. Ces chiffres et ce constat sont suffisamment repris, même par « l’opposition » pour qu’il soit nécessaire de les répéter. Nous ferons simplement remarqués que si ces différents constats sont identique, les causes ne sont pas les mêmes pour tous. « L’opposition » nie le fait colonial et c’est logique car elle ne veut pas reconnaitre la nécessité de la Lutte de Libération Nationale. De toute façon la gauche française ne reprend a son compte que contrainte et forcée, sous peine de perdre toute crédibilité, un certain nombre de données tout en les vidant auparavant de leur véritable contenue ; Elle évite ainsi le fond du problème et les conséquences qui en découlent. Ignorer par exemple le problème démographique qui conduit au génocide de notre peuple, sous prétexte d’antiracisme, est significatif de cette attitude. Comment peut on défendre un peuple lorsqu’on ni sa minorisation ? La répression sévit sous toutes ses formes (intimidations, perquisitions, interpellations, déportations, assassinats..) partout les suspects de la sympathie nationaliste sont surveillés dans leurs moindres faits et gestes, et soumis a toutes sortes de pressions. L’accès aux administrations, concours, emplois, est trié. Le rapatriement de certains Corses est bloqué. Même les élus sont suspectés (écoutes téléphoniques au conseil général). L’arsenal répressif s’étoffe chaque jour : la Cour de sureté de l’Etat siège en permanence, relayée par les tribunaux de droit commun (que certains disent « populaires »). Occupation Militaire année 80 - document flnc.unita-naziunale.org Les récentes condamnations pour quelques jets de pierres ou la possession d’un simple détonateur (3 ans de prison) prouvent les limites de certains mots d’ordre (suppression de la Cour de sureté de l’Etat). La justice en Corse est aux mains des clans (déclaration du procureur Guilloux lui-même) et croire en sa « démocratie » est illusoire. LE, quadrillage militaire de notre pays se poursuit : 14 nouvelles gendarmeries (que Giaccobi présente comme une amorce de solution à la désertification de l’intérieur) vont compléter ce quadrillage et faciliter le fichage et la répression de notre peuple. L’appareil c’est : - 1300 gendarmes - 500 gardes mobiles - 700 policiers - 300 CRS - Les barbouzes et les services parallèles (DST, SDECCE) - L’armée – 6000 hommes – qui multiplie les manœuvres. Page 3 La légion qui a déjà participé camouflée à des opérations de maintien de l’ordre (Aleria, Bastia, Bastelica) et participe à de nombreuses opérations de surveillance. Elle est prête à intervenir officiellement en cas d’aggravation de la situation. Ce potentiel peut être multiplié par pont aérien Parallèlement les allogènes affluent, le chômage atteint 9 000 corses (surtout jeunes et femmes). 3000 corses s’exilent tous les ans. Les clans perpétuent leur chantage grâce aux escroqueries des emplois « contrats formation et préformation » ou autres combines et spéculent sur la misère et le désarroi de la jeunesse corse. C’est là-dessus que survivent les clans, maintenant notre peuple dans la soumission (violation de la législation du travail, mépris des conventions collectives, pressions, travail au noir, conditions de travail déplorables) avec la complaisance de l’administration (la corruption règne) L’intérieur est mourant : le peuple corse s’exile ou se regroupe dans les villes HLM (Lupinu, Salines) Le tourisme a subi cette année un premier effondrement : les miettes ne suffisent plus. Seuls les camps camouflés sous les appellations « à vocation sociale » (PTT, VVF…) ou autres, construits avec l’argent des contribuables corses ou leur épargne et les trusts internationaux profitent du tout-tourisme : pour les corses, les miettes et quelques emplois de larbins. L’agriculture s’effondre, l’endettement est la seule solution (les crédits vont aux gros) la concurrence européenne fait le reste. La SAFER n’est qu’une arme à double tranchant car quelques solutions individuelles ne résolvent rien et risquent d’attiser les divisions. Seule une solution globale peut éviter cela. La politique culturelle se résume à une université inadaptée qui ‘en finit plus de se mettre en place, à une maison de la culture qui censure les auteurs corses au profit des œuvres françaises. A une charte culturelle vide de tout contenu, un enseignement du corse qui ne subsiste que par le bénévolat… - Le Vazziu illustre le peu de cas fait de la volonté populaire. EDF fait ce qu’il veut pourvu que les intérêts des tenants du tout-tourisme soient sauvegardés - La CNEXO poursuit son expérience à Pinia malgré l’opposition des pécheurs qui eux sont à la dérive - L’industrie est inexistante (bâtiments et travaux publics est au bord du gouffre) - Le petit commerce est écrasé par le développement du gigantisme commercial (Corsaire…) La corse importe tout et n’exporte rien. Tous les secteurs non rentables sont asphyxiés. L’argent ne sert qu’à financer les importations ou est détournée par l’administration et les élus qui profitent de « l’Etat vache à lait ». La continuité territoriale accentue notre dépendance et permet une plus grande pénétration des trusts « à la reconquête du marché intérieur français ». - Le chemin de fer est menacé, l’artisanat n’est pas encouragé - L’urbanisme est anarchique et antisocial - Les mass-médias sont manipulés… Devant cela, l’heure des constats n’est elle pas dépassée ? Nous laissons le soin de juger de ce que ce bilan aurait été si nous n’existions pas, si à l’oppression coloniale ne s’opposait pas la résistance libératrice d’un peuple. Combien de projet néfastes n’avons-nous pas empêché (dixit élus eux-mêmes) ? Que serait notre terre sans notre résistance ? - Le haut lieu de la décadence, de la pourriture, des monopoles - L’Etat français y exploiterait le pétrole, y installerait une base atomique, une centrale nucléaire - Les gros capitalistes après avoir acheté s’y vautreraient comme dans l’ile cavallu, les châteaux, les clubs de vacances - La corse serait leur résidence secondaire - Les multinationales seraient maitresses dans notre pays - Les corses y côtoieraient les indiens au musée des peuples exterminés. B Les forces politiques traditionnelles La droite (CCB-RPR-UDF). Elle poursuit sa politique béni-oui-oui au pouvoir. Tout ce que le pouvoir fait est encensé. La dénonciation de la contestation, et les appels à la répression sont continuels. Page 4 L’approche des élections pose certains problèmes : le RPR s’insurge de la prédominance de l’UDF dans la recherche et l’offre d’emplois à leur clientèle ainsi que dans l’octroi de certains crédits. Le CCB est partagé ne sachant qui soutenir… Cependant l’union est sacrée lorsqu’il s’agit de condamner le mouvement corse. La responsabilité de ces gens là est totale. L’opposition, elle, dénonce le clanisme mais n’en sort pas. Le PCF est invalidé à Bastia par le PS. Le PCF est élu à Bastia grâce au clan Giaccobi. A Calvi, Carlotti du PS soutient Colonna lequel est soutenu par Giaccobi et est l’ami du RPR Pasquini au collectif des élus. Le MRG Alfonsi soutient Colonna et vote Mitterrand, alors que Giaccobi soutient Crépeau. A Calvi le RPR est élu grâce à la gauche. Les salades et les alliances contre nature sont le lot de la gauche comme de la droite. Le MRG. Tantôt à la droite, tantôt à la gauche caractérise les pratiques clanistes présentes dans tous les faits quotidiens. C’est la pulitichella, longtemps appelé, longtemps appelé par Riolacci à rejoindre Giscard (vu son attitude anti nationaliste corse) le clan Giaccobi joue aujourd’hui sur les deux tableaux. Son soutien à Crepeau, qui affaiblit Mitterrand au premier tour, lui laisse le champ libre pour le deuxième tour. Son choix se fera en fonction des chances de la droite ou de la gauche. Le PCF. Il poursuit sa politique nationaliste française, adoptant des attitudes de l’extrême droite envie. Il s’attaque aux immigrés tout en nous traitant de racistes, lorsque nous prenons pour cible des français qui sont en corse parmi les plus nantis, protégés qu’ils sont par la « paix française » qui vise au génocide de notre peuple. Il poursuit avec haine ses attaques incessantes contre le FLNC, reprenant les calomnies du pouvoir. Certains n’affirment t ils pas que pour la préparation du fameux 9 septembre 1977, Riolacci ayant convoqué tous les élus (conseil général) pour leur demander de cautionner politiquement les tenants de la Corse Française (les barbouzes), seul le Maire de Corti quitta la salle, le Maire de Sartè y demeurant jusqu’au bout avec d’autres « élus de gauche » ; remarquons que ce dernier s’était déjà signalé en défendant la base de Solenzara avant le raid de Kolwezi et en accueillant Giscard alors que la répression sévissait. Au niveau international, le PCF poursuit sa politique d’inféodation à Moscou, approuvant l’envahissement de l’Afghanistan « au nom du droits des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Lors de la préparation de la manifestation du 14 janvier 1981 le PCF a essayé en vain de faire passer la condamnation du FLNC (avec la ligue des droits de l’homme) en préalable à toute mobilisation. Le PS. L’éventualité d’une victoire électorale leur a permis un regain d’activité qui s’est surtout traduit par un constant appel aux nationalistes. Par la Ligue des droits de l’homme interposée, ce parti a tenté une OPA sur le mouvement national, considérant celui-ci dans l’impasse en utilisant le désarroi des familles de patriotes sur le thème de l’amnistie, il a en fait tenté la mise en place d’un front d’organisations démocratiques antiviolence pour marginaliser la lutte de libération nationale et le FLNC. Les derniers résultats électoraux ramènent les choses a leur juste valeur (Bastia, Calvi, sénatoriales…) leur manœuvre a échoué car le peuple n’est pas dupe. Le PS promet m’amnistie et prône le statut spécial dans le seul but de marginaliser U Fronte. Mais comment ne pas remarquer le manque d’unité de ce parti corse, le Sud ignore quasiment le statut, le Nord représente peu de choses (n’oublions pas que Giaccobi, responsable de la campagne Mitterrand en 1974 est opposé au statut). Le grave problème culturel est abordé sous l’angle du fait national corse par le Nord et expliqué différemment par le Sud (Culture Corse Français + Immigrés = melting-pot culturel) C Le réformisme L’UPC. Les dernières péripéties du procès Bastelica ont définitivement situé ce mouvement. Après une tentative de négociation avec le pouvoir UDF (entrainant une dure réaction du RPR au conseil régional) sur la base de la libération des prisonniers de Bastelica, les dirigeants ont opté pour la gauche française. Cette négociation ne pouvait qu’échouer, le pouvoir étant piégé car libérer ceux de Bastelica impliquait la reconnaissance des barbouzes et donc le désaveu de Riolacci. La logique coloniale a donc joué. L’espoir d’une troisième force entre nous et les tenants du statu quo étant balayé provisoirement avec Giscard, les dirigeants de l’UPC ont donc changé leur fusil d’épaule. Page 5 L’arrivée de 1a gauche au pouvoir leur permettrait d'envisager la formation d’un front d'organisations démocratiques anti-FLNC, afin de pouvoir s'élargir et d'éviter ainsi l'éclatement. Les « tenants de la Corse au-dessus des partis » se trouvent ainsi, bon gré mal gré, récupérés par un système qu’ils ont soit disant toujours combattu. La crise qui sépare une direction au comportement en dents de scie d’une base sincère et voulant aller de l’avant, est suffisamment visible et significative de l'ambigüité de leurs choix pour que nous insistions la dessus D Le peuple Corse Les peuples évoluent, mais ils évoluent lentement. Croire qu’un peuple se soulève un jour d’un seul coup est une erreur. Les peuples suivent de lentes évolutions, de longues phases d’apathie et de fermentation. S’ils donnent parfois l'impression de tout renverser spontanément, c’est une fausse impression (Aleria, Bastia, Bastelica Fesch) en fait cela n’est autre que l'aboutissement d’une longue et nécessaire maturation. Notre peuple, aujourd'hui, même s’il ne le traduit pas toujours en termes politiques, ressent le fait colonial et affirme de plus en plus son identité nationale. Bien que niée par les circuits politiques français, la question nationale Corse est aujourd'hui posée et seule la lutte de décolonisation nationale qu'a engagé notre Peuple s'inscrit dans le processus de décolonisation de ces dernières décennies. L'histoire de ces luttes nous enseigne que le colonialisme n`a jamais cédé facilement. Sa logique face aux mouvements de libération est de s'y opposer par tous les moyens. Les condamnations de nos frères ne sont qu'une des multiples facettes de l’arsenal répressif utilisé contre notre peuple. Face a l’intransigeance du colonialisme et à sa logique, le peuple sait aujourd’hui que l’affrontement avec lui est inévitable et qu’il faut se donner les moyens de combattre l'oppression. C'est pour cela qu’il se reconnait dans le FLNC. E. Le FLNC Le FLNC est la seule force politique offrant des perspectives d’avenir à notre peuple et lui donnant les moyens nécessaires sort combat. C'est un instrument que chacun, conscient de l'enjeu, se doit de rejoindre afin de participer a la construction d’un outil de moins en moins imparfait au service du peuple Corse en lutte. Le FLNC est aujourd’hui porteur de l'expression la plus consciente de la destiné de notre peuple Il est l’avant-garde et le moyen. Notre popularité et notre enracinement sont une réalité que personne ne peu nier malgré les campagnes d’intoxication et de mensonges orchestrées par le pouvoir et les appareils des partis français. Même si le peuple ne comprend pas toujours nos actions, il ne nous rejette pas. Nous sommes parfois trop en avant mais jamais en dehors de notre peuple. U Fronte incarne une aspiration profondément nationale et populaire. II est véritablement la seule structure politique dans laquelle se reconnait notre peuple qui a pris conscience de la menace de disparition qui le guette sur sa propre terre. II en est le stimulateur et défenseur : « Un semu piu in de noi » ce n’est pas nous qui l’avons inventé c'est une expression populaire. Notre popularité se concrétise dans nos militants. Notre mouvement s'enracine dans les forces vives les plus productrices de noire peuple (la répression en témoigne). Notre popularité se concrétise aussi dans nos moyens et le choix de nos objectifs. La violence, même si moralement condamnable, n’est pas impopulaire contrairement aux communiqués quotidiens qui martèlent l’opinion. Ces condamnations, même si parfois nous commettons des erreurs sur les personnes ou des erreurs techniques, ne viennent en fait que des médias contrôlés par le pouvoir ou des appareils de partis, condamnations d'ailleurs que la base de ces partis n'approuve pas. Un Corse en danger se défend. La Corse menacée se défend. Face au danger de disparition la réaction violente de notre peuple est historique et authentiquement Corse. Si le problème corse existe, chacun le reconnait, il n'y a de réaction logique pour notre peuple que celle-ci. De même, le mot d'ordre IFF que nous avançons, décriée par tous les appareils de partis ou les medias est profondément populaire. Si les appareils de partis ou les médias ne savent pas déterminer le clivage Corse-Français, notre peuple dans sa conscience de peuple, même si cela ne se traduit pas en revendication Politique, sait très bien qui est Corse, qui ne l’est pas : « U ghjunghjticciu Francese o no, sara sempre un ghjunghjticciu » Page 6 Bien que la dénonciation de la colonisation de peuplement soit une priorité pour nous (génocide par substitution) nous n'oublions pas pour autant le rôle économique, social, politique, culturel et répressif que certains Corses jouent contre les intérêts de notre peuple. Chacun a quelque niveau que ce soit, doit des à présent en être conscient. Entre les intérêts du colonialisme et ceux de notre peuple, le choix s'impose pour eux. La violence du peuple corse est légitime, elle s'inscrit dans un processus de résistance séculaire face à l'envahisseur. Les médias tentent par un amalgame constant de nous assimiler aux Brigades rouges ou autres. Ce n’est surement pas a nous de juger ou de condamner ces gens-là. Si ces groupes (Brigades rouges, RAF, GRAPPOS,..) présentent quelques similitudes dans le choix des moyens (guérilla entre autres) leur combat ne peut pas être compare au notre. Nous assimiler à eux, c'est faire abstraction des fondements de la lutte de libération de notre peuple, c’est nier le fait national corse. Si les medias utilisent de telles manœuvres c'est uniquement pour permettre aux Etats européens d'unifier l'Europe répressive en nous discréditant (tous des terroristes) et criminaliser nos actions (militants – droits communs) en occultant le motif politique (exemple Irlande). On nous taxe de terroristes, mais on oublie que deux fois en un an, 30 000 personnes ont défile pour exiger la libération de ceux que le pouvoir et les appareils politiques traitent de terroristes. Nous ne sommes pas des terroristes, nous sommes des patriotes corses... Dans le monde, notre solidarité s'exerce envers tous les peuples qui luttent pour leur liberté. En Europe nous nous reconnaissons, par exemple dans la lutte des peuples basques et irlandais. Le rôle du Front n’est pas de se substituer au peuple corse pour prendre en charge sa libération. Sans contre-pouvoirs populaires, sans prise en main par le peuple lui-même du pouvoir économique et politique, il ne peut y avoir de libération ; celle-ci ne peut donc être le fait que du peuple lui-même. Mais l'histoire a montré, en Corse et ailleurs, que sans direction politique capable de maintenir sans dévier la perspective finale, pour nous c'est la libération nationale, les luttes populaires s'enlisent ou sont détournées par les réformistes. Saul le FLNC peut jouer ce rôle. C'est-à-dire : - Faire prendre conscience au peuple de la nécessite de la lutte de libération par un travail de propagande et designer les véritables ennemis. - Faire en sorte que le peuple s'organise et prenne en charge, partout ou c’est nécessaire, cette lutte jusqu’à la mise en place de structures de contre-pouvoir a tous les niveaux de la vie économique, politique, sociale et culturelle. - Donner à la lutte des perspectives politiques claires, c'est-à-dire a la fois définir des revendications largement mobilisatrices et faire en sorte que la lutte pour ces revendications aboutissent a la lutte pour la libération nationale. Ce sont ces perspectives politiques claires qui permettent à toutes les luttes sectorielles, à toutes les structures de contre-pouvoir de converger pour la prise du pouvoir économique et politique… - Frapper militairement le colonialisme partout ou c'est nécessaire pour l'affaiblir et permettre à la lutte du peuple corse de progresser. Mais il serait illusoire de songer faire la guerre a l'Etat français et la gagner. Il faut être conscient que notre victoire sur le colonialisme sera politique. La lutte armée est on élément pour affaiblir l'impérialisme, situer les responsabilités et donner plus d'impact à notre combat sur le plan international, Mais nous savons que seule, elle serait totalement inefficace. Le Front avance dans le sens de l'histoire de notre pays. II est aujourd'hui la force essentielle de la vie quotidienne. C'est une réalité incontestable : la nier ou l'occulter est une erreur grave ; la minimiser, la discréditer, la salir n’est que propagande anti-corse. Tenter de marginaliser le Front par la création d’un Front antiviolence, c’est reprendre les tentatives de Riolacci (droite-gauche confondues).