1989 – « Projet de société du FLNC : stratégie de libération et construction nationale »

(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 29 décembre 1989) En 1990, le magazine Corsica Infurmazione d’A Cuncolta, supplément du journal U RIBOMBU, publié l’intégralité du document remis à la presse lors de sa conférence de presse du 29 décembre 1989.

Un projet de société du FLNC soumis au débat fin 1989, début 1990.

Le magazine Corsica Infurmazione, tout comme le Ribombu étaient des magazines publics.

Primu Quaternu flnc projet société

Voici l’intégralité (ou presque du magazine) :

Corsica Infurmazione N°9

CONFERENCE DE PRESSE DU 29.12.89

Voici l’intégralité du document remis par le FLNC à l’ensemble de la presse. Cette première partie est consacrée au sens du combat du FLNC, son rôle, sa conception de l’autodétermination ainsi qu’à plusieurs clarifications d’importance.

PRECISIONS LIMINAIRES…

Ce document constitue une première étape dans le projet de société pour la Corse. Nous soumettons ces grands axes à tous ceux qui souhaiteront en débattre et l’enrichir. Nous les invitons à le faire publiquement pour que leurs éventuelles critiques et suggestions puissent nourrir notre propre réflexion et nous permettre ainsi de produire, dans le courant de l’année 90, un ouvrage qui affinera notre position quant à l’avenir de la Corse.

Notre conférence de presse n’abordera pas des problèmes conjoncturels. Nous la consacrerons exclusivement au traitement de ces propositions soumises au débat. Nous avons volontairement synthétisé certains aspects déjà formulés par notre organisation. En particulier sur la situation politique actuelle. Nous avions dit, lors de précédentes communications, ce que nous pensions de la nouvelle tactique de l’Etat, des repositionnements politiques visant à la constitution d’une voie corse au règlement corse.

Ces essais politiques s’inscrivent dans une tactique d’un pouvoir colonial qui joue sur le temps et qui teste la capacité de résistance et de maturité politique du mouvement de libération nationale.

Force est de constater qu’au delà des apparences, le colonialisme aggrave la situation. Le clan jouit toujours d’une grande sérénité politique. Il vient d’achever un schéma d’aménagement cousu main, concocté pour satisfaire ses besoins électoraux et les appétits des milieux affairistes. Les gouvernants français y porteront sans doute quelques retouches, mais pour l’essentiel cette logique d’une Corse vouée à la spéculation dans le tout-tourisme ne sera pas remise en cause car elle est dans la logique de la construction de l’Europe du capital caractérisée par une spécialisation des « régions ».

Face à ces graves dangers qui menacent notre Peuple, le mouvement de libération nationale représente l’espoir. Nous continuerons de prendre nos responsabilités. Lorsque nous le voudrons et là où nous le souhaiterons dès l’instant où nous considérerons que notre intervention militaire est indispensable.

Nous tenons à souligner que cette présence n’a pas pour vocation à se limiter à la seule dénonciation du tout-tourisme spéculatif. Toutes formes d’agression à nos intérêts collectifs seront fermement combattues par notre organisation. Nous rappellerons que l’action militaire est et doit demeurer l’action la plus politique qui soit. C’est donc en fonction de notre analyse politique que nous déterminons nos options en la matière.

En ce qui concerne les axes présentés dans le document que nous vous remettons, nous préciserons un point qui nous semble capital. Ces propositions ne peuvent être détachées de la lutte que nous menons, avec d’autres forces, pour l’autodétermination du Peuple corse.

Cette stratégie est basée sur la capacité révolutionnaire à créer les conditions d’une auto-organisation du peuple corse contre le système colonial. Seul cet investissement populaire est susceptible de renverser l’ordre colonial. Cette conception politique qui privilégie la façon de lutter sur les fantasmes institutionnels est mise en relief par l’évolution internationale et l’échec des systèmes.

Au fur et à mesure de l’avancée de combat collectif nous sommes, tous ensemble, capables de propositions concrètes allant dans le sens de l’histoire et donc de notre révolution. Les acquis de notre stratégie sont tels aujourd’hui qu’ils nous permettent d’autres clarifications, et donc l’élaboration de ce projet de société.

