« Jean-Guy Talamoni · Lionel Jospin est mort. Il avait été, il y a 25 ans, notre interlocuteur dans le « processus de Matignon » sur l’avenir de la Corse. Il avait eu le courage politique d’engager des discussions avec les élus qui affichaient leur solidarité à l’égard de la lutte clandestine. Dans ces négociations, il fut d’une loyauté irréprochable. Qu’il repose en paix. »
C’est sur ces quelques mots, que Jean-Guy Talamoni, l’un élus de Corsica Nazione à l’Assemblée de Corse fin des années 90, et artisan des discussions, rend hommage à Lionel Jospin, ancien premier ministre, décédé dimanche 22 mars 2026.
Bien avant un processus d’autonomie à minima, qui n’en a que le nom, depuis 2022 et l’assassinat commandité d’Yvan Colonna, la Lutte de Libération Nationale avait réussi à mettre sur le devant de la scène politique, les revendications portées pour le peuple corse par son tryptique, avec en proue de revendication, la lutte armée, portée dans les rues de corse par la lutte de masse et au sein meme de Matignon par la Lutte Institutionnelle.
Au lendemain du décès de Lionel Jospin, retour sur un épisode clé de son passage à Matignon : entre 1999 et 2002, le Premier ministre engage un dialogue inédit avec les élus corses dans un contexte de fortes tensions, marqué par l’assassinat du préfet Erignac et une violence persistante sur l’île. Malgré ce climat, il lance un processus politique visant à reconnaître les spécificités de la Corse et à ouvrir la voie à des évolutions institutionnelles.
Après 27 mois de négociations, ponctués de divisions locales et d’oppositions au sommet de l’État, un accord est trouvé en 2000, puis une loi adoptée en 2002. Mais le texte final, limité notamment par la censure du Conseil constitutionnel, reste en deçà des attentes des autonomistes et indépendantistes, refermant un processus ambitieux sans véritable bascule institutionnelle.
Retour en quelques dates et informations..
La fin des années 1990 constitue une séquence charnière de l’histoire contemporaine de la Corse, marquée à la fois par une intensification des actions clandestines, une guerre fratricide, l’assassinat d’un préfèt de la république et par l’émergence d’une tentative inédite de règlement politique.
L’assassinat du préfet Claude Érignac, le 6 février 1998 à Ajaccio, provoque un choc majeur et entraîne un durcissement immédiat de la position de l’État français. Sous l’autorité du Premier ministre Lionel Jospin, la priorité est donnée au rétablissement de l’ordre républicain, à la lutte contre la délinquance économique et financière et à une répression accrue des réseaux clandestins. Pourtant, loin d’apaiser la situation, cette période voit se multiplier les actions violentes : attentats, plasticages, revendications répétées, parfois sur le continent, traduisant une montée en tension continue entre 1998 et 1999. Parallèlement, le mouvement nationaliste corse connaît une recomposition interne profonde. De nouveaux groupes apparaissent, tandis que les organisations existantes s’interrogent sur leurs stratégies, notamment sur la place de la lutte armée. Malgré les divisions persistantes, une volonté de dépassement des affrontements internes émerge, illustrée par le pacte de non-agression signé sous l’égide du comité nationaliste du Fiumorbu, par des débats inédits sur la clandestinité et par des tentatives de structuration politique commune. La manifestation du 4 septembre 1999 à Ajaccio, rassemblant plusieurs milliers de personnes autour du mot d’ordre « Per una sucetà corsa di dirittu », incarne cette volonté de convergence et d’ouverture politique, même si elle coexiste avec la poursuite des actions clandestines, révélant une contradiction de fond au sein du mouvement.
