1991 – Secondu Quaternu – Projet de société du FLNC

Numéro spécial numéro 12 du Corsica Infurmazione publié en mars/Avril 1991, supplément du journal U Ribombu, journal officel de la Lutte de Libération Nationale, organe du FLNC.

Après son premier jet de projet de société en 1989 publié dans son numéro spécial de Corsica Infurmazione / Ribombu, le FLNC présente u Secondu Quaternu.

1989 – « Projet de société du FLNC : stratégie de libération et construction nationale »

 

 

LA VOIE CORSE AU SOCIALISME

SITUATION
INTERNATIONALE

Le monde hérité directement des rapports de force de 1945 a été secoué en 1989 et 1990, par de grands bouleversements internationaux: disparition du “rideau de fer”, réunification allemande, substitution aux anciennes alliances militaires (Pacte de Varsovie, O.T.A.N.) de nouvelles relations d’intérêts essentiellement économiques qui trouvent leur prolongement dans la mise en place d’une collaboration militaire ayant pour principal objectif de défendre ces intérêts (cf la guerre du Golfe).

Les Etats-Unis, profitant de l’effondrement du système soviétique, confrontés eux-mêmes à de graves problèmes inhérents au système ultra-libéral, ont saisi l’occasion offerte par l’invasion du Koweit pour tenter une redistribution des cartes mondiales, dans le but d’asseoir leur hégémonie politique, économique, et culturelle. Ce nouvel ordre international voulu par les Etats-Unis, appuyés par les anciennes puissances colonialistes européennes (France, Angleterre, Espagne, Pays Bas, etc), a pour but d’officialiser politiquement les rapports de soumission économique entre les pays riches du “Nord”, et les pays pauvres du “Sud”, les premiers détenant le pouvoir d’organiser le marché mondial, les autres confinés à un simple rôle de réservoir de matières premières, de main d’oeuvre et de zone de consommation. Notons la permanence des méthodes colonialistes consistant à s’appuyer sur des relais locaux pour se prévaloir d’une légitimité vis-à-vis des peuples soumis (Arabie Saoudite, Maroc, Egypte, etc).

Cette réorganisation des rapports politiques mondiaux s’est accompagnée de l’émergence et du renforcement des revendications identitaires et nationalistes, aussi bien à l’Est (cf les Pays Baltes) qu’au Sud (cf la revendication nationale arabe essentiellement politique, à ne pas confondre avec la montée des intégrismes religieux, qui peuvent être l’expression d’une attitude réactionnaire, voire d’un combat d’arrière-garde; il faut cependant se garder à cet égard d’une vision manichéenne, la religion dans sa dimension culturelle pouvant être un facteur de résistance (exemple du Tibet), la laïcité n’étant pas quant à elle une garantie absolue de démocratie (exemples: l’U.R.S.S., l’Irak et même la France qui n’a pas toujours donné l’exemple dans ce domaine).

La construction européenne entamée dans le contexte de rapports internationaux organisés autour des deux blocs Est-Ouest, avait pour but à l’origine la création d’une zone économique homogène représentant plus de 200 millions de consommateurs. Il s’agit, à travers l’acte unique européen de 1993, de créer un troisième pôle économique et politique pour contrebalancer les puissances américaine et japonaise. Les bouleversements politiques survenus en Europe ces dernières années imposent une redéfinition de la construction européenne: l’élargissement prévisible de l’Europe communautaire entraînera le renforcement des revendications identitaires, et l’opposition de plus en plus forte entre la conception de l’Europe voulue par les affairistes, et les aspirations nationales des peuples en voie d’émancipation. L’autorité des Etats constitués cédera le pas, peu à peu, à une forme de supranationalité, entraînera le renforcement de logiques extérieures aux intérêts des peuples d’Europe. L’accession de la Nation Corse à la souveraineté passe par le refus de la spécialisation économique des régions dans le cadre de l’Europe du capital et de la nouvelle division internationale du travail, par…

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…le refus de l’Europe des marchands et des Etats. Face à ces dangers, nous devons développer les voies d’une solidarité active, pour imposer une Europe des peuples souverains. Cette démarche n’exclut pas l’utilisation tactique des institutions européennes présentes et à venir. Parallèlement, nous devons nous tourner vers notre espace géopolitique naturel, en créant et en développant des relations privilégiées avec les pays du bassin méditerranéen.

Le stade de développement qu’a atteint notre lutte nous impose de mettre l’accent sur son internationalisation. C’est pourquoi il est aujourd’hui nécessaire de concevoir notre politique internationale, en recherchant une plus grande efficacité. Tout en maintenant des liens fraternels avec les autres mouvements de libération nationale, nous devons établir des relations avec certains Etats constitués. Cela se fera dans le respect de notre philosophie de lutte. Notre effort portera sur l’élaboration d’une véritable diplomatie au service de notre peuple.

L’Etat français, toujours englué dans sa vieille politique colonialiste, s’est associé, comme partenaire subalterne, à cette entreprise impérialiste (guerre du Golfe notamment) dont l’un des résultats prévisibles sera, à n’en pas douter, de lui fermer l’accès à certains marchés et d’abord de lui aliéner le “crédit démocratique” prêté dans certains pays aux valeurs, désormais frelatées et vides de sens, de “liberté, égalité, fraternité” répandues par une propagande intéressée à la matérialité du profit plutôt qu’à l’esprit d’une trilogie tombée en désuétude.

L’affaiblissement des positions extérieures de l’Etat français, la mise en lumière de la brutalité de l’impérialisme affairiste, de même que l’écroulement des idéologies instaurées à l’enseigne du communisme étatique, lui aussi grossier et brutal, doivent fournir au mouvement de libération nationale matière à réflexion et le conduire à adapter la disposition de ses forces, de ses initiatives, de ses projets, à une situation complexe et mouvante. Dans le tout proche avenir, il s’agit de prévoir et de préparer les répercussions en Corse – et partant sur notre combat – de l’entrée en vigueur de l’acte unique européen le 1er Janvier 1993.

Cette Europe des marchands, nous l’avons dit et répété, ne pourra qu’entraver tout développement économique conçu dans l’intérêt collectif de notre peuple. Son objectif est d’assigner à la Corse le rôle et la mission de centre de repos et de loisirs pour les privilégiés de la fortune. Mais, en raison des rivalités d’intérêt, des contradictions, des visées géopolitiques, cette Europe des restrictions de souveraineté limitée, ne manquera pas d’engendrer appétits, convoitises, litiges et conflits entre les conjurés de la petite Europe d’une part, et entre tout ou partie de celle-ci et les grands rivaux américain et japonais.

A cette “machine-à-sous” européenne ou extra-européenne, nous devons opposer, dans les principes et dans l’action, la conception d’une Europe des peuples, et développer en même temps, l’idée et la pratique d’une Corse souveraine, partie intégrante de cette Europe des peuples et, au-delà, élément dynamique et à part entière d’un ensemble méditerranéen transformé progressivement en zone de paix, et en tremplin des valeurs d’échanges humains dont la Méditerranée a de tous temps été le carrefour.

En résumé et sans prétendre analyser ni exposer les données primordiales d’une situation propice à d’autres changements internationaux, il nous appartient d’élaborer dès à présent les grandes lignes d’une véritable politique internationale, étant naturellement entendu que cela n’affectera en rien la solidarité fraternelle qui nous unit à tous les mouvements de libération dans quelque pays que ce soit.

En ce qui concerne l’Europe, la délégation générale de la Corse de l’organisation européenne pour les droits de l’homme et pour les libertés fondamentales mérite d’être encouragée dans ses démarches destinées à permettre à la Corse et à son peuple d’utiliser, dès à présent, tous les recours possibles auprès des instances de Bruxelles et de Strasbourg.

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SITUATION CORSE

La destructuration rapide de la société traditionnelle a entraîné une crise politique, sociale, morale, culturelle et économique sans précédent, cette crise se traduisant par des indicateurs alarmants, tels le développement de la délinquance, de la toxicomanie, et d’une façon plus générale l’érosion du sens de l’intérêt collectif. Seul le développement de la conscience nationale a permis de freiner cette évolution. Il appartient à notre organisation de renforcer la dynamique populaire qu’elle a su engager, afin d’inverser la tendance.

L’Etat français n’a pas modifié fondamentalement son attitude par rapport à la Corse, et nous ne pouvons que constater sa volonté constante de réduire la revendication nationale, par le recours à des interlocuteurs privilégiés qui au travers de diverses institutions, lui servent à masquer la réalité coloniale. Même si ces derniers se donnent une image plus moderne et plus attrayante, le clan “new look” sert, comme l’ancien, de pilier à la présence française. En effet l’Etat colonisateur s’est toujours appuyé sur des individus ou des organisations plus soucieux d’intérêts particuliers que d’intérêts collectifs pour lutter contre la résistance nationale. Cette politique illustrée par le projet Joxe – lecture a minima des dispositions de la charte européenne – a permis une certaine redéfinition du paysage politique insulaire. Elle a pris acte de l’effritement du clan traditionnel au profit d’une nouvelle caste politico-affairiste s’appuyant sur un discours économiste racoleur. Faisant l’impasse sur les intérêts collectifs du peuple corse, hypothéquant toute possibilité de développement d’un secteur productif national, cette démarche n’a d’autre but que de détourner les énormes profits attendus de l’Europe de 1993, et engendrer une dérive mafieuse.

Dans le cadre de cette recomposition politique, certains mouvements se réclamant du progressisme vont se trouver devant une contradiction fondamentale: assumer leur logique française et en même temps prendre en compte des revendications portées par notre lutte, et que leurs appareils ne pourront contourner, parce qu’elles répondent aux aspirations de leurs militants, telles que la langue, la protection du patrimoine national, etc. C’est sur ces points de convergence que ces militants pourront se retrouver avec le mouvement national. Dans cette phase transitoire, il convient de tenir compte des contradictions existant à l’intérieur des partis français. Ces mêmes appareils risquent d’être tentés par la mise en place d’un contrat électoraliste dans lequel ils seraient associés aux représentants du néo-clan et à certains individus ou organisations pseudo-nationalistes. Sur cette combinaison populiste genre “attrape-tout” repose la tentative, orchestrée par l’Etat français, de marginaliser la lutte de libération nationale. Pour ce qui les concerne, les militants, les sympathisants de notre lutte doivent pouvoir s’appuyer sur un discours clair qui situe véritablement les enjeux, pour poursuivre la voie d’un combat au service des intérêts collectifs de notre peuple. C’est dans cette confrontation, sereine et respectueuse, avec les autres composantes du mouvement national que nous devons convaincre de la justesse de notre analyse, de la légitimité de notre place dans la lutte, et de la nécessité de construire tous ensemble une Corse souveraine en rejetant toutes compromissions avec l’Etat colonial et ses relais locaux.