- référence déclaration Pieruccicse. Conjoncture Les 26 avril et 10 mai 1981 ont lieu les élections françaises : des urnes sortira le chef de l'Etat français. Ces élections ne nous concernent pas. Nous appelons a l'abstention car le pouvoir de droite ou de gauche ne lèvera pas l'hypothèque de la domination française sur notre pays les solutions apportées ne pourront que de secours. Page 7 A Les hypothèses - La droite est réélue La colonisation et la répression se poursuivent et se renforcent (des professionnelles barbouzes envisagée.) un semblant de statut est peut-être accordé. Une troisième force éliminant les tenants du statu quo discrédité est mise en place pendant que la répression s'accentue contre le mouvement national. - La gauche est élue Les solutions avancées ne sont que sectorielles et électoralistes. La gauche aujourd'hui est condamné a embrayer sur le mouvement national pour ne pas se couper du peuple. Chirac, en déclarant que la répression n’est pas la solution, a le même comportement. Mais la position de la gauche vis-à-vis du mouvement national c'est la condamnation et l'appel a la répression (discours Marchais), d'ailleurs comment peut-on demander la libération de ceux que l’on condamne à chaque attentat. La gauche vis-à-vis du mouvement national ne demande que la « clémence ». Ce n’est pas une solution pour la Corse, car il n'y a pas de solution politique en dehors de la reconnaissance de la réalité nationale corse. La libération de nos frères est promise ainsi qu'un statut spécial mais le clan Giaccobi ne se prépare-t-il pas a être l'interlocuteur de Mitterrand en Corse ? Il est opposée au statut et a toujours appelé à la répression, tout comme l'ancien député Alfonsi (rappel de sa déclaration du Boeing). La Cour de sureté de l'Etat est supprimée mais nos « juges naturels » seront-ils plus cléments. Les tribunaux corses seront-ils plus indépendants, plus démocratiques (manifestants d'Aiacciu, reprise des clans REF procureur Guilloux lui même) ; n’est-ce pas le moyen d'occulter !es mobiles politiques surtout au niveau international ? Toutes ces promesses ne nécessitent-elles pas une majorité parlementaire (vote au Parlement...). B La réalité Même en admettant que le visage du colonialisme change, que les données politiques changent, cela entrainerait il pour autant un changement dans les rapports de l'Etat colonial avec la lutte de notre peuple. Toutes ces promesses peuvent-elles résoudre le problème corse ? Nous disons non car seule la lutte de libération nationale peut sauver notre peuple ; Ramener la lutte de libération en un problème de violence est un alibi ? Nous, nous disons que ce n’est pas la violence qui entraine la répression mais la revendication politique avancée ; le problème corse est un problème politique et non militaire ; le problème c’est la remise en cause des liens coloniaux. Quels que soient les moyens employés, la répression du pouvoir de droite ou de gauche s’abattra un jour ou l’autre : un pouvoir de gauche n'accrochera ou ne négociera le droit à l'autodétermination que contraint et forcé. Pour que la violence cesse et que la paix revienne il faut abattre le colonialisme car la violence c'est l’oppression française. La lutte de libération nationale mettra fin à l'oppression et a l'exploitation coloniale de la Corse ; elle va bien plus loin qu'une simple modification des institutions. Elle suppose que le peuple corse soit de nouveau maitre chez lui, maitre de son destin économique, politique, social et culturel. Elle suppose qu’il ait récupéré sa terre, ses richesses, la maitrise de ses moyens de commerce et d'échange. Elle suppose qu’il puisse décider librement, non seulement de ses institutions, mais aussi de ses relations avec les autres pays de la Méditerranée, de ses choix en matière de développement Économique et en matière de société, le tout en fonction de ses besoins et de sa culture. Le peuple corse ne peut arriver à cela que : - par la reconnaissance de ses droits nationaux - la destruction de tous les instruments du colonialisme français (administration, colons, forces d’occupation et de répression) - confiscation des grandes propriétés coloniales, des trusts touristiques et annulation de toutes les transactions spéculatives depuis 1962 ; - instauration d’un pouvoir populaire et démocratique, expression de la volonté du peuple corse par le suffrage universel réhabilité ; - réalisation de la reforme agraire pour assurer les aspirations des paysans, des ouvriers, des intellectuels et débarrasser le pays de routes les formes d'exploitation ; - droit à l'autodétermination dont les modalités de déroulement seront définies lors des négociations avec la France. Page 8 Conclusion Cependant la promesse de libération de nos frères et le choix ambigu de l’UPC ne contribuent guère à la clarification et laissent espérer beaucoup à certains (l’aspect humanitaire jouant un rôle non négligeable). Aussi pour ne pas donner d'arguments a ceux qui sans arrêt nous accusent de faire le jeu du pouvoir partant du principe que la violence sert ce pouvoir (mais oubliant que le problème est politique et non pas un problème de violence...) et qui en cas de défaite de la gauche ne manqueraient pas de nous en faire porter la responsabilité (élections de 1978) nous avons décidé une suspension de notre activité Cette trêve démontrera si besoin était encore que la seule solution pour sauver le peuple corse c'est la notre et balayera les illusions réformistes entretenues par certains au détriment de la survie de notre peuple. Cela implique un désaveu total par avance de tout attentat pouvant être perpétré à dater de demain soir. -------------------------------------- Communiqué de presse (13/5/81) Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes Introduction : Un contexte nouveau Première partie Les dangers immédiats... Le Jeu électoral Le statut particulier Deuxième partie Les perspectives Le FLNC Stratégie à court et moyen terme Conclusion Communiqué 13/5/81 La venue de la Gauche au pouvoir est un grand jour pour le peuple français. Mais elle n’est pour notre peuple avide de liberté qu'illusion et joie précaires. Nous ne pouvons un instant laisser croire à notre peuple que dans la liste des libertés qu'apportera la gauche au peuple français y figureront aussi les nôtres, car il manquera l’essentiel : Le droit des peuples a disposer d'eux-mêmes Le pouvoir colonial français qui nie, étouffe et réprime l’aspiration nationale corse n'a changé que de nature, car Mitterrand, profondément attaché au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, nie ce droit à notre peuple en se camouflant derrière la formule vague du droit a la différence ». En dehors de la prise en compte de ce droit fondamental, II n'y a pas de solution au problème corse, Le statut particulier à la Sicilienne n’est simplement qu'une reforme régionale administrative très poussées qui esquive le vrai problème. Face au nouveau pouvoir colonial fidele à la Constitution de 1958, lui aussi profondément attaché l’unité nationale française et hostile a toute expression nationale corse, notre peuple n'a pas d'illusion à se faire quant a la prise en charge par Mitterrand dune véritable solution politique pour notre pays. La promesse de la libération de nos frères emprisonnés et l’arrêt de toutes les poursuites (qui n’est que justice pour nos frères), qui réjouit à raison notre peuple tout entier, n’est qu'habileté politique qui laisse croire que la question corse est réglée. Notre peuple ne doit pas être trompé avec la gauche au pouvoir en France le problème corse reste entier. Le nouveau pouvoir colonial combattra toute aspiration nationale corse avec ses nouvelles méthodes et ses nouveaux visages, incontestablement mieux armés que la droite pour étouffer et canaliser le mouvement national corse en proposant des solutions sectorielles comme essentielles. En conséquence nous appelons tous les nationalistes à se mobiliser et a s'organiser dans l’unité pour faire aboutir la revendication nationale corse, seule garantie de la survie de notre peuple menace de disparaitre sur sa terre : pour l'heure, la conclusion de notre conférence demeure valable. Nous expliciterons bientôt notre analyse de la situation et préciserons notre stratégie à venir. La Corse appartient aux Corses C'est notre pays Nous y avons nos droits Nous le rappelons FLNC page 9 INTRODUCTION Un contexte nouveau Lors des dernières consultations électorales, le peuple français a manifesté sans équivoque sa volonté de changement, Le FLNC ne peut que se féliciter de cette maturité exprimée par le peuple français. N'en déplaise à certains, le FLNC a toujours considérés le peuple français comme un peuple frère, il ne peut que se réjouir des conquêtes de celui-ci. Mais le peuple français n’est pas le peuple corse. De cette vérité objective, scientifique, découle le sens profond et fondamental de notre combat. Confondre des deux peuples en une seule entité c'est faire preuve que l’on œuvre pour le colonialisme, consciemment ou inconsciemment. C’est admettre comme naturelle la domination politique de l’Etat français sur notre terre. C’est légitimer la prépondérance culturelle de la langue et de la civilisation française sur notre identité véritable, sur notre seule nationalité : la nationalité corse. Enfin, c'est accepter sans réagir la mise en coupe réglée de notre pays par le capital. Au moment ou une partie sincère de notre peuple s'abandonne à la rêverie, nous devons le mettre en garde, l'empêcher d'emprunter le chemin souvent répété de la crédulité. Il nous faut un pouvoir corse mettant en place des institutions corses si nous voulons préserver la lutte de libération nationale de toute récupération. Dans ce contexte, la fraternité avec le peuple français est indispensable mais elle ne saurait être à sens unique : les intérêts des forces populaires corses ne seront pas sacrifies aux intérêts français. Pour cela, tout doit être mis en œuvre pour reconquérir notre souveraineté nationale. Personne ne nous réintégrera dans nos droits naturels, si nous n’avons pas la volonté d'aboutir: C'est une condition nécessaire à la survie de notre peuple. Première partie : Les dangers immédiats… Nous mettons en garde notre peuple contre certains périls : L'euphorisme : les problèmes de la Corse ne sont pas réglés, l’identité corse demeure menacée le peuple corse n'a pas recouvré ses droits imprescriptibles. Nous tenons d'ailleurs dire que nous refusons le mot d'ordre de paix civile tel qu’il est partout proclamé, car nous rappelons cette vérité première : seul le colonialisme menace la paix sur notre terre. Là encore, qu'on ne s’y méprenne pas : nous ne sommes pas contre la paix nous ne sommes pas des partisans inconditionnels de la violence, Bien au contraire, nous aspirons à la paix pour notre peuple. Le peuple corse sait être hospitalier et généreux lorsque ses intérêts vitaux ne sort pas menaces. Comment pourtant peut-on prétendre parler de retour à la paix civile, alors qu'il n'y a jamais eu de guerre civile on tentation de ce genre ? L'affrontement entre Corses n'a jamais existé, seuls les colonialistes et leurs relais politiques ou armés ont été ou demeurent nos adversaires : mais notre peuple, toujours à nos cotes comme nous sommes a ses cotes. Rappelez-vous du piteux échec du 9 septembre 1977. Le peuple corse, il est en nous-mêmes et nous sommes en lui. L’entrisme : nous devons mettre également en garde certains militants sincères contre la tentation de l’entrisme dans les structures politiques françaises. Le mouvement populaire corse doit conserver sa dynamique, et sa stratégie propres. Notre peuple ne se sauvera pas par procuration. Nous lançons donc un appel à toutes les couches de notre peuple pour qu’elles surmontent leurs divisions. Nous demandons à nos intellectuels de surmonter leurs querelles d'écoles et .leurs académismes. Page 10 - L'illusion démocratique : libération des prisonniers politiques ; cette libération camouflée sous des aspects essentiellement juridiques et humanitaires tend à faire croire qu'il n'y aura plus de problème corse quand il n'y aura plus de prisonniers politiques. En fait, cette libération, c’est la reconnaissance de la légitimité de notre lutte. De même la volonté de maintien d’une « mini CSE » (selon la déclaration de M Faure, ministre MRG de la Justice) signifie la reconnaissance du problème politique qui demeure sans solution. Et même si demain la CSE était dissoute, ces contradictions apparentes nombreuses et répétées montrent la perplexité du pouvoir face au problème corse, et nous imposent la plus grande vigilance. Le jeu électoral II demeure fausse a cause de l'omniprésence des clans et de leur facilite a s'adapter au nouveau pouvoir (les quatre nouveaux députes ne pourront qu'assurer la permanence d'un système politique éculé). Cependant, les nouveaux visages ne servent qu’à renforcer les vieux visages. De plus, des « nouveaux visages » sont partie prenante dune structure soumise au centralisme parisien des partis (accords nationaux PS-MRG par exemple. Manœuvres, pressions, magouilles...) Le jeu électoral actuel ne vise qu'a la distribution de quelques miettes ou petits postes favorisant les appétits individuels. II ne fait rien avancer compte tenu de l'urgence de la situation (dermographie, déculturation), au contraire, il renforce les institutions d'un Etat qui reconnait formellement l'existence du peuple corse, mais qui refuse d’en tirer les conséquences : ses droits nationaux. Le jeu électoral renforce le pouvoir qui ne tend qu’à réduire la LLN en refusant de poser le véritable problème : la Corse appartient au peuple corse. A quoi sert d'occuper des postes d'élus ou autres, si l'on renforce les structures coloniales et claniques... Le statut particulier Le statut particulier ou autre réformette ne peut apparaitre comme une solution au problème corse. Ces demi-mesures, n'entraineront qu'un simple changement institutionnel et, par la, occulteront la dimension de notre lutte. Les liens entre la Corse et la France sont des liens coloniaux les rapports qui existent entre les deux pays ne sont que prédominance et soumission. Ce n’est pas en gérant de telles institutions que l'on mettra en cause cet état de fait. Nous sommes conscients qu'en elle-même l'indépendance ne lèvera pas forcement l'hypothèque du colonialisme. Les luttes de libération que mènent les peuples de nombreux pays (Afrique noire, Amérique latine, Moyen-Orient...) montrent que si ces pays ont conquis depuis des années leur indépendance institutionnelle, rien de fondamental n’y a changé l'impérialisme y maintient sa domination économique, politique et culturelle. A ce propos, le FLNC espère que les peuples progressistes sauront imposer à l'impérialisme la négociation Sud/Nord nécessaire à la paix et à la fraternité des peuples dans le monde... Seule la libération nationale peut mettre fin a l'oppression et a l'exploitation coloniale de la Corse. La LLN va bien plus loin qu'une simple modification des institutions. Elle suppose que le peuple corse soit de nouveau maitre chez lui. Maitre de son destin économique, politique, social et culturel. Elle suppose qu'il ait récupéré sa terre, ses richesses, la maitrise de ses moyens de production de commerce et d'échange. Elle suppose qu'il puisse décider librement, non seulement de ses institutions mais aussi des relations avec les autres pays de la Méditerranée, de ses choix en matière économique pour son développement ainsi qu'en matière de société, le tout en fonction de ses besoins et de sa culture. Comme nous sommes conscients que l'indépendance ne lèvera pas forcement l'hypothèque du colonialisme, nous sommes conscients qu'il y a dans cette lutte des situations qu'on ne peut négliger. Actuellement la situation semble favorable pour que les organisations politiques proposent leur statut particulier afin de récupérer le minimum de pouvoir politique que cédera l'Etat français (en guise d'apaisement) sous la pression du mouvement national. Page 11 Si l'Etat français octroie on quelconque statut à notre pays, il est évident qu'il créera une situation politique que nous devront prendre en considération. Mais une solution de ce type, quelle qu’elle soit, ne peut être la solution finale pour notre pays et notre peuple, et nous la combattrons si elle ne prend pas en charge l'intérêt collectif de notre people. Deuxième partie Les perspectives Le FLNC Nous rappelons notre combat contre la droite et les clans : personne n'a combattu le pouvoir de droite plus que nous, les faits et la répression sont la pour le prouver : - au niveau de l’exploitation de notre pays - de l’accaparement de nos terres - du génocide par substitution de notre people - de la domination culturelle française - de l'exil et du chômage - de sa politique d'expansion impérialiste dans le monde. Les finalités de notre combat : Elles ont été résumées dans notre « livre blanc ». Par son combat le peuple corse, après la mise en échec et la destruction des instruments du colonialisme, contraindra l'Etat français à négocier, concrétisant ainsi la victoire politique de la nation corse. Cette négociation implique des préalables : - Libération de tous les patriotes et arrêt de toute répression - Rapatriement des forces d'occupation et de répression - Reconnaissance des droits nationaux du peuple corse et son droit a l'autodétermination - reconnaissance du fait colonial et donc des conséquences qui en découlent (aide a la reconstruction, indemnisation, aide au retour des Corses, répartitions…). L Etat français devra s'engager sous contrôle de l'ONU ou de tout autre organisme international, après une certaine période (durée à déterminer) à garantir les modalités d'application de l'autodétermination. Durant cette période l'administration de l’île se fera à égalité entre l'Etat français et les combattants de la libération nationale. La tache des patriotes rassemblés au sein du Front est de mener la lutte jusqu'è la défaite du colonialisme et des clans, et de restituer au peuple et a lui seul les moyens politiques, économiques et culturels de maitriser son destin. Nous luttons pour le peuple corse et c’est à lui seul que nous remettons la souveraineté nationale et le pouvoir politique que le colonialisme lui a confisqué. La reconnaissance des droits nationaux du peuple corse et son droit à la maitrise de son destin implique la reprise du pouvoir politique par le peuple corse. Le rôle de décision et de sanction est dévolu au people et a lui seul. Les combattants de la lutte de libération nationale feront en sorte que soient prises immédiatement les mesures politiques, économiques et culturelles qui, par le renversement de l'aliénation coloniale avec la disparition de toute influence et de tous les instruments du colonialisme rendront tous ses droits au peuple corse. Notre peuple, alors librement consulté par la voie du suffrage universel réhabilité, se donnera les moyens de chasser définitivement toute forme de colonialisme, d'exploitation et d'oppression. Page 12 Stratégie à court et moyen terme Le danger viendra de la droite qui peut vouloir déstabiliser la France en utilisant la Corse : les risques de provocations subtiles par l'intermédiaire de mouvements qui se parent d'un ultranationalisme, fut-il corse, ne sont pas à exclure. Nous disons clairement la Corse ne permettra pas la répétition d'un 13 Mai 1958 (note) (X). Plus que jamais nous veillerons à dénoncer les provocations d’ou qu'elles viennent. Toute démarche unitaire est un moyen de marginaliser les provocateurs. Cette démarche est aussi nécessaire au développement de l'indispensable débat au sein du mouvement populaire corse, premier pas vers sa réelle unité, ceci afin de permettre le renforcement de la lutte de libération nationale. Le FLNC continuera la trêve pour permettre à cette démarche de se développer. La mobilisation des forces populaires corses peut et doit d'ores et déjà amené le pouvoir céder sur cinq points fondamentaux : - Réhabilitation de la langue et de la culture corses dans tous les domaines (enseignement, vie publique, radiotélévision...) - fin de la colonisation de peuplement (corsisation des emplois, chartre de retour des exilés et refus des fonctionnaires non corses); - liquidation de toutes les formes de spéculation et notamment de la spéculation immobilière - départ des colons : - évacuation des forces d'occupation, de répression et d'agression (Légion étrangère, base atomique de Sulinzara...). Conclusion Le président de la République française, François Mitterrand, et son gouvernement se font les ardents défenseurs dans le monde et au sein de l'internationale socialiste, du principe