La fin de l’année 1999 marque un basculement décisif. Après une nouvelle vague d’attentats, notamment ceux du 25 novembre à Ajaccio, le gouvernement prend la mesure de l’impasse sécuritaire. Le 30 novembre 1999, Lionel Jospin annonce être prêt à engager un dialogue sans préalable, rompant avec l’exigence jusque-là posée d’une condamnation préalable de la violence. Les élus corses sont invités à Matignon et, le 13 décembre, une réunion de quatre heures ouvre une nouvelle phase politique. Dans ce contexte, le 23 décembre 1999, quatre organisations clandestines annoncent une trêve illimitée et leur regroupement au sein du FLNC Union des Combattants, acte majeur qui traduit une inflexion stratégique : faire primer le rapport politique sur le rapport militaire. Pour la première fois depuis des années, une convergence semble possible entre une baisse de la violence et une ouverture politique de l’État, créant une fenêtre historique propice à un règlement global de la question corse.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit le processus de Matignon engagé en 2000, qui marque une évolution significative de la position de l’État français. Les propositions avancées prévoient une extension des compétences de l’Assemblée de Corse, la possibilité d’adapter certaines lois, le développement de l’enseignement de la langue corse, ainsi que des mesures fiscales et économiques destinées à soutenir le développement de l’île. Pour beaucoup d’acteurs, cette démarche constitue une reconnaissance implicite du fait que la question corse ne peut être traitée uniquement par des réponses sécuritaires et qu’elle nécessite une approche politique. Cependant, malgré cet espoir, les fragilités du processus apparaissent rapidement. La question de la violence demeure un point de blocage central : l’État refuse toute amnistie, notamment pour les responsables de l’assassinat du préfet Érignac, tandis que les nationalistes refusent de condamner sans réserve la clandestinité. Les objectifs divergent également en profondeur, Paris s’inscrivant dans une logique de décentralisation encadrée quand le mouvement national revendique la reconnaissance du peuple corse et des droits politiques associés. À ces divergences s’ajoutent des résistances politiques au niveau national, des divisions persistantes au sein du mouvement nationaliste et une reprise ponctuelle des actions violentes, autant d’éléments qui fragilisent un équilibre déjà précaire.
L’année 2002 marque la rupture définitive de cette séquence. L’élimination de Lionel Jospin dès le premier tour de l’élection présidentielle met un coup d’arrêt brutal au processus engagé. Privé de son principal artisan, le dialogue de Matignon s’enlise, tandis que les organisations nationalistes dénoncent l’absence d’avancées significatives, notamment sur la question des prisonniers et du traitement politique du conflit. Certaines suspendent leur participation, actant l’échec progressif d’une dynamique qui avait pourtant ouvert des perspectives inédites. Entre 1998 et 2002, la Corse aura ainsi connu un moment rare où la confrontation armée semblait pouvoir céder la place à une solution politique. La création du FLNC-UC et sa trêve, conjuguées à l’ouverture initiée par le processus de Matignon, avaient esquissé les contours d’un règlement historique. Mais faute de confiance réciproque, de convergence stratégique et de volonté politique durable, cette opportunité n’a pas abouti. Le processus de Matignon demeure ainsi comme une tentative inachevée, une séquence où l’histoire aurait pu basculer, sans que ni l’État ni le mouvement national ne parviennent à dépasser leurs lignes de fracture.
Anto FpcL
#Corse Matignon 2000 La liste des 70 militants pouvant bénéficier d’une amnistie selon la presse
#Storia – Quand Michel Rocard soutenait les droits du peuple #Corse #1989

Quelques dates :
Le 17 juin 1997 : Le FLNC-Canal historique a annoncé une trêve de ses opérations militaires sans l’assortir du préalable habituel de la libération des prisonniers nationalistes. « Au nouveau gouvernement Jospin – socialiste – de signifier sans contrainte aucune ses intentions pour la Corse », ont déclaré ses représentants dans une interview accordée à La Corse, en précisant que l’indépendance n’apparaît plus que comme l’une des « options s’offrant à un peuple souverain ». Le ton modéré du discours de l’organisation témoigne d’un changement. Très affaibli par la vague d’arrestations menées depuis six mois dans l’île, le principal mouvement clandestin corse se voit en effet contraint de tendre la main à Paris.
Dans la nuit du 29 au 30 juillet 1997 : Le FLNC du 5 Mai 1996, mouvement né l’an dernier, demande au Premier ministre Lionel Jospin de « clarifier sa position vis-à-vis de la nation corse », après les déclarations de Jean-Pierre Chevènement sur l’île qu’il qualifie de « rétrogrades ». Des propos formulés lors d’une conférence de presse dans le maquis tenue par sept militants en treillis, cagoulés et très peu armés. Leurs revendications : « La reconnaissance du peuple corse, un schéma d’aménagement, un code des investissements, la transparence des sources de financement et l’officialisation de la langue corse de la maternelle à l’université ».
du 9 au 10 août 1997 : Lors de ses « Journées de la nation corse » organisées à Corte et moins suivies que les années précédents, Charles Pieri, porte-parole de la Cuncolta naziunalista, vitrine légale du FLNC-Canal historique, a décidé de proposer le dialogue au gouvernement Jospin, pour un « règlement historique du problème corse », afin notamment « d’éradiquer la violence ». Le mouvement de Pieri présentera des candidats aux élections territoriales de 1998.