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LE F.L.N.C

DU DEBAT AUX PROPOSITIONS

Les agissements anti-démocratiques de quelques-uns, leur main mise sur la direction de notre organisation, ont rendu nécessaire la clarification voulue et obtenue par la base. Il était temps que soient réaffirmés certains fondements de notre lutte, tels que la fraternité, la rigueur, l’intégrité, l’aspiration à la démocratie. Il n’est plus question d’accorder de blanc-seing à qui que ce soit. En revanche le fonctionnement démocratique de notre organisation ne pourra être garanti que par un investissement plus important de nos militants dans tous les espaces de lutte que s’est donné et se donnera notre peuple.

Le Front est profondément ancré dans le peuple corse. Sa réalité sociologique montre que toutes les catégories sociales sont parties prenantes de notre organisation. Dans une large mesure le peuple corse se reconnaît en lui dans des approches et des manifestations différentes. C’est de cela que le Front tire sa légitimité. Le Front est indiscutablement une référence constante, pour ceux qui luttent et veulent construire un devenir collectif pour le peuple corse, quels que soient l’organisation ou le mouvement auxquels ils appartiennent. Il est le garant d’une lutte révolutionnaire contre l’Etat français, sans compromission aucune.

Il nous appartient de renforcer notre capacité à synthétiser les analyses et les aspirations du peuple, à tracer, à partir de là, de grands axes stratégiques, et à traduire cette politique sur tous les terrains. C’est ainsi que le Front légitimise son rôle d’orientation politique, orientation politique ne signifiant pas pour nous dirigisme: il propose des axes de luttes au peuple, en même temps qu’il prend en compte les grands mouvements sociaux, politiques et culturels. Il peut impulser des actions comme en encourager d’autres n’émanant pas forcément du mouvement nationaliste. Il doit être ainsi en symbiose constante avec le peuple, ce qui évite toute dérive de type dirigiste, élitiste ou militariste menant à une conception du parti unique. Cela veut dire clairement que nos actions politico-militaires peuvent s’orienter sur tous les terrains qui fondent la réalité des luttes du peuple corse. Cette conception de notre organisation nous amène à rejeter catégoriquement la fonction de bras armé. Le Front est l’expression de la volonté de notre peuple de conquérir sa souveraineté sur sa terre. La lutte armée est avant tout instrument de rupture avec le système colonial. Dans les actes d’abord par l’utilisation de moyens différents, dans les esprits ensuite par le refus d’entrer dans le jeu politicien traditionnel. “Jeu” dont les règles et les sanctions sont imposées par l’Etat colonial. La dimension révolutionnaire est donc fondamentale puisque l’on se situe dans une autre logique: celle de la libération nationale et sociale. Si nous étions réduits à un simple instrument technique (bras armé), cela nous entraînerait soit vers une dérive militariste, soit vers la disparition de la dimension révolutionnaire au profit d’une stratégie réformiste.

Même s’il est indispensable de renforcer et d’améliorer la structuration de notre organisation, notre véritable rôle se situe dans un cadre politique. Nos capacités militaires doivent être mises au service d’une réflexion politique approfondie. De la justesse de notre analyse, de notre aptitude à appréhender les aspirations de notre peuple, dépendra l’impulsion que nous saurons donner à la lutte de libération nationale. La prise du pouvoir par le peuple corse passe, en grande partie, par la capacité que nous aurons de lui donner les moyens politiques de s’exprimer et de participer à la construction de la Corse de demain.

Notre peuple s’est donné aussi d’autres espaces de lutte qui composent aujourd’hui le mouvement national corse. Nous tenons compte dans nos analyses et nos approches politiques de cette diversité qui est pour nous synonyme de richesse, et condition de la société pluraliste que nous voulons pour demain. Le mouvement national corse demeure l’espace de convergence le plus cohérent à partir duquel doivent s’organiser les actions visant à contraindre l’Etat français à s’engager dans un véritable processus de décolonisation.

Dans cet esprit nous considérons que la phase de développement des contre-pouvoirs que nous avions impulsés dans notre livre blanc, est aujourd’hui arrivée à son terme, et que par là même le concept de contre-pouvoir ne correspond plus à la réalité de la lutte. Pour nous il existe des structures, espace de convergence et de consensus, qui déterminent leur rôle, leur action, ainsi que leur forme de participation à la lutte de libération nationale du peuple corse. Tous les militants de cette lutte doivent s’y retrouver afin de renforcer la marche de notre peuple vers sa souveraineté nationale.

Les militants doivent partager une certaine éthique de lutte, ce que nous analysions déjà dans U Ribellu d’Octobre 1990. La crise profonde et durable qui secoue la société corse dans son ensemble, si elle…

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25 novembre 90. 400 militants du FLNC rassemblés non loin de Borgu en Haute Corse. Echec aux coups bas contre la lutte de libération nationale.

…s’insère plus globalement dans les grands bouleversements mondiaux qui animent cette fin de siècle, apparaît avant tout comme le résultat de l’exploitation coloniale que l’Etat français impose depuis plus de deux siècles à notre peuple.

Notre communication faite lors des ghjurnate internaziunale le 5 Août 1990 à Corti a mis l’accent sur l’exemplarité du militant. Cette exigence du combat révolutionnaire complète notre conception de la libération de l’homme, telle que nous l’avons développée dans l’avant-projet de société soumis au débat en Décembre 1989: “la place de l’individu dans la société, la recherche de son épanouissement, va de pair avec la transformation de la société. La révolution des systèmes est en crise: seule la révolution de l’homme peut créer les conditions d’un changement radical”. En ce sens, le comportement du militant revêt un sens politique profond. Pour des militants révolutionnaires, l’éthique et la politique sont indissociables. Lutter pour une Corse souveraine, pour un socialisme original, c’est lutter aussi pour une prise de conscience sociale, pour la libération et l’épanouissement de chaque individu.

Toute crise et donc toute révolution s’accompagne de contradictions, d’exaltations, de découragements, et même parfois de déviations qui peuvent compromettre l’issue de la lutte.

Un militant nationaliste doit sans cesse mettre en accord son engagement militant et sa vie personnelle. Les responsabilités politiques historiques que nous portons devant notre peuple, nous donnent plus de devoirs que de droits. Confrontés à l’effondrement des valeurs communautaires de notre peuple, à la spéculation, au “gangstérisme, à une classe politique véreuse et incapable, des hommes, des femmes, remettent en cause la “morale” dominante du colonialisme français. La stratégie d’autodétermination par l’auto-organisation du peuple, engage un nombre croissant d’individus dans les luttes pour un changement de société, dont les motivations sont aussi fortement morales.

Ainsi notre morale politique doit être entièrement subordonnée aux intérêts de la lutte du peuple corse pour son émancipation, notre éthique a pour origine la défense des intérêts collectifs de notre peuple, et en particulier des plus défavorisés. Loin de nous l’idée de prêcher le moralisme bourgeois et réactionnaire, une “moralité universelle” et manichéenne (les bons et les mauvais), nous préconisons au contraire la nécessité d’une morale révolutionnaire où le militant qui a reconnu l’exigence morale de la lutte dans le contexte politique actuel, ne peut employer que des moyens en accord avec elle. Ainsi, le dilemme qui se pose au militant peut se résumer en ces deux formules: “la fin justifie les moyens” et “qui veut la fin veut les moyens”. La première alternative met le militant en contradiction avec lui-même, car elle sépare l’éthique de sa pratique politique, la morale de la révolution. “Qui veut la fin veut les…

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…moyens” va induire une pratique politique qui réconcilie enfin éthique et politique, la lutte d’aujourd’hui ne présentant aucune contradiction de fond avec la société de demain.

LA SOUVERAINETÉ
NATIONALE PAR
L’AUTODÉTERMINATION

Un peuple libre se doit d’exercer la souveraineté, c’est-à-dire l’autorité suprême, sans contrôle ni soumission. L’ambition de la lutte de libération nationale est le rétablissement de la souveraineté nationale, c’est-à-dire la souveraineté exercée par le peuple corse. En ce sens, pour nous, la souveraineté nationale ne peut être que populaire. Notre objectif est de rétablir le peuple corse dans l’exercice de ses droits de souveraineté, ce qui correspond naturellement à terme à l’indépendance nationale. Il ne s’agit pas pour nous de prétendre à un objectif mythique, par simple identification au processus de décolonisation de nombreux pays du Tiers Monde dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale. En tenant compte des leçons du passé, et de la réalité de notre pays, nous devons définir les principes et les moyens d’une indépendance politique et économique. Politiquement, le peuple corse doit être mis en mesure de décider librement, et d’exercer pleinement son autorité, sans soumission ni contrainte de quelque ordre que ce soit. C’est la pratique d’autodétermination dont l’indépendance peut constituer l’aboutissement logique.

Sur le plan économique, la notion d’indépendance ne saurait être une panacée à notre époque, caractérisée par une économie à l’échelle mondiale. Au sein du “système-monde”, chaque Etat, y compris les plus grandes puissances, doivent tenir compte et dépendent des conditions de la production et de la consommation des autres pays. L’indépendance économique signifie donc pour le peuple corse la possibilité d’établir ses choix économiques en toute liberté, et de décider de ses nécessaires solidarités. L’objectif majeur consistant à développer le plus possible les productions nationales, à partir de l’exploitation prioritaire et harmonieuse des richesses naturelles de la Corse.

Nous devons contribuer à donner à notre peuple les moyens de s’auto-organiser, et de permettre à chacun d’être acteur d’un combat qui est avant tout une construction collective. Nous agirons pour que puissent mieux participer à ce combat collectif celles et ceux, quelles que soient leurs origines, qui désirent construire cette nouvelle société corse. Qu’il s’agisse de Corses d’origine ou d’adoption, de travailleurs non-Corses aspirant à vivre sur notre terre et à participer à notre destinée collective. Les étrangers partie prenante du système colonial ne peuvent pas être compris dans notre communauté de destin, puisque celle-ci se définit fondamentalement par l’adhésion à notre société et son mode de fonctionnement.