des droits des peuples à disposer d'eux-mêmes. Ils ont donc les moyens d'apporter une véritable solution au problème national corse en nous reconnaissant ce droit. Notre peuple et la communauté internationale sont attentifs, ils jugeront sur des actes et non sur des principes. La paix en Corse dépend de cette volonté politique ; sinon le FLNC, inlassable défenseur des droits historiques du peuple corse, tout en refusant d'être l’allié objectif des forces réactionnaires, se verra contraint de faire respecter ces droits car la Corse n'appartiendra jamais qu'au peuple corse. Page 13 Cio chellu voli u nostru populu hè di campà libaru nantu à so terra. A Corsica hè soia. Un po essa altrimenti ch’è soia un ci hè duminazione strangera chi ci aghji pussutu cambià qualcosa. Ogni corsu sà chi qui, hè ind’è ellu. Da Capi Corsu à l’isuli Lavezzi sà chi issa terra hè soia. Hè qui in iss’idea, impliccia, prufonda è indistrutevule qu’elle piglia forza a nostra resistenza, hè qui qu’ellu ci vole à circà e ragione di a lotta di Liberazione Naziunale ingaghjata oghje dopu à 200 anni di culunisazione francese. Hè cu a forza armata ch’è Francia s’hè impatrunita di a nazione corsa in un 1769. A sottumissione di u nostru paese à u statu francese, u nostru populu l’hà pagada di u so sangu cù cent’anni di ripressione feroce chi ammutuli tutta vulintà di resistenza o di rivolta. In un tempu a Francia s’hè missa a distrughje a nostr ecunumia. Hè cusi chi finu à 1912 e legge ducanere tassaianu tutti i prudutti corsi à l’isportazione (lancu i prudutti agriculi) invece ch’è i prudutti francesi intrianu in Corsica à vulintà è senza tassi mica. Sottimessi da l’arme, arruvinati da a duminazione economica culuniale u Corsu s’è avviatu prestu à l’esigliu. Nulla d’esse fursatu a parte fora di Corsica a Francia sin’hè ghjovata d’ellu per mantene e so duminazione culuniale in Africa è in Asia. 200 anni di distruzione economica ani cunvintu u nostru populu chi u so paese era troppu povaru per dalli a manghjà. Hè cusi ch’è un Corsu un vidia altra suluzione per campà, ch’è andà à buscassi un travagliu in altrove per pudè rientrassine ind’è u so locu per pudè more è fassi interrà ind’è a so terra. Hè in l’esigliu ch’è a Francia aia l’assicuranzia di a sottumissione di u nostru populu scunvintu ch’ellu era d’un pudè campà senza ella. A miseria economica vuluta è causata di u nostru paese era l’assicuranza stessa di a duminazione francesa. U intarresu di a Corsica per a Francia firmava dunque u valore umanu (per i culunie è e guerre) è a so pusizione strategica in Mediterraniu. Ma in un mezu seculu i cosi ani più ch’è cambiatu. page 14 E diculunisazione (pedi neri) è u turismu anu custretu a Francia ad abbandunà a so pulitica di miseria economica. Hè cusi qu’ella n’hè vinuta à la messa in valore economica di a Corsica. Solamente issa messa in valore economica (in u nostru paese qu’elli ci anu imparatu à a scola povaru è senza avvene) nulla di susprendaci s’hè fatta senzi i corsi è à i costi di i Corsi. Issu sviluppu economicu fattu pa i francesi hè statu un’ accilerazione di piu di l’esigliu di i nostri. In 10 anni 44 000 francesi so ghjunti 41 000 corsi so partiti. Hè qui a morti di un nostru populu chi si face pianu pianu allora ch’è i strangeri s’impatruniscianu di u nostru paese. OGHJE IN CORSICA UN SEMU PIU IND’È NOI. Un ghjornu piu di l’altru u corsu face a prova à so costa chi a Corsica un hè piu soia. U strangere s’impatrunisce di i piu belli siti, custruvisce scrucuneghja, impone a so lingua, i so valori culturale, a so manera di campà allora ch’è a nostra lingua, micca insignata sparisce, tutti i nostri usi, i nostri propie valori corsi spariscenu. À Corsica MORE. A duminazione vinia supurtevole per noi tantu quella un ci impidia d’esse corse, tantu ch’è i nostri loghi eranu sempre nostri. Oghje nulla di pigliacci a nostra terra, hè in a nostra parsona stessa ch’è l’imperialismu francese ci tocca, tumbendu a nostra lingua, i nostri valori, a nostra identità, a nostra cultura. Eccu per chè oghje u nostru populu hà ripresu a lotta di liberazione naziunale. Hè in issa lotta qu’ellu si po salvà di a sparizione. Hè in issa lotta qu’ellu si po rimpatrunisce di a so terra, di u so paese. Hè in issa lotta qu’ellu si darà i mezi di campà liberu ind’è ellu. Page 15 Notre pays est occupé depuis deux siècles Le 13 juillet 1755, Pasquale Paoli est élu chef de la nation corse. Il donne à la Corse une Constitution démocratique, trente-quatre ans avant la Révolution française de 1789. Ainsi, durant quatorze ans, la Corse va être une nation indépendante où le peuple participe au pouvoir. Cette indépendance c’est l’aboutissement de nombreuses années de luttes entamées par notre peuple contre l’occupant génois. Malheureusement, le 15 mai 1768, Gênes demande à la France d’occuper militairement la Corse et d’y demeurer jusqu’au remboursement par Gênes d’une somme de deux millions de livres à la France. Le peuple corse est vendu comme du vulgaire bétail. Pasquale Paoli déclare alors : « Jamais le peuple n’a essuyé un outrage plus sanglant. On ne sait pas trop ce que l’on doit détester le plus, du gouvernement qui nous vend ou de celui qui nous achète, confondons-les dans notre haine, puisqu’ils nous traitent avec un égal mépris. » C’est la guerre entre la Corse et la France ! En octobre 1768, à Borgo, les soldats corses infligent une lourde défaite aux troupes françaises. Le corps expéditionnaire français, composé au début de 8 000 hommes, s’élève bientôt à 30 000 hommes. La guerre est impitoyable : le comte de Vaux approuve les massacres d’enfants, de femmes et de vieillards. Il donne l’ordre à ses troupes de « n’épargner ni les moissons ni vignes, ni oliviers de ceux qui refusent de se soumettre ». Le 9 mai 1769, l’armée corse subit une grave défaite à Ponte Novu. Des combats ont encore lieu en Balagne, à Casacconi, Vivariu, près d’Aiacciu et dans le Fiumorbu. Pasquale Paoli, pour éviter un massacre de notre peuple, décide de renoncer momentanément à la lutte. Le 13 juin 1769, il s’embarque à Portu Vecchiu pour l’Angleterre. Les patriotes corses refusent de se soumettre à l’occupant français : ils résistent. Le 25 septembre 1769, à Oletta, des patriotes dénoncés sont torturés et suppliciés. Leurs maisons sont rasées. A Guagnu, le curé réunit les habitants et jure avec eux de ne jamais se rendre à la France. Il mourra au maquis quelques années plus tard. Quarante de ses paroissiens sont suppliciés à mort. Le 23 juin 1774, un soulèvement a lieu dans le Niolu. La répression est terrible. Soixante-deux Niolins sont arrêtés. Les uns sont pendus, les autres déportés au bagne de Toulon. D’autres soulèvements ont lieu dans les Pieve de Talcini, de Vallerustie, Ampugnani. En 1775 dans le Fiumorbu, le général Marbeuf promet l’amnistie à ceux qui déposeront les armes. Abusés, une centaine de patriotes lui font confiance et se rendent. Ils sont égorgés par les soldats français. Les centaines de patriotes sont envoyés dans le bagne de Toulon, cinq cents y mourront dans des conditions épouvantables. Pendant qu’elle réprimait, la France faisait venir des colons et s’attachait les notables collaborateurs (Buttafoco, Bunaparte). En 1789, Paoli se rallie aux principes de la Révolution française, espérant que celle-ci va reconnaître les droits de la nation corse. Mais Paoli comprend très vite qu’il n’a rien à attendre de la bourgeoisie. En mai 1793, une Cunsulta générale réunie à Corti proclame Paoli général en chef de l’île et lui donne le titre de Babbu di a Patria. Le 3 juillet 1793, le pouvoir français divise la Corse en deux départements. Le 17 juillet 1794, la France se permet de mettre hors la loi Paoli et ses partisans. Le 15 juin 1794, les troupes françaises sont chassées de notre sol. La Corse est indépendante sous la « protection » de l’Angleterre. Cette « protection » n’est en fait qu’une mascarade. En octobre 1796, les Anglais rembarquent. L’armée française réoccupe notre pays. Depuis cette date, le Parlement corse ne s’est plus réuni et donc la Corse, Etat indépendant, est occupée par la France. Il n’y a pas eu de « consentement national » à l’annexion. Le fameux décret du 30 novembre 1789 rattachant soi-disant la Corse à la France est caduc. Le 9 novembre 1799, Napoléon prend le pouvoir en France. Il met la Corse hors Constitution et y installe de fait un état de siège qui va durer plus de vingt ans. Au début de 1800, la révolte éclate dans le Fiumorbu. Elle s’étend en Rocca, Moriani, Tavagna, Balagna. Elle durera trois ans. La répression française sera impitoyable. Les villages de Zonza, San Gavinu di Carbini. page 16 Isulacciu, Prunelli et Omasu di Fiumorbo, Velonu, Talasani, Poghiu di Tavagna, Forci di Moriani seront incendiés. Quarante résistants sont tués à Forci, quatre-vingts en Balagna. En Tavagna une église est mise à sac par les soldats français qui violent et tuent femmes et enfants. Le 15 décembre 1800, le pouvoir français avec Napoléon crée une colonne mobile (8 000 hommes) chargée de poursuivre et de massacrer, de faire régner la terreur dans les villages les plus reculés. Un tribunal extraordinaire et expéditif est mis en place. Toutes les libertés publiques sont suspendues. Le 12 janvier 1803, Napoléon donne les pleins pouvoirs au général Morand. Ce dernier est une brute qui fait détruire le maquis et multiplier les exécutions sommaires. Sous son commandement « on fusille au moins un homme par jour » dira le général Cervoni. La Corse entière est à feu et à sang. Des révoltes éclatent partout. En 1808, dans le Fiumorbu, tous les hommes du village d’Isulacciu sont arrêtés. Dix otages sont fusillés à Bastia et à Corti. Deux cents habitants de 15 à 80 ans sont déportés dans les cachots de Toulon. En 1810, à Palneca, quinze habitants sont pendus sur la place du village. En 1816, insurrection dans le Fiumorbu. A la tête d’une armée de 1200 hommes et de cinq cents femmes, Paoli met en échec une armée française de 8000 hommes. En 1819, émeute à Aiacciu et dans d’autres coins de l’île. Après 1819, la résistance à l’oppression française s’est poursuivie sous différentes formes. La répression française elle aussi s’est poursuivie sous différentes formes. En fait, malgré quelques périodes d’accalmie, résistance et répression n’ont jamais cessé en Corse. La résistance s’exprima aussi sur le plan culturel : 1898 = « A Tramuntana » ; 1914 = « A Cispra » ; 1920 = « A Muvra ». Au niveau de la répression, celle-ci prit une forme particulièrement insidieuse : la manipulation. Ainsi dès 1802 Napoléon ordonnait de recruter les Corses par tous les moyens. Des milliers de nos compatriotes fournissent alors l’armée française qui va se battre sur tous les territoires d’Europe. En 1802 et 1803, Napoléon crée deux bataillons de Corses. La conscription est mal accueillie chez nous et l’insoumission, qui est une autre forme de résistance, est générale. C’est Napoléon qui a institué le principe : Corse = réservoir d’hommes pour l’armée française. Cette politique sera continuée avec frénésie par tous les gouvernements français. 1914 - 1918, c’est la grande saignée pour notre peuple. 35 000 de nos compatriotes sont morts dans cette boucherie honteuse de l’histoire mondiale. Bon nombre de nos compatriotes, intoxiqués par la propagande française et contraints à l’exil, sont allés se battre, un peu partout dans le monde, pour le compte du colonialisme français. Le pouvoir français s’est servi de certains d’entre nous pour combattre d’autres peuples colonisés. Encore une autre forme de répression : l’aliénation culturelle qui constitue une habile manipulation. Un exemple : avec la fermeture de l’Universita di Corti, le pouvoir français a obligé les jeunes Corses à suivre leurs études dans la métropole. Les conditions de vie, le contenu des études, la propagande colonialiste, etc. tout cela a contribué à masquer le sentiment patriotique. L’illusion de la réussite a également voilé nos aspirations nationales. On a tenté de dénaturer la fierté de notre peuple en le cloisonnant dans un cadre de vie qui n’avait rien à voir avec le sien. On finissait par croire que le fait de ne pas être reconnu comme Français était une insulte : il fallait donc être plus français que les Français. Dans nos villages on laissait croire que seuls les Corses qui s’expatriaient étaient dignes de considération. Parallèlement on entretenait le mépris à l’égard des bergers et des paysans. Bien entendu, la France poussait un certain nombre d’entre nous vers les emplois qui donnaient l’illusion du commandement et de l’indépendance. La manipulation de notre peuple a été poussée à son extrême avec le fameux serment de Bastia. Ce serment est le résultat d’une longue propagande qui a détourné notre peuple de sa haine de l’occupation française. Cette haine, profondément enracinée jusqu’en 1914, a été in- sidieusement transférée sur un peuple latin frère du nôtre. Le colonialisme français a su profiter finalement de l’aversion des Corses pour la dictature et réussi à faire l’amalgame nationaliste corse = fasciste. page 17 Le serment de Bastia qui prétend nous imposer d’être à jamais français exploite notre fidélité à la parole donnée. Il s’appuie sur notre sens de l’honneur pour tenter de nous faire renoncer à notre lutte de libération nationale. Ce carcan malhonnête ne mérite aucune considération. Les notables aussi ont essayé de manipuler notre peuple pour servir les causes du colonialisme français en Algérie. La manipulation pro-Algérie française montre comment on peut faire marcher et sacrifier un peuple dans un conflit avec un autre peuple. Aujourd’hui ces manipulations en tous genres sont de plus en plus démasquées et balayées. L’oppression française, quelles que soient ses formes, n’a jamais cessé. La résistance de notre peuple non plus. Depuis quelques années, notre peuple se lance avec une nouvelle vigueur à l’assaut du colonialisme, pour son indépendance. Avec Pasquale Paoli notre pays a été indépendant Après des siècles de lutte contre l’envahisseur dont le nom change souvent, mais jamais les méthodes, la Corse entre enfin, en 1755, dans une ère de paix et de dignité. Cette période privilégiée avait un nom : indépendance, un chef : Pasquale Paoli, une composante essentielle : le peuple corse. Cela dura quinze ans seulement, mais suffisamment pour prouver que le terme « nation corse » n’était pas usurpé. Le 13 juillet 1755, Pasquale Paoli est élu chef de la Nazione Corsa par la Cinsulta di Casabianca. Le peuple corse, enfin, selon le mot de Paoli, est « maître de lui-même ». Quelques mois plus tard, Pasquale Paoli précise les bases de cette indépendance et organise la vie de la nation : c’est la « Constitution » approuvée à la majorité par la Cunsulta de Corti en novembre 1755. Cette Constitution servira de modèle à la France et à l’Amérique qui s’en inspireront trente ans plus tard. Elle annonce une ère nouvelle de démocratie et jette pour la première fois au monde les bases du suffrage universel. Organisation du gouvernement L’organisation du gouvernement de Pasquale Paoli est simple : — A la base se trouvent les communes, administrées par trois magistrats, élus à main levée dans chaque village. Ces trois magistrats sont composés d’un maire et deux assistants. En outre un capitaine d’armée maintient l’ordre et instruit militairement les jeunes soldats ; — Les communes sont regroupées en Pievi, les Pievi en provinces. Le peuple élit les représentants des Pievi qui siègent dans une assemblée nationale, la Cunsulta. La Cunsulta se réunit deux fois par an. Ces représentants du peuple ont un pouvoir élargi : ils votent les lois, ils décident les impôts, ils décident de la déclaration de la guerre, ils élisent le conseil suprême. — Le conseil suprême statue sur les propositions de la consulta. Il choisit le général de la nation. — Le général de la nation est commandant en chef des armées. Il représente la Corse auprès des souverains étrangers. Organisation générale pour une réelle indépendance 1 - La justice. L’organisation de la justice était urgente. Paoli se heurte dès le départ à un des problèmes majeurs de l’époque : la vendetta. La justice d’alors est celle des riches. Un Corse, surtout s’il est du peuple, ne vaut rien contre un corse riche (notable au service des génois) ou un Génois. Les juges sont achetés, les tribunaux aussi. Les Corses n’ont pas confiance en cette justice-là. Ainsi réagissent-ils individuellement et se font vengeance eux-mêmes. C’est un grand désastre pour la Corse. Un meurtre en entraîne un autre. La vendetta entraîne même des Corses à se déchirer entre eux. La vendetta décime notre peuple. Elle se transmet de génération page 18 en générations, et bien souvent sous un prétexte tellement lointain qu’il est depuis long-temps oublié. Pour stopper cette hémorragie, Paoli est obligé de prendre des mesures très sévères : toute personne qui se rend coupable d’homicide volontaire est très sévèrement punie, y compris par la peine de mort. D’autres délits sont très sévèrement combattus. Le viol est également passible de mort. Les plus graves délits sont jugés par la Giunta, Haute Cour de Justice désignée par le Conseil Suprême. Les délits mineurs peuvent être jugés par les tribunaux populaires ou par le Podesta de la Pieve (le responsable de la Pieve). L’originalité de cette organisation de la justice est évidente. Elle apparaît plus encore lorsque l’on sait que ses différents organismes (Giunta, Rota) sont contrôlés par un comité de syndics élus par la consulta, élue elle-même par le peuple. Les syndics contrôlent non seulement le bon fonctionnement de la justice, mais leur rôle est également de recueillir les suggestions et doléances des citoyens. A cet effet, ils parcourent le pays en des déplacements incessants. Les syndics contrôlent même le conseil suprême. Les plus hauts fonctionnaires doivent répondre directement devant le peuple de leurs actes. 2 - L’unité nationale. Paoli unit en un temps remarquablement court le peuple corse. Il a montré que le pays pouvait être organisé en respectant la volonté populaire, et être indépendant. Pour vivre, le pays doit faire appel à ses propres ressources. Paoli améliore le secteur de l’agriculture. Il intensifie les cultures existantes (châtaignes, oli-viers) et en développe de nouvelles (vignes, pommes de terre). La vie agricole de la Corse devient intense. Les campagnes sont très peuplées. Chaque colline est couverte de cultures en terrasses séparées par des multitudes de murs de pierres qui subsistent encore de nos jours. Tout ce qui est cultivable est cultivé. Les cultures apparaissent souvent même très loin du village. Il existe une entraide naturelle. On se prête les outils. Certains biens sont en commun. Paoli développe le commerce. Il construit de nouveaux ports. Il parvient ainsi à faire exporter des produits corse et à faire importer des produits manquants. Paoli développe l’industrie. On exploite le sous-sol en minerais. Les mines sont nombreuses (plomb, cuivre, fer). Le minerai extrait sert aussi à la fabrication d’outils et d’armes. 3 - L’éducation. Paoli fait construire des écoles dans de nombreux villages. Une de ses plus grandes réalisations est l’ouverture d’une université corse à Corti. Ce cœur patriotique de notre pays sera étouffé plus tard mais jamais oublié puisque tout notre peuple réclamera sa renaissance deux siècles après. Cette université est gratuite. Tous les professeurs sont Corses. Il faut aussi avoir une imprimerie. Elle sera installée à Cervioni. On y imprimera notamment les journaux et des textes destinés avant tout à informer le peuple et à souder des aspirations nationales. 4 - La défense nationale. Paoli fait organiser militairement des citoyens pour que notre pays soit capable de résister aux attaques extérieures. Il fait organiser la défense nationale. L’armée sera populaire. Elle sera composée de milices paysannes. Paoli crée des chantiers navals pour organiser notre marine de guerre. 