Le 9 mars 1998 : Le Conseil de sécurité intérieure, réuni autour de Lionel Jospin, a décidé la création d’une « plate-forme interservices » en Corse pour lutter contre « la délinquance économique et financière » qui, selon Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur, a atteint « des proportions préoccupantes ».
Le Mardi 23 Juin 1998 : Lionel Jospin a réaffirmé mardi sa détermination à « engager tous les moyens nécessaires pour assurer le respect de la loi en Corse », et a promis dans le même temps un programme de développement pour l’île. Lors des questions d’actualité à l’Assemblée, le Premier ministre a souligné que l’adhésion de la population corse était nécessaire à l’effort d’assainissement entrepris depuis l’assassinat du préfet Claude Erignac, le 6 février à Ajaccio. « La population Corse doit être consciente (…) que le retour à la norme du droit est la condition même d’un véritable développement économique et social dans l’île », a-t-il dit. La préparation du prochain contrat de plan entre la collectivité de Corse et l’Etat, qui commencera dans les prochaines semaines, « peut constituer l’occasion de bâtir avec l’île un véritable programme de développement », a-t-il estimé. « Il y a un an », lors de la déclaration de politique générale, « j’ai proposé (…) aux Français un pacte républicain et un pacte de développement et de solidarité », a ajouté Lionel Jospin. « Pour l’un comme pour l’autre, les Corses savent qu’ils peuvent compter sur le gouvernement: il agit sans passion, il agit sans faiblesse, et il agira dans la durée. »
Le 13 février 1999 : Le Premier ministre Lionel Jospin a annoncé un « recadrage » des services de police et de gendarmerie et des juges antiterroristes dans l’enquête sur l’assassinat du préfet Erignac.
Selon la presse de l’époque : Réunis dans la nuit de jeudi à vendredi à Migliacciaru, près de Ghisonaccia, dans la plaine orientale, quelque 70 militants nationalistes appartenant aux 13 organisations ayant signé un pacte de non-agression le 3 juillet sous l’égide du comité nationaliste Fiumorbu, ont manifesté, samedi, pour mettre en avant la «spécificité corse». Et tenter de préserver un front uni devant le Premier ministre Lionel Jospin. Pour les membres du Fiumorbu, une reprise d’affrontements entre nationalistes demeurent impossible. Dans un communiqué rendu public à l’issue de la rencontre, les militants ont «condamné tous les mécanismes ayant, dans un passé récent, conduit à des affrontements et des drames dont la Corse ne veut plus» tout en «réaffirmant solennellement que le processus de réconciliation engagé à l’initiative du Comité nationaliste du Fiumorbu est irrévocable et indivisible». Dans ce communiqué, les signataires ont «décidé par ailleurs d’approfondir le débat qu’elles ont engagé, concernant d’une part la question de la clandestinité, d’autre part l’élaboration d’un accord politique au service du peuple corse». Les différentes organisations nationalistes ne sont en effet pas sur la même ligne concernant la question de la clandestinité, rejetée par une large majorité d’entre elles alors qu’A Cuncolta Naziunalista, se refuse toujours à la condamner.
Selon le Journal de la Corse d’Aout 1999 : « Réunion à Migliacciaru des treize organisations signataires du protocole de « non agression ». Les participants s’étaient réunis pour évoquer la revendication par Armata Corsa de » l’assassinat préventif » de Dominique Savelli perpétré le 21 juillet dernier. Les treize organisations ont lancé un appel à manifester le 4 septembre, deux jours avant la venue de Lionel Jospin. »
Le 2 Septembre 1999 : I Verdi Corsi participeront à la manifestation organisée samedi 4 à 17 heures à Aiacciu (place du Diamant) par u cumitatu naziunalistu di u Fiumorbu à la veille de la venue en Corse du Premier ministre Lionel Jospin. Tout en confortant la démarche de réconciliation des organisations du mouvement national corse qui ont engagé également un débat de fond sur des principes et des thèmes essentiels dans une perspective d’avancée politique majeure, ce rassemblement doit être celui de toutes celles et de tous ceux qui veulent pour la Corse un avenir de dignité et responsabilité. Lionel Jospin sera-t-il fidèle à ses propres engagements pris en 1996 concernant la Corse : « … s’inspirer de l’exemple d’autres îles méditerranéennes ou d’outre-mer, pour concevoir un statu original donnant à la collectivité de Corse des pouvoirs autonomes… » (déclaration au » Figaro « , mardi 28 mai 1996). Le premier ministre aura-t-il le courage politique dont a fait preuve le Premier ministre britannique Tony Blair en Irlande, en Ecosse et au Pays de Galles ? Samedi 4 septembre, le peuple corse doit se mobiliser pour dire clairement à l’Etat qu’il est grand temps de tourner le dos à la politique des coups tordus et construire la paix en débouchant sur un véritable règlement politique du problème Corse.
