« Statut de résident : de l’initiative d’Alzi à la mobilisation des communes corses »

(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 11 septembre 2026) En avril 2014, l’Assemblée de Corse adoptait à une large majorité une délibération en faveur de l’instauration d’un statut de résident, une revendication portée durant des années par le mouvement indépendantiste, notamment Corsica Libera.

Présenté comme un moyen de lutter contre la spéculation immobilière, ce dispositif devait réserver l’accès à l’achat foncier et immobilier aux personnes pouvant justifier de cinq années de résidence permanente ainsi qu’à la diaspora. Pour les indépendantistes, cette avancée demeurait toutefois un compromis, leur projet reposant sur dix années de résidence et sur une conception plus large de la citoyenneté corse, intégrant également l’emploi et l’inscription sur les listes électorales.

En 2014, plusieurs communes avaient voulu appliquer immédiatement cette orientation. La plupart de leurs délibérations furent attaquées par le préfet puis annulées par le tribunal administratif de Bastia. La délibération de la commune d’Alzi, elle, ne fut jamais attaquée. Une décennie plus tard, fin 2024, le maire Nazione d’Alzi, Simon Venturini, s’appuyait sur cette délibération pour opposer officiellement le statut de résident à un acquéreur étranger. Celui-ci renonça finalement à son projet d’achat. Pour Nazione, cet épisode constituait une première application concrète du statut de résident sur le territoire corse et allait servir de point d’appui à un appel lancé aux maires de l’île, notamment après l’occupation d’un bien à Erbalonga en décembre 2024.

Depuis, le mouvement affirme qu’un nombre croissant de communes ont repris la démarche d’Alzi et que des élus cherchent désormais à la structurer collectivement. Nazione annonce ainsi sa participation à la réunion du 12 septembre à Corti et entend contribuer à cet effort collectif. Le mouvement présente l’application communale de ce qu’il qualifie de « loi corse » comme un moyen de dissuasion face à la spéculation et à la « colonisation de peuplement », particulièrement dans les zones littorales et urbaines. Alors que, selon le communiqué, ni le droit français actuellement en vigueur ni les projets discutés ne permettent d’instaurer ce statut à l’échelle de la Corse, Nazione appelle donc à multiplier les initiatives municipales comme mesure de « sauvegarde » de la terre corse et de résistance à la dépossession. Le communiqué s’achève sur le mot d’ordre : « A tarra corsa ùn hè à vende ! Speculatori fora ! »

Scrianzatu

Le communiqué : Au mois d’avril 2014, l’Assemblée de Corse adoptait à une large majorité, dépassant très largement les rangs du mouvement national, une délibération pour l’instauration du « statut de résident ». L’objectif consistait, ce faisant, à lutter contre la spéculation immobilière en réservant l’achat des biens fonciers et immobiliers aux acquéreurs pouvant justifier d’une période de 5 ans de résidence permanente ainsi qu’à la diaspora. Ce vote constituait alors une victoire politique pour le courant indépendantiste qui, à l’époque, par la voix du mouvement Corsica Libera avait, durant des années, porté seul cette revendication. Il s’agissait là d’un compromis politique avec la majorité de gauche de l’époque, portée par Paul Giacobbi, et les forces autonomistes dans la mesure où la proposition des indépendantistes – Corsica Libera d’hier et de Nazione aujourd’hui – est fondée sur une durée de résidence de 10 années et s’inscrit dans un projet plus large de citoyenneté corse qui inclut l’accès à l’emploi et l’inscription sur les listes électorales. La même année, plusieurs communes corses avaient délibéré afin d’appliquer immédiatement le statut de résident sur leurs territoires. La plupart des délibérations furent déférées par le préfet et annulées par le tribunal administratif de Bastia. Cependant, la délibération prise la commune d’Alzi ne fut jamais attaquée. À la fin de l’année 2024, soit une décennie, plus tard, le maire Nazione d’Alzi, Simon Venturini, fut le premier maire de Corse à opposer officiellement le statut de résident à un acquéreur étranger. À la suite de cette initiative, l’acquéreur renonça à son projet d’achat. Le statut de résident venait d’être appliqué sur la terre de Corse. Fort de cet exemple vertueux, à l’occasion de l’occupation du bien d’un spéculateur étranger à Erbolonga, le 7 décembre 2024, Nazione lançait un appel aux maires de Corse afin de suivre l’exemple de la commune d’Alzi. Cet appel fut, par la suite réitéré, notamment aux Ghjurnate Internaziunale di Corti. Depuis lors, plusieurs communes ont délibéré, à leur tour, en reproduisant la délibération d’Alzi et, aujourd’hui, de nombreux élus ont choisi de structurer une démarche en ce sens. 𝗡𝗮𝘇𝗶𝗼𝗻𝗲 𝘀𝗮𝗹𝘂𝗲 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗽𝗿𝗶𝘀𝗲 𝗱𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗰𝗶𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗲𝘁 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗺𝗼𝗯𝗶𝗹𝗶𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝘀𝗮𝗹𝘂𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲. 𝗡𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗺𝗼𝘂𝘃𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗮𝗿𝘁𝗶𝗰𝗶𝗽𝗲𝗿𝗮, 𝗲𝗻 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗲́𝗾𝘂𝗲𝗻𝗰𝗲, 𝗮̀ 𝗹𝗮 𝗿𝗲́𝘂𝗻𝗶𝗼𝗻 𝗱𝘂 𝘀𝗮𝗺𝗲𝗱𝗶 𝟭𝟮 𝘀𝗲𝗽𝘁𝗲𝗺𝗯𝗿𝗲 𝗮̀ 𝗖𝗼𝗿𝘁𝗶 𝗲𝘁 𝗽𝗿𝗲𝗻𝗱𝗿𝗮 𝘁𝗼𝘂𝘁𝗲 𝘀𝗮 𝗽𝗮𝗿𝘁 𝗮̀ 𝗹’𝗲𝗳𝗳𝗼𝗿𝘁 𝗰𝗼𝗹𝗹𝗲𝗰𝘁𝗶𝗳. Par-delà de ce que pourront décider les tribunaux français, l’application par les communes de Corse de ce que nous considérons comme une loi corse doit constituer une arme de dissuasion massive face à la spéculation et la colonisation de peuplement. En suivant l’exemple des villages qui en sont à l’initiative, cette règle a donc vocation à être adoptée et appliquée par le plus grand nombre, notamment dans les communes littorales et dans les villes, particulièrement en proie à ces phénomènes. Alors qu’à l’heure actuelle, ni le droit français en vigueur ni les projets en cours de discussion ne permettent d’instaurer un tel statut, par la loi, à l’ensemble de notre pays, l’action des communes corses doit constituer une mesure de sauvegarde de notre terre et de résistance face à la dépossession.

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