5 - La monnaie. Une monnaie est indispensable pour être indépendant. Paoli fait créer un hôtel des monnaies où seront frappées des pièces aux armes de la Corse. Ainsi, avec clairvoyance et habileté, Paoli a prouvé que notre peuple pouvait être maître de son destin, libre et indépendant. page 19 CUSTATU 1 - Le constat économique et social L’économie corse est une économie coloniale caractérisée par un mouvement de fuite sans aucune étape intermédiaire de transformation, elle est exclusivement au profit de colons non corses : — fuite de ressources, produits du sol (bois brut, liège, lait pour roquefort, peaux, laines, vins…) ; — fuite des derniers capitaux corses et destruction de la vie régionale par la concurrence des grands capitaux. A la distribution de la Banque corse se substitue la prolifération des grandes banques nationales ; — aliénation des terres au profit des grands colons rapatriés et des trusts touristiques ; — politique discriminatoire anti-corse du Crédit agricole, SOMIVAC, SETCO, CORSAM… et de l’Etat au détriment des petits paysans et hôteliers ; — réduction du marché de l’emploi ; — exode des Corses. A ce mouvement de fuite correspond un courant d’importation des produits de consommation fabriqués ailleurs, des cadres techniques et administratifs non corses et d’une main-d’œuvre immigrée. Le monopole de pavillon couronne l’édifice colonial (réf. « Main basse sur une île »). La Corse et les Corses se sont brutalement trouvés confrontés à un schéma d’aménagement imposé et largement rejeté par les insulaires (sauf les valets…). La Corse est ainsi entrée dans l’ère du développement capitaliste accéléré. Dans le cadre de la redéfinition internationale des tâches, la Corse a été essentiellement vouée à la spéculation touristique et à la monoculture industrielle de la vigne, d’où démantèlement, pillage, abandon des ressources productrices de l’île, désertification de l’intérieur, construction d’une nouvelle économie corse basée sur la dépendance vis-à-vis de la France, l’hyper-développement du secteur des services du tertiaire. La politique énergétique, l’aménagement des infrastructures… Tout le développement est subordonné au développement du tourisme (Réf. Conférence CFDT - Résolution congrès 1979). page 20 Agriculture L’agriculture traditionnelle familiale périclite et disparaît. La grande agriculture industrielle « crée l’illusion » (miracle pied noir). 1881 : 260 000 ruraux 1980 : 25 000 ruraux Cereales : 1800 : 144 000 ha cultivés ; 1960 : 3 800 ha. Exploitations : 1957 : 12 280 ha cultivés ; 1977 : 7 391 ha. . Exploitants : 1962 : 11 000 ha cultivés ; 1975 : 7 391 ha. Elevage : la montagne est abandonnée Année OVINS BOVINS PORCINS CAPRINS 1896 430 000 250 000 100 000 75 000 1978 133 000 42 000 49 000 45 000 Colonisation agricole : Superficie cultivée : 1970 : 42 000 ha dont 34 000 de vigne 1976 : 43 000 ha dont 37 000 de vigne 378 viticulteurs non corses : 90 % de récolte : 190 millions NF de CA 3922 Corses : 10 % de récolte : 20 millions NF de CA En matière de développement sylvo-pastoral la carence est totale. Les jeunes qui veulent s’installer se heurtent, en plus des difficultés naturelles, à la politique discriminatoire du Crédit agricole et des banques. Tout est fait pour les dégoûter. La conserverie de Casamozza qui devait servir l’agriculture est anéantie. Le domaine de Casabianda n’est toujours pas retourné à l’agriculture corse. La SOMIVAC continue son travail au service d’autres intérêts que ceux des jeunes et petits exploitants corses. Tourisme Une entreprise parasitaire qui sert les spéculateurs, les banquiers, promoteurs, notables, et qui ne rapporte au peuple corse que quelques miettes de moins en moins importantes, alors que les petits hôteliers s’endettent toujours plus pour rien. (le commerce corse, l’agriculture, l’économie locale sont hors circuit). — Accaparement et défiguration de nos sites ; — villages touristiques des spéculateurs se multiplient ; — nos villages se meurent ou sont envahis ; — le littoral est aux mains des trusts internationaux (linia, Testa, Agriates, Scandola, La Corniche d’Or) ; — ces trusts s’apprêtent à s’emparer de nos villages vides pour les transformer en zones « réserves » pour touristes en mal d’exotisme. Les bénéfices sont pour les spéculateurs, banquiers, promoteurs, notables, ou partent à l’étranger. La main-d’œuvre est importée ainsi que l’approvisionnement (les Corses sont écartés). Les banques se multiplient (preuve que la Corse rapporte) grâce à la spéculation. L’été les prix doublent aggravant la situation financière. Le colonialisme brade notre pays au nom du développement de la Corse. La STECO créée à la même époque que la SOMICAV s’est couverte de gloire en construisant ses hôtels de luxe (Sheraton à Porticciu, Transat de la Liscia, Marine de San’ Ambrogiu…) avec le soutien et au profit d’intérêts financiers étrangers (Groupe Kettaneh, Financière de Suez, Banque Industrielle de l’AFN…), ou des villas (avec l’aide de la SOMICAV) pour les politiciens français (Gaston Monnerville, ex-président du Sénat…). Le tout au nom de l’aide généreuse de la France. L’échec provisoire du monstrueux projet de Pinia (20 000 lits) entraîne son remplacement par page 21 la CORSAM et d’autres dirigeants (qui prétendent se prévaloir d’une certaine corsitude pour mieux mener leurs funestes projets). Sous prétexte d’aquaculture (avec le CNEXO) et de réserve écologique, Pinia est repris pour mener à bien les projets des trusts (complexe touristique : la zone de lotissement est déjà prévue et après viendront la Testa, Scandola…). Le colonialisme pille notre terre. L’Etat français est en train de préparer sa dernière offensive visant à éliminer notre peuple de sa terre. Le schéma d’aménagement est repris point par point. Grâce à la collaboration de certaines municipalités (surtout du Sud car ce sont là que se font les plus grosses tractations immobilières), 260 000 lits sont prévus pour 1985 (plus que la population actuelle) ce qui explique la Vazziu, l’aéroport de Figari, les infrastructures routières et portuaires du Sud… sur le dos des contribuables corses par l’augmentation des centimes additionnels. Les agences immobilières servent la spéculation foncière et les intérêts des trusts. Elles sont le symbole de l’accaparement de notre terre par les finances internationales. La mainmise sur nos richesses du littoral est pratiquement réalisée. Les grands sites touristiques ne nous appartiennent plus. Les grandes sociétés financières se sont déjà emparé de tout le bord de mer, présumé rentable, ou susceptible de le devenir. Les municipalités se chargent d’aménager ce qui reste de parcelles exploitables et de promouvoir leur vente pour quelques résidences secondaires dans l’espoir de renflouer leurs caisses municipales. Tous ces terrains gelés doivent être lotis, parcellisés, aménagés, équipés, en vue d’un rendement intensif à l’image de la Testa Ventilegna. Industrie 1833 : des fabriques de savon, des industries de tabac, des verreries, treize vanneries, trois forges, trente-six moulins à huile, trois cent cinquante moulins à farine, deux cent cinquante métiers pour fabrication de la toile, cent douze machines à tisser, sept distilleries… pour la seule région de Bastia. Pas de développement mais un sabotage systématique. 1942 : fermeture de la mine de sulfure de Matra 1949 : fermeture de l’Arsenal d’Aiacciu 1965 : fermeture de la mine d’amiante de Canari — Disparition de trois usines de tanin — Déclin des industries du bois — Refus d’une cimenterie à Francardu (trust Lafarge = ciment deux fois plus cher) — 1980 : Tentative d’abandon de Jos-Bastos Par contre, essor des activités coloniales (vignes, tourisme) ne rapportant qu’aux trusts. Actuellement, la Corse est un désert industriel. Les seules industries existantes, dépendantes de l’extérieur, sont au bord du gouffre (JOB, bâtiment, travaux publics…). Pêche La pêche est moribonde. Loin d’aider au maintien ou au développement des métiers de la mer, tout est organisé pour les faire disparaître. L’exemple le plus significatif est l’aquaculture. Les pêcheurs corses ont un projet de ferme marine qui servirait vraiment aux travailleurs de la mer : les étangs corses pourraient être développés à moindre frais, mais l’Etat français préfère installer le CNEXO à Pinia sans consulter les premiers intéressés et malgré l’avis du Comité scientifique et technique (Mare Corsu). Artisanat On assiste à un retour des jeunes vers ces activités, mais aucune facilité ne leur est accordée et les multiples difficultés ajoutées aux blocages administratifs et bancaires ne sont guère des facteurs d’encouragement pour eux. Leur grand tort semble être de prouver qu’autre chose est possible et que le fatalisme de la mort de l’intérieur (et donc de notre peuple) n’est pas irréversible. page 22 Commerce Il se réduit surtout à une redistribution locale. Les seules exportations sont les agrumes et le vin. Le petit commerce familial corse est à la dérive. L’arrivée de non-Corses bénéficiant de facilités a entretenu l’illusion. Les petits commerçants endettés, tributaires des intermédiaires, doivent de plus subir la concurrence des grandes surfaces qui s’installent malgré les interdictions et grâce à l’appui des notables et de l’administration (Corsaire…), sans oublier les affairistes ambulants non corses qui prolifèrent l’été, profitant de la manne touristique sans les inconvénients supportés par les petits commerçants corses toute l’année. Transports Les commissions se suivent et le problème demeure (rappel grève d’octobre) car la Transat a le monopole du pavillon. La Transat équilibre ses budgets avec les bénéfices des lignes corses et comble son déficit avec les subventions qu’elle reçoit pour ces lignes corses. La politique de la Transat entraîne des tarifs exorbitants, des rotations irrégulières, des bateaux insuffisants et l’aberration des réservations avec l’attitude spéciale des agences de voyages… Le leurre de la continuité territoriale s’est traduit par l’augmentation des prix et a permis une plus grande pénétration des trusts (entreprises et transporteurs non corses plus compétitifs que les insulaires désarmés). Il en est de même pour les transports aériens (discrimination dans les réductions, horaires mal conçus, prix élevés, vols insuffisants aux périodes de pointe). Le réseau intérieur est catastrophique. Seules les régions à potentiel touristique sont aménagées (infrastructures payées par les Corses). L’Etat a demandé à la Corse d’emprunter un million de francs. Les ponts détruits durant la guerre ne sont pas reconstruits (le plan Marshall a pourtant débloqué l’argent ?). L’Etat, sans la vigilance des cheminots et du peuple corse, aurait depuis longtemps supprimé le réseau ferré. Mais rien n’est fait pour le moderniser ou l’adapter. Finances Les banques servent de moyen d’oppression et d’aliénation de notre peuple. Leur fonctionnement est de type colonial (pas de formation sur place, cadres non corses, difficultés de promotion, matériel de fonctionnement importé…). 20 % seulement des bénéfices de l’épargne sont réinvestis en Corse. Au lieu de servir le développement des activités locales, ils permettent les investissements des trusts en Corse. Les banques prêtent surtout aux trusts qui gèlent nos sites (facilités de crédit) mais ne prêtent pas aux Corses (petits commerçants, hôteliers, agriculteurs, artisans) ou à des taux très élevés. Elles ont une pratique discriminatoire (Crédit agricole). Elles ne sont pas chez nous pour promouvoir le développement de notre pays au profit de notre peuple… Elles sont l’instrument privilégié dont le capitalisme et le colonialisme se servent pour réaliser en Corse un profit maximum au détriment de l’épanouissement de notre peuple. Elles ont permis le développement d’une « économie de far west » ne rapportant que quelques miettes aux Corses. Le régime fiscal français profite aux exploiteurs : les bénéfices touristiques s’évadent sans être comptabilisés. Les abus sont tolérés pour ne pas provoquer la ruine des secteurs de l’économie coloniale (tourisme, bâtiment, agriculture). Energie L’indépendance énergétique de la Corse est possible (d’intéressants travaux le prouvant ont été faits) mais l’Etat préfère le nier pour nous imposer des choix destructeurs (Vaziu) dans le seul but de faciliter le développement du tout-tourisme et... page 23 ...en fonction des plans du schéma d’aménagement qui prévoit l’envahissement de notre pays. Social Le salaire moyen est inférieur de 32 % à la moyenne française (secteur privé et semi-public). La vie (quoi qu’en dise l’INSEE) est de 20 % plus chère qu’en France (malgré quelques exceptions dans les villes) et elle augmente l’été eu égard au type de développement imposé (le tout-tourisme). Le peuple corse détient 30 % des emplois (en 1960, nous en avions 90 %). Le taux féminin est de 18 % (France : 44 %). En quinze ans, 44 000 arrivées de Français et 44 000 arrivées d’étrangers. Parallèlement, 41 000 Corses furent contraints à l’exil. Aujourd’hui, 9 000 chômeurs déclarés (46 % ont moins de vingt-cinq ans et 51 % sont des femmes) et 3 000 départs de jeunes Corses par an. De plus, combien sont ceux qui se voient privés de toutes les garanties sociales en travaillant pour des patrons abusifs qui ne les déclarent pas. Mais, au-delà de ces chiffres, combien de Corses, surtout de l’intérieur, sans travail, aidant ou étant aidés par leur famille, n’osent pas, ou négligent de s’inscrire à l’ANPE aux concepts si contraires à notre peuple. Ce peuple qui, inconsciemment, par cette attitude, refuse d’être un assisté car il veut vivre dignement sur sa terre : a Corsica. C’est d’ailleurs sur cette misère sociale que spécule et prend racine le clan de droite ou de gauche, et maintient notre peuple dans la soumission (violation de la législation du travail, mépris des conventions collectives, soumission, pressions, travail au noir avec la complaisance de l’administration, conditions de travail déplorables). A cela s’ajoutent les illusoires contrats de préformation ou d’emplois-formation dont se gargarise l’administration qui n’apportent rien aux jeunes Corses sinon l’accentuation de la mentalité d’assistés. Les problèmes se posent avec encore plus d’acuité au sortir des stages où ils n’ont rien appris. Tous les jours, des Corses sont contraints à l’exil, car le seul emploi qu’éventuellement peut proposer l’ANPE, c’est celui de gentil serviteur du touriste, emploi saisonnier, dans le cadre d’une Corse transformée en « bronze cul » européen, à moins qu’elle ne propose un passeport pour l’exil. Et chaque année débarquent 3 000 allogènes avec leurs places réservées, leurs places volées à ceux qui doivent partir, s’exiler pour vivre. Et ces envahisseurs s’en vont grossir les « résidences ségrégationnistes », abandonnant les HLM aux Corses. Le colonialisme a beau dire qu’il n’y a pas de Corses pour occuper ces places. Mais n’est-ce pas la France qui a privé notre peuple depuis deux siècles de tous les moyens de formation nécessaires à son émancipation, en supprimant tous les moyens de formation nécessaires à son émancipation, en supprimant les instruments existants (universita di Corti en 1769), en ne créant pas, en dérogation à ses propres lois, les structures indispensables à tout développement équilibré (lycée agricole, école hôtelière, formation technique, université, etc.), mais aussi en n’hésitant pas à détruire les instruments qui se sont créés malgré son obstruction (ex : attentat contre le CPS de Corti ou la Scola materna d’Aiacciu). Ainsi, la France s’interdit de favoriser, d’inciter au développement des secteurs primaires et secondaires, seuls véritables facteurs d’émancipation économique (par la création d’emplois véritables). page 24 Santé Insuffisance des locaux, du personnel et des moyens. Les évacuations sont faites sur la France, ce qui s’ajoute aux problèmes de transport et des liaisons intérieures de l’île. Certaines régions sont sous-équipées (Balagne), manque de crèches, d’établissements pour inadaptés, de médecins scolaires, d’éducateurs, d’assistantes sociales… Le thermalisme corse est abandonné, la Sécurité sociale refuse la prise en charge. A signaler l’importance des non-Corses dans certains secteurs (DASS, Castellucci, Casarella…). La mortalité infantile reste la plus élevée de France. Un seul mot résume la situation de la Corse : LA DEPENDANCE. Sur le plan de l’économie, le peuple corse est réduit à presque rien. Il ne produit plus grand-chose de ce qui lui est nécessaire pour vivre. La dépendance est totale pour tout ce qui est à la base d’une société : l’énergie, l’alimentation, les moyens de transport, les outils et les machines, les médicaments et les équipements de santé… La plus grande partie de ce qui est vital pour le peuple corse est importée de l’extérieur. La dépendance économique est accentuée parce que les seules activités qui marchent à peu près sont à la remorque d’éléments extérieurs : le tourisme, le bâtiment, quelques productions agricoles (vin, les clémentines). Pour ces activités, dépendance veut dire fragilité. La dépendance ne tombe pas du ciel. Comme une chaîne, tous les maillons ont été forgés dans l’histoire ancienne et récente. L’agriculture et l’élevage ont été ruinés. L’artisanat et la petite industrie ont été détruits. L’insularité est devenue un handicap pour les plus grands profits des exportateurs français. L’économie corse est vidée de sa substance. La chaîne de la dépendance est mise en place : elle contraint le peuple corse à l’exil et à la disparition. Quel avenir propose la France à notre peuple ? — Détruire l’intérieur, non rentable pour elle et le transformer en réserve foncière pour spéculations ultérieures. Le parc n’a pas d’autre utilité pour elle.— Occuper le littoral au profit de la grande industrie touristique (Pinia, Testa, Agriates, Scandola, Corniche d’or…).— Développer les grands domaines d’agriculture spéculative étrangère à l’île pourvoyeuse de capitaux, alors que la Corse doit importer presque tous ses produits alimentaires. Ce développement se fait par l’utilisation des immigrés, surexploités et vivant dans des conditions misérables.— Assurer un marché à ses propres produits manufacturés en empêchant toute production locale (loi de 1818, continuité territoriale). Ce type de développement signifie la mort de notre peuple. Travailler, c’est édifier son pays. La Corse appartient aux Corses. C’est eux qui l’ont préservée, fertilisée, construite au cours des siècles. C’est à eux seuls de la développer. Démographie Le temps travaille pour le colonialisme français. corsisainfurmazione.orgTous les jours, poussés par le chômage, de nombreux Corses doivent s’exiler alors que les non-Corses débarquent en masse avec leurs emplois réservés. Ainsi, d’année en année, le peuple corse se dilue un peu plus pour finir un jour par être définitivement absorbé par les allogènes (colonisation de peuplement). Les chiffres parlent d’eux-mêmes :— sur 230 000 habitants, la moitié seulement est corse ;— chaque année, 3 000 Corses partent et 6 000 non-Corses prennent leur place ; page 25 — en un siècle, 235 000 Corses ont quitté l’île. C’est un véritable génocide par substitution que subit le peuple corse actuellement. A ce rythme-là, si rien n’est changé, dans quelques années, notre peuple sera réduit à des dimensions de petite tribu. Les rescapés qui la composeront, classés pourquoi pas « espèce protégée », feront la joie des ethnologues et des touristes en mal d’exotisme. Le peuple corse est en danger de mort ! Ce bilan s’aggrave d’autant plus si l’on sait que : — pour 1 600 naissances corses (2 600 en tout), il y a 1 000 décès ; — 40 % des communes rurales ont enregistré 300 décès pour aucune naissance ; certains villages de l’intérieur sont complètement morts. Plus de décès que de naissances - Vieillissement - Inactivité La force d’une nation se mesure à sa population active. En Corse, seulement 33 % de la population active est corse. Il est alors facile de comprendre que le processus de destruction engagé par l’Etat français ne peut que s’aggraver au fil des ans. Les Corses sont de moins en moins maîtres chez eux ! Bientôt, tous les postes clefs, tous les leviers de commande seront contrôlés par les étrangers. Environnement Ces vingt dernières années, l’agression sur le plan écologique a été si forte que la situation est catastrophique : nous courons droit à la ruine. — En montagne, le feu ravage des milliers d’hectares (le tiers de la végétation a brûlé en quinze ans) transformant des régions, à la végétation autrefois luxuriante, en désert de rocailles. — En plaine, la politique de la monoculture intensive (des milliers d’hectares de vignes) a gravement compromis l’équilibre naturel indispensable. — Sur les côtes, le béton armé remplace la végétation que les incendies détruisent. — Chaque année, des tonnes de détritus laissés par les touristes s’amassent dans les campagnes : les rivières, la mer sont polluées. La Corse est une poubelle ! Malgré cela, rien n’est fait ! Les constructions anarchiques se multiplient. La spéculation immobilière est reine. Aucune politique d’urbanisation n’est mise en place. Le feu continue à brûler la végétation restante. Les moyens de prévention sont dérisoires. La véritable politique de rénovation rurale est toujours au stade de promesse. L’industrie du feu et la spéculation immobilière ruinent notre pays. L’Etat français, responsable de cette situation, augmente l’agression avec des centrales comme Lucciana et celle du Vazziu. De plus, le spectre du nucléaire apparaît au loin…. 