Le 04 septembre 99 : Un millier de personne à la Manifestation unitaire nationaliste.
Le samedi 4 septembre 1999 : 2000 personnes manifestent à Ajaccio ce samedi, à l’appel du Comité Nationaliste du Fiumorbu, collectif de 13 organisations nationalistes corses à l’exception d’A Manca naziunale(Ce groupe avait suspendu au printemps sa participation au collectif nationaliste du Fiumorbu, créé en décembre 1998 pour initier la démarche unitaire, « au motif que les mécanismes ayant abouti aux dizaines d’assassinats de militants ces dernières années étaient toujours actifs ». ). Des leaders historiques étaient présents, comme le docteur Max Siméoni ou Marcel Lorenzoni, qui a recouvré la liberté il y a 10 jours après 18 mois d’incarcération à Paris. Les organisations nationalistes avaient réuni leurs adhérents derrière un seul mot d’ordre frappé sur une banderole: « Per una sucieta corsa di dirittu » (pour une société corse de droit). Message que veut adresser la famille nationaliste à Lionel Jospin. Lors du rassemblement, Joseph Colombani, porte-parole de ce collectif constitué il y a neuf mois et dont les membres ont signé, le 3 juillet, un pacte mutuel de non-agression, a annoncé la volonté des nationalistes de dialoguer avec le gouvernement. « Nous sommes prêts à nous associer à des négociations pour trouver une solution politique à la situation de la Corse. Il faut que des responsables politiques, dans l’île ou sur le continent, voire même au niveau de l’Etat, prennent l’initiative, afin que l’on établisse un calendrier qui conduise à une avancée institutionnelle », a-t-il dit.
Le 04 septembre 99 : Un millier de personne à la Manifestation unitaire nationaliste.
Le 5 septembre 1999 : Explosion d’une bombe devant la Trésorerie d’Ajaccio dans la soirée.
Le 6 septembre 1999 : Le Premier ministre Lionel Jospin est arrivé en Corse pour son premier séjour dans l’île en tant que chef du gouvernement. Devant l’assemblée de Corse, il a réaffirmé que l’arrêt de la violence est un préalable non négociable. Une attitude approuvée par l’ensemble des élus de l’assemblée, à l’exception des nationalistes de Corsica Nazione. Un attentat à l’explosif a visé le tribunal d’instance de Porto-Vecchio.
Le 7 septembre 1999 : Lionel Jospin a quitté la Corse dans la soirée.
Le 7 Septembre 1999 : Le FLNC-Canal historique a revendiqué six attentats et deux tentatives d’attentats perpétrés récemment en Corse.
Le 10 septembre 1999 : Scola Corsa s’étonne : On nous communique : Lors de sa visite en Corse les 6 et 7 septembre, le Premier Ministre, Lionel Jospin, a déclaré qu’il n’était pas « envisageable d’imposer l’enseignement de la langue corse ; car ce serait une mesure contraire aux libertés individuelles ». Scola Corsa Bastia s’étonne et regrette que cet argument ne s’applique qu’à la langue corse puisque depuis l’année dernière l’enseignement obligatoire d’une langue étrangère est imposé aux élèves des écoles primaires françaises. Cette mesure, prise par le ministre de l’Education nationale, membre du gouvernement Jospin, n’a fait l’objet d’aucune objection. Doit-on en conclure que si la langue corse était considérée sur le territoire national comme langue étrangère l’argument serait caduc ? Si tel était le cas, Scola Corsa Bastia, qui milite pour un enseignement obligatoire de la langue régionale, se demande s’il ne faudrait pas appliquer dans son intégralité la loi Deixonne votée en 1951. En effet cette loi, toujours en vigueur, excluait le corse de la liste des langues régionales françaises au motif qu’elle était une langue étrangère. L’état de droit et la démocratie n’exigent-ils pas qu’on applique la loi ? Pour conclure Scola Corsa Bastia envoie son salut fraternel à tous les citoyens européens et canadiens opprimés par l’apprentissage obligatoire de leur langue régionale
Dans la nuit du 6 au 7 octobre 1999 : Une dizaine d’hommes armés et cagoulés, appartenant au FLNC-Canal historique, a tenu une conférence de presse clandestine dans une maison isolée dans le maquis, près d’Ajaccio. Répondant négativement à Lionel Jospin, ils ont répété qu’il n’était pas question d’abandonner l’action violente avant toute discussion sur le statut de la Corse. En outre, ils ont revendiqué deux attentats. Le 7 octobre 1999 : Visite en Corse de la ministre de l’Intérieur, Elisabeth Guigou.