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LA SOCIETE
CORSE

LA RÉALITÉ SOCIALE

La société corse est en basculement permanent entre bourgeoisies d’affaire et de commerce, et prolétariat massué sous la perfusion des transferts sociaux; érosion des groupes productifs et redéploiement d’une tertiarisation de consommation. La société corse est une société d’intermédiaires, sans assise, sans ancrage, sans organisation, simple espace de renouvellement du système colonial caractérisé par la féodalité, et la dépendance. Au lien colonial (non-développement et assistanat) se superposent le lien social induit (hiérarchisation de la dépendance proportionnelle à l’incompétence, sous-rémunération, chômage déguisé) et le lien familial claniste (notables faisant fonction de relais, népotisme).

Transformations parcellaires, ponctuelles, appâts corporatistes, profession de foi-alibi, tout cela a échoué en Corse parce que artificiel, éphémère, hypocrite. Rompre socialement et mentalement avec l’assistanat, l’humiliation, le mal vivre, la délinquance constitue la seule méthode pour promouvoir un cadre social d’épanouissement de l’individu libéré, de l’homme corse dans son entité souveraine. La rupture comme antidote à une société corse aliénée, broyée, déboussolée, déracinée devant le mythe du confort assisté et le vide culturel ambiant. De la destructuration à l’indifférence, à l’incohérence, à la médiocrité entretenue par des courroies administratives incompétentes et inféodées à une classe politique où dominent clinquant et imposture, marasme et désillusion, mais aussi complexité, car pour façonner une société future en accord avec l’idéal nationaliste, il convient d’imaginer des solutions alternatives et d’agir dès maintenant dans de nombreux domaines. Confronté à ces traits spécifiques – induits par l’histoire mais aussi par le non-développement économique -, mais aussi aux lignes de force politico-sociales de l’Europe du Nord, le mouvement national se doit d’aborder deux éléments de prospective constitutifs du choix de sociétés “socialistes”. Quel profil social en regard des changements dans la nature et le rôle du travail et de leurs corollaires (émergence de secteurs nouveaux, nouvelles identités sociales) ? Quelle prise en compte des aspirations personnelles exacerbées par les mouvements économiques ?

Le socialisme original est une démarche de prévision des types de conflits, de carences sociales et culturelles. C’est aussi une priorité d’écoute des besoins personnels inscrits dans le souci de l’intérêt collectif. Cette aspiration générale à un niveau de vie moyen pour un moment donné (niveau de bien être, accès à l’éducation, la culture, la santé) constitue un modèle de référence socialement établi tel que le ressent la conscience collective. En d’autres termes, la révolution sociale doit s’accompagner des moyens politiques et économiques pour ne pas apparaître, au premier degré, comme une régression par rapport aux acquis de la société précédente. Au niveau de vie moyen, s’ajoute le principe de sécurité civile (reconnaissance des droits collectifs et protection personnelle), sécurité des statuts sociaux, sécurité de l’emploi, sécurité devant les grands périls collectifs. Face aux exigences collectives ou de groupes – et pas seulement ceux des classes sociales définies selon l’ordre économique -, face aux nécessités d’ensemble du système social, le socialisme de la voie corse est le garant d’une société où l’on puisse atteindre le maximum de possibilités de bien-être matériel sans mettre en péril les équilibres collectifs essentiels, ni les valeurs populaires traditionnelles et des droits humains fondamentaux. Car la caractéristique de la société “bourgeoise” actuelle, ce n’est pas l’argent en tant que moyen d’échange ou instrument pour acquérir des biens et services: le trait fondamental c’est au contraire l’acquisition de gains monétaires pour l’accumulation du capital. Le propre de la valeur capitaliste, c’est qu’une minorité restreinte ne peut la pratiquer que si une grande majorité ne peut pas en jouir. Les rapports entre démocratie et technologie sont des rapports de soumission (régimes totalitaires, taylorisme, déchéance sociale), et notre système actuel a été sclérosé par cette opposition entre technologie et liberté, entre capital et émancipation. Pourtant, en tendant vers une taille plus réduite et en devenant financièrement accessible, la technologie peut contribuer au triple enjeu de la restructuration spatiale, de la démocratisation sociale du travail et de l’épanouissement local de la créativité.

En parlant de rupture globale, il est nécessairement fait référence à l’idéal communautaire national. Mais la capacité de paralyser une logique économique d’aliénation dépend de l’ampleur solidaire du mouvement, de sa potentialité à prendre en compte une solution de rupture et de la forme d’action utilisée.

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Convivialité, solidarité, humanisme, dignité, coopération, fraternité, espace social collectif, intérêts identitaires et communautaires du peuple sont des valeurs essentielles de l’histoire. A l’heure actuelle personne n’a envisagé politiquement la question de la place et de l’évolution des immigrés dans la société corse de demain. Il faut dépasser les habituelles professions de foi moralisantes, les louables mais limitées négations du racisme, et les incantations factices à l’intégration. Le traitement du problème de l’immigration nécessite une approche lucide et non démagogique des tenants et des aboutissants de cette question: une présence en termes d’emplois sous-qualifiés, de précarité de vie sociale, mais aussi de vitalité démographique; un zonage géographique (plaines et littoral) et sectoriel (viticulture, B.T.P., tourisme). La situation actuelle est caractérisée par les habitudes patronales de certaines branches d’activités économiques qui utilisent la sous-qualification et la flexibilité de cette population étrangère pour maintenir sur place un sous-prolétariat maghrébin. L’impossibilité qui leur est faite d’occuper un espace social et d’être reconnus dans leur dignité de travailleur, est le lot de tout immigré. Les Corses en leur temps ont connu cette situation d’exclusion lorsqu’ils ont été contraint à l’exil par la pression coloniale. Cette pression de tous les instants qui s’exerce sur les travailleurs immigrés les poussent à renoncer à défendre leur dignité d’homme, et à accepter la fatalité du non choix.

Dans le cadre des propositions nées de notre conception du socialisme original, nous nous faisons obligation de garantir à tout travailleur exerçant son activité sur notre terre, le droit à la dignité, à la justice sociale, à des conditions de vie et de travail décents, à l’égalité devant l’éducation, et plus globalement à la reconnaissance sociale pleine et entière en tant qu’individu. La notion de communauté de destin, telle que nous l’avions énoncée en 1988, précise que tous ceux qui ont la volonté de participer à cette communauté ont le droit à l’intégration. Pour autant la défense prioritaire des intérêts collectifs de notre peuple nous amène à refuser les flux migratoires incontrôlés, qui iraient forcément à l’encontre des intérêts des travailleurs immigrés eux-mêmes.

La place des immigrés dans la société corse de demain

LA RÉALITÉ
ÉCONOMIQUE

La situation économique se caractérise par des importations massives, un chômage important, un secteur productif inexistant, la circulation massive de capitaux, la société de consommation, le mythe de l’argent par perfusion, et la facilité de la pension. Elle a pour corollaire la délinquance, la valorisation des incompétences, la destructuration sociale, qui sont les effets de la logique coloniale et de la logique européenne des “Régions les Plus Avancées”.

Cela se traduit par des propositions “innovantes” qui ne sont que le reflet du mépris de l’Etat français et de l’imposture de ses relais: un Commissariat au Développement Economique pour des chasseurs de primes, un procédé de délocalisation d’entreprises (archaïque parce qu’inadapté à la spécificité corse et aux données économiques nouvelles), des outils financiers sans imagination (I.R.-C.I.G.) ou détournés de leurs vocations (C.A.D.E.C.) qui ne remettent pas en cause un système sclérosé et vicié, des technopoles dans tous les coins de l’île selon le mythe colonial du Cargo (on adore ce qui vient d’ailleurs, on le sacralise uniquement en raison de sa mode), des gisements éphémères de capitaux pour quelques opérations juteuses et un simple impact de déplacement de main d’œuvre et de transfert de localisation d’entreprises, un Plan de Développement et un Schéma d’Aménagement en 1993 certainement définis par les mêmes institutions (S.G.A.R., Région) qui pérennisent l’incompréhension de la réalité corse.

Par ailleurs le traitement mécaniste des données par ratios et ordinateurs, la surdotation budgétaire comme gavage alimentaire est le fait des mêmes castes privilégiées, des mêmes détourneurs de fonds. Cela correspond à une alliance du capital d’Etat, de la bourgeoisie affairiste et des circuits bancaires où s’entremêlent systèmes mafieux et solidarités clanistes. Sans oublier la collaboration de Corses attirés par la notabilité courtisane et la corruption de l’argent facile.

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LA VOIE CORSE
AU SOCIALISME

DU REJET DES
DOGMES À L’IDÉAL
LIBÉRATEUR

La Corse est une terre de contrastes, d’oppositions et de cloisonnements. C’est évident aux plans géologique et géographique. C’est latent aux plans des comportements sociaux et des mentalités culturelles. D’autres régions ou d’autres pays connaissent ces réalités qui font partie de l’évolution de l’humanité et de son adaptation à la nature. Mais la Corse, c’est aussi une terre d’accumulations, un pays d’empilement, une région de sédimentation où viennent se superposer trois types de données: une immersion dans la problématique des pays les plus avancés par son appartenance à la zone d’influence européenne; une référence tiers-mondiste avec une économie de production inexistante, une société sous perfusion, une aliénation éducative et culturelle; une relation de dépendance historique de type colonial, avec le fondement de la revendication d’un peuple a retrouver sa souveraineté.

Ces trois données, assorties de l’originalité identitaire d’une île et d’un passé typé, font de la Corse un thème très spécifique qui ne peut être appréhendé au travers des grilles d’analyse idéologiques traditionnelles ou au moyen de plans de développement conventionnels. C’est, d’un point de vue français, une source de difficultés insurmontables pour l’énarchie jacobi…

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ne méprisante. C’est pour notre lutte de libération, une chance exceptionnelle que nous avons traduit en termes de socialisme original.

Le socialisme intègre une dualité méthodologique en se présentant soit comme un processus de réformes graduelles introduisant des valeurs socialistes dans la société existante (gradualisme social-démocrate), soit comme une substitution radicale au capitalisme au moyen d’une explosion dialectique (révolution sociale). L’opposition de ces deux stratégies est basée sur une perception différente de la place et de l’importance des contradictions internes de la société bourgeoise.

A l’aube du XXI ème siècle, le socialisme présente un double déphasage inhérent d’une part à l’apparition de nouvelles données économiques et de nouveaux problèmes sociaux qui ne peuvent être appréhendés par d’anciens schémas de pensée et des procédés obsolètes, et d’autre part à l’émergence d’une crise de crédibilité du projet socialiste, d’une crise de la pratique des socialistes.