2. Constat politique Les nationalistes d’aujourd’hui ne sont pas les fils du hasard : ils s’inscrivent dans la longue tradition de résistance du peuple corse face aux envahisseurs successifs. Notre lutte rejoint le vieux fond d’insoumission à l’étranger. QUELQUES BREFS RAPPELS Début du 20e siècle : les nationalistes tentent de s’organiser mais la guerre de page 26 1914 les en empêche. C’est l’époque de la Tramontana, puis de la CISPRA. Entre les deux guerres : nouvel essai d’organisation. C’est l’époque de la MUVRA. 1959 à 1963 : divers mouvements à revendication économique (DIECO, CAPCO…). 1964 : création du CEDIC réclamant un statut spécial. création à Paris de l’Union corse l’Avenir, à caractère socialiste. 1966 : création du FRC. 1967 : certains membres du FRC (issus du CEDIC) créent l’ARC. 1969 : incidents de Porto. 1969-1970 : Etats généraux de la Corse préconisant l’autonomie de gestion. 1971 : création de la CODER. Adoption du schéma d’aménagement. 1973 : boues rouges. 1973-1975 : A CHIAMA DI U CASTELLARE préconise l’autonomie interne. Discours de Beyrouth. Apparition du FPCL puis de GHJUSTIZIA PAOLINA. Visite de Messmer. Arrestations de la CSE. 1975 : mission Bou. Manifeste de Pentecôte. Evénements d’Aleria-Bastia. 1976 : procès d’Aleria. naissance du FLNC. affaire Cohen-Skalli. affaire du boeing. BUSTANICU 1978 : visite de Giscard. arrestations de Bastia. visite de Barre. 1979 : procès de nos frères. 1980 : événements de Bastia-Aiacciu. procès de Paris. Situation politique Les procès de nos frères (auxquels nous rendons hommage pour leur courage et leur engagement au service de notre cause) ont prouvé au monde le sens profond et réel de la lutte de libération nationale dans notre pays. La teneur des procès, la lourdeur des condamnations, l’ampleur du soutien populaire sont des preuves irréfutables de l’enracinement et de la force de notre lutte. Les procès sont l’un des faits les plus marquants du mouvement national de cette décennie. Ils marquent une étape importante dans la lutte de libération et ont démontré l’importance du FLNC dans le mouvement nationaliste. En quatre ans d’existence, malgré la répression à outrance, le FLNC n’a cessé de progresser, s’enracinant de plus en plus profondément dans toutes les couches populaires. Par le développement de ses structures politiques, l’intensification de sa propagande, des actions militaires contre des objectifs colonialistes, il a fait prendre conscience de la légitimité et de la nécessité de la lutte de libération nationale. Nombreux aujourd’hui sont les Corses qui se reconnaissent en lui et le considèrent comme l’avant-garde révolutionnaire capable de libérer la Corse du colonialisme. Les événements d’Aiacciu-Bastelica ont confirmé la progression de l’idée nationale au sein de notre peuple. La manifestation du 26 janvier 1980, par son ampleur et ses mots d’ordre, a prouvé la force de l’aspiration de notre peuple à son émancipation (le travail en profondeur portant ses fruits). Le mouvement populaire profondément nationaliste a secoué les structures politiques existantes. page 27 Les premiers à ressentir cette secousse sont les partis français dans leur politique usée et sans avenir pour notre pays… Touchée par le mouvement national, la base de ces partis s’est reconnue dans celui-ci en tant que Corses et non pas en tant que militants de telle ou telle chapelle. C’est derrière leur drapeau et leur pays qu’ils se sont rangés face à l’agresseur visible dans la rue. Entre la force armée, la violence du colonialisme et leur peuple menacé, ils ont choisi les leurs au-delà des clivages droite-gauche française. C’est ce qui explique l’engagement des partis et syndicats de gauche contre la répression (ce qui n’avait jamais été aussi clair et la répression ne date pas de Bastelica) et que, contrairement à Aleria (où droite et gauche avaient d’abord condamné les patriotes), les clans n’ont pas condamné clairement (au contraire, on a même vu des élus de droite s’élever contre l’attitude du pouvoir et demander la libération des patriotes). Les deuxièmes à subir cette secousse sont les mouvements nationalistes légaux : leur incapacité à proposer une action politique qui puisse satisfaire le mouvement populaire les a contraints à ne faire que de la lutte antirépression et à mener le mouvement populaire dans une impasse, déconcertée par certains mots d’ordre contradictoires et démobilisateurs. L’UPC, en jouant l’apaisement, a révélé son incapacité à assumer la dimension réelle du mouvement nationaliste. Néanmoins, il représente un danger potentiel pour la lutte de libération nationale car il peut crédibiliser la troisième force en y adhérant (vu son passé, et le prestige de son leader). Le collectif des 44 a joué un rôle important dans la lutte antirépression mais cette alliance conjoncturelle ne peut dépasser le cadre de mots d’ordre limités. Cette mouvance nationale par la multiplication des comités nationalistes constitue l’inconnue ; elle s’organise et a démontré avec une belle vitalité qu’« elle entendait participer à l’animation politique légale », réussissant même à imposer certains mots d’ordre comme : libération de tous les patriotes. Mais, au stade de la lutte de libération nationale, on peut voir les limites d’un mouvement légal et s’interroger sur ses possibilités réelles face à la violence coloniale. Le colonialisme désemparé devant la vigueur des réactions populaires a réorganisé hâtivement les forces conservatrices et réactionnaires ( cerm élus RNC) au nom de l’union sacrée contre la violence, mais cette union n’est qu’un écran de fumée ne répondant qu’à un souci tactique conjoncturel. En effet, le statu quo, position figée sans perspectives politiques réelles, risque à court terme de renforcer la lutte de libération nationale, aussi face au danger et dans le cadre de l’échéance 1981, l’Etat français tente de créer les conditions nécessaires à la naissance d’une troisième force entre les tenants du statu quo et le FLNC. L’Etat français abandonnera dès qu’il pourra les tenants du statu quo, ceci dans un but de renouvellement de la classe politique discréditée (tout le monde a compris aujourd’hui que son « cocoricorisme » enragé n’est que d’origine alimentaire et qu’il s’éteindra le jour où la France cessera d’être une « vache à lait ») et d’une « régionalisation » ou statut quelconque pour tenter de marginaliser le FLNC et de mieux le réprimer. Dans ce contexte, le double discours en apparence contradictoire d’un Pasquini est révélateur de cette volonté. Les élus de progrès utilisant la capacité d’autorégénération du clan (RDAC à Porti Vecchiu présent avec Jean-Paul de Rocca-Serra à la manifestation antiplasticages, contacts avec Stiri l’été 1979, propagande de Kyrn...) sont les prémices de cette troisième force qui, par le jeu des alliances contre le FLNC (PC, PS au niveau des appareils, certains MRG, libéraux, socioprofessionnels, autonomistes...), rempliront le rôle de cette troisième force : tout en n’excluant pas l’hypothèse d’une Corse indépendante préservant les intérêts français avec un régime néocolonial de type OTAN. La réunion du 22 avril 1980 est significative de la volonté du pouvoir d’affaiblir les élus du statu quo pour pouvoir s’en débarrasser le plus vite possible : en bloquant la situation (aucune solution, répression sévère...), en multipliant les provocations sur le terrain (marine de Davia et autres...), le pouvoir vise à faire éclater les contradictions des élus qu’il a reçus et faciliter ainsi le regroupement au sein de la troisième force d’élus comme Pasquini qui savent que ce statut quo défendu par le CCB ou certains élus est condamné. Au besoin, pour discréditer ces élus réactionnaires, des provocations à leur encontre ne sont pas exclues (rappel attentat Aimé Pietri pour faire porter le chapeau à J.-P. de Rocca-Serra. Tout cela pour marginaliser la lutte de libération nationale et mieux la réprimer. Les tentatives d’union sacrée contre le mouvement national devraient inciter les partis de page 28 gauche français à remettre en cause certaines alliances électorales ou certains votes avec Giacobbi ou la droite dans certaines commissions ou organismes : car, malgré son engagement aux côtés des nationalistes contre la répression, on ne doit guère « s’illusionner ». La gauche française ne peut résoudre notre problème et les solutions qu’elle propose ignorent les droits nationaux de notre peuple. Ce ne sont que les ultimes tentatives de récupération de nos aspirations, et ce uniquement à des fins électoralistes. Mais il nous faut distinguer la base de l’appareil de ces partis (nombreux sont les militants à s’engager résolument dans la lutte de libération). Pour notre part, notre lutte ne se situe pas par rapport aux élus quels qu’ils soient, bien que certains soient des supports effectifs du colonialisme, la solution ne passe pas par un changement d’élus ou l’accession d’hommes nouveaux aux responsabilités, mais par la destruction totale du colonialisme dans ses structures politiques, économiques et culturelles. 3. Constat culturel La culture corse a toujours existé et cela depuis que le peuple corse existe. Manière de vivre et ciment de notre peuple, surtout parmi les couches populaires (i disgraziati), les familles aisées s’identifient souvent à la culture de différents envahisseurs, elle a résisté à toutes les agressions : aujourd’hui, elle reprend vigueur malgré tous les obstacles. Le combat de ces vingt dernières années pour qu’elle soit enfin reconnue n’est rien d’autre que le combat de notre peuple pour sa propre existence, car notre culture n’est simplement que notre identité nationale et la seule raison qui fait que nous sommes un peuple. Sans sa langue, ses traditions, ses mythes, ses croyances, sa manière d’appréhender et de traduire la vie et la mort, la nécessité constante de se référer et de se situer dans son propre espace qui est la Corse, sa région, son village, sa maison, les siens. Le Corse, le peuple corse n’existent plus. Si notre culture est ce qui nous différencie des autres, le problème corse aujourd’hui réside justement dans le fait qu’il est difficile, et impossible pour les jeunes, de différencier un Corse d’un Français, car l’assimilation est quasiment totale chez les enfants, auxquels il ne reste plus de corse que le nom. C’est justement parce que l’acculturation a atteint un point de non retour qu’il a été facile à l’Etat français, ainsi qu’à tous les partis français de droite et de gauche, de reconnaître aujourd’hui notre culture, après l’avoir niée et combattue, et de compléter ainsi leur programme électoral. L’Etat français poursuit sa politique coloniale qui bafoue et nie notre peuple. — Notre langue n’est pas enseignée et est rejetée comme langue maternelle. — De moins en moins parlée chez les jeunes, la transmission orale de notre culture ne se fait plus. Notre histoire est bafouée. — Notre culture est absente de tout enseignement. — L’Education nationale continue d’imposer la culture française reçue comme culture supérieure au détriment de nos propres valeurs que le Corse rejette lui-même par complexe d’infériorité. — Les médias, avec cinq minutes ignardes de corse par jour en guise d’alibi, accentuent cette politique d’assimilation. — La Maison de la culture de la Corse, à coups de centaines de millions de subvention par an, sert d’amplificateur à la domination culturelle française et contribue largement à l’aliénation et à la disparition de notre peuple (pantalonnade du CCB, Alzipratu, Millelli…). En fin de compte, c’est le droit à l’existence de notre peuple qui est rejeté. Pour les pouvoirs publics, l’administration, l’enseignement, la vie politique, les partis français de droite et de gauche (même s’ils emploient aujourd’hui le mot « peuple corse »), notre peuple n’existe pas. Tout simplement, le peuple corse, pour l’Etat français, n’existe pas. L’homme et la femme corses n’ont d’autre issue que la fuite dans l’aliénation française pour s’identifier à la « supériorité » du colonisateur. La seule possibilité pour notre peuple d’exister en tant que tel et de s’exprimer en tant que corse réside uniquement dans notre lutte nationale qui le tire de l’aliénation française, lui restitue ses propres valeurs de corse pour lesquelles la maîtrise politique de son pays lui est indispensable. page 29 Conclusion Située dans le contexte des îles méditerranéennes, la Corse est privilégiée par rapport aux autres îles (peuplée, richesses naturelles, conditions géographiques, variétés climatiques, etc...). Donc, conditions bonnes pour un développement économique et humain. Aujourd’hui, c’est la moins peuplée des îles. On ne peut rechercher les causes dans le « prétendu alibi corse pauvre », vu l’arrivée massive d’allogènes actifs : en fait, c’est une terre qui se développe, mais les Corses n’ont jamais l’initiative car cette initiative est usurpée par d’autres. L’indépendance de PAOLI avait marqué l’effort d’organisation révélateur : université, chantier naval, fonderie, agriculture, monnaie, commerce, etc., et ceci dans des conditions très difficiles. L’annexion correspond à une époque marquée par une impitoyable concurrence économique et à une invasion extérieure ; d’où situation catastrophique. La Corse devient un simple complément d’un puissant ensemble de régions déjà productrices. La France n’a donc pas besoin de la développer pour produire au-delà des mers et dans des conditions plus difficiles ce qu’elle produit déjà. Malgré cela, certains gouverneurs de l’île tenteront de développer l’île mais en excluant les Corses (nombreux rapports proposant immigration massive de toutes origines, même idée chez Bonaparte pour les repris de justice). Les conquêtes et guerres napoléoniennes laissent la Corse exsangue : elle a besoin d’une politique dynamique de relance ; elle tire pour tout particularisme des lois douanières qui axent les exportations corses et détaxent les importations ; durant un siècle, l’économie corse, déjà soumise aux transports difficiles, est écrasée par les lois douanières de 1818. L’évolution est catastrophique : manque d’initiative, vieillissement des structures, l’exil augmente, la Corse devient un réservoir d’hommes. Le XXe siècle voit une aggravation brutale du processus : Première Guerre mondiale (45 000 morts, Corses enrôlés jusqu’à quarante-cinq ans, double des classes...), tout s’écroule : tentative d’industrialisation sans lendemain, artisanat, thermalisme, etc. La période du Second Empire qui avait montré les potentialités de l’île est déjà loin. Les revendications restent lettre morte : transports, assainissement de la plaine, routes, promotion économique deviennent les éternelles promesses électorales ; jamais le peuple corse n’a les moyens politiques et financiers de tenter de résoudre lui-même ses problèmes, d’autres pensent pour lui. Au terme de cette longue phase de destruction, l’île s’oppose aux expériences atomiques de l’Argentella et « bénéficie » du PAR (Plan d’action régional). L’idée de faire la Corse sans les Corses se retrouve avec le support d’économie mixte (SOMIVAC, SETCO, CORSAM...). Résultat : Le littoral se développe mais la part des Corses y diminue de façon tragique et l’intérieur est à l’abandon. La Corse est de plus en plus dirigée de l’extérieur ; la plus grande partie des revenus agricoles et touristiques part ailleurs (1/3 agriculteurs, 1/2 tourisme), les banques prolifèrent : elles ne sont là que pour tirer profit de cette spéculation effrénée. Une part importante de l’épargne corse est réinvestie à l’extérieur et abandonne notre économie ; de même rentrent des capitaux extérieurs dans des transactions immobilières et foncières. L’île est ainsi rachetée et exploitée de l’extérieur ; l’exil et la décorsisation s’accentuent. Le schéma d’aménagement souligne de façon identique, plusieurs fois, la nécessité de l’immigration ; donc, les 40 000 emplois prévus n’iront pas aux Corses et il n’y aura plus que 180 000 Corses sur 350 000 habitants en 1985. Ce schéma assigne à notre pays un double rôle : Stratégique : La Corse est utilisée comme un énorme porte-avions facilitant les agressions néo-coloniales en Méditerranée et en Afrique (légion, Solinzara, gendarmeries, manœuvres militaires en tout genre). Economique : Alors que l’intérieur, gardien de « l’AME CORSE » se meurt, l’île est submergée par « l’industrie du tourisme » et sert de pourvoyeuse de devises pour la stabilisation du Franc (bronze-culs européens plus quelques réserves d’« indigènes à la guitare » pour milliardaires en mal d’exotisme). Le bilan est significatif : pour assurer la survie du peuple corse et lui redonner les moyens de s’épanouir sur sa terre, la lutte de libération est nécessaire. page 30 MANQUE Page 31 BASES FONDAMENTALES DE LA LUTTE DE LIBERATION NATIONALE L’obtention de l’autonomie ou autres réformettes ne peut être une solution au problème corse. Ces « demi-mesures » n’entraînent qu’un simple changement institutionnel et par là occultent la dimension de notre lutte et nient un de ses points fondamentaux : la reconnaissance de nos droits nationaux. On ne mettra pas fin à la domination française impérialiste en changeant les institutions. Nous sommes conscients qu’en elle-même l’indépendance ne lèvera pas forcément l’hypothèse du colonialisme. Les luttes de libération nationale que mènent les peuples de nombreux pays (Afrique noire, Amérique latine, Moyen-Orient) montrent que si ces pays ont acquis depuis des années leur indépendance institutionnelle, rien de fondamental n’y a changé : l’impérialisme y maintient sa domination économique, politique, culturelle. Seule la libération nationale peut mettre fin à l’oppression et à l’exploitation coloniale de la Corse. La libération nationale va bien plus loin qu’une modification des institutions. Elle suppose que le peuple corse soit de nouveau maître chez lui, maître de son destin économique, politique, social et culturel. Elle suppose qu’il ait récupéré sa terre, ses richesses, la maîtrise de ses moyens de commerce et d’échanges. Elle suppose qu’il puisse décider librement, non seulement de ses institutions, mais aussi de ses relations avec les autres pays de la Méditerranée, de ses choix en matière de développement économique et en matière de société, le tout en fonction de ses besoins et de sa culture. Le peuple corse ne peut arriver à cela que :— par la reconnaissance de ses droits nationaux ;— la destruction de tous les instruments du colonialisme français (administration, colons, forces d’occupation et de répression) ;— confiscation des grandes propriétés coloniales, des trusts touristiques et annulation de toutes les transactions spéculatives depuis 1962 ;— instauration d’un pouvoir populaire et démocratique, expression de la volonté du peuple corse par le suffrage universel réhabilité ;— réalisation de la réforme agraire pour assurer les aspirations des paysans, des ouvriers, des intellectuels et débarrasser le pays de toutes les formes d’exploitation ;— droit à l’autodétermination dont les modalités de déroulement seront définies lors des négociations avec la France. 