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QUELQUES RAPPELS

Au seuil de l’an 2000, et alors que le Monde est en proie à des bouleversements qui remettent en cause des méthodes et des structures de gouvernement conçues et pratiquées par et pour une minorité de privilégiés, nous avons donc considéré de notre devoir de soumettre à l’examen du peuple corse les grandes lignes d’un projet tourné vers l’avenir.

Les origines, les causes du problème corse ont souvent été abordées par notre organisation. Le mal est profond et vient de loin. Il trouve sa source dans le statut colonial imposé à la Corse depuis plus de deux siècles. Placé sous tutelle dominatrice de l’Etat français, notre Pays a été chassé de son histoire, privé de son mode de vie, de ses raisons d’être, dénationalisé par la force militaire d’abord, par la transformation en simple zone de consommation ensuite.

Un système parasitaire a prospéré à l’ombre et au service d’un pouvoir étranger désireux de détruire de fond en comble notre identité, notre culture, notre langue, nos traditions, notre patrimoine national livré aux appétits et aux enchères du plus offrant.

Sous couvert d’une démocratie formelle, le droit imprescriptible de notre Peuple à disposer de lui-même a constamment été bafoué.

Longtemps dans l’incapacité d’opposer une alternative crédible à ce système de domination, notre peuple construit, désormais, son devenir collectif. C’est dans cette optique que s’inscrit notre combat. Il n’est dirigé ni contre un Pays, ni contre un peuple, mais contre un mécanisme oppresseur, contre l’injustice, l’exploitation et la corruption sous toutes ses formes.

Le chemin parcouru nous permet de mieux baliser celui à parcourir dans le proche avenir et, à plus longue échéance, vers l’horizon du XXIè Siècle.

Le mouvement de libération nationale est passé d’une première phase, celle du réveil culturel, identitaire caractéristique des années 60-75, à la nouvelle résistance animée en particulier par notre organisation. Un combat devenu dépositaire et garant de la conscience collective du peuple corse, compte tenu de la démission nationale des prétendues élites et du clan.

LE ROLE DE NOTRE ORGANISATION

Notre mouvement a un rôle majeur dans cette nouvelle construction de la Corse. Non parce qu’il symbolise une résistance et une force, mais parce qu’il garantit, par son action politico-militaire, les perspectives d’un réel renversement du rapport de force face à la violence coloniale.

Nous n’avons pas la prétention de nous présenter comme une élite guerrière ou politique, mais comme l’indispensable force politique et militaire, capable de donner une stratégie globale de libération dont toute le poids de la dimension politique nécessaire pour constituer une alternative à la domination coloniale.

Nous ne sommes ni ghetto, ni tour d’ivoire, mais une organisation politique capable de synthétiser, de concevoir, d’impulser, de proposer, de nous remettre en cause, d’écouter, d’apprendre et d’être solidaire. Notre influence politique ne peut naître que de notre exemplarité. C’est pourquoi nous rejetons toutes les attaques dont nous sommes l’objet et qui tendent à insinuer que nous sommes pour une construction pyramidale du combat.

Partisans de la démocratie pour notre peuple et conscients des incidences de notre propre fonctionnement pour celui de la Corse de demain, nous sommes attachés à mériter notre influence politique et non à l’imposer.

Il est une seule contrainte que nous acceptons, celle de développer, et nous seuls, la lutte armée contre le système. Non par volonté de monopole, mais parce que la dispersion en ce domaine serait suicidaire. Elle compromettrait la sécurité et jusqu’à la vie même de nos militants. Cette unité dans la lutte armée est également indispensable au regard même de la cohérence révolutionnaire que nous devons avoir face à l’ennemi colonial. L’acte militaire, en lui-même, exige donc cette rigueur. Mais il est nécessairement dans le prolongement d’une réflexion, d’une avance qui est enrichie par la diversité. Lorsque nous agissons nous tenons compte de ce que pensent toutes celles et ceux, au delà même de la stratégie de libération nationale, qui luttent contre le colonialisme. Par le passé, parfois, un tel choix n’a pas été suffisamment adopté par notre organisation. Ce qui nous a conduit à d’inévitables erreurs. Aujourd’hui, aguerris par des années de lutte et renforcés par les formidables avancées liées aux pratiques démocratiques des composantes de la lutte de libération nationale, nous sommes mieux à même d’éviter ces mêmes erreurs.