Le 8 octobre 1999 : Apparition d’une nouvelle organisation clandestine, le Front patriote corse, qui revendique six attentats et trois tentatives d’attentats en Corse. Un groupe clandestin inconnu à ce jour, le « Fronte Patriotu Corsu » a revendiqué six attentats et trois tentatives d’attentats commis dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre. Par ailleurs, deux nationalistes ont été mis en examen et écroués, dans la soirée. Ils ont reconnu avoir participé à l’attaque d’un lycée niçois, en 1994, au cours d’une épreuve de l’agrégation. Cette action avait été revendiquée par le FLNC Canal historique.
Le 9 octobre 1999 : Le Premier ministre Lionel Jospin a appelé de nouveau les élus nationalistes corses à condamner la violence « en préalable » à toute discussion sur les institutions de l’île. Ce que se sont refusés jusqu’à présent à faire les élu de Corsica Nazione à l’assemblée territoriale corse.Le 13 octobre 1999 : Corsica Nazione rejette l’appel du premier ministre à condamner la violence
Le 24 octobre 1999 : » La question de la clandestinité a pour la première fois été abordée sans tabou » par les représentants de la quasi-totalité des mouvements nationalistes corses, réunis hier à Migliacciaro, près de Ghisonaccia, a indiqué le porte-parole du comité nationaliste du Fiumorbu, Joseph Colombani. Selon M. Colombani, » une centaine de personnes représentant treize organisations ont participé hier, durant dix heures, à des débats à huis clos », à l’invitation du comité nationaliste créé en décembre 1998, dans la région du Fiumorbu, pour lancer un processus de réconciliation de la famille nationaliste. » C’est la première fois depuis que le comité existe qu’il y a des échanges sur la clandestinité. Chacun campe sur ses positions mais il y a des gens qui ont été ravis d’entendre certains propos dans la bouche d’autres « , a-t-il ajouté. La question de la lutte clandestine continue en effet de diviser les nationalistes: certains mouvements, tels le Rinnovu naziunale et l’Union du peuple corse (UPC) font de sa disparition leur cheval de bataille, tandis que la Cuncolta indipendentista ou Corsica viva ne remettent pas en cause la présence de mouvements clandestins armés. » Cependant, tout le monde a condamné le fait que Lionel Jospin mette un préalable au dialogue et il a été dénoncé la perversité de l’Etat « , a poursuivi M. Colombani. Les participants ont également » commenté l’apparition de nouveaux mouvements clandestins « , qui avait semblé mettre à mal la démarche unitaire du comité. Lors de sa dernière réunion importante le 27 août à Migliacciaro, le comité du Fiumorbu n’avait condamné que tièdement » tous les mécanismes ayant dans un passé récent conduit à des affrontements et des drames dont la Corse ne veut plus « , en réponse à l’assassinat d’un garçon boucher de Belgodère revendiqué par le groupe clandestin Armata corsa. Au début de l’été, dans la même localité, les nationalistes s’étaient engagés à » bannir tout rapport de force violent entre eux « , en signant un pacte de non-agression.
Le 27 octobre 1999 : Le FLNC Canal historique a revendiqué six attentats à l’explosifs commis depuis début octobre. Il s’agit des attentats commis contre les perceptions de Sartène, Corte et Vescovato, les bureaux de l’Office national des forêts à Corte, le domicile d’un inspecteur des impôts à la sortie de Bastia et un garage de la police dans la zone industrielle de Bastia.
Dans la nuit du 27 au 28 octobre 1999 : Un attentat a été commis contre l’hôtel des impôts du XIIe arrondissement de Paris. Deux enfants ont été légèrement blessés et trois passants projetés au sol par le souffle de l’explosion. La police pense à la piste corse.