1. Identité culturelle Le problème corse ne se pose pas en termes de « politique culturelle » ni de moyens. La « charte », quels que soient son contenu et les crédits octroyés, aussi conséquents soient-ils, ne changera rien. Le problème culturel corse, c’est simplement le droit de notre peuple à l’existence. C’est dire le droit pour les Corses d’exister, non individuellement, comme cela peut être toléré, mais collectivement, dans ce que nous avons de commun : notre culture. Ce qui fait que nous sommes un peuple forgé dans des siècles de lutte pour défendre la terre qui nous appartient et la raison fondamentale pour laquelle nous ne sommes pas français. page 32 Notre culture est le CIMENT même du sentiment national corse et le dernier rempart qui nous protège de la disparition totale. Face : — à l’accaparement de nos terres et de nos biens ; — au transfert massif de la population qui nous rend minoritaires sur notre sol ; — et surtout la politique d’assimilation totale qu’exerce l’Education nationale, les médias, l’administration en imposant la culture dominante française et la langue française qui aliènent notre peuple et en font un peuple soumis, bâillonné, colonisé. Notre culture, c’est notre peau noire, c’est notre religion, c’est ce qui nous différencie des allogènes, nous protège et, surtout, ce qui unit les Corses. La démarche de la LLN dans ce domaine, c’est la prise en charge de notre identité dans la vie quotidienne et dans tous les secteurs de la vie publique. C’est le rejet des structures de pensée et schémas extérieurs qui aliènent notre peuple. C’est la nécessité de penser et d’exprimer notre époque en termes corses. C’est aussi parler notre langue, en exiger ses droits et dégager dans la lutte nos propres structures d’enseignement vers un retour normal de notre langue comme langue maternelle de notre peuple et langue officielle. C’est lutter pour un enseignement et une université au service de l’émancipation économique, culturelle et politique du peuple corse. Cela implique un accès facilité à l’éducation pour tous, une large part à notre culture et histoire nationales, un enseignement professionnel répondant aux nécessités de notre développement, une priorité à la formation des hommes et des femmes, une véritable formation permanente non soumise aux exigences du colonialisme comme aujourd’hui. C’est encourager la création sans laquelle il n’y a pas de culture vivante et s’en donner également les moyens. C’est rechercher nos propres valeurs. C’est réhabiliter l’homme et la femme corses écrasés par la domination française, leur rendre leur dignité d’homme et de femme et leur droit de peuple. C’est la démarche indispensable pour notre peuple vers l’émancipation et l’assurance de trouver la solution nécessaire à sa survie. Notre langue et notre culture une fois réhabilitées et disposant des moyens nécessaires à leur développement et enrichissement, nous pourrons alors ne pas rejeter les acquis culturels français ; mais au même titre que nous nous ouvrirons aux cultures et langues du monde méditerranéen dont nous sommes issus. 2. Affirmation des droits nationaux La nation corse s’est forgée dans les luttes contre tous les envahisseurs. Vaincue militairement, elle a été asservie par la répression. Deux siècles de mensonges et d’aliénation ont étouffé la conscience nationale de notre peuple. Aujourd’hui, il ne dispose pas des moyens politiques d’exprimer librement sa volonté. C’est ce qui légitime notre lutte car le colonialisme nie nos droits nationaux. Ces droits impliquent les moyens et garanties politiques, économiques, culturels, militaires pour la nation corse de vivre et prospérer sur sa terre dans la liberté et la démocratie. Nous accueillerons et protégerons tous ceux qui respecteront et défendront ces droits à nos côtés. Ceux qui ont choisi de vivre et travailler ici devront nous rejoindre s’ils refusent de servir la colonisation. Ces droits imprescriptibles constituent notre droit naturel qu’aucun oppresseur ne peut modifier ou nier. 3. L’unité nationale Forger la conscience nationale de notre peuple et réaliser l’unité nationale de notre pays face à la menace de disparition, la domination culturelle et l’exploitation de celui-ci par le colonialisme français. Telle doit être la stratégie de notre LLN. L’unité nationale de notre peuple, face à la répression, l’exploitation et la menace de disparition, réside essentiellement dans notre identité corse, dans notre inconscient collectif qui nous page 33 unit nous autres Corses dans notre réalité et dans les liens étroits qui nous lient communément à notre terre. C’est là la source essentielle et indispensable du nationalisme corse. C’est là que le nationalisme corse doit puiser ses forces au-delà des clivages de partis et des querelles de chapelles qui sont autant de clichés et de schémas importés et par conséquent non corses. L’unité nationale de notre peuple ne se fera pas sur des alliances de partis ni sur des stratégies électorales, ni sur la proposition d’un statut politique quel qu’il soit. L’unité nationale de notre peuple, c’est dans notre identité nationale qu’il faut la chercher. Face à l’urgence de la situation, face à la menace de disparition qui pèse sur notre peuple, la LLN doit dégager cette unité. Elle doit rejeter les schémas politiques importés par les partis politiques français de droite et de gauche qui, avec les effets de la « pulitichella », divisent profondément notre peuple. Rentrer dans le jeu des alliances sur ce terrain c’est renforcer le colonialisme, de même que vouloir faire avancer des partis vers la mouvance nationaliste par des concessions ou autres combines est une erreur. Les partis français ne peuvent pas prendre en compte notre problème national. Leur démarche est simplement électoraliste et par conséquent renforce les querelles électorales qui divisent notre peuple et rentre dans la stratégie du colonialisme qui est justement la division. La LLN ne se situe pas au niveau des élus, droite ou gauche, de même qu’elle ne vise pas l’accession d’hommes nouveaux à des responsabilités politiques. Notre ennemi, c’est le colonialisme français. La LLN doit s’efforcer de rassembler notre peuple dans son unité la plus large sur des choix « politiques corses » qui nous unissent dans notre identité de peuple. Les partis politiques français dans notre pays — en dehors du PCF — ne véhiculent véritablement aucune idéologie politique. Ce ne sont que des étiquettes étroitement dépendantes de la structure coloniale. C’est ce qui explique le passage de certains élus de gauche à droite et vice-versa, sans compter les votes communs dans certaines instances ou assemblées. Ce sont les structures coloniales essentiellement que doit combattre la LLN. C’est dans notre identité nationale et contre le colonialisme que réside l’unité nationale de notre peuple et c’est dans cette voie-là que la LLN doit dégager les moyens nécessaires pour mener à terme la lutte d’émancipation de notre peuple. Développement de la lutte de libération nationale 1. Création de contre-pouvoirs La libération nationale, c’est la destruction de la domination coloniale, c’est-à-dire la récupération par notre peuple de sa terre, de toutes ses richesses et de la totalité du pouvoir politique et économique. C’est dans tous les secteurs économiques, politiques, culturels que devra être menée la lutte de libération nationale. Dès aujourd’hui, sous toutes les formes possibles doivent se canaliser et se consolider toutes les énergies populaires. Dans chaque pieve, chaque ville ou village, la lutte de libération nationale doit organiser notre peuple pour récupérer ses richesses, imposer les choix économiques, sociaux et culturels qui lui sont propres. En s’organisant dans cette lutte, il mettra sur pied de véritables STRUCTURES DE CONTRE-POUVOIR qui lui permettront : — de prendre en main le contrôle et la gestion du pays dans chaque domaine économique, politique, culturel, sur le plan local comme sur le plan national en fonction de ses besoins et de ses intérêts de la lutte de libération nationale ; — en mettant ainsi sur pied un véritable contre-pouvoir populaire, à tous les niveaux, le peuple corse se sera alors donné les moyens de décider en toute liberté, en toute connaissance de cause, des institutions de son choix : c’est cela la véritable INDEPENDANCE. Ces contre-pouvoirs constitueront demain les rouages essentiels dans la marche du pays libéré. page 34 La libération nationale implique que la lutte doit s’appuyer sur l’ensemble du peuple et plus particulièrement sur les couches sociales les plus défavorisées. Car ce sont les seules capables de mener et de maîtriser la lutte de libération jusqu’au bout : jeunes, chômeurs, travailleurs, ouvriers, paysans, pêcheurs, employés, petits commerçants, etc.) ; c’est dans ces couches que l’aspiration nationale est ressentie le plus car ce sont celles qui sont le plus exploitées par le colonialisme, le plus opprimées, qui ont le plus conscience de la perte de leur identité et de leurs racines culturelles. Dans la lutte quotidienne, le peuple doit s’organiser pour la prise en main de son destin. Pour cela, la création de contre-pouvoirs est nécessaire à tous les niveaux de la vie sociale, économique, politique, culturelle. Ces contre-pouvoirs peuvent revêtir de multiples aspects : ce sont des organisations ou associations syndicales, culturelles, écologiques, de défense, de solidarité, etc., dans lesquelles le peuple défend ses intérêts et lutte sur tel ou tel point précis ou conjoncturel. Cela va des syndicats de travailleurs au CAR, à la CSC ou à l’ULC en passant par les associations de parents d’élèves, de défense de quartier, le GARDE, A CUNCOLTA DI U CANTU, la CORSICADA, AUTU PAISANU ou les mouvements nationalistes « légaux »... Les exemples sont multiples (de la grande organisation de masse au petit comité de quartier) ; l’évolution de ces contre-pouvoirs dépend de l’évolution de la prise de conscience du peuple de la nécessité de s’organiser face aux agressions du colonialisme. Plus ces organisations sont nombreuses et actives, et plus la lutte nationale progresse car c’est dans ces organisations que le peuple fait l’apprentissage de l’organisation, de la démocratie et de la lutte. Il apprend ainsi à mieux appréhender le colonialisme et à se donner les moyens de le combattre. Il se prépare à prendre en main ses propres pouvoirs. C’est dans la lutte quotidienne que le peuple définit ses choix et les solutions de demain pour chaque secteur, social, économique, politique et culturel, à partir des perspectives politiques globales mises en avant par la lutte de libération nationale. Mais il est illusoire de vouloir transformer du jour au lendemain toutes ces organisations en « ORGANISATIONS NATIONALISTES » sans tenir compte du degré de conscience politique des membres de ces organisations ; cela revient à les vider de leurs membres et les empêcherait de jouer leur rôle. C’est sur les problèmes les touchant directement que les gens se mobilisent ; il ne faut pas tomber dans l’erreur de rejeter systématiquement « toute lutte sectorielle » sous prétexte que nous ne lui reconnaissons pas le titre de la lutte nationaliste (sauf si bien sûr elle est en totale contradiction avec notre lutte comme la continuité territoriale ou la prime d’insularité). La progression et l’avenir de la lutte dépendent pour une large part de notre capacité de mener un travail lent, difficile, patient et sérieux au sein de ces organisations. L’importance d’une organisation ne doit pas se juger par rapport au nombre de ses adhérents ; l’importance réside dans le rôle futur et potentiel d’une organisation dans la lutte du peuple corse, surtout dans la Corse de demain, par les mots d’ordre avancés Il nous faut considérer, dans cette optique, les syndicats de travailleurs avec une attention particulière. Aujourd’hui, à des degrés divers, ils sont « coincés » entre les aspirations légitimes de notre peuple et les impératifs d’un « syndicalisme français » ignorant les réalités de notre pays. Il est nécessaire que nous nous attachions à les inciter à prendre de plus en plus en compte la lutte de libération nationale. Une réflexion et un travail particulier sont nécessaires à leur niveau. Les organisations de masse jettent les bases d’une organisation du peuple à tous les niveaux : c’est cela le contre-pouvoir populaire. Il est garant du non-détournement de la lutte nationale de libération au profit d’intérêts particuliers et de la réelle prise en main de son destin par le peuple. 2. Lutte dans les différents secteurs Il ne s’agit pas de donner ici un plan de développement pour la Corse, mais de tracer des axes, de grandes orientations pour les luttes d’aujourd’hui. La Corse de demain sera telle que le peuple corse la fera et c’est dans les luttes que dès maintenant nous la préparons. Il s’agit aussi de poser certains choix en fonction d’un seul critère : le développement économique dont la Corse a besoin dans son ensemble ; nous devons donner la priorité à la satisfaction des besoins de tous et non à la satisfaction de quelques intérêts particuliers. C’est par la lutte de libération nationale que la Corse émergera à la dignité internationale et Page 35 au respect de ses droits, dont celui, souverain, de choisir son système économique, politique, social et culturel. Dans ce cadre, elle pourra exercer une responsabilité permanente sur ses richesses et promouvoir un système économique réduisant au minimum sa dépendance et sa vulnérabilité. La Corse devra engendrer son propre développement en assumant elle-même la production des articles de base pour arriver rapidement à un équilibre de la balance agro-alimentaire. En règle générale donc le développement devra être fondé sur une définition réaliste des besoins de notre peuple (les différentes unités agricoles et industrielles devront être liées et intégrées à l’offre et à la demande nationale) et échapper au mythe de la croissance. Celle-ci se nourrit trop souvent des coûts qu’elle engendre. En échappant au mythe de la croissance nous pourrons trouver de nouveaux équilibres et jouir d’un meilleur bien-être économique sans pour cela céder aux démagogies utopiques d’une vie primitive. Mais, surtout, le développement économique ne sera total que s’il fait primer les objectifs communautaires sur les intérêts privés et s’il prend en compte, au-delà des limites économiques, les facteurs sociaux et l’épanouissement culturel du peuple dans son ensemble, tout en respectant son environnement naturel. Agriculture La Corse doit sortir de la dépendance alimentaire, et elle peut prétendre à l’autosuffisance dans des délais assez brefs. C’est pourquoi la lutte de libération nationale doit donner priorité au développement agricole. Ex : bien souvent développement touristique et développement agricole sont contradictoires. C’est le cas, par exemple, autour des villes où les terrains agricoles sont occupés de plus en plus par les résidences secondaires, les centres de vacances. Lors de l’établissement des POS en particulier, le peuple corse doit s’organiser et lutter pour que cesse l’accaparement de nos meilleures terres agricoles, celles des plaines (Gravona, Prunelli par exemple) et que priorité soit donnée à l’agriculture. Pour sortir de la dépendance alimentaire, nous devrons refuser dans un premier temps toute agriculture spéculative et en particulier la monoculture. Les choix agricoles doivent être définis collectivement en fonction des intérêts économiques et sociaux du peuple corse. Cela passe par : — le réexamen de toutes les opérations spéculatives depuis 1962 ; — la disparition de la viticulture spéculative ; — la récupération sans indemnisation des terres accaparées par les colons qui pourront retourner à leur véritable vocation de terres à céréales ; — la mise en cultures maraîchères des terres des ceintures agricoles des villes, qui ne doivent plus être détournées au profit du « mixage » touristique et des résidences secondaires ; — les plaines alluviales et de moyenne montagne sont particulièrement propices à l’élevage bovin : celui-ci doit y être développé ; — les terres de montagne : nous devrons lutter contre la désertification de l’intérieur et développer nos atouts : l’élevage ovins, caprins, porcins, la culture des olives, amandes, noix... et surtout de la châtaigne. Dès maintenant dans les plaines et les montagnes, le peuple corse doit s’organiser et prendre en main cette lutte pour un véritable développement agricole permettant à la Corse de sortir de la dépendance alimentaire. Cette dépendance n’est pas une fatalité du « développement économique » : elle est le résultat d’une politique coloniale qui a voué la Corse au tourisme exclusivement, sans tenir compte des intérêts et des besoins du peuple corse. La lutte de libération nationale, c’est « A terra corsa à i travagliadori corsi » et donc la récupération des terres accaparées par les colons, les banques, les sociétés immobilières, les trusts, pour les restituer au peuple corse et leur mise en valeur en fonction des besoins économiques, sociaux et culturels qui ne peuvent être satisfaits par une économie aujourd’hui basée sur le « tout tourisme », la grande agriculture et les choix européens. La formation des hommes, à l’université, dans les lycées, collèges techniques devra accorder une importance particulière à la formation agricole avec la multiplication des stages sur le terrain. page 36 Tourisme La Corse n’a que deux choses à vendre pour le moment : son soleil et sa beauté. Elle devra donc les vendre comme le font aujourd’hui les trusts. Mais le peuple corse prend de plus en plus conscience des dangers d’un développement touristique incontrôlé. A notre époque, le tourisme ne peut être qu’un tourisme de masse (sinon il n’est pas rentable) et les dangers du tourisme de masse sont connus : — pollution : c’est un des facteurs les plus graves de pollution et de destruction des sites (pollutions humaines, constructions anarchiques...) ; — nivellement culturel et destruction du tissu social du pays d’accueil ; — déséquilibre économique : la Corse est obligée d’acheter de quoi nourrir les touristes, d’où déséquilibre ; il en est de même pour l’énergie (U Vazzio). Trop souvent la masse monétaire procurée par le tourisme ne sert qu’à payer les importations de fonctionnement de ce même tourisme ; — contre-développement : la situation économique de la Corse dont le « développement » est fondé sur le « tout-touristique » montre que le tourisme n’apporte aucun développement économique et même l’empêche (surtout dans le domaine agricole). Il s’agit donc, non de refuser totalement le tourisme (dans un premier temps nous n’avons pas cette possibilité) mais de le contrôler strictement. Ce contrôle devra être assuré dans chaque région par l’ensemble des gens concernés (pas seulement ceux qui travaillent dans le secteur, mais aussi l’ensemble des habitants de la région). Le tourisme doit cesser d’être le secteur le plus développé de notre économie : dès maintenant nous devons avoir le courage de dire que 2 millions de touristes, c’est trop, et refuser qu’il y en ait davantage... Réflexion : Quel tourisme pour la Corse ? Il doit bénéficier au peuple corse : nécessité d’un tourisme planifié par l’intermédiaire des cantons, des communes, et maintien d’un tourisme à l’échelle familiale. Il doit être adapté à la Corse. Nécessité de petites unités cantonales communales, familiales... Un tourisme décentralisé, diversifié, sur toute l’année et un rééquilibrage littoral/montagne. Cela permettrait la création d’emplois et donnerait une impulsion à l’agriculture et à l’artisanat de l’intérieur grâce au circuit économique production, artisanat, agriculture, consommation, tourisme... Exemples : Agriculture : coopératives proposant des produits de qualité pour l’habitant et le vacancier. Artisanat : promotion d’un artisanat artistique à côté d’un artisanat fonctionnel. Mais au