Le rejet des dogmes, dans un moment de mutation de la civilisation, doit s’accompagner de la conception d’une idéologie révolutionnaire, au sens de rupture mentale et sociale. Car souvent la place ainsi laissée vacante est occupée par des théories vulgaires parce que pragmatiques, ou par un néo-conservatisme exaltant la médiocrité de l’ordre établi.

Après plusieurs décennies d’action socialiste, le socialisme “réel” (U.R.S.S et Pays de l’Est) ou “tempéré” (Suède, France) porte la marque de l’échec historique à réaliser la transformation socialiste de la société. Ce désarroi idéologique se double d’une décadence de la pratique socialiste, les “affaires financières” et les errements politiques constituant des indicateurs probants.

L’ambition de changer la société, donc de soumettre tous les développements technologiques et économiques au contrôle conscient de l’humanité, donc de transcender des intérêts partiels et fragmentés, cette ambition est incompatible avec le maintien du régime capitaliste. Or, ce qui est le propre de toutes les pseudo-solutions conciliatrices et réformistes, c’est qu’elles impliquent le maintien du régime capitaliste sous une forme mystificatrice.

Le socialisme, conçu comme idéal libérateur, n’est pas un dogme, ni un nouveau catéchisme, ni un répertoire de formules-miracles définitives. Les expériences passées éclairent les risques politiques et les définitions théoriques qui prétendent approcher un idéal comme un système clos. De fait, le socialisme c’est avant tout une impulsion formulée à partir d’une réflexion théorique et des leçons de l’histoire, un processus de développement et d’ajustement d’un idéal d’émancipation dans une société concrète à un moment historique déterminé, un élément fondamental de dynamisme social, une démarche de perfectionnement évolutif d’une communauté, une base théorique pour l’action politique.

Créer ainsi le socialisme avec le consentement et dans le respect des…

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droits et intérêts de tous les groupes sociaux nécessite une véritable révolution des mentalités pour affirmer un ordre social fondé sur la coopération, la solidarité, le contrôle conscient et démocratique du développement économique, une volonté d’action dosée pour ne pas miner par avance l’objectif recherché, et une capacité politique à s’organiser lucidement et fermement pour ne plus céder à la facilité de la “real politik”.

Le socialisme novateur ne peut être ni expliqué, ni mythifié selon des structures mentales infantiles. Le modèle de référence socialiste doit être un axe d’orientation pour l’action destinée à provoquer la plus forte sensibilisation et la plus forte adhésion des diverses catégories sociales concernées par un projet politique d’application de l’idéal socialiste (liberté, créativité, fraternité, coopération, innovation) du progrès humain.

La nouvelle révolution industrielle liée aux mutations technologiques, le désarroi du référentiel idéologique, la montée en puissance du fédéralisme comme réponse démocratique à la reconnaissance des minorités, ces trois courants socio-économico-politiques trouvent en Corse une zone de convergence idéale pour imaginer une révolution sociale, économique et politique.

Force est de reconnaître que le “régime socialiste” a totalement échoué dans le traitement du problème corse. Depuis 1981, c’est le réformisme frileux, par retouches sans imagination et par délayage ostentatoire, qui a servi de réponse politique. Il est certain que la méthode peut apparaître sensiblement différente de celle employée par la droite classique. Mais le cadre de référence (capitalisme réformé) est identique, et l’objectif fondamental similaire (oasis de loisirs). Or, la Corse, de par la nature de son passé culturel et social et par les caractéristiques de son présent économique, a besoin d’une rupture de traitement par une remise en cause fondamentale du système capitaliste, et donc des rapports économiques et sociaux imposés. Statut particulier puis loi Joxe, chartes et plans de développement, commissariat de ci et missions de là, autant de formules d’aménagement du libéral-corsisme et, plus profondément, du système colonial.

Le moment est venu d’explorer les voies et les moyens susceptibles de conduire à un pouvoir populaire porteur de la reconquête de la souveraineté, du rétablissement de la communauté corse dans son existence propre et ses droits nationaux.

L’ORIGINALITÉ DE
NOTRE SOCIALISME

Des traits propres au socialisme (propriété publique, planification, garanties sociales) sont devenus des techniques habituelles dans les sociétés occidentales avancées. En ce sens la Corse participe artificiellement au concert mondial d’aménagement des acquis sociaux. Mais la Corse est aus…

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…si un pays sous-développé. Et de par la planète, les pays sous-développés ne le sont pas en raison de leur pauvreté, mais en raison de leur soumission. Les freins au développement (archaïsme des structures sociales, inorganisation de l’économie) ne demeurent efficaces que parce qu’ils sont maintenus en place par la pression multiforme exercée par le système capitaliste, par l’impérialisme destructeur de la nature et des cultures.

La conception du socialisme à visage humain ne peut être marquée que par des positions claires de méfiance et de rejet vis-à-vis de l’institutionnalisme, des structures politiques classiques, de la dégénérescence bureaucratique du socialisme, des normes traditionnelles et des structures autoritaires. Ces rejets, qui innervent les luttes de libération nationale des pays industrialisés, sont confortés par l’exacerbation de la revendication identitaire nationale.

Même si le retard économique et social d’un pays peut rendre plus difficile le processus de transformation socialiste, la société corse ne sera pas la simple répétition des cadres de référence capitalistes ou socialistes actuels. Chaque pays, chaque peuple doit imaginer lui-même la manière avec laquelle il devra résoudre ses propres problèmes. L’apport original consiste de fait, au premier degré, à l’absence de toute référence à un modèle, à un schéma pré-établi. Ce qui différencie un idéal vivant et dynamique d’une doctrine fossilisée, c’est la capacité de se renouveler à partir des expériences pratiques, d’une théorisation innovante, et d’une adaptabilité permanente. Car l’image simple et traditionnelle du socialisme (confrontation classe contre classe) avec une définition figée des positions des protagonistes, doit être remplacée par des images beaucoup plus souples, et la sensation que les centres de conflit vont se porter vers des terrains beaucoup plus variés et selon des stratifications croisées complexes.

Sans nouvelle référence idéologique, sans rupture avec les strates successives d’ajustement du conservatisme, sans adéquation immédiate entre théorie et action, des entités comme la Corse ne pourront que disparaître dans l’univers marchand européen du XXI° siècle. Mais de la complexité des rapports politiques (pacte colonial et démocratie délégative), économique (assistanat par transferts sociaux), et sociaux (tertiairisation et paupérisation), la Corse peut passer par un saut dialectique et stratégique à la notion d’originalité. Cela par la référence actualisée aux acquis historiques de son peuple (A terra di u cumunu, pensée philosophique et organisation de la période d’indépendance paoliste 1755-1769), par la valorisation des valeurs fondamentales du peuple corse en harmonie avec les quêtes morales et sociales du monde moderne, et par l’adaptation au tissu local des axes directeurs du socialisme du futur et du fait national.

Le socialisme à visage humain selon la voie corse représente une étape positive du processus de réappropriation des droits et valeurs nationaux dans la recherche d’une démocratie directe; une référence perma-

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…appellent une réflexion majeure sur la nécessaire libération de l’homme comme condition d’une révolution sociale. En ce sens, le socialisme à visage humain vise à orienter les relations entre les hommes vers une plus grande justice, une plus grande solidarité en accord avec le postulat d’un libre épanouissement de l’individu dans une société libre.

Ces réflexions théoriques ne doivent pas négliger l’interrogation sur le facteur subjectif socle du concret: que sera l’homme qu’auront généré les conditions objectives et le système d’éducation du socialisme original? Dans le socialisme traditionnel, la création de l’homme nouveau a été un échec (affairisme, prostitution, drogue, corruption…), car les luttes idéologiques contre le système capitaliste ont conduit les tenants du socialisme à oublier un élément de motivation essentiel (les valeurs éthiques) en privilégiant le déterminisme économique. Le risque inverse serait toutefois de se tourner vers un intégrisme moralisateur, figé et codifié. Le pivot stratégique de cette évolution est dès lors constitué par la nature du futur système d’éducation du peuple corse et par la qualité professionnelle des personnes chargées de former et d’émanciper dans le cadre de la société future fondée sur tradition (identité historique), et rupture (rejet des systèmes actuels), sur transparence démocratique et dignité humaine.

L’univers capitaliste triomphe aujourd’hui, et avec lui le conformisme, la croissance sans autre but qu’elle-même, l’expansion désocialisée, et le consumérisme multiforme et superficiel. En corrélation avec cette destruction de l’homme et de la nature, il n’existe plus de répondant social historique à un projet politique. La seule alternative, c’est une transformation radicale de la société sans considération de classes ni de groupes privilégiés. Concevoir autrement pour réaliser et concrétiser de façon originale à partir de nos propres valeurs, voilà l’enjeu de notre projet de société qui a fondé l’autodétermination sur les priorités:
-culture/éducation.
-société/démocratie,
-économie/développement.

Le concept de Nation corse, les principes du socialisme original, sont les fondements de la lutte quotidienne du peuple corse.

UN ESPACE DE
CONVERGENCE

Nous avons toujours affirmé que notre idée du socialisme s’inspirait largement de notre histoire, de nos traditions communautaires, des révolutions de Corse, de Sambucciu d’Alandu à Pasquale Paoli, père de la Nation corse indépendante. Cette référence à notre histoire, loin de constituer une attitude passéiste, procède d’une volonté de retourner à la source que constitue l’ensemble de valeurs que sont le respect, la dignité et la solidarité qui ont fondé de tous temps la résistance du peuple corse à l’envahisseur, et servi de trame permanente aux rapports de la société corse dans tous ses moments historiques. Le lien entre la lutte d’indépendance et l’expérience historique de la “communauté de…

Lutte de libération nationale et lutte de libération sociale sont indissociables

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…biens”, a trouvé un prolongement naturel dans les luttes des travailleurs corses contre la domination et l’exploitation. Aujourd’hui, sans luttes sociales, il ne saurait y avoir de véritable libération nationale, ni de véritable autodétermination. Lutte de libération nationale et lutte de libération sociale sont désormais indissociables.

Nous affirmions dans notre livre blanc “qu’en luttant pour des objectifs qu’ils se sont eux-mêmes donnés, les travailleurs corses choisissent aujourd’hui la Corse qu’ils construiront demain”.

Si elles recouvrent un aspect catégoriel et quantitatif indéniable et indispensable (luttes pour les salaires, les conditions de travail, le respect des droits sociaux et des libertés syndicales…), les luttes sociales investissent un champ spatial beaucoup plus vaste. “Le social c’est ce qui touche à la vie en général de l’individu au sein de la société, c’est son épanouissement comme condition d’une réelle transformation de la société” (cf avant projet de société).

