(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 16 juillet 1999) Dans cette lettre adressée à Jacques Chirac et Lionel Jospin, Marcel Lorenzoni se présente comme un nationaliste corse détenu à la prison de Fresnes depuis dix-sept mois pour des raisons qu’il considère comme davantage politiques que judiciaires.
Il affirme que les nombreuses décisions de la Cour d’appel de Paris confirmant les ordonnances du juge Bruguière dans le cadre de l’affaire Erignac n’ont pas tenu compte des arguments soulevés concernant l’illégalité de sa détention et la nullité des procédures engagées contre lui.
Marcel Lorenzoni rappelle également avoir été condamné à deux reprises par la Cour de sûreté de l’État en 1976 et en 1981. Il indique avoir rencontré, avec d’autres militants, Edgar Pisani à l’Élysée en 1989 afin d’exposer les raisons pour lesquelles la politique menée par l’État français en Corse lui semblait vouée à l’échec ainsi que les solutions qui auraient pu être envisagées.
Selon lui, ces propositions n’ont jamais été entendues et l’État a poursuivi une politique qu’il qualifie de guerre psychologique à l’égard de la Corse. Il évoque notamment l’affaire du préfet Bonnet ainsi que la libération rapide des « incendiaires d’État », estimant que ces événements illustrent une inégalité de traitement judiciaire.
Enfin, Marcel Lorenzoni estime que la France doit reconnaître les droits du peuple corse et mettre en adéquation les principes qu’elle revendique en matière de droits de l’Homme avec son action politique en Corse. Il conclut sa lettre en appelant à cette reconnaissance historique et politique.
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« Lettre à Messieurs Chirac et Jospin ».
Nationaliste corse, je suis incarcéré à Fresnes depuis dix-sept mois pour des raisons qui sont à l’évidence plus politiques que judiciaires. Malgré les démonstrations de l’illégalité de ma détention et de nullité des procédures, la Cour d’Appel de Paris a confirmé 54 fois depuis le 1er mars 1999 les ordonnances du juge Bruguière qui ne sait plus qu’inventer pour justifier ses théories de l’affaire Erignac. II est vrai que j’ai été à deux reprises condamné par la Cour de Sûreté de l’État en 1976 et 1981. Pour avoir démontré une fois déjà l’existence de polices parallèles en Corse, entre autres.
J’ai par deux fois en 1989 expliqué avec d’autres à Edgar Pisani, conseiller de la Présidence nous recevant à l’Élysée, pourquoi la politique de l’Etat en Corse était vouée à l’échec, et comment il était possible de faire autrement.
Nous n’avons pas été entendus. Au contraire, on s’est contenté d’appliquer à la Corse tous les stratagèmes de la guerre psychologique. Les aventures du préfet Bonnet en sont l’illustration la plus récente. Les origines de tous les drames sanglants que la Corse a connus sont à mettre au compte de cette politique dont rien ne dit qu’elle soit abandonnée.
La libération des incendiaires d’Etat, après une courte détention, alors qu’ils relèvent d’une procédure criminelle démontre que le concept d’égalité demeure au mieux un voeu, au pire un mensonge.
La France donne une bien piètre image du pays qui se veut celui des droits de l’Homme. II n’est que temps de mettre en harmonie idéaux et réalité en reconnaissant, après les torts esclavagistes et le génocide arménien perpétré par les Turcs, les droits du peuple corse anéanti par les armes françaises, à deux reprises au XVlllesiècle.
En attendant, recevez l’expression de ma considération la plus distinguée. «
Marcel Lorenzoni