préalable une formation touristique adéquate est indispensable (lycées techniques, formation professionnelle, écoles de tourisme...). La Corse peut offrir un tourisme original respectant notre identité nationale, notre environnement... Un tourisme ouvert sur l’artisanat, l’agriculture et une industrie légère. Nous devrons stopper la spéculation immobilière et aboutir à la réappropriation des biens immobiliers par notre peuple sans indemnisation. La lutte de libération doit stopper les investissements étrangers qui ruinent la petite hôtellerie corse. Les investissements touristiques coloniaux devront devenir les outils de travail des travailleurs corses, par la récupération sans indemnisation de ces exploitations et leur utilisation par ces travailleurs à leur profit. Les exploitations familiales et communautaires devront être favorisées. De même, nous devrons exiger le réexamen de toutes les opérations spéculatives depuis 1962... Industrie La Corse offre des possibilités d’industrialisation non négligeables. Pour cela la libération nationale doit permettre au peuple corse de prendre en charge son développement industriel ap- page 37 (...) proprié à notre terre au niveau des choix. Il s'agit non pas de donner un plan de développement mais de dégager des orientations en fonction des besoins de notre peuple. Prévoir pour la Corse une industrie lourde se révélerait utopique. L'industrie dont la Corse a besoin et dont elle peut se doter à court terme est une industrie légère, sous forme de petites unités de production. Nous devons encourager la naissance d une petite industrie corse, spécifique aux besoins de notre économie et de notre identité, en dehors des choix et circuits capitalistes qu'on ne peut concurrencer. Dans cette optique, un axe prioritaire est la mise en place, chaque fois que c'est réalisable, dès maintenant, d'unités de transformation des produits agricoles : conserverie, confiserie, transformation des produits de l’élevage (lait, viande, cuir...) des produits du bois (meubles, charpentes...). Sur l'industrie du bâtiment, pratiquement la seule développée à ce jour, nous devons mettre fm à la spéculation immobilière qui défigure notre pays, gèle nos meilleures terres et détruit no- •re patrimoine naturel et architectural. La Corse compte aujourd'hui plus d'habitations qu’il n’en faut pour loger tous les Corses qui vivent en Corse et tous ceux qui voudraient y revenir. Le peuple corse devra récupérer tous les logements qui sont aujourd’hui « gelés par la spéculation immobilière ». Cela réduira de beaucoup l’industrie du bâtiment qui a pris une importance néfaste et qui ne i apporte rien au peuple corse. Pour permettre à une petite industrie du bâtiment conforme aux besoins du peuple corse de ne pas dépendre des importations, nous devrons nous donner les moyens de mettre en place une cimenterie. C'est dès maintenant que nous devons lutter pour qu’elle soit créée. Mais cela implique des dangers de dépendance (machines, énergie...) devant lesquels il faudra rester vigilants. Réflexion : Quelle industrie pour la Corse ? Il est nécessaire que la Corse fournisse une partie des matières premières indispensables à son industrialisation même si dans certains cas elle devra recourir à l'importation. On peut concevoir deux types d'industries : industries dont les matières premières peuvent être tirées entièrement du sol corse : verrerie. certains textiles, bois, fleurs rares, papier tannerie, poterie, vannerie, cimenterie, tabac ; industries dont les matières premières proviennent de l'extérieur : technologie, électronique, électroménager, de précision... Caractéristiques de cette industrialisation : diversité ; satisfaction des besoins intérieurs et ouverture sur marché extérieur ; décentralisation cantonale par petites unités ; respect de (environnement et de la beauté de l'ile. Liaison industrie-formation des hommes. Développement de l'enseignement technique (lycées. collèges, université. CFPA...) Revalorisation du travail manuel dès le primaire, changement de mentalité dans le sens de l'esprit communautaire. Le besoin le plus urgent sera le transfert de la science et de la technologie qui serviront le mieux les priorités du développement. Un système technologique viable doit comprendre un personnel compétent, des techniciens, un matériel, un institut de recherchas, des usines semi- industrielles, des services de projets de financement et de gestion... Dans un premier temps, I adoption d une technologie d'appoint en utilisant les capacités humaines et un matériel moins important permettra de pallier à cela, d'accroître la productivité et d'améliorer le niveau des compétences. Pèche La Corse est une île. elle est donc a priori favorisée pour le développement de la pêche, mais la pollution des mers et plus particulièrement en Méditerranée rend l'avenir de cette activité incertain. page 38 C'est pourquoi l'aquaculture (mer comme rivière) est essentielle pour les pêcheurs ; cette aquaculture doit être développée sous le contrôle des pêcheurs et gérée par eux. Les projets comme ceux de PINIA qui ne tiennent pas compte des intérêts des pêcheurs sont à rejeter. L infrastructure mise en place doit être récupérée sans indemnisation par les pêcheurs de la région. Un véritable développement de la pêche corse dépend aussi du contrôle par les pêcheurs des moyens de conserverie, de frigorification, et d’une formation professionnelle adéquate. A cela il faut ajouter la déprivatisation des étangs salés que dès aujourd'hui nous devons obtenir avec la revalorisation des métiers traditionnels de la mer. L'aide au rôle, la détaxe du carburant... peuvent apporter un peu d'air frais à la profession mais celle-ci doit être globalement redéfinie par les pêcheurs eux-mêmes et solutionnée dans sa globalité. Artisanat L'œuvre de certaines coopératives est à souligner : elle montre la voie dans la lutte pour la réduction de notre dépendance économique. L’artisanat devra être lié au développement agricole, industriel, touristique, mais dans le respect de notre identité et de nos racines culturelles, dans la perspective d'échanges enrichissants avec le monde méditerranéen. La vocation rurale de l'artisanat doit favoriser le rôle d'échanges avec le milieu urbain pour un rééquilibrage effectif. Cela implique une formation des hommes adéquate (multiplication des stages sur le terrain, écoles, lycées, université), l'installation, dans les régions à faible densité démographique, des métiers de production de biens de consommation, des métiers traditionnels... La mise en place de circuits de vente (marchés, foires, expositions...). Commerce La Corse doit s'ouvrir au monde et établir des relations commerciales avec tous les pays méditerranéens et du tiers monde. Avec la réduction de notre dépendance économique, la maîtrise de ses richesses et de ses moyens de transport, la Corse devra développer ses exportations en fonction des nouvelles directions prises dans les différents secteurs économiques dans le cadre de notre libération. Cela nécessite une réduction progressive de nos importations (actuellement ce qui coûte cher ce sont les intermédiaires français ou italiens). La position géographique de la Corse lui confère une vocation et une position privilégiées comme plaque tournante pour jouer un rôle important sur les grandes lignes commerciales entre l'Europe et l'Afrique. Elle aura toutes les chances d'éviter ainsi la baléarisation que lui réserve l’intégration européenne. Au niveau intérieur, le petit commerce doit être protégé : nous devons lutter pour la suppression des hyper-marchés (La Rocade. Corsaire) et autres grandes surfaces qui ruinent le commerce local. Il est nécessaire de diminuer progressivement les intermédiaires, en fonciton des possibilités do productions locales, pour rapprocher le producteur du consommateur (liaison-commer- ce-agriculture^tourisme-industrie-artisanat) surtout dans les zones rurales. Des circuits allant dans ce sens peuvent d'ores et déjà être mis en place. Les foires et les marchés doivent être multipliés en liaison avec la création de coopératives de production et de vente. Transports — Les transports extérieurs : Le « handicap de l’insularité » dont on nous rebat les oreilles n'existe pas. Le véritable handicap est d'être une île qui dépend de (a France pour tous ses échanges extérieurs : le commerce de la Corse dépend pour ses exportations des intermédiaires français (ou italiens) et c’est cela qui nous coûte cher. page 39 En réalité, les transports maritimes sont les moins chers, la Corse peut s’ouvrir au monde à moindre prix et établir des relations commerciales avec tous les pays méditerranéens et du tiers-monde. Le peuple corse doit lutter pour se doter d'une compagnie de transports contrôlée par ceux qui l'utilisent et ceux qui y travaillent, au bénéfice de la Corse. De même, nous devons nous donner les moyens de contrôler au maximum les transports aériens tout en sachant que ceux-ci dépendent des grandes compagnies impérialistes. Mais le problème des transports n'existe en Corse que dans la mesure où il y a dépendance. Sortir de la dépendance, c'est résoudre le problème des transports. — Les transports intérieurs: Nous devons lutter pour le maintien et le développement du chemin de fer. La gestion de celui-ci doit être contrôlée par les travailleurs et les usagers, en fonction des besoins et non des critères de rentabilité. Finances Dans le secteur bancaire, des grandes compagnies d'assurance, la lutte de libération doit aboutir à leur nationalisation sous le contrôle du peuple corse et au profit exclusif de celui-ci. Dans l'immédiat, nous devons exiger que les profits réalisés par les trusts, les banques, etc. soient réinvestis en Corse (de même que l'épargne corse) et servent à promouvoir un développement économique équilibré. Le peuple corse devra se donner les moyens de contrôler la circulation de ses capitaux et de I épargne. Le régime fiscal doit être reconsidéré et laisser la place à une fiscalité servant réellement le développement économique de l'ïle au profit des Corses et non plus une économie coloniale des exploiteurs et spéculateurs en tous genres. Energie et ressources naturelles La Corse possède d'énormes ressources minières qui ne demandent qu’à être exploitées. Notre sous-sol est riche (cuivre, houille, manganèse, antimoine, argent, amiante, etc.). Nous avons toutes sortes de pierres (granit, schiste, calcaire, ardoise...) qui nous permettraient de produire ciment, briques, tuiles, chaux que nous importons aujourd'hui. Nos forêts bien exploitées nous donneraient bois d'œuvre, de menuiserie, pâte à papier. La lutte du peuple corse pour son indépendance énergétique est fondamentale. La Corse a les moyens de se suffire à elle-même dans ce domaine par le développement de l’énergie hydraulique, solaire et éolienne Autour de l'affaire de Vazziu. des travaux sérieux ont été réalisés qui le montrent bien. Cette indépendance énergétique est essentielle dans la perspective d un développement économique de notre pays. Comment concevoir un développement basé sur les intérêts et les besoins de notre peuple s» nous dépendons des intérêts étrangers pour notre énergie ? Pétrole : Il est irréaliste de dire que I on peut se passer du pétrole, mais il ne faut pas tomber dans l'extrémité inverse; il ne faut pas en espérer la solution à notre sous-développement. Si nous avons du pétrole, nous n en retirerons que des retombées périphériquès, compte tenu de notre potentiel économique, démographique et technologique. Le profit se limitera de fait aux seules « royalties » mais celles-ci devront servir au financement de notre équipement industriel et agro-alimentaire II ne faut pas ignorer le risque inflationniste d une telle masse monétaire, étrangère à nos circuits internes de production. page 40 Démographie Aujourd'hui, le peuple corse a atteint démographiquement le point de non-retour (cf constat). Si nous voulons sauver notre peuple, noue ne pouvons laisser les choses en l’état actuel, ou laisser la situation se dégrader. Demain, le peuple corse n’existera plus si nous ne prenons pas la décision d'enrayer le processus mis en place de façon volontariste. Cela signifie que nous refusons de remettre à plus tard la solution du problème démographique, car plus tard, il sera trop tard. Pour nous, c'est une Question de vie ou de mort. Dés aujourd'hui, le problème démographique doit se poser en termes de lutte : nous voulons récupérer notre terre, nos biens, nous voulons être de nouveau chez nous. Nous ne haïssons aucun peuple, mais la Corse nous appartient et nous ne la laisserons pas vendre è l'encan sur le marché européen. Ceux qui se sont emparés de nos biens et de nos terres, ceux qui prennent aujourd’hui la place d'un Corse devront partir. Les Corses exilés devront pouvoir rentrer chez eux. s'ils le désirent. pour participer à la lutte de libération nationale aujourd'hui et demain. Pour cela, nous devons imposer une charte de retour des exilés. Les non-Corses qui n’accaparent rien et qui veulent rester devront choisir clairement le camp de la lutte de libération nationale ; mais leur soutien ne doit pas être intéressé, ils devront dono assumer les droits et les devoirs de la lutte de libération. Aujourd hui. te Français qui s'installe en Corse est a priori un ennemi du peuple corse, car il se rend complice de la tentative de génocide entreprise par le colonialisme français. Le problème des travailleurs immigrés est totalement autre : main-d'œuvre surexploitée. victime du racisme, elle n est pas lé en pays conquis ; les travailleurs immigrés sont eux aussi victimes de l'impérialisme qui maintient leur pays en état de sous-développement et les contraint au pire des exils Nous dénonçons comme contraire è l’esprit de notre lutte le racisme dont ils sont victimes. Notre lutte rejette le racisme, quel qu’il soit. Si nous disons IFF, c’est parce que nous ne pouvons laisser 1e peuple corse être remplacé sur sa terre par des étrangers. Quand le peuple corse sera de nouveau maître de sa terre, il pourra alors de nouveau pratiquer l’hospitalité qui Im est chère. Aujourd’hui, il n’en a pas les moyens : qui accueillerait volontiers dans sa maison l’homme qui vient pour la lui voler (ou le tuer). Notre lutte a besoin du soutien des autres peuples, y compris du peuple français. Les Français qui veulent soutenir notre lutte ne le feront pas on prenant la place des Corses en Corse. C est chez eux. en France, au sein de leur peuple, qu’ils doivent s'attacher à mettre sur pied le mouvement de soutien dont nous avons besoin. Social Lutter pour la libération nationale de notre pays, c’est lutter pour la prise en charge par ke peuple corse de son destin politique, économique, social et culturel. Les luttes sociales menées par les travailleurs corses sur des revendications sectorielles s’inscrivent donc dans la lutte de libération nationale: • elles constituent, aussi partielles soient-elles, une remise en cause par les travailleurs corses de la domination et de l’exploitation que le colonialisme leur fait subir; • à travers ces luttes, le peuple corse s'organise, prend conscience de sa force et apprend à connaître son véritable ennemi ; • en luttant pour des objectifs qu'ils se sont eux-mêmes donnés, les travailleurs corses choisissent aujourd'hui la Corse qu'ils construiront demain. C'est pour ces raisons que sans luttes sociales, il ne saurait y avoir de véritable libération nationale et de véritable prise en charge par le peuple corse de son destin. Aujourd'hui, ces luttes sont souvent dévoyées par les appareils des partis et syndicats français et vidées de tout leur contenu émancipateur quant è leurs objectifs (ex. : la prime d’insularité et la continuité territoriale ne visent qu’à accentuer notre dépendance de peuple d'assistés). Mais, au-delà même de ce contenu, la prise en charge par les travailleurs corses d’une lutte leur permettant de s organiser, de prendre conscience de leur force, s’ils gagnent, de tirer des leçons de leurs erreurs, s'ils perdent, va dans le sons de la lutte do notre peuple pour la prise en main de son destin. page 41 Pour cela, nous devons nous opposer aux licenciements abusifs, au démantèlement du secteur producteur: dénoncer le paternalisme le cumul des emplois, le favoritisme. Nous devons lutter pour l'emploi des jeunes, des femmes, pour une véritable corsisation (non celle des grands commis), pour la titularisation sur place des Corses, pour la modification des barèmes de mutation et des nominations, pour faciliter le retour des nôtres. Nous devons lutter pour une véritable politique de formation professionnelle permanente, pour I'amélioration du cadre de vie, pour des crèches, des équipements collectifs, pour une meilleur médecine du travail. Nous devons lutter pour ( amélioration des structures médicales et de la santé en général (développement du thermalisme en Corse), pour l'application de la législation du travail et le contrôle par les travailleurs... Le champ des luttes sociales n'est pas restrictif : c'est aux nationalistes révolutionnaires de fane en sorte que ces luttes ne soient plus détournées de leur véritable objectif : la libération nationale. Cela dépend de notre capacité à en être partie prenante d'une part, et d'autre part à leur offrir des perspectives politiques. C est dans la lutte quotidienne, mais aussi à travers notre programme politique que les travailleurs corses prendront conscience de la nécessité de la lutte de libération. Les pensions : Aucun des pays ayant subi la colonisation française n'a vu ses pensions et retraites supprimées lors de l'accession à l'indépendance. Ce sont les justes récompenses des services rendus et cola que l'on soit ou non citoyen du pays pour lequel on a travaillé. Ce sont des droits inaliénables et imprescriptibles quels que soient les liens entre la Corse et la France les Corses ont payé un lourd tribut à la France durant les guerres, beaucoup ont travaillé toute leur vie dans ! administration française participant ainsi au développement de la France Ils ont cotisé pour leur retraite, elle leur sera donc normalement versée quels que soient les liens avec la France (cf droit international). Pour ce qui est des pensions obtenues faute de ressources suffisantes, elles ne devront plus avoir de raison d'être quand nous exploiterons nous-mêmes nos richesses. Quant aux avantages sociaux (action sanitaire et sociale. Sécurité sociale, aide sociale, aide aux handicapés et allocations diverses) acquis par les luttes des travailleurs et le progrès, la Corse est suffisamment riche pour qu ils ne soient en aucune façon remis en cause, mais les excès sur lesquels s’appuient les dans ne devront plus être admis. International Dans le cadre de notre libération, notre pays devra assurer son indépendance vis à vis des blocs et de toutes autres puissances car il n est pas question pour nous de nous débarrasser de la domination française pour subir celle dune autre puissance quelle qu'elle sont. Nous devons contribuer à la paix dans le monde et éviter que la Méditerranée ne devienne un enjeu porteur de guerres entre tes grandes puissances Nous devons prôner le véritable non-alignement et nous donner les moyens de le faire respecter en rejetant toute tentative de mam-mise sur notre pays par ces mêmes grandes puissances. Nous devons développer les liens d amitié et d'entraide avec les peuples et nations de la Méditerranée pour faire de cette région du monde une zone de paix et d'indépendance. Nous devrons soutenir les peuples du monde luttant pour leur indépendance et leur émancipation sociale contre l’impérialisme tout en affirmant que la libération dépend principalement de leur propre lutte. page 42 Libertés politiques et individuelles Elles devront être garanties et leur expression devra être facilitée tant sous la forme d organisations que des moyens de diffusion des idées : nous devrons prôner une justice indépendante afin d'éviter ( arbitraire : elle devra émaner d'un mécanisme électif particulier. Légalité réelle de l'homme et de la femme devra devenir effective avec le développement culturel et professionnel des