Ainsi notre stratégie, à travers l’irrigation de la société corse par les organisations syndicales et associatives nationalistes, a toujours été celle de l’auto-organisation du peuple corse en lutte contre le système colonial, pour l’édification d’une nouvelle société corse souveraine et socialiste. Il va sans dire que le type même de cette structuration du combat (STC, SCI, FCCA, SCA, APC, ALC, CSC, etc) renvoie à une analyse de la réalité des couches sociales en Corse et donc à une approche politique des contradictions sociales. Aucun mouvement révolutionnaire ne peut faire l’économie d’une telle analyse s’il a pour ambition réelle un changement profond et durable du système social dominant.

L’ambition de la lutte de libération nationale est avant tout de forger la conscience nationale corse afin de réaliser l’unité nationale contre la domination culturelle et l’exploitation du peuple corse par le colonialisme français. Ainsi une des tâches primordiales de notre organisation est de faciliter l’émergence des différentes aspirations de notre peuple, d’en faire l’analyse et la synthèse, et de proposer des axes de combat qui prennent en compte la notion “d’intérêts collectifs”. C’est dans la dimension culturelle de notre lutte, dans le terreau de notre identité nationale, que se construiront les fondements de l’unité nationale corse, levier et tremplin de la Corse future. C’est donc en prenant en compte le fait que l’unité nationale se construit chaque jour par une dynamique de luttes sectorielles pouvant exprimer des contradictions d’intérêts que le Front pourra remplir pleinement sa fonction.

L’analyse de la réalité sociale corse montre à l’évidence que l’écrasante majorité du corps social subit durement la politique coloniale actuelle. L’expression de cette crise connaît sur le terrain des luttes des traductions diverses qui remettent toutes objectivement en cause le système d’exploitation coloniale. Les mouvements sociaux en Corse s’articulent autour d’une revendication à caractère national.

Le clan archaïque ou new look, la classe politique au pouvoir en France, de droite comme de gauche, ont montré leur incapacité à résoudre les aspirations de notre peuple à l’activité productive, à la formation des hommes et des compétences, au développement économique, social et culturel, au droit au travail, à la liberté et à la dignité.

Aujourd’hui, la social-démocratie comme le libéralisme, du parti socialiste aux jeunes loups du “clanisme informatisé”, s’appuie en fait sur l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie corse qui veut assurer la relève des vieux renards du clan traditionnel, afin de lier économie et politique, pour mieux adapter la Corse à l’intégration supracapitaliste que sera l’Europe de 1993. Le tourisme industriel assignera définitivement à notre pays son rôle de “cour de récréation de l’Europe”. Nous mettrons tout en œuvre pour nous opposer à la main-mise du capital international sur notre terre.

Nous devons créer les conditions d’un véritable mouvement populaire autour de la question essentielle du devenir collectif du peuple corse. Le peuple corse existe, et lutte pour l’affirmation de ses droits nationaux.

Notre organisation doit désormais appréhender la lutte de libération nationale en terme de “pouvoir politique” et s’interroger sur les formes que prendra ce pouvoir dans la Corse de demain. Nous devons préconiser et animer un système d’alliances pour avancer sur les voies du socialisme et de la souveraineté nationale. Nous nous efforcerons à travers les différentes formes organisationnelles que s’est donné et se donnera notre peuple, de concrétiser et de renforcer un espace de convergence, c’est-à-dire un système d’alliances de forces sociales et politiques liées par une cristallisation des intérêts collectifs.

Cette conception politique nouvelle d’espace de convergence s’éclaire à la lumière de l’histoire de notre peuple, qui a marqué ses grands moments (période d’indépendance, révolutions de Corse, résistance au fascisme) par la volonté politique de rassembler toutes les couches sociales de notre peuple contre l’envahisseur, autour d’une conscience nationale et sociale.

Cette philosophie politique, c’est en premier lieu l’ensemble des forces qui luttent pour la souveraineté nationale, sur tous les aspects et les sigles qu’elle recouvre, de la lutte politico-militaire aux associations de quartier. Les nationalistes corses impulsent les structures d’auto-organisation qui accélèreront le dépérissement des rapports sociaux de colonisation.

Ce combat multiforme garantit le pluralisme des expressions du peuple corse, assure son unité dans la diversité et il est la condition sine qua non de la société socialiste et démocratique de demain. Il s’agit pour nous de permettre à notre peuple de disposer du maximum d’instruments pour se libérer, et d’impulser à son tour la

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Une lutte révolutionnaire ne peut être que populaire

dynamique révolutionnaire de la lutte de libération. Une lutte révolutionnaire ne peut être que populaire.

Cet espace de convergence doit aussi porter la lutte sur le terrain idéologique. Notre idéologie étant définie comme la somme des représentations mentales et des idées individuelles ou collectives qui participent activement à l’établissement de la souveraineté nationale et de la libération sociale.

POUR
UNE ALTERNATIVE
ÉCONOMIQUE

L’appropriation collective des moyens de production, par antithèse au capitalisme, et l’éradication des classes possédantes ne constituent plus une réponse appropriée, loin s’en faut. La dichotomie entre mise en commun des moyens de production et propriété privée nécessite une approche sémantique, idéologique et pratique très affinée, tant se multiplient les exemples récents de faillites ou d’aménagements des deux options. Par ailleurs, force est de prendre en analyse la tendance fondamentale d’évolution du capitalisme à la fin du XX ème siècle: l’internationalisation des forces productives et du capital. 700 compagnies transnationales dominent aujourd’hui le marché mondial. Leur capacité à déjouer toute politique d’Etat, toute opposition syndicale sera croissante. Et pour la première fois dans l’histoire, apparaît une réelle mondialisation du trafic et des communications, des relations économiques et des flux financiers. Ni sujet du capitalisme social-tempéré, ni fille du bureaucratisme autoritaire, la société corse du futur est intellectuellement facile à concevoir mais particulièrement ardue à viabiliser. Certes, il est nécessaire de rejeter la spécialisation mono-sectorielle, le tout-tourisme, le marché unique dévastateur. Mais il est moins aisé à harmoniser préservation identitaire et écologique avec accès au marché et à la libre concurrence. Ou alors il faut pratiquer l’osmose guidée de méthodes contradictoires, invoquer le droit dérogatoire à la différence, s’inscrire dans une perspective de souveraineté (maîtrise et auto-gestion) interdépendante (fédéralisme et conventions interrégionales).

Des constatations d’ordre général peuvent révéler une voie étroite d’orientation. La conception et la réalisation de l’économie planifiée dans les pays du socialisme réel est un échec qui culpabilise toute référence à ce concept. Mais c’est la planification économique – et non le marché libre – qui prend une importance croissante dans un mode d’économie globale et internationalisée. Par ce type de planification économique, il convient d’entendre la connaissance des besoins réels de la société (savoir et anticipation) qui prévient les conséquences négatives et coûteuses de l’anarchie du marché, sans éliminer toutefois les forces en jeu. Le développement original de l’économie corse exige la coopération de deux forces motrices: la planification et le marché. Cette planification doit prévoir les grandes lignes de l’évolution économique et des besoins sociaux, mais doit être soutenue par le fonctionnement des forces du marché et de la concurrence des entreprises. Face au collectivisme, source d’élimination et de stérilisation, l’histoire cor…

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…robore la thèse selon laquelle il existe un lien étroit entre liberté (autonomie civile et démocratie) et marché, car le monopole des moyens de production entraîne automatiquement le contrôle monopoliste de la vie humaine. S’engager dans la voie du socialisme original, c’est inventer pour la Corse une organisation économique différente du capitalisme comme du collectivisme, épargnant le marché et l’autonomie de la société civile face à l’Etat, tout en garantissant des niveaux de participation des acteurs économiques aux processus décisionnels supérieurs à ceux en vigueur dans les sociétés basées sur la propriété privée des moyens de production.

Un pareil modèle a déjà été imaginé: c’est l’autogestion qui associe le principe de la propriété sociale des moyens de production à la logique du pluralisme et de la concurrence. C’est une économie de marché participative dans laquelle la séparation entre producteurs directs et moyens de production est éliminée puisque ces derniers appartiennent à la collectivité des travailleurs.

Autogestion rime ici avec émancipation, mais aussi avec rationalité de la vie économique et démocratie ouverte du pacte social. Autant de valeurs que tente d’étouffer l’attitude néo-libérale, ou que cherche à éliminer le capitalisme sauvage. Parmi les moyens, on peut signaler la confortation du système coopératif, la valorisation (aide au conseil, formation) des P.M.E. à noyau familial, la régulation et le contrôle par le secteur public pour le démantèlement des monopoles et des ententes illicites, le code des investissements et une société d’économie mixte, les structures alternatives de planification et de financement, la fiscalité incitative pour la reconquête du marché intérieur par l’interactivité sectorielle (agriculture, artisanat de production, agro-tourisme, agro-alimentaire), le protectionnisme de soutien aux activités liées à l’auto-suffisance, etc. Sans oublier les milliards de francs mal utilisés, détournés au profit de quelques castes, de l’oligarchie qui dirige la Corse. La Corse se situe dans la catégorie des économies locales faiblement industrialisées, en proie à un capital importé mobile et peu fiable, dans la logique du capital prédateur qui se retire au premier retournement de conjoncture. Lorsqu’une crise apparaît, les effets sociaux sont graves car il n’existe pas d’alternative, mais ces effets sont amortis par la forte présence d’une économie domestique patrimoniale et familiale. Dans un pareil cas de figure, les réponses se situent au niveau de la démarche communautaire, des collectivités rurales organisées, des collectifs de producteurs qui adoptent des formules alternatives. La recherche de capitaux extérieurs est nécessaire mais au travers d’un mode de contrôle et de régulation local.

L’indispensable maîtrise des transports

Le développement local est “un processus de diversification et d’enrichissement des activités économiques et sociales sur un territoire à partir de la mobilisation et de la coordination des ressources et des énergies. Il sera donc le produit des efforts de la population, il mettra en cause l’existence d’un projet de développement intégrant ses composantes économiques, sociales et culturelles, il fera d’espaces de contiguïté un espace de solidarité active”. Une telle définition implique la qualité des acteurs, leur formation réelle et leur motivation constante, leur référence aux valeurs du socialisme original. Car ce n’est pas du développement économique…

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…que surgira la transformation de l’homme.

