#Corse « L’amnistie des prisonniers pour enfin construire la paix » Jean-Marie Poli

Voici l’article du 6 mars 2015 du Corse Matin :

« L’amnistie des prisonniers pour enfin construire la paix ». Jean-Marie Poli, président de l’Associu Sulidarità, sera présent ce soir à la réunion publique organisée au palais des congrès à Ajaccio. Il abordera, avec d’autres, cette question éminemment politique puisque le maire PS de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci, s’est exprimé en faveur d’une loi d’amnistie pour les prisonniers corses, les langues se délient d’autant plus au sein de la famille nationaliste. Preuve pour eux que cette idée peut être partagée au-delà de leur famille politique.

polijeanmarieUne coordination s’est donc organisée autour des nationalistes, avec différents intervenants comme la Ligue des droits de l’Homme ou le STC. Une première réunion publique est organisée ce soir à partir de 18 h 30 au palais des congrès d’Ajaccio afin de poser les premiers jalons d’une réflexion autour de l’amnistie des « prisonniers politiques » après le processus de démilitarisation annoncé par le FLNC.

Un « premier pas » que le gouvernement est encore loin d’avoir emboîté. Mais de quelle amnistie parle-t-on, dans quelles conditions ? Qui serait concerné ? Quels sont les précédents ? Jean-Marie Poli répond aux questions et exhorte « les Corses à se saisir de ce problème politique, social et humanitaire ».

Une coordination autour de la question de l’amnistie pour les prisonniers dits politiques s’est organisée. Pourquoi cette réunion publique ce soir à Ajaccio ?

Si l’on veut s’engager sur le chemin de la paix, il faut prendre en compte la situation des prisonniers politiques. Nous devons arriver à une situation apaisée et comme dans toute fin de conflit, cela doit se traduire par un geste fort de part et d’autre. La situation actuelle est la suivante : les Corses ont fait des choix politiques portés par la majorité territoriale comme la coofficialité, le statut de résident ou l’évolution institutionnelle. Sans compter le vote du Padduc. En juin 2014, le FLNC a annoncé une sortie progressive de la clandestinité allant jusqu’à l’arrêt de la lutte armée. Le ministre de l’Intérieur a tout d’abord fermé la porte, favorisant une situation de blocage. En ce début d’année, Bernard Cazeneuve et Marylise Lebranchu sont venus acter le principe de la collectivité unique, mais sur le fond nous sommes toujours confrontés à un refus. Avec les forces évolutionnistes, nous avons débuté un travail de réflexion sur cette situation. Au-delà des débats que nous avons engagés, une amnistie des prisonniers politiques nous apparaît légitime.

De quelle amnistie parlez-vous ?

D’une amnistie pour tous les faits politiques qui ont valu à des Corses d’être emprisonnés. Ils sont la conséquence de ce conflit et il est nécessaire, si l’on veut en sortir, de réfléchir à cette amnistie. Pendant que les Corses choisissent des orientations importantes, l’État n’en retient qu’une infime partie et, dans le même temps, réactive la répression. L’incarcération de Pierre Paoli, secrétaire national de Corsica Libera en est la preuve. Il est inutile de piétiner l’espoir.

Les crimes de sang sont-ils concernés par cette amnistie ?

Cette amnistie devrait concerner tous les faits politiques antérieurs au processus engagé par le FLNC. Il s’agirait d’une amnistie globale, y compris pour les crimes de sang, sur le même modèle de celle de 1982.

Combien de prisonniers pourraient en bénéficier selon vous ?

