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Ajaccio (AFP) – Les nouveaux dirigeants nationalistes de Corse ont fermement condamné lundi les manifestations racistes du week-end à Ajaccio, aux « antipodes » de leur conception de l’île, et pointé du doigt l’extrême droite.

« Le nationalisme corse est totalement aux antipodes de tous les phénomènes de racisme, de xénophobie ou d’exclusion », a affirmé le président de l’exécutif, Gilles Simeoni, après quatre jours de débordements à Ajaccio.

« Notre nationalisme est une démarche progressiste, qui est l’affirmation de l’existence d’un peuple, le peuple corse, et la conception du peuple corse est ouverte, généreuse, accueillante », a assuré à Europe 1 le leader nationaliste.

« Pendant la Seconde guerre mondiale, les juifs étaient protégés en Corse, il n’y a pas eu de déportation des Juifs, ce qui faisait dire à certains responsables de la communauté juive que la Corse a été l’île des Justes », a souligné le président de l’Assemblée, l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni.

17dec2015GouvernementCorseAssembleeTalamoniSimeoni (26)

« Cette île des Justes ne peut pas accepter qu’il y ait des dégradations de lieu de culte. C’est quelque chose d’absolument incompatible avec notre tradition politique, avec notre culture », a-t-il poursuivi à France Inter, après le saccage d’une salle de prière musulmane vendredi.

Les deux dirigeants, qui appellent à l’apaisement, étaient attendus en fin de matinée à Ajaccio. Ils devaient se rendre à la caserne dont les pompiers ont été visés dans la nuit de Noël par un guet-apens dans le quartier des Jardins de l’Empereur.

« On a carrément compris qu’on n’était pas les bienvenus, ni la police, ni les pompiers, ce soir-là sur cette intervention », a témoigné Yohann, l’un des pompiers agressés. « C’était: +vous êtes pas chez vous, allez-vous en, sales Corses, cassez-vous+ », a-t-il raconté.

Deux suspects, interpellés dimanche, doivent être déférés lundi ou mardi, selon le procureur de la République Eric Bouillard. Il a précisé dimanche que « leur implication dans l’agression des pompiers fait encore l’objet d’investigations ».

– Extrême droite « importée » –

Ces violences ont déclenché une série de manifestations et de débordements racistes qui font l’objet d’une enquête judiciaire. Le préfet de Corse a décidé de « sanctuariser » le quartier des Jardins de l’Empereur en y interdisant tout rassemblement jusqu’au 4 janvier. Lundi matin, la situation était calme, selon une journaliste de l’AFP.

Dimanche, certains manifestants, qui ont de nouveau défilé dans plusieurs quartiers populaires d’Ajaccio, se sont désolidarisés des débordements racistes.

« On se bat contre la racaille mais pas contre les Arabes », ont scandé les meneurs. « On n’est pas des casseurs », « on n’est pas des racistes », a enchaîné le cortège qui s’est rendu à la préfecture –apposant sur ses grilles un drapeau corse à tête de Maure–et dans les quartiers Sainte-Lucie et des Cannes, avant de revenir devant les Jardins de l’empereur.

Lundi, M. Talamoni a mis en cause l’extrême droite. « On sait qu’il y a un certain nombre de groupuscules d’extrême droite qui s’agitent en Corse depuis quelques mois », a-t-il affirmé, appelant à « faire en sorte que cette greffe ne puisse pas prendre dans la société corse ».

Selon lui, l’extrême droite est une « idéologie importée » et « ne devrait pas avoir droit de cité » dans l’île.

A propos des slogans racistes comme « Arabi Fora » (« Les arabes dehors »), entendus dans les manifestations, M. Talamoni a jugé que « c’est profaner la langue corse que de s’en servir pour dire des choses pareilles ».

« Ce sont des gens souvent d’ailleurs qui ne pratiquaient pas très bien la langue », a-t-il insisté, évoquant « un certain nombre de tracts faits par ces groupes, ou par le FN », avec un « usage de la langue corse assez approximatif ».

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