Afin que ne s’accroisse pas un déséquilibre en faveur du progrès économique aux dépens des transformations sociales, il faut mettre les superstructures (mentalités, valeurs) en état de révolution. La définition d’une nouvelle échelle de valeurs sociales doit prendre en compte des priorités liées à la mémoire collective du peuple corse et référenciées à la lumière de récentes expériences externes (attitude positive à l’égard du travail manuel, rejet des contraintes de la société de consommation, généralisation de l’éducation politique, justice sociale), et prendre en compte également des résultantes économiques fondées sur des forces productives délaissées, marginalisées ou non cultivées (coopération, travail civil, etc).

Il est inconcevable de changer la société sans que soient modifiés l’un par l’autre le mode de production et l’ensemble des attitudes mentales nouvelles, des systèmes de valeurs nouveaux.

La conception de cette nouvelle société en mouvement intègre la liberté individuelle de décision dans le monde du travail, la décision collective de la société sur le développement économique et le contrôle efficace de la puissance politique et économique. Cela exclut toute hégémonie de l’Etat sur les moyens de production (gestion centralisée), et l’arbitraire de la propriété privée lié à un statut social. Un contrôle par la société de la puissance économique n’exclut pas les relations de marché, mais les inclut quand le marché ne se trouve pas investi de responsabilité sociale. Il remplit alors une fonction de régulation économique en relation avec des instruments de contrôle collectif (entreprises privées, coopératives, structures collectives, formes de cogestion et de planification) dans le cadre d’une économie mixte et démocratique. L’identification du socialisme original en tant que révolution sociale ne peut que reposer sur l’auto-activité, l’auto-organisation et l’autodétermination des larges masses. La révolution technologique et la crise générale des rapports sociaux bourgeois ont induit – subjectivement et objectivement – une préoccupation essentielle, “travailler moins et améliorer la qualité de vie”. A l’inverse de “l’éthique du travail” (cf le Japon), cette révolution des valeurs touche les formes d’organisation du monde du travail avec une activité libérée par le contrôle des travailleurs et l’autodétermination des besoins, avec un régime de producteurs librement associés.

Aujourd’hui, l’accroissement de la productivité du travail est certes fonction de la sophistication de l’outil, mais dépend aussi et surtout de l’organisation planifiée des flux et des stocks, de la qualification et du sens de responsabilité des producteurs. Autant de facteurs partiellement ou totalement absents des secteurs de “l’économie” corse. L’échec majeur du capitalisme et du social-bureaucratisme

Emplois d’utilité publique : prévention des incendies

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réside dans leur incapacité à susciter ce sens des responsabilités chez les travailleurs. Seul un régime de producteurs librement associés peut développer contrôle et créativité, responsabilisation individuelle et collective, et gestion rationnelle des énergies et des ressources locales. Cette libération réclame dès lors une révolution radicale du rapport temps de travail/temps de formation (qualification, information-éducation)/temps de loisirs. A partir d’un certain développement technologique, le temps libre – et non le temps de travail – devient source et mesure de richesse.

Notre société pseudo-industrialisée est marquée par une poussée d’individualisme liée à l’augmentation du niveau de vie, à l’élargissement des chances individuelles et à la sécurité de la protection sociale. Cette tendance de civilisation élimine les modes de vie traditionnels enracinés dans la mémoire du peuple et fondés sur la solidarité en tant que facteur d’identification. Mais avec la montée en puissance de l’écologie et du temps libéré, voici qu’apparaît le concept de changement des modes de vie en vue d’une production et d’une consommation raisonnables ayant pour but d’éliminer le productivisme aveugle de la croissance à tout prix. Le travail reste ici une notion-clé, et l’élargissement de sa notion au sens social – et non pas seulement dans une conception d’activité rémunérée – entraîne des conséquences sur la vie économique et familiale. Le travail devient un moyen de se réaliser soi-même dans une société solidaire. Face au chômage structurel que connaît la Corse, face aux dérives de sa jeunesse, apparaît la double interrogation suivante: comment assurer des moyens de subsistance aux personnes privées d’emploi au sens traditionnel du terme ? comment assurer à ces mêmes personnes un autre type d’emploi (emplois d’utilité publique) ?

Le concept de tiers secteur d’utilité sociale est parfaitement adapté à la situation de la Corse. En opposition avec la fragmentation de la société, le recul général des solidarités et la diversification des formes d’intégration dans l’entreprise, cette option nécessite une mobilisation générale, une révolte collective pour affirmer une nouvelle répartition entre travail, formation, culture, sports, loisirs et de nouvelles fonctions pour les exclus (retraités, chômeurs, jeunes, etc).

Les gains de productivité doivent dès lors être répartis (réduction du temps de travail, hausse du salaire horaire) pour l’émergence d’un nouveau système caractérisé par la réduction de l’éventail des salaires, la consolidation de la solidarité par un compromis général entre couches sociales. Ici intervient la problématique de l’allocation universelle de base, cumulable avec les revenus autres du travail et sans effet sur le coût du produit. Cette allocation, qui est une reconnaissance du droit à la dignité de l’individu, n’est acceptable que si elle est assortie d’une disponibilité des bénéficiaires envers la société. Ni T.U.C., ni S.I.V.P., mais approfondissement de la notion d’entreprises intermédiaires par la création d’un secteur d’activité d’utilité sociale limité dans son ampleur (10 % de la population active), franchisé d’impôt et exonéré de charges. Régi par la législation salariale normale, sans concurrence avec le secteur marchand puisque prenant en compte des activités socialement utiles mais négligées (prévention des incendies, protection du patrimoine, animation culturelle, encadrement sportif, aide aux personnes âgées, etc). Véritable école d’autogestion démocratique, opposé aux pratiques du travail au noir, subventionné sur fonds publics (taxes sur importations) et par contrats de prestations de services, ce tiers secteur serait pris en charge par des agences autogérées afin de prévenir du risque de dérive clientélaire. Aux fins de financer ce “salaire sans travail” non caritatif, face à la paupérisation, au chômage structurel, il faudra envisager une nouvelle répartition du produit social et donc retrouver des formes de société qui agréent des moyens de survie pour des personnes en difficulté, et un travail d’utilité collective de substitution au travail salarié traditionnel. Une telle évolution n’est possible que sur un espace restreint, et par un peuple partageant historiquement, subjectivement et rationnellement les mêmes valeurs.

L’éducation de la notion traditionnelle du travail, l’interdépendance entre plusieurs types d’activités sectorielles (agro-tourisme, artisanat, haute technologie, etc), la croissance de la fonction de technicien supérieur lié à l’automatisation et à l’informatisation (ingénieurs, cadres, etc) laissent présager une confrontation du rôle des classes moyennes au détriment du prolétariat classique et de la classe capitaliste. A l’interrogation prospective d’une faculté de ces classes moyennes à réinventer le capitalisme, il convient d’opposer la méthode du mouvement permanent de la démocratie sociale et culturelle originale parce que liée au fait national.

Cette méthode qui s’inscrit dans le processus d’auto-organisation de notre peuple peut se traduire au niveau économique par le choix d’un développement autocentré.

C’est le développement autocentré qui permet de rechercher l’élimination de la dépendance extérieure et une plus grande maîtrise de la politique économique, la mobilisation des capitaux intérieurs et la régulation des apports extérieurs, et l’ambition d’une hausse du niveau de vie équitablement répartie.

La souveraineté nationale, ou l’interdépendance maîtrisée, c’est la possibilité de pratiquer des politiques économiques alternatives, tant sur les objectifs prioritaires que sur les modes de rapports salariaux. En règle générale, le développement autocentré – endogène – ne saurait avoir comme résultante l’aménagement d’un équilibre de pauvreté, et nécessite donc un contact régulé et maîtrisé avec le monde extérieur.

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POUR UN CODE
DES INVESTISSEMENTS

Dans ce contexte, la Corse ne peut se développer exclusivement sur la base des lois du marché qui n’avantagent que les plus forts. Elle doit donc s’attacher à ne retenir de l’extérieur que les éléments allant dans le sens de ses intérêts collectifs. Au-delà de la réforme radicale des mentalités et des structures sociales issues du système actuel, il s’avère impératif de réaliser une réduction fondamentale de notre dépendance économique sur la base d’une “industrialisation douce endogène intégrée à l’espace social et non pas “expulsée” vers les périphéries. Elle sera essentiellement tournée vers la promotion de l’agriculture, de l’agro-alimentaire, des unités de transformation des ressources locales. Une telle politique ne peut être menée que dans le cadre d’un Plan de Développement en rupture avec les traditionnelles politiques de “mises en valeur”.

La valeur de cette politique de non dépendance repose prioritairement sur la définition d’un Code des Investissements dont la mise en place est indispensable pour permettre à notre pays de maîtriser les flux financiers venant de l’extérieur, et de construire ainsi une économie équilibrée au service de l’intérêt général de notre peuple. Ce Code des Investissements représentera une grille d’analyse des projets locaux ou extérieurs en regard des options de développement autocentré. Il constituera aussi le cahier des charges d’accès au marché de la Corse, d’entreprises ou d’investissements externes, et ce dans le cadre de la stricte application d’un Schéma

Défense du patrimoine

Un tourisme au service de la Corse

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Une énergie au service du Peuple corse doit s’appuyer sur l’exploitation des ressources locales

d’Aménagement de l’Espace National particulièrement précis sur la préservation de notre patrimoine et de notre terre, de même que sur une revalorisation de l’intérieur.

En effet, le Code des Investissements assurera à notre peuple la maîtrise de sa terre particulièrement menacée dans sa frange littorale par la spéculation immobilière touristique. Le principe de l’économie mixte devra prévaloir pour la prise en charge de tout projet. Ces structures d’économie mixte pourront être créées entre des entreprises et institutions publiques corses et des sociétés étrangères. Les financements à caractère collectif corse doivent être majoritaires et comporter un créneau réservé au système d’épargne populaire de proximité.

Ces mesures sont essentielles pour contrecarrer la spoliation foncière et le saccage des sites naturels. Une attention particulière sera portée sur les communes littorales faiblement peuplées. Notre pays ne doit pas devenir non plus la terre d’élection privilégiée et incontrôlée des vacanciers aisés de toute l’Europe, ce qui aboutirait également à une autre forme de dépossession et à une érosion de notre identité culturelle. Tous les projets devront ainsi être étudiés dans chaque commune. La commune, qui dans l’histoire de notre peuple a toujours constitué la structure sociale et politique de base, doit redevenir l’espace de démocratie participative qui permettra à chaque individu d’assumer au quotidien ses droits et ses devoirs vis à vis de sa communauté. Le référendum d’initiative populaire nous paraît être un des moyens de cette démarche politique et sociale.