Ils sont 26, comme Charles Santoni, Yvan Colonna et les membres du commando Erignac ou les personnes arrêtées dans le cadre de la nuit bleue de 2012. Si l’État veut construire une nouvelle politique en Corse, qu’il formalise cela par une amnistie générale.

logo corsematin2011Le commando Erignac doit être amnistié ?La question d’État est plus que sensible…

Le commando doit être amnistié afin de régler ipso facto la fin du conflit. Tous les prisonniers politiques doivent être traités globalement. Ils sont passés par une juridiction spéciale traitant des faits politiques. Je rappelle tout de même que lors du processus de paix engagé en Irlande en 1998, 300 prisonniers avaient été libérés, dont ceux qui avaient assassiné Lord Mountbatten, éminent représentant de la famille royale d’Angleterre. C’est aussi de cette façon que l’on emprunte les chemins de la paix.

Parlez-vous au nom des membres du commando ? On sait que d’autres prisonniers par le passé, comme Natale Luciani, ont refusé l’amnistie.

Nous ne parlons pas au nom de tous. Je souligne que Natale Luciani a été concerné par un processus de libération, ce qui n’est pas une amnistie. Je le répète, il est impossible de ne pas prendre en compte les acteurs de ce conflit qui par leur engagement ont permis le règlement de certaines questions politiques, certaines avancées. Les statuts particuliers de la Corse en témoignent.

Vous avez évoqué l’amnistie de 1982. Si le contexte politique était très différent, le FLNC à l’époque était beaucoup plus puissant…

Cela n’a rien à voir. 1982 a abouti au début de la décentralisation. Aujourd’hui, nous allons bien au-delà de ça puisque les conditions politiques locales n’ont jamais été aussi favorables. Le FLNC considère qu’il ne doit plus occuper militairement le terrain et l’État ne le prend pas en compte ? Il ne s’agit pas d’une capitulation mais d’un geste fort en faveur de l’apaisement. L’État ne doit pas construire la paix des vainqueurs.

Était-ce le bon moment pour déposer les armes ? L’État n’y voit-il pas un aveu de faiblesse ?

Il ne nous appartient pas de commenter les positions du FLNC. La seule position possible est celle de la paix à travers la prise en compte du fait politique.

Toutes les composantes du FLNC sont-elles favorables à ce dépôt des armes selon vous ?

Le FLNC a expliqué en 14 pages le processus dans lequel il s’inscrivait. Elles n’ont jamais été démenties. Le mouvement a toute légitimité à évoquer ce dépôt des armes dans la clarté. C’est ce qu’il a fait.

Jean-Charles Orsucci s’est dit favorable à une loi d’amnistie. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Il sait très bien qu’il s’agit de la condition sine qua non. C’est l’aboutissement d’un processus politique qui aurait une adhésion massive à travers des positions claires et nettes. C’est un espoir.

Les avancées institutionnelles ont été majoritairement le fait de gouvernement de gauche. Vos espoirs ne sont-ils pas déçus par celui de Manuel Valls ?

Nous nous souvenons de Michel Rocard et de son discours de 1989 qui a porté tant d’espoirs. Cette France est en train de se réformer. Elle est encore trop jacobine pour admettre le fait régional. Peut-être qu’à l’initiative de la Corse, la France se réformera-t-elle plus vite…

L’Irlande est sur la voie de la paix depuis 1998. L’ETA a déposé les armes et est en négociations avec l’Espagne. Ces conflits sanglants qui ont cessé, sans commune mesure avec la Corse, sont-ils un espoir ?

Ils sont incomparables avec la Corse d’abord par leur violence. Il y a eu tant de morts. Mais malgré cela, ils ont trouvé une issue ou sont en passe d’en trouver une. Là aussi, la paix passe ou est passée par une amnistie pour signaler la fin d’un conflit. Comme un respect mutuel.

Vos perspectives sur ce dossier ?

Tout d’abord nous allons nous réunir avec les membres de la coordination. L’action et la feuille de route viendront après. Elle sera proposée au peuple car cette demande d’amnistie concerne tous les Corses. Malgré une réactivation de la répression qui tombe très mal, la paix est à portée de main.

PROPOS RECUEILLIS PAR GHJILORMU PADOVANI (publication avec son aimable autorisation) Corse Matin

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