Le 4 novembre 1999 : Le FLNC a revendiqué l’attentat commis à Paris le 28 octobre dernier. Dans un communiqué, le mouvement clandestin explique que, « par cette action », il démontre sa capacité à agir au cœur même de la capitale malgré les mesures de sécurité renforcées « le jour de la venue du chef de l’Etat iranien ».
Le 4 Novembre 1999 : Le 4 novembre 1999 : Huit organisations nationalistes (ANC, A Chjama per l’indipendenza, Associu per a suvranità, Corsica Via, Corsica Nazione, A Cuncolta indipendentista, u Partitu per l’indipendenza, I Verdi corsi) se regroupent sous la bannière Unità . Huit organisations nationalistes corses ont présenté à Ajaccio un projet en quinze points dans lequel elles réclament la souveraineté nationale et « l’amnistie de tous les patriotes corses incarcérés, recherchés et poursuivis ». Les organisations rejettent « tout préalable au dialogue », opposant une fin de non recevoir à Lionel Jospin qui a fait du renoncement à l’action violente le préalable à une évolution du statut de l’île.
Dans la nuit du 11 au 12 novembre1999 : A Saint-Florent (Haute-Corse), trois continentaux ont été ligotés dans une résidence de bungalows par un commando d’une dizaine d’hommes se réclamant du FLNC-Canal historique. Trois autres attentats, ni signés ni revendiqués, ont touché des résidences secondaires en Corse-du-Sud (Porto-Vecchio, Coggia, Olmeto).
25 novembre 99 : A Ajaccio, la situation s’emballe, connaissant son paroxysme, avec deux «attentats en plein jour à l’Irlandaise», contre les bâtiments de l’URSSAF et de la DDE. Le 1erministre, comprenant son erreur d’appréciation, prend conscience de l’impasse et des risques de dérapages qui se multiplient. Changeant alors de fusil d’épaule, il enclenche une politique de dialogue «à ciel ouvert» avec la Corse et ses élus377, nationalistes compris, «sans tabous et sans préalables».
Dans la nuit du 27 au 28 novembre 1999 : Une charge de vingt litres d’un mélange de nitrate et de fuel – l’explosif utilisé il y a deux jours, dans les deux attentats d’Ajaccio – a été découverte sur le bord d’une fenêtre de la mairie de Grosseto-Prugna (Corse-du-Sud). Ce bourg, à une vingtaine de kilomètres d’Ajaccio, a pour maire José Santoni. Selon les démineurs, la charge n’a pax explosé à cause d’un dysfonctionnement du système de mise à feu.
Le 29 novembre 1999 : Réactivation du plan Vigipirate en Corse.
Le 30 novembre 1999 : Lionel Jospin est désormais prêt à dialoguer sans préalable avec les indépendantistes corses. Il l’a déclaré à l’Assemblée nationale en invitant l’ensemble des élus de l’Assemblée de Corse à venir le rencontrer à Matignon.
Le 30 Novembre 1999 : Un groupe nationaliste corse jusqu’alors inconnu, Clandestinu, a revendiqué, dans la soirée, les attentats commis le 25 novembre à Ajaccio. Ce groupe, « issu de la lutte de libération nationale », déclare avoir « décidé d’occuper le terrain militaire pour forcer l’Etat français à engager le règlement politique de la question corse ». Et d’ajouter : « Si un signe d’ouverture n’est pas donné rapidement, nous serons dans l’obligation de porter nos coups sur le sol français ».
Dans la nuit du 30 novembre 1999 au 1er décembre 1999 : L’Office corse de l’environnement a été mitraillé. Six balles de gros calibre tirées d’une voiture.
Le 1er décembre 1999 : Les élus nationalistes corses ont accepté l’invitation lancée la veille par Lionel Jospin. Ils rencontreront le Premier ministre à Matignon.
Le 2 décembre 1999 : Les élus corses seront reçus à Matignon le 13 décembre.
Dans la nuit du 12 au 13 décembre 1999 : Cinq attentats ont été perpétrés en Corse, visant principalement des bâtiments publics. Deux personnes ont été interpellées en flagrant délit : l’une tirait contre la façade du tribunal d’instance de Corte ; l’autre venait de déposer une bombe devant la perception de Porto-Vecchio.