Dans le domaine particulier et complémentaire des activités industrielles, le Code prévoira des modalités de transfert des techniques et des procédés nécessaires à la maîtrise des secteurs économiques correspondants. Seront prioritairement pris en compte les projets liés à des implantations de petites unités nouvelles de haute technologie à forte valeur ajoutée et sous-tendant des possibilités de localisation mieux réparties sur le territoire. De même, les investissements projetés seront conditionnés par l’embauche et la formation de personnel local dans la limite du possible, chaque cas devant faire l’objet d’un examen particulier. L’énergie, pierre angulaire du développement, devra être produite prioritairement sur place (hydraulique, biomasse, énergie solaire). Enfin, quel que soit le type de projet, la plus grande partie des bénéfices devra être réinvestie sur place.

Ce Code des Investissements représente pour nous un outil de maîtrise d’une nécessaire ouverture sur l’extérieur et un moyen de préservation de notre identité. C’est aussi un cadre de réflexion que nous proposons au peuple corse, aux acteurs sociaux, économiques et culturels de notre pays. Nous devons maintenant pratiquer nos idées et expérimenter nos projets.

Pour ceux qui pourraient l’oublier, dans cette situation transitoire, nous resterons particulièrement vigilants dans les zones sensibles à forte concentration touristique.

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LA CULTURE :
PILIER DE RESISTANCE ET
VECTEUR D’EMANCIPATION

LA CONSCIENCE
NATIONALE

Dans la phase d’émancipation et de désaliénation, la conscience d’appartenir à un peuple se retrouve dans la communauté d’un passé (langue, coutumes et traditions), mais également dans la communauté d’objectifs. Dans ce contexte, la conscience nationale nécessite avant la définition d’un programme économique, la mobilisation de toutes les classes sociales vers l’intérêt collectif corse. Dans ce contexte aussi, la prise de conscience qualitative requiert la dimension culturelle en tant que réactualisation des données subjectives et des rapports sociaux et humains qui constituent le ciment et l’âme d’un peuple. Réactualisation s’entend comme connaissance exhaustive des valeurs traditionnelles, mais évolution permanente pour ne pas fixer une conception dogmatique ou archaïque, pour ne pas hésiter entre intégrisme et romantisme. Réactualisation s’entend aussi comme réhabilitation et promotion, comme conscientisation des fibres tissées par le collectif du peuple corse. La réappropriation de l’histoire, de la langue, de la culture, constitue un moyen historique d’accession à l’émancipation générale. Mais ce moyen ne doit absolument pas être dissocié des autres tenants de la lutte politique et socio-économique dans la perspective idéologique de libération humaniste et de révolution sociale.

Aux antipodes de la folklorisation et du conservatisme isolationniste, la culture corse se doit d’être en mouvement de création mais aussi en mouvement de mobilisation par l’implication transversale de tous les groupes sociaux. De sa position défensive, la politique culturelle doit accéder à un rôle moteur offensif de rayonnement et de communication.

Afin de porter les axes du socialisme original et de l’autodétermination, afin de valoriser l’essor de valeurs nouvelles, afin d’éveiller et de conscientiser le futur citoyen, tout mouvement révolutionnaire définit un projet éducatif. Mais le système éducatif ne saurait se limiter à une réforme des contenus pédagogiques, à une obligation de l’enseignement de la langue corse. Il convient de positionner également les nouvelles technologies de communication et de formations multi-médias qui véhiculent déjà le principe organisationnel de l’auto-formation. Il convient également de prendre en compte la nécessaire complémentarité entre projet éducatif et organisation spatiale du territoire.

Il est patent aujourd’hui qu’il est impossible d’exploiter efficacement les progrès scientifiques et techniques dans une société organisée archaïquement et dans des structures qui étouffent la créativité et l’initiative.

L’objectif est de permettre à chacun, quels que soient son niveau et sa fonction, de résoudre le maximum de problèmes par lui-même. Sur ce point, la finalité de l’entreprise – lieu de travail, mais aussi de formation – doit assumer une dimension éthique et non plus seulement économique. L’avènement de la société de création passe par la révolution de quatre nouvelles intelligences: celles des buts (anticipation prospective); celle des usages (prévision des marchés et régulation); celle des ressources humaines (qualité des rapports); celle de la mondialisation (interdépendance).

La stabilité internationale était jusqu’ici bâtie sur l’économie et la sécurité militaire. Les dysfonctionnements de l’une et les surcoûts de l’autre appellent l’émergence de l’environnement. Dans ce contexte, et en fonction de ses caractéristiques et autres particularismes, la Corse possède les moyens de concevoir un projet culturel, social et économique capable de mobiliser les énergies populaires sur les bases d’une nouvelle société et d’une nouvelle économie.

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LA LANGUE
NATIONALE

La culture née des luttes et des expériences populaires devient ainsi un élément dynamisant de la révolution. Les créateurs, les artistes, les intellectuels, les enseignants, la jeunesse ont un rôle fondamental à jouer dans la lutte idéologique pour la libération nationale et sociale, participant ainsi activement à l’espace de convergence.

La culture, conçue dans son acception la plus large, est celle d’une culture vivante qui exprime une dimension sociale et politique. Nos propositions pour une planification linguistique montrent à quel point le projet Joxe correspond à un refus de la part de l’Etat d’une quelconque avancée significative dans le domaine fondamental du riacquistu et de la renaissance de la langue corse. Elles s’inscrivent dans une certaine philosophie. A l’ère de la communication et des échanges, l’histoire va dans le sens du multilinguisme: ouvert sur les langues romanes, et sur l’espace géo-linguistique méditerranéen, la langue corse s’enrichira de l’apport de ces inter-relations.

Mais, si la langue est le vecteur indispensable de la culture, elle n’est pas toute la culture. Le combat que nous menons depuis toujours pour le développement de notre culture nationale prend aujourd’hui toute sa dimension: il devient en effet de plus en plus urgent, au delà de la simple officialisation de la langue corse, de véhiculer à tous les niveaux et dans tous les secteurs d’activité une conception des rapports humains, sociaux, familiaux et, plus globalement toutes les données subjectives qui constituent ce fonds commun, longtemps considéré comme étant le ciment et l’âme de tout peuple.

La langue corse a été forgée depuis des siècles par le peuple corse, dont elle est un élément indissociable. Elle est le moyen naturel de communication du peuple corse, et le symbole d’une unité culturelle aux racines historiques profondes. La langue corse a toujours été un instrument d’intégration privilégié au sein de notre communauté de destin.

La langue corse se trouve pourtant aujourd’hui dans une situation extrêmement précaire, tant au niveau de l’usage officiel, des media, que dans le domaine de l’enseignement. Son rôle social ne cesse de régresser. Cette situation est le fruit d’actions concordantes et multiples planifiées par l’Etat colonial.

A la suite de la conquête militaire de 1769, une première campagne de francisation s’est déroulée dans la première moitié du XIX° siècle. La période clé du recul de la langue corse est celle de la planification linguistique du français dans notre pays, essentiellement par l’intermédiaire du système scolaire. L’enseignement est dispensé exclusivement en français.

La langue corse est alors interdite et l’objet de persécutions. L’introduction massive du français en Corse s’est faite par son enseignement rendu obligatoire, contre la volonté populaire. Le corse a été alors progressivement coupé de son aire linguistico-culturelle naturelle, et brutalement confronté aux prétentions civilisatrices d’une langue et d’une culture qui lui étaient jusqu’alors complètement étrangères.

Depuis des décennies, la colonisation de peuplement est un des piliers de la francisation, l’Etat se servant à…

La langue corse pilier de résistance

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…présent de cette population non-cor­sophone pour refuser une quelconque officialisation de la langue corse. Marginalisée sur sa propre terre, la langue corse recule également en raison de l’apparition des moyens modernes de communication de masse, parmi lesquelles la télévision est prépondérante. L’Etat français a longtemps mené une politique d’exclusion totale de la langue corse de ces media.

La langue corse est depuis la conquête française un élément de résistance, qui participe directement à l’affirmation de la conscience nationale. Elle est le vecteur essentiel de l’identité corse. En tant que telle, elle a animé les luttes du peuple corse jusqu’à nos jours, parce qu’elle en est un élément actif et dynamique. Elle intervient dans la reconstruction de la souveraineté nationale, en ce sens qu’elle met en contradiction l’état de crise et de déstructuration de l’individu, que véhiculent la langue et la culture dominantes, et la construction par le mouvement de libération du riacquistu et de la renaissance d’une langue et d’une culture nationales qui portent en elles la promesse de l’épanouissement de l’homme corse sur sa terre. Cette vision dynamique de notre langue et de notre culture s’appuit sur la réalité socio-linguistique corse, et exclut de fait toute interprétation intégriste. Notre analyse se fonde sur la réalité diglossique, et les rapports complexes langue dominante/langue dominée. On doit nécessairement distinguer les propositions portant sur le court terme, et celles concernant des perspectives plus lointaines. La revendication de la coofficialité ne peut être acceptable que sur le court terme, et toujours envisagée dans une finalité évolutive, dont l’objectif est de redonner au corse sa place légitime, celle de langue nationale du peuple corse souverain.

Si nous sommes amenés aujourd’hui à soumettre à notre peuple des propositions précises et détaillées sur l’officialisation de la langue corse, c’est d’une part pour formaliser une revendication fondamentale qui traduit une profonde aspiration populaire, et d’autre part pour mettre en garde l’Etat français face à toute nouvelle dérobade sur cette question. Nous rentrons dans le détail des propositions, en nous appuyant sur les diverses contributions qui ont vu le jour sur la coofficialité, sollicitées par le combat exemplaire de la jeunesse corse, pour démontrer que techniquement il n’existe aucun obstacle sérieux à sa mise en place. Notre réflexion sur l’officialisation de la langue corse, que nous annonçons dans notre conférence de presse de Borgu du 25 Novembre 1990, intègre, en ce qui concerne le court terme, un processus de recorsophonnie par étapes, et prend en compte la communauté de destin.

La langue corse, langue nationale de la Corse, doit être officielle: il s’agit là d’un droit imprescriptible du peuple corse. En tenant compte de la situation présente, imposée par l’Etat colonial, un statut d’officialisation de la langue corse est à court terme indispensable, afin de créer les conditions qui permettront d’arriver dans un premier temps à la pleine égalité des deux langues, puis dans un second temps à la situation où le corse aura retrouvé sa place de première langue de ce pays. Dans le cadre, conçu à court terme, d’officialisation de la langue corse, il y aurait ainsi en Corse une langue propre (le corse) et deux langues officielles (le corse et le français).