femmes, par leur participation et leur prise de responsabilités dans la lutte, par leur rôle de cadres à tous les échelons de la vie nationale. Nous devrons débarrasser la société corse de toutes les formes d'exploitation el d'oppression qui pourraient remettre en cause son épanouissement. La lutte de libération doit aider chaque Corse à saisir les devoirs qu'il doit assumer face à son peuple en développant la notion d'intérêt général. Institutions Etant un petit peuple, nous avons la possibilité de mettre en place une démocratie directe à tous les niveaux de la vie locale, régionale et nationale avec un système électif et mandat impératif. Aux divers échelons de la vie publique, la règle devra être responsabilité et participation de chaque citoyen à la vie et au développement de la nation corse et de son patrimoine. Il nous est impossible de présenter un échéancier ou un catalogue sur l’indépendance ; nous ne voulons rien imposer à notre peuple dans l'exercice de sa liberté retrouvée. Mais nous pouvons, notre engagement nous en donne le droit, donner notre point de vue. Nous pensons que le peuple librement informé et consulté devra rester le seul maître de son destin. Notre action militaire et politique vise à le rendre maître sur sa terre et á lui garantir ce droit. Le peuple corse devra donc se donner les moyens politiques et économiques de ses libertés politiques, cela nécessite la suppression de toutes les formes de production et d'échange qui nourrissent le colonialisme. L’activité économique ne devra donc pas échapper au contrôle politique de ceux qui exercent cette activité et cela à tous les niveaux. La nécessité de la réduction de toute dépendance économique implique : • le rejet de tout développement économique de type capitaliste pour un développement prenant en compte les aspirations et pratiques communautaires de notre peuple tout en garantissant l’existence d'un secteur d'économie de marché qui permette le maintien d’une petite initiative privée à condition qu’elle ne soit pas en opposition avec l'économie nationale. L'unité de production, l'exploitation familiale (industrie, tourisme, agriculture, etc.) devra être maintenue sous forme de bien privé ; • l'instauration d'un protectionnisme économique afin de favoriser le développement et la diversification de la production agricole corse pour tendre dans un premier temps vers l’autosuffisance alimentaire puis vers l'exportation des surplus dans un stade ultérieur, et de promouvoir une industrialisation adaptée aux besoins de notre terre et au service do notre identité Ceci au moyen d'un régime douanier adéquat : interdiction ou taxation des importations de produits concurrents, inutiles ou somptuaires; • l'assurance d'un maximum de financement interne en favorisant dans un premier temps l’épargne par rapport à la consommation, en facilitant l’industrialisation, en faisant reposer sur le tourisme et l’agriculture une large partie du coût de l’industrialisation et de la relance de l’artisanat. En créant une banque au service de la Corse qui ne doit pas être l'msiru- rrient de privilégiés mais un élément de la politique économique et de l'assistance sociale (prêts à la production, primes, etc ), elle deviendrait l'organisme financier du développement planifié : la mise en place d'un enseignement technique approprié aux choix économiques ; la création d'un service public des transports corses; le développement énergétique basé sur les ressources naturelles de la Corse avec toutes les garanties au niveau de l'environnement. page 43 3) Moyens de la lutte de libération nationale Nécessité de la lutte armée Le refus par l'Etat colonialiste de toute solution politique reconnaissant les droits nationaux du peuple corse explique la nécessité de la légitimité de la lutte armée. Face à la violence quotidienne que subit notre peuple nié dans ses droits sur sa terra, nous opposons la violence populaire, car les discours, rassemblements, défilés... ne suffisent pas. L’Etat tergiverse, temporise, il nous berne et nous amuse... Nous perdons du temps et notre lutte s'essouffle. La colonisation se poursuit, les non-Corses arrivent plus nombreux par le double jeu de la décorsisation (exil des forces vives) et de la francisation (immigration intensive). La lutte armée est un instrument politique : c'est le moyen de parvenir à notre but politique. Elle ne s improvise pas. elle se construit pour servir exclusivement les objectifs fixés par ta libération nationale Elle s organise progressivement en tenant compte de l'élévation du degré de conscience politique du peuple et des réactions du colonialisme par rapport ò cette prise de conscience. Ce n’est pas l’affaire de quelques militants ou groupies isolés, quelle que soit leur valeur, elle doit progressivement être l’affaire du peuple tout entier. Préconiser la lutte armée ne signifie pas vouloir « battre la France ». Le problème corse est politique et non militaire... Mais, par l'action militaire et politique, progressivement assumée, nous contraindrons l'Etat français à négocier, concrétisant ainsi la victoire politique de la nation corse. Il n est pas question pour nous de calquer notre lutte sur un modèle quelconque (Algérie. Vietnam. Irlande Nicaragua. Afghanistan). Nous nous contentons d’en tirer les enseignements utiles et d éviter ainsi certaines erreurs. Notre lutte doit être adaptée á la spécificité corse (pas de frontières, faiblesse démographique, diaspora...). Notre action militaire utilisera les méthodes de guérilla modernes adaptées à la réalité corse, nous frapperons à l'improviste les points sensibles, les infrastructures françaises en faisant courir le minimum de risques à nos commandos et au peuple corse : il n'est pas question pour nous d'affronter l'appareil militaire et policier français là où il nous est supérieur en hommes et en matériel ; il n y aura pas d’autre PONTE NOVU. Nous tiendrons compte des leçons de l'histoire à travers les erreurs (affrontements internes...) et les succès (PAOLI. résistance...). Nos actions de dissuasion et de représailles sont conditionnées par la perception qu'a notre peuple de la violence colonialiste. La lutte armée n exclut aucun moyen, c’est aussi et surtout le soutien politique, moral, matériel sous les formes les plus diverses à l'action des patriotes les plus engagés, moyens que doit se donner le mouvement national. Seule cette participation populaire garantit la réussite des actions militaires et de la lutte de libération. page 44 Les plus grandes puissances ne peuvent rien de nos jours face à la volonté d'émancipation des peuples, si petits soient-ils (l'histoire récente est là pour nous le rappeler). La kilt# clandestine, lucida at déterminée eat la saule vota, la démarcha à visage découvert même nourrie du 0us pur patriotisme est è proscrire car elle mène à l'impasse les minants sont identifiés et livrés aux coups de roccupant et donc neutralisée. De plus, elle met en danger les mutants : c est faire trop de cadeaux à l'appareil policier et militaire français. Depuis sa création, le FLNC s est attaché à sensibiliser notre peuple dans tous les secteurs sociaux, économies, culturels pour lui faire prendre conscience de la réalité de l’oppression coloniale Durant cette période, première phase de la lutte de libération que nous appelons phase de propagande armée, nos actions dissuasives ont délibérément exclu toute mort d'homme. Notre action politique et militaire a œuvré pour que soient réunies les conditions nécessaires au déclenchement de la lutte armée proprement dite, deuxième phase de notre lutte Cette deuxième phase devant contraindre l'Etat français à négocier et à reconnaître les droits nationaux du peuple corse. Première phase : propagande armée. Le colonialisme exerce son emprise par divers instruments : l'Etat et son administration, ses forces d'occupation et de répression, ses instruments de développement économique appauvrissant notre peuple et le forçant à l'exil, ses instruments de soutien aux clans, ses instruments d'oppression culturelle, son développement de la colonisation de peuplement (génocide par substitution). Tous ces instruments sont des cibles pour notre lutte. Durant cette phase, le FLNC par son action politique et militaire s est imposé d abord comme première force du mouvement national corse (concrétisée par l'importance des procès de nos frères en 1979). les autres mouvements nationalistes étant contraints au suivisme par rapport à nous. Avec les événements de Bastelica-Aiacciu. le FLNC est apparu comme la première force de contestation corse, les partis de gauche étant contraints de soutenir les mots d ordre tels que la libération de tous les prisonniers et na pouvant pas imposer leur préalable de dénonciation du FLNC Le déclenchement de la lutte armée implique pour le FLNC de s'imposer comme première force politique corse. Pour cela, par le développement de la lutte politique et militaire le FLNC à accentuer le phénomène d'éclatement des clans (déjà visible lors des événements de Bastelica où certains élus ont dénoncé la répression), l'action répressive du colonialisme accentuera le clivage pour ou contre la répression. Las clans devront soit la cautionner et donc se discréditer de plus en plus vis-à-vis de leur clientèle résolument corse, soit la dénoncer, le clivage devenant alors Corse-France. Parallèlement, le processus de décomposition et d'affaiblissement des parus français se poursuivra ; le clivage devenant pour ou contre la lutte de libération nationale. Deuxième phase : la lutte armée. La lutte armée concerne l'ensemble du peuple corse. La politisation du peuple est le fruit de la prise de conscience du phénomène colonial. La politisation crée le militant, l'organisation aujourd'hui clandestine réalise l’unité des militants nationalistes. Les bases politiques de la libération nationale animent et justifient leurs actions. La lutte armée implique la mise en échec et la destruction des instruments du colonialisme (corse, français, ailleurs) Notre lutte ne saurait épargner les ennemis de notre peuple (hommes, organisations, locaux, installations, matériels). Elle implique un développement de l’action politique et militaire en France et au niveau international. La militarisation du combat politique per l'action violente est déterminée par les étapes de développement du front (compte tenu du degré de la progression de la prise de conscience politique du peuple et de son degré d'organisation à travers ses organisations de masse et ses contre-pouvons), par l'importance des moyens matériels disponibles et engagés par l'escalade répressive du colonialisme. page 45 Troisième phase : le droit à l'autodétermination Pat la lutta politique et militaire, le peuple corse, après la mise en échec et la destruction des instruments du colonialisme, contraindra l’Etat français à négocier, concrétisant ainsi la victoire politique de la nation corse. Celte négociation implique des préalables: Libération de tous les patriotes et arrêt de toute répression , rapatriement des forces d'occupation et de répression ; reconnaissance des droits nationaux du peuple corse et son droit à l'autodétermination; reconnaissance du fait colonial et donc des conséquences qui en découlent (aide à la reconstruction, indemnisation, aide au retour des Corses, réparations...). L'Etat français devra s’engager, sous contrôle de l'ONU ou de tout autre organisme international, après une certaine période (durée à déterminer) à garantir les modalités d’application do l'autodétermination. Durant cotte période, l'administration de l’île se fera à égalité entre l'Etat français et les combattants de la libération nationale. La tâche des patriotes rassemblés au sein du Front est de mener la lutte politique et militaire jusqu’à la défaite du colonialisme et des clans, et do restituer au peuple et à lui seul les moyens politiques, économiques et culturels de mail riser son destin, Nous luttons pour le peuple corse et c'est à lui seul que nous remettrons la souveraineté nationale et le pouvoir politique que le colonialisme lui a confisqués. La reconnaissance des droits nationaux du peuple corse et son droit à la maîtrise de son destin implique la prise du pouvoir politique par le peuple corse. Le rôle de décision et de sanction est dévolu au jxnipie et à lui seul. Les combattants de la lutte de libération nationale feront en sorte que soient prises immédiatement les mesures politiques, économiques et culturelles qui, par le renversement de Laliénation coloniale avec la disparition de toute influence et de tous les instruments du colonialisme, rendront tous ses droits au peuple corse. Notre peuple, alors librement consulté par la voie du suffrage universel réhabilité, deviendra définitivement maître de son destin ; alors, démocratiquement, le peuple se donnera les moyens de chasser définitivement toute forme de colonialisme, d'exploitation et d'oppression. Un instrument indispensable : le FLNC Le 5 mai 1976, une étape décisive dans la lutte de libération nationale de notre peuple a été franchie avec la création du FLNC, dernière étape de dix années de lutte. Le FLNC n'est pas né du hasard, il est issu des luttes du peuple dont il concrétise l'aspiration profonde. Notre peuple porte en lui sa liberté. Le rôle du FLNC n'est pas de se substituer au peuple corse pour prendre seul en charge la libération nationale. Sans CONTRE POUVOIRS populaires, sans prise en main par le peuple lui -même du pouvoir économique et politique, il ne peut y avoir de libération. Celle-ci ne peut donc être le fait que du peuple lui-même... Mais l'histoire a montré, enCorse et ailleurs, que sans direction politique capable de maintenir sans dévier la perspective finale, pour nous, c est la libération nationale, les luttes populaires s'enlisent ou sont détournées par les réformistes. Seul le FLNC peut jouer ce rôle. C'est à-dire : faire prendre conscience au peuple de la nécessité de la lutte de libération par un travail de propagande et désigner les véritables ennemis : faire en sorte que le peuple s'organise et prenne en charge, partout où c'est nécessaire, cette lutte jusqu'à la mise en place de structures de contre pouvoirs à tous les niveaux de la vie économique, politique, sociale et culturelle : donner à la lutte des perspectives politiques claires, c’est-à-dire à la fois définir des revendications largement mobilisatrices et faire en sorte que la lutte pour ces revendications aboutisse à la lutte pour la libération nationale. Ce sont ces perspectives politiques claires qui permettent a toutes les luttes sectorielles, à toutes les structures de contre pouvoirs, de converger pour la prise du pouvoir économique et politique : frapper militairement le colonialisme partout où c'est nécessaire pour l'affaiblir et permettre à la lutte du peuple corse de progresser Mais il serait illusoire de .songer fane la guerre à l'Etat français et la gagner. Il faut être conscient que notre victoire sur le colonialisme sera politique. La lutte armée est un élément pour affaiblir l'impérialisme, situer les responsabilités et donner plus d'impact à notre combat sur le plan international. Mais nous savons que seule elle serait totalement inefficace. Le FLNC est l'avant-garde du peuple corse. Il est l'expression profonde de son aspiration nationale .. Le peuple corse s'organise progressivement pour prendre en charge sa libération page 46 Le front organise l'action politique Il réalise l'unité de toutes les couches sociales de notre peuple dont la libération nationale est respiration suprême. Il coordonne la recherche et la réflexion politique des nationalistes et en traduit le programme politique de l’organisation II organise avec l'ensemble du mouvement national le soutien populaire aux militants engagés au combat. Il explique et aide le peuple à porcevoir globelement l'oppression coloniale et les moyens de la combattre. Il réunit les moyens financiers et matériels de l'action politique. Notre programme est une base d accord minimum qui cimente les différentes couches de notre peuple. Le Front ne défend aucun privilège. Tous les patriotes ont leur place au sein du Front et peuvent s'y exprimer démocratique ment à égalité de droits et de devoirs. Le Front mène la lutte pour la plus large adhésion de tous sans exclusive et dans le seul souci de renforcer les forces populaires engagées dans la lutte. Le Front se construit clandestinement avec discipline et détermination, démocratiquement et sans esprit de clan. Le Front est un vaste mouvement politique enraciné dans toutes les catégories sociales de notre peuple : il a vocation à être partout où le peuple corse vit. souffre et se bat... Le Front organise la lutte armée Le Front est un mouvement politique armé, mais cela ne signifie pas que les militants sont divisés en « penseurs et exécutants ». Tous les militants doivent avoir la même formation politique car Taction militaire est une action politique et suppose le même travail d'élaboration politique que toute autre intervention militante. De plus, la meilleure garantie contre la répression est la formation et la maturité politique des militants. Complément indispensable de l'action politique, la lutte armée ne peut être le fait d individus ou de groupes isolés car ils sont à la fois victimes de la répression et du réformisme qui les manipule (CNR...). Le Front détermine les choix tactiques et stratégiques de la lutte armée II en regroupe les moyens et la maintient fermement dans le sens de la libération nationale. Le Front par son action politique et militaire est la seule force capable de résister au colonialisme, de le contraindre à reculer et à négocier avec le peuple corse Le combat du Front est uniquement le combat du peuple corse pour la reconquête de ses droits nationaux et pour lui permettre de se donner librement l'organisation politique et sociale qui réponde à son aspiration. Notre tâche est de mener la lutte pour restituer au peuple les moyens politiques, économiques, culturels de choisir démocratiquement son destin national, c'est notre seul but Issus du peuple, les patriotes luttent pour lui et c'est è lui seul qu’ils doivent rendre compte de leur action. La lutte de libération est dure mais la détermination s'élèvera au niveau des sacrifices nécessaires Le FLNC est la première et indispensable étape vers la victoire du peuple corse Les patriotes donnent l'exemple : rassemblés au sein du Front sur les bases d'un programme politique clan, constamment discuté, enrichi des enseignements du combat. Ils se sont engagés avec la volonté ferme de ne pas se laisser détourner du but final. Le Front ne défend aucun privilège et ne cache aucune ambition. Nous avons trop connu les divisions et les personnalisations pour accepter que la victoire du peuple soit altérée. C est pourquoi nous continuerons à mener le combat pour la plus large adhésion de tous les patriotes sincères sans exclusive et dans le seul souci de renforcer la lutte de libération nationale. Pas de liberté sans libération. page 47 ANNEXES Page 48 Page 49 page 50/51 Face à la main mise du pouvoir sur les médias, nos moyens sont insuffisants, c'est pourquoi chaque sympathisant se doit de nous aider à amplifier notre pro- pagande. Chacun à son plus petit niveau peut être utile. Nos écrits sont des armes au service de notre cause, chacun se doit de les faire circuler. DIFFUSEZ NOS JOURNAUX, NOS TEXTES, NOS TRACTS. REPRODUISEZ LES (photocopies ou tous autres moyens). FAITES CONNAITRE NOS IDEES. La somme des initiatives individuelles ajoutées aux efforts constants que nous faisons pour améliorer notre propagande permettra ainsi de contre-carrer l'oeuvre néfaste de la propagande officielle. N'oubliez pas la force du IVe pouvoir : l'Information. Seul le "Provençal" publie nos communiqués, parfois tronqués les autres les ignorent totalement; même les journaux qui se prétendent "au service de la Corse" occultent notre action quand ils ne dénaturent pas la lutte de Libération Natio- nale. Notre peuple doit pouvoir compter sur tous ses patriotes, il est nécessaire de multiplier les initiatives individuelles pour renforcer notre propagande.