« Le peuple corse face aux pièges du communautarisme et du colonialisme »

(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, puiblié le 22 juilllet 2016) Dans ce texte du 20 juillet 2016, publié le 22 juillet sur notre site, Marc’ Anto Colleoni et Ulivieru Sauli, anciens prisonniers politiques corses, livrent une analyse politique des enjeux auxquels la Corse pourrait être confrontée dans un contexte marqué par les tensions internationales, les débats sur l’islam politique et les revendications nationales corses.

Les deux militants mettent en garde contre ce qu’ils considèrent comme un double risque : l’instrumentalisation du communautarisme et le détournement du débat politique corse au profit de problématiques extérieures à la question nationale corse. Selon eux, ces évolutions pourraient éloigner la Corse de la résolution du problème politique corse et des revendications historiques portées par le mouvement national.

Ils réaffirment leur attachement au droit du peuple corse à l’autodétermination, rappelant que leur engagement s’inscrit dans une démarche anticoloniale et progressiste. Ils dénoncent le refus persistant de l’État français de reconnaître politiquement le peuple corse, alors même que sont reconnues d’autres communautés ou appartenances sur le territoire.

Le texte revient également sur les déclarations de Manuel Valls en juillet 2016, rejetant notamment la coofficialité de la langue corse, le statut de résident et la notion même de nation corse. Les auteurs y voient la confirmation des limites imposées par l’État français aux évolutions institutionnelles réclamées par la Corse.

Marc’ Anto Colleoni et Ulivieru Sauli alertent par ailleurs sur les conséquences possibles de la substitution démographique et sur le risque d’une fragmentation communautaire de la société corse. Ils refusent toutefois toute récupération idéologique ou identitaire inspirée des discours occidentaux ou religieux dominants, réaffirmant leur attachement à une Europe des peuples et à l’émancipation politique et sociale.

Enfin, ils considèrent que la Corse ne saurait devenir le terrain d’expression des conflits religieux ou géopolitiques internationaux et appellent les organisations patriotiques à poursuivre leur engagement sur les terrains politique, social et populaire autour des fondamentaux de la lutte de libération nationale.

AnTo FpcL

Corse le 20 juillet 2016

Osons l’analyse. Avec le souci premier de ne pas se tromper. Mais refusons la politique de l’autruche qui consiste à se croire à l’abri d’un danger aux conséquences complexes. La Corse, son Peuple, sa lutte, ses espérances peuvent s’y trouver confrontés. Des récents évènements l’attestent. Entre le piège – pervers – du communautarisme et l’illusion d’un douteux islam politique avec son appendice, le dhjihadisme, les ingrédients sont en place pour détourner de sa trajectoire, la résolution du Problème Politique Corse.

D’emblée, rejetons avec force et principe, cette tendance qui consiste à taxer de « racisme » ou de « xénophobisme », toute approche autre que celle véhiculée par l’Etat et ses relais. Nous sommes des patriotes corses, nous en avons payé le prix fort. Sans renonciation, ni résignation, nous demeurons attachés au principe-intangible-des droits du Peuple Corse à l’autodétermination. Notre engagement est de souche anti-coloniale et résolument progressiste. Si aujourd’hui il y a en Corse des victimes du racisme, de la xénophobie, et de la discrimination, ce sont bel et bien les corses, car non reconnus à ce jour pour ce qu’ils sont malgré leur histoire, leur culture et ce, sur leur propre terre.

Il y a peu, le Premier Ministre français, Mr Manuel Valls, est clairement venu signifier les limites dans lesquelles la Corse peut difficilement se mouvoir. Il est également venu rappeler, tout en rappelant l’unicité d’une République étouffante pour notre île, l’engagement des services policiers et judiciaires pour « faire face au racisme et aux actes anti musulmans » ( discours du lundi 4 juillet 2016 ). D’un côté, on reconnait implicitement une « communauté musulmane » en Corse, de l’autre on dénie toute reconnaissance du Peuple Corse… Manuels Valls stipule clairement :  » L’affirmation de l’identité corse ne passera pas par l’exclusion, la coofficialité de la langue ou le statut de résident » ( Discours du lundi 4 juillet 2016 ). En décembre 2015, dans une interview au journal « Le Parisien », il avait déjà clairement affirmé :  » Certains parlent d’une Nation Corse. Mais je ne sais pas ce que cela veut dire. Il n’y a qu’une seule nation, la nation française ». Tous ces propos du Premier Ministre de la France trouvent, peu ou prou, écho au Parti Socialiste et chez Les Républicains, au Parti Communiste Français et chez le Front National…

Au delà d’une élection territoriale corse, qui consacre le temps d’une mandature restreinte, une victoire pour le Mouvement National, force est de constater qu’avec l’Etat Français, malgré des initiatives, les lignes n’ont pas véritablement bougé… Parmi les dangers plusieurs fois dénoncés et combattus, la substitution progressive de population ( Risque évident de minorisation des corses sur leur terre ) et l’instrumentalisation communautariste, spécifiquement dans le contexte international que nous connaissons et nous subissons.

Il ne s’agit surtout pas de hurler avec les loups. Loin de nous la volonté de brandir le faux drapeau de cet occident largement déchristianisé, complice des pétromonarchies du golfe, et prétendu protecteur des minorités chrétiennes d’Orient d’où sont aussi issues – il faut aussi le rappeler – des intellectuels promoteurs de la lutte des peuples comme celui palestinien et du panarabisme. Loin de nous l’idée d’invoquer faussement les soi disant  » racines chrétiennes de l’Europe » au détriment d’une Europe politique et sociale, des peuples et de la citoyenneté. Loin de nous la volonté de nous taire aussi sur l’implantation politique d’une religion, dogmatique et anti laïque, et instrumentalisée avec complaisance opportuniste pour des logiques de pratiques clientélistes dans lesquelles s’abandonnent partis politiques de droite comme de gauche…

Loin de nous le désir de nous taire – parce que nous avons toujours dénoncé la colonisation de peuplement imposée par l’Etat français – sur le risque de « libanisation » du Problème Politique Corse. La société corse, société colonisée gravement paupérisée, ne saurait tomber dans le piège d’un communautarisme orienté, manipulé, faisant le lit de comportements inspirés d’un contexte international au Moyen Orient, et où la France, dans la logique de son passé colonial, a une énorme responsabilité. Elle ne saurait non plus tolérer sur son sol, de potentiels agissements meurtriers insufflés par un islamisme radical autant haineux qu’obscurantiste.

Nous n’abdiquerons jamais sur l’un des fondements de notre engagement : Il n’y a qu’une seule communauté de droit en Corse et c’est le Peuple Corse.

La Corse, possession française depuis plus de deux siècles, laboratoire d’expérimentation répressive militaire, judiciaire et policier, territoire de vérification institutionnelle contrôlée, risque aujourd’hui de se faire enfermer dans une souricière communautariste…

La Corse n’est pas, et ne sera jamais un terreau de prédilection pour un quelconque dhjihad .

Il appartient aux organisations patriotiques de ne pas tomber dans le piège des discours dominants du système en place, et de rappeler par une présence effective sur l’ensemble des espaces sociaux et populaires, nos fondements de libération nationale et d’émancipation sociale.

Un peuple, ideologiquement armé, jamais ne sombrera dans les poubelles de l’histoire du colonialisme.
A TARRA CORSA HÈ DI U POPULU CORSU !

MARC’ ANTO COLLEONI – ULIVIERU SAULI
( Anziani prighjuneri pulitichi )

CORSICAINFURMAZIONE.ORG
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