La planification linguistique devra être organisée par l’organisme de décision politique, véritable représentation démocratique du peuple corse. Cet organisme de décision politique aura la pleine compétence en matière de culture en général, et de l’enseignement en particulier. L’objectif premier sera de redonner à la langue corse sa juste place sur la terre où elle est la langue propre, et d’étendre sa connaissance au sein de la société, pour que chacun puisse participer à la renaissance de la langue corse.

Il faut dépasser l’actuelle inégalité linguistique en impulsant la normalisation de l’usage de la langue corse sur tout le territoire corse.

Il doit être reconnu à tous le droit de connaître le corse et de s’exprimer dans cette langue, que ce soit en parole ou par écrit, dans les relations et les actes publics, qu’ils soient ou non officiels. Cela implique le droit de pouvoir s’adresser en corse, en parole ou par écrit, à l’administration, aux organismes publics et aux entreprises publiques et privées, de pouvoir s’exprimer en corse dans n’importe quelle réunion, d’utiliser le corse pour toute activité professionnelle, et de recevoir l’enseignement en langue corse.

Aucune forme de discrimination ne doit exister en raison de l’utilisation de la langue corse, pour tout acte public ou privé. Ces actes ne doivent pas faire l’objet de la moindre difficulté, d’ajournement ou de demande de traduction par exemple, ni d’autre exigence pour le motif qu’ils sont exprimés en langue corse.

L’organisme de décision politique doit veiller à ce que la normalisation de l’usage de la langue corse soit prise en compte par le peuple. La planification linguistique demande qu’un organisme spécialisé soit créé. Il devra veiller à ce que les phases programmées de cette normalisation soit respectées, par des évaluations régulières, et des actions concertées. La réalisation d’une carte sociolinguistique de la Corse, révisée périodiquement, sera un élément d’appréciation privilégié pour actualiser les mesures qui doivent tendre vers un maximum d’efficacité.

Le corse, comme la langue nationale de la Corse, doit aussi être celle de…

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…l’organisme de décision politique, et de l’administration communale. Les textes produits le seront en éditions simultanées, dans les deux langues officielles. En cas de doute dans l’interprétation, le texte corse sera l’authique.

En Corse, chacun doit pouvoir avoir des relations avec l’administration et tous les organismes publics dans la langue officielle de son choix. L’administration doit délivrer les pièces et documents demandés dans la langue sollicitée par les intéressés. Les entreprises publiques doivent disposer de moyens pour garantir que leurs employés qui ont en charge la relation directe avec le public possèdent la connaissance nécessaire du corse pour réaliser dans des conditions normales le service qui leur incombe.

Dans une seconde phase, la langue corse sera seule officielle pour l’ensemble de ces actes ainsi décrits.

Les toponymes de la Corse ne doivent avoir pour unique forme officielle que celle en langue corse. Il appartiendra à l’organisme de planification linguistique de l’organisme de décision politique de déterminer la toponymie officielle sur l’ensemble de la Corse. Ces dénominations seront légales à tous les niveaux, et la signalisation publique devra être mise en concordance.

Tous les panneaux indicateurs doivent être écrits correctement en corse dans un délai maximum d’un an. L’organisme de planification et de normalisation de la langue corse dépendant de l’organisme de décision politique aura la responsabilité de ces actions.

Le corse, comme langue nationale de la Corse, doit être aussi celle de l’enseignement à tous les niveaux éducatifs. La langue corse doit être enseignée obligatoirement à tous les niveaux de l’enseignement, de la Maternelle à l’Université.

Les enfants ont le droit de recevoir le premier enseignement en langue corse. L’administration doit garantir ce droit et donner les moyens nécessaires pour le rendre effectif. Les élèves ne devront pas être répartis dans des établissements scolaires différents selon des critères linguistiques.

Il ne saurait être question de deux enseignements parallèles, comme cela a été organisé dans certains pays. Dans le cadre d’un statut à court terme d’officialisation de la langue corse, tous les enfants de Corse devront pouvoir utiliser normalement et correctement le corse à la fin de chaque cycle d’études. Des évaluations permettront de contrôler la réalité de cette maîtrise.

A tous les niveaux de l’enseignement, de la maternelle à l’université.

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La situation linguistique actuelle en Corse nécessite que les élèves distinguent et maîtrisent les deux systèmes linguistiques, corse et français, pour annihiler toute interférence. Dans le cadre de nouveaux rapports et d’échanges avec les autres peuples européens et méditerranéens, il sera souhaitable de favoriser la connaissance en Corse d’autres langues, les langues romanes notamment pour resituer le corse dans son aire naturelle. L’évaluation à la fin de chaque cycle d’études (Primaire, 1° et 2° cycles du Secondaire) doit permettre à des non corsophones s’inscrivant en Corse en cours de scolarité, de pouvoir bénéficier d’un enseignement approfondi et spécifique en langue corse, leur donnant la possibilité d’atteindre le niveau requis en fin de cycle.

Dans tous les établissements scolaires, et dans le cadre de l’officialisation de la langue corse, les professeurs et les élèves auront le droit de s’exprimer oralement ou par écrit dans la langue officielle de leur choix. Les enseignants devront connaître la langue corse, grâce à des plans d’études pour chaque spécialité d’enseignement, et des cours spécialisés dans les centres de formation des enseignants. Le recrutement académique laissera la possibilité à chacun de passer les concours de recrutement de toute discipline en utilisant la langue de leur choix, mais des épreuves en langue corse seront obligatoires. Les centres d’enseignement devront faire de la langue corse un véhicule d’expression normal.

Pour les enseignants non-corsophones, des stages lourds d’un an seront obligatoires. Pour tous les enseignants, des stages thématiques permettront l’acquisition du vocabulaire spécifique de chaque discipline. Cela sera complété par l’édition par l’organisme de planification linguistique, de manuels en langue corse, par discipline et par niveau. Au niveau de l’enseignement, il est raisonnable d’envisager que la planification linguistique globale pourra s’étaler sur 5 ans, pour permettre un certain roulement des stages, et les remplacements nécessaires.

A plus long terme l’enseignement et le recrutement des enseignants seront ceux qui correspondent à tout peuple souverain. La langue corse sera alors l’unique langue de l’enseignement.

La langue normalement employée dans les media propres à la Corse doit être le Corse. L’organisme de décision politique doit à court terme réglementer la normalisation de l’usage de la langue corse dans ces media: l’objectif est la promotion de la langue corse, et l’amélioration de sa compréhension et de sa diffusion en Corse.

Rapidement, après une courte phase de transition, les media en Corse devront utiliser la langue corse.

Les publications périodiques rédigées en langue corse seront soutenues et subventionnées par l’organisme de décision politique tant que les conditions défavorables et déséquilibrées affectant leur production et leur diffusion subsisteront. Ce soutien sera la règle pour tous les autres moyens de diffusion et les productions culturelles.

Les productions culturelles seront stimulées et promues par des mesures alliant moyens et objectifs ambitieux. Le développement du théâtre, du chant, la production cinématographique seront des priorités. Une politique de doublage en langue corse des films sera engagée de façon systématique. La promotion du livre corse sera réalisée avec des mesures visant à améliorer les conditions de l’édition et de la diffusion.

Tant que l’organisme de décision politique ne disposera pas de moyens de communication propres, un régime de protection sera établi pour garantir l’existence d’émissions télévisées et radiodiffusées en langue corse.

L’organisme de décision politique devra garantir l’enseignement du corse au personnel au service de son administration, et d’une manière plus générale à tous les fonctionnaires travaillant en Corse. Les nouveaux fonctionnaires devront maîtriser la langue corse.

L’organisme de décision politique aura la responsabilité de la promotion et de la normalisation de l’usage de la langue corse dans les activités associatives, commerciales, publicitaires et sportives notamment, ainsi que dans tous les autres domaines où cette normalisation peut s’appliquer. La mise en place d’exemptions ou de réductions fiscales pour des actions liées à la normalisation de l’usage de la langue corse sera un élément d’incitation important.

La normalisation de l’usage de la langue corse concerne également directement l’administration de l’Etat, la Justice, et les entreprises publiques. Des normes seront établies pour des actes qu’elles réalisent en dehors de la Corse.

Une période de transition et d’adaptation est nécessaire. Dans l’administration, cette période pourrait être de deux ans pour la langue corse orale, et de trois ans pour la langue corse écrite. Un niveau de langue orale satisfaisant doit être acquis dans une période de deux ans, l’objectif étant la maîtrise du discours professionnel en langue corse. Des lexiques thématiques, et des stages de formation linguistique adaptés seront élaborés. Un niveau satisfaisant de langue écrite doit être acquis dans une période de trois ans, grâce à une formation adéquate des personnels. Des stages lourds seront organisés, pour permettre d’officialiser la pratique de tous les écrits en langue corse.

Notre organisation mettra tout en œuvre pour qu’aboutisse rapidement l’officialisation de la langue corse, qui constitue une des priorités de notre combat.

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CONCLUSION

Ces reflexions, volontairement limitées à certains thèmes, n’ont qu’une ambition d’éclairage théorique et d’ancrage de la Corse dans une problématique mondiale. Les considérations théoriques, idéologiques sont nécessaires pour fixer un processus d’évolution à un moment déterminé.

Le temps est venu de passer à l’acte, de pratiquer et d’expérimenter l’auto-organisation bien au-delà du concept de contre-pouvoir.

La solution institutionnelle est actuellement un leurre et une nouvelle imposture. Elle ne peut que s’inscrire dans un processus d’autodétermination, une révolution des mentalités, de la société et du système économique.

L’aboutissement de la lutte de libération nationale et sociale du peuple corse dépendra largement de notre crédibilité, de notre exemplarité, de notre solidarité, de notre compétence, de notre capacité à relativiser le secondaire pour aller à l’essentiel, sans illusion et sans faiblesse, de notre humilité aussi, car c’est le peuple qui nous donne notre légitimité et qui demeure seul maître de son destin.

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page 31 (fin)

Le 29 MARS 1991 : Le F.L.N.C canal HISTORIQUE annonce dans une conférence de presse un Sicondu Quaternu – le premier avait déjà été édité la le F.L.N.C le 29 décembre 1989 lors d’une conférence de presse, il sera édité en janvier 1990 dans le supplément Corsica Infurmazione.

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