Le 13 décembre 1999 : Lionel Jospin s’est déclaré « plutôt confiant », dans la soirée, à l’issue d’une rencontre de quatre heures à Matignon avec 28 élus corses. A l’issue de cette réunion, les deux représentants nationalistes de Corsica Nazione, Jean-Guy Talamoni et Paul Quastana, ont appelé « solennellement » les Corses à « s’engager dans la nouvelle « démarche ». Si le Premier ministre a reconnu que l’Etat a « sans doute des responsabilités » dans les insatisfactions du peuple corse, « le gouvernement condamnera et combattra la violence toujours et en toutes circonstances », a-t-il ajouté. Dès la matinée, le FLNC-Canal historique prenait « acte de la volonté affirmée de dialogue du Premier ministre de la France, qui marque un changement radical d’attitude ». Ce mouvement se déclarait « en mesure de prendre une initiative historique » en cas de « processus de règlement politique global ».
Le 17 décembre 1999 : L’abrogation de l’arrêté Miot – il permettait l’exonération des droits de succession en Corse – devrait être suspendue pendant un an, dans l’attente d’une réforme plus globale de la fiscalité dans l’île. La décision de principe a été prise par Lionel Jospin, mais le dispositif concret n’est pas encore arrêté.
Le 23 Décembre 1999 : Quatre organisations nationalistes corses clandestines (FLNC «Canal historique», Clandestinu, Fronte ribellu et le FLNC dit « du 5 mai 96 ») annoncent une trêve «illimitée» de leurs actions violentes et leur regroupement sous le même sigle FLNC (UNION DES COMBATTANTS).
Le FLNC UC (réunion de 4 mouvements clandestins) du 23 décembre 1999 avait lancé une trêve pour permettre au gouvernement JOSPIN de mettre en place les accords de Matignon. Michel Rocard, fin août 2000, avait fait une déclaration dans le Monde au sujet de la Corse dont voici le texte dans son intégralité. Il était aussi intervenue à l’Assemblée Nationale en 1989 pour expliquer la situation politique en Corse
Vendredi 21 Juillet 2000 : -Réponse de Matignon aux propositions des élus corses:
- suppression des 2 départements dans 4 ans
- compétences élargies pour l’assemblée de Corse
- loi de programmation sur 15 ans
- le système du crédit impôt remplacera la zone franche en 2002
- enseignement de la langue corse en maternelle et primaire
- pouvoir législatif dans 4 ans.
En Août 2000 : Lionel Jospin propose un nouveau statut pour la Corse connu sous le nom de processus de Matignon :
- · La langue corse est une matière enseignée dans le cadre de l’horaire normal des écoles maternelles et élémentaires ·
- Modification de la loi qui protège le littoral français · L’Assemblée territoriale corse pourra modifier les règlements et les lois ·
- Modifications fiscales et réforme des droits de succession ·
- Mesures pour développer l’économie de l’île : augmentation du capital-risque, du crédit-bail, installation de la BDPME (banque de développement des PME) .
Mercredi 16 Août 2000 : Mr JOSPIN:
- Pas de révision constitutionnelle si la violence persiste en Corse!
- Pas d’amnistie pour les assassins du Préfet ERIGNAC.
Samedi 21 Octobre 2000 : Tentative d’attentat en plein cœur de Marseille, une voiture contenant 60 kg d’explosif, à été signalée par un appel anonyme. Une mise en garde des nationalistes corses à Mr Lionel JOSPIN.
Décembre 2000
Le 1er Décembre 2000 : Manifestation Unità. Environ 200 personnes se sont rassemblées dans la soirée du 30 novembre devant la préfecture de la Corse à Ajaccio (Corse du sud) à l’appel de la coalition »Unità », engagée dans le processus de négociations avec Matignon.
Le Samedi 6 Avril 2002 : Le Comité Anti-Répression était présent pour accueillir a sa manière le Candidat Jospin… Banderolles, Slogans et Revendications d’un traitement politique des prisonniers politiques. Lionel Jospin a annoncé un « contrat pour la Corse » qui « comportera notamment de nouvelles avancées institutionnelles ». « Une révision de la Constitution rendra possible ces avancées en même temps qu’elle permettra la consultation des Corses sur ce projet »…. Il a réaffirmé qu’il n’était pas question d’amnistie pour les assassins du préfet de Corse Claude Erignac, abattu le 6 février 1998 à Ajaccio. !!!
