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(Unità Naziunale – 22 septembre 2017 – 13h00) Le bras de fer entre les autorités catalanes et le gouvernement central espagnol sur l’organisation du référendum d’autodétermination du 1er octobre va crescendo. Pour les Catalans l’enjeu est de tenir ce référendum malgré tout et avec la plus grande participation possible.

Pour le gouvernement de droite qui gouverne à Madrid, soutenu par le parti socialiste espagnol, il est d’en empêcher la tenue coûte que coûte.

Le bras armé de Mariano Rajoy, le premier ministre espagnol, c’est le tribunal constitutionnel espagnol qui, au nom de sa décision d’interdiction du referendum, multiplie les intimidations à l’encontre de tous ceux qui pourraient concourir à sa tenue. Sont visés les imprimeurs que l’on menace de fermeture s’ils impriment des bulletins de vote, les fournisseurs d’urnes ou de tout matériel de vote qui sont soumis aux mêmes pressions, et maintenant les maires, plus de 900 dans toute la Catalogne, que l’on menace de destituer s’ils contribuent à son organisation, notamment par la mise à disposition des locaux habituels pour y installer les bureaux de vote.

C’est dans ce contexte de pressions incessantes, destinées à empêcher une consultation démocratique, que le mouvement catalan a engagé avec la tenue de la Diada du 11 septembre 2017 sa réponse aux intimidations de Madrid. Face à la répression judiciaire, les Catalans opposent la mobilisation populaire, et chaque fois que Madrid dépêche la « guardia civil » dans des perquisitions ou des arrestations, la mobilisation augmente encore.
La foule qui a rejoint les quatre grandes avenues de Barcelone pour converger vers la Plaça de Catalunya en formant une gigantesque croix d’un million de manifestants, a, cette année encore, envoyé à Madrid le message d’une force tranquille totalement déterminée. Certains craignaient que les attentats islamistes récemment perpétrés à Barcelone freinent la mobilisation. Il n’en a rien été, et le sens de l’organisation du mouvement catalan a fait à nouveau de merveilles pour canaliser ces centaines de milliers de personnes en les répartissant entre les quatre grandes avenues, tout en les accompagnant au plan de la sécurité, policiers, pompiers, ambulanciers, bénévoles par milliers. Beaucoup –près de 600.000 cette année- se pré-inscrivent par internet et reçoivent leur point de ralliement la veille de la manifestation, indiquant dans quelle avenue, et à quel niveau de rue adjacente ils sont attendus. Assister à une tel déploiement organisationnel, mis en place il y a six ans et totalement rodé depuis, est absolument impressionnant.

Et on devine en quoi ce fichier de manifestants est une arme considérable aux mains du mouvement catalan. Dans la rue aujourd’hui, devant les milliers de bureaux de vote le 1er octobre prochain, il sera possible d’organiser une « protection citoyenne » contre laquelle la guardia civil aura bien du mal à agir pour empêcher la tenue du scrutin le jour venu. Selon un journal québécois, Mariano Rajoy a évoqué dans une réunion privée tenue il y a quelques mois « ce qui serait la une du New York Times le deux octobre, avec la photo d’un policier emportant des urnes » en déclarant : « ça nous ferait très mal ! ». Si on y ajoute les photos de citoyens électeurs matraqués devant leur bureau de vote, leur bulletin à la main, ça sera encore plus catastrophique pour Madrid.

A moins de deux semaines du scrutin, ce sont 712 maires sur les 947 que compte la Catalogne qui ont décidé de passer outre les rodomontades de la Cour Constitutionnelle espagnole. Ils se sont déclarés via internet. Madrid les menace de poursuites judiciaires. Ils ont manifesté massivement ce week-end et confirmé qu’ils ne se laisseraient pas intimider. Les limiers de la police espagnole courent de perquisition en perquisition pour tenter de trouver les bulletins ou les urnes approvisionnés par ceux qui ont la charge d’organiser le scrutin. Chaque sortie les couvre de ridicule et engage encore davantage les Catalans à se rendre aux urnes le premier octobre prochain comme le révèlent les sondages successifs.
Quoiqu’il arrive, Madrid a déjà perdu la bataille politique du referendum catalan. La reconnaissance juridique de la Catalogne indépendante sera certainement un chemin qui sera encore long et semé d’embûches. Mais le nationalisme catalan est en train d’avancer de façon spectaculaire vers son objectif, avec l’aide involontaire, mais substantielle, des forces politiques au pouvoir à Madrid.

François ALFONSI

Post scriptum

Depuis que cet article a été écrit, les événements se sont accélérés en Catalogne. Le mercredi 19 septembre la Guardia Civil a investi les locaux de plusieurs Ministères de la Generalitat et procédé à des perquisitions et des arrestations. Elle a aussi procédé à la saisie de millions bulletins de vote imprimés. La rue catalane a déjà répondu massivement à ces agressions et la solidarité commence à s’exprimer dans toute l’Europe par des rassemblements de protestation devant les ambassades d’Espagne. D’ici le 1er octobre, le bras de fer ira crescendo !

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