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(unita-naziunale.org – 13h30) La France, ressassent à longueur de colonnes et d’émissions les médias, est un pays de droits et de libertés.

Les politiciens « ministrés » ou ministrables, ex- ou futurs présidents, sénateurs, députés, conseillers en tous genres n’ont à la bouche que le mot de démocratie ; la défense des droits de l’homme est, à les entendre, leur suprême pensée.

Il faut croire que les nationalistes corses n’entrent pas dans la catégorie des heureux bénéficiaires de cette si généreuse sollicitude revendiquée par les serviteurs de l’Etat.

Déjà lorsqu’ils sont en liberté, les nationalistes n’ont droit à aucune considération. Ce sont des prisonniers en sursis, en liberté surveillée. Mais quand ils sont emprisonnés toutes les limites sont dépassées.

Voilà ce qu’écrit Antone Verdi jeté au cachot pour quelques propos jugés outrageants et condamnés comme tels en séance tenante ; même le droit à l’indignation verbales est contesté, nié.

Et les traitements infligés sont sans commune mesure avec la réalité. Pratiqués dans tout autre pays ces traitements seraient dénoncés, de la gauche à la droite et inversement, comme d’intolérables atteintes à la dignité humaine. Mais ils se produisent en France. Alors, motus.

Voici la lettre d’Antone Verdi, prisonnier politique corse :

« Cari fratelli,

le statut de prisonnier politique, l’Etat français nous l’a accordé… c’est le cachot, l’isolement, les brimades qui revêtent diverses formes.

Je vous transmet deux réflexions, l’une sur l’isolement, l’autre sur ses conséquences.

1/ L’isolement (la torture des pays « démocratiques »)

« Isoler un prisonnier, ce n’est pas simplement le couper des autres. C’est le couper de tout »

Des événements, des idées, des bruits et des « odeurs » du monde. Du temps qui passe, jusqu’à ce qu’il perde tout point de repère, jusqu’à ce qu’il oublie ce qu’il est, d’où il vient, pourquoi il est là.

L’isolement c’est la TORTURE.

Un technique sophistiquée qui repose sur la prise en otages des équilibres physiques et psychologiques des détenus que la prison n’a pas réussi à briser.

Pour contraindre à la reddition ceux qui s’entêtent à penser, ceux qui s’obstinent à agir.

L’isolement c’est plus qu’un régime carcéral. C’est une arme politique aux mains des gouvernants, une arme contre la conscience des militants. Seul un homme, seule une femme qui ont renoncé, intérieurement, à toute exigence de survie personnelle et qui, d’un libre choix, ont mis leur vie entre les mains de la communauté combattante, peuvent vaincre, nerveusement, quotidiennement, le vertige que provoque l’isolement.

2/ Les coups brisent le verre et trempent l’acier

Plus l’Etat et ses serviteurs nous assènent  des coups, plus ils renforcent notre volonté de combattre. Car nous combattons, nous résistons, nous mourons pour conquérir, pour notre peuple, une vie plus digne, plus heureuse, plus juste. Mais nous combattons en même temps, les capitalistes qui ont toujours détenu le pouvoir économique, social, politique. Le pouvoir bétonné, apparemment immuable de l’oppression, où règne une unique loi, celle du marché capitaliste mondial et des raisons d’Etat qui la servent.

Seules les forces de Libération Nationale peuvent conquérir face aux oppresseurs un espace de liberté suffisant pour pouvoir définir une société entièrement nouvelle, plus libre, plus juste.

Les peuples colonisés affrontent un ennemi particulier. Une puissance coloniale qui par nature refuse toute forme de dialogue, de négociation avec le le colonisé. Si nous voulons assurer notre survie, nous n’avons d’autre choix que la lutte.

Nous n’accéderons à l’existence qu’en « éliminant » le colonisateur. « Entre le maître et l’esclave, aucun compromis n’est possible. »

L’espérance révolutionnaire d’aujourd’hui ne peut se concrétiser que dans les luttes de libération nationale.

Je terminerais par cet extrait du discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire :

« Donc camarade, te sont ennemis, de manière haute, lucide et conséquente non seulement les gouverneurs sadiques et préfets tortionnaires. Non seulement colons flagellants et banquiers goulus. Non seulement racketteurs politiciens, lâche-chèques et magistrats aux ordres. Mais pareillement et au même titre journalistes fielleux, théologiens farfelus, intellectuels « jaspineux ». Tout suppôt du capitalisme. Tous tendant déclarés ou honteux du colonialisme pillard. Tous responsables. Tous haïssables, tous redevables de l’agressivité révolutionnaire ».

Je viens de sortir du mitard, j’ai été placé en quartier d’isolement, on m’a déjà annoncé encore 45 jours de mitard, mais avant je devais me rendre à Bastia pour mon procès le 25 novembre.

Donc à prestu.
Fratellenza

P.S Le moral est très bon. Depuis mon transfert je ne reçois plus U Ribombu

Antone Verdi


 

Cette lettre, Antone Verdi, nous l’avait adressé le 16 novembre (1987?) de Fresnes. Entretemps il a été ramené à Bastia pour son procès en appel, sa peine a été « écourtée » à 6 mois, mais Antone Verdi est reparti pour Fresnes, où il a été placé en « quartier de correction », c’est-à-dire au mitard, pour une période de 45 jours…

Source A RISPOSTA DECEMBRE 1987

 

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