Le 6 et 7 avril 2002 : Jospin est en Corse, et il prononcera un discours à Ajaccio, dont voici le résumé :
La proposition de Jospin : un compromis politique structuré
Dans le cadre du processus de Matignon, Lionel Jospin propose une démarche politique globale articulée autour de trois piliers indissociables :
1. Restaurer durablement l’État de droit
- Refus absolu de toute amnistie pour des crimes majeurs comme l’assassinat du préfet Claude Érignac.
- Renforcement des moyens judiciaires et sécuritaires.
- Affirmation que la lutte contre la violence est une condition préalable à toute évolution.
2. Engager un dialogue démocratique transparent
- Négociation exclusivement avec des élus légitimes issus du suffrage universel, sans contacts clandestins.
- Refus des pratiques passées basées sur des accords opaques avec des acteurs violents.
- Acceptation tactique de discussions sans renonciation préalable à la violence, mais avec une exigence finale claire :
👉 la renonciation à la violence comme condition de conclusion du processus.
3. Proposer une évolution institutionnelle maîtrisée
- Adoption d’une loi spécifique pour la Corse issue des accords de Matignon :
- élargissement des compétences de la collectivité territoriale,
- possibilité d’adaptations réglementaires locales,
- reconnaissance et promotion de la langue corse,
- programme massif d’investissements publics,
- dispositif fiscal incitatif.
- Introduction d’une logique d’expérimentation législative encadrée, sous contrôle du Parlement.
L’étape suivante proposée : un “contrat pour la Corse”
Jospin va plus loin en proposant :
- un nouveau contrat politique entre l’État et la Corse,
- incluant des avancées institutionnelles supplémentaires,
- rendues possibles par une révision constitutionnelle,
- et soumises à une consultation des Corses (impossible en l’état du droit à l’époque).
👉 Ce contrat doit impérativement intégrer :
- la condamnation explicite de la violence,
- et l’objectif central de paix civile durable.
Ligne directrice du processus de Matignon
La proposition de Jospin repose sur un équilibre stratégique clair :
Ni tout sécuritaire, ni abandon politique :
👉 une solution durable passe par la combinaison de l’autorité de l’État, du dialogue démocratique et d’une autonomie encadrée
👉 sans remise en cause de l’unité de la République
Idée-force
Le processus de Matignon selon Jospin est une tentative de sortie de conflit par le haut, visant à :
- intégrer la spécificité corse dans la République,
- tout en neutralisant définitivement la violence politique comme mode d’expression.
Le Lundi 8 Avril 2002 : Jacques Chirac s’est déclaré, lundi, « très réservé » sur le projet de consultation des Corses avancé par Lionel Jospin, faisant valoir que « donner le droit à chacun de s’exprimer sur l’unité de la République est extrêmement dangereux ».
La fin du processus pour Corsica Nazione et Indipendenza (et le FLNC Union des Combattants)
Le Lundi 22 Avril 2002 : Au lendemain des élections présidentielles Jean-Guy Talamoni, chef de file des nationalistes corses, a estimé que la France ressemblait à « un navire en perdition » en qualifiant de « très inquiétante » la deuxième place obtenue par Jean-Marie Le Pen.. « La Corse apparaît à la remorque d’un navire en perdition, la France. C’est pourquoi nous proposons de prendre nos distances le plus rapidement possible ». Ces élections « illustrent l’état de décomposition de la classe politique française », a-t-il ajouté. Pour J.G. Talamoni, le processus de Matignon « apparaît mal en point » après l’élimination de Lionel Jospin dès le premier tour. « Mais nous allons attendre les élections législatives pour nous positionner. Nous nous préparons à toutes les éventualités. Nous continuons à privilégier le dialogue mais nous sommes également prêts à la confrontation si la voie de la répression est choisie par le futur gouvernement français ». Il a estimé que le faible taux de participation en Corse, première région pour les abstentionnistes avec 41,38%, s’expliquait « en bonne partie par le refus de voter des nationalistes », pour qui il s’agissait avant tout d’une élection « franco-française ».
26 Septembre 2002 : Corsica Nazione dénonce l’absence d’avancées significatives dans les dossiers des prisonniers politiques et la décorsisation des emplois, signes évidents, avec la répression, d’un dialogue dévoyé. Elle suspend son soutien et sa participation au Processus. Indipendenza dira la même chose. Matignon : Devant les parlementaires socialistes, Lionel Jospin répète que la réforme du Statut de la Corse continuait malgré la suspension de leur participation par les élus nationalistes