Les évolutions politiques de ces dernières années témoignent de la richesse et de la potentialité de notre stratégie révolutionnaire. C’est pourquoi nous sommes d’ardents défenseurs de cette unité patriotique. Car ce cadre stratégique, basé sur la complémentarité, la spécificité et la solidarité des structures qui le composent, est une condition sine-qua-non d’une authentique libération nationale et sociale. Construire chaque jour, sur tous les terrains, la Corse de demain, conduit à proscrire les démarches de type corporatiste ou claniste. Face à un environnement hostile, récupérateur ou répressif (selon les opportunités), le mouvement nationaliste doit créer les protections structurelles nécessaires pour permettre l’auto-organisation du peuple. Une telle stratégie isole, de façon naturelle, les errements individualistes ou les comportements anti-démocratiques car la finalité de cette stratégie est précisément de permettre une réelle démocratie.

ELARGIR LA DEMARCHE D’AUTODETERMINATION

Les fondements idéologiques de notre combat nous permettent, aujourd’hui, d’approcher davantage de notre objectif : rétablir la communauté corse historique et de destin dans son intégrité et son existence physique, dans ses droits nationaux, dans sa réelle souveraineté.

Nous préconisons comme aboutissement logique et naturel, la rupture avec le capitalisme assortie de l’édification d’un socialisme original. Un socialisme qui ne saurait consister en une version plus ou moins corsisée de la social-démocratie, ni en une transposition, même édulcorée, d’un système socialiste bureaucratique, autoritaire et brutal, qui a fait faillite.

Finalement, le mouvement de libération nationale corse a de la chance… Relative­ment jeune, il peut mieux se nourrir des désillusions engendrées par d’autres combats et éviter de graves erreurs politiques.

S’il se doit d’étudier d’autres expériences, il doit aussi et surtout se pencher sur celles de son propre Pays. Ses orientations doivent avoir pour point d’appui et de référence les valeurs humaines, de dignité, de justice, de liberté, ses traditions communautaires qui ont fait la grandeur de notre Nation.

La conscience nationale en éveil doit être le tremplin et le levier de la société socialiste à visage humain que nous proposons à un moment où d’autres peuples manifestent la même soif de conquête…

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…politique.

Ce socialisme ne saurait, par conséquent, être conçu comme la domination bureaucratique d’une idéologie, d’un parti unique.

Cette option n’est pas nouvelle. Elle est dans le prolongement de notre stratégie définie dès notre livre blanc de 1981.

L’éclosion, sur le terrain des luttes sociales et associatives, d’organisations nationalistes spécifiques, a donné les moyens au peuple corse de s’organiser contre le système et donc de participer à l’édification d’une nouvelle société. Cette forme d’organisation tenait compte, bien entendu, de la spécificité de la structure sociale insulaire. Mais au delà du problème corse, c’est aussi, il faut le dire, une orientation nouvelle sur le plan des luttes de libération à travers le monde. Une lutte qui privilégie l’émancipation du peuple et qui préconise une distanciation avec la stratégie de type élitiste.

Nous devons aujourd’hui, 8 ans après, élargir notre démarche.

L’autodétermination a privilégié l’organisation politique et syndicale, elle doit désormais indiquer une réflexion économique et sociale (au sens large du terme).

La partie économique de notre document atteste de cette volonté d’imaginer une alternative au système dominant. Un développement économique et intégré est indissociable d’un exercice vivant de la démocratie. Ce qu’on appelle social n’est pas uniquement quantitatif ou catégoriel (hausse des salaires, conditions de travail dans l’entreprise) ou ne se résume pas au simple droit de décision (vote etc.).

Le social c’est ce qui touche à la vie en général de l’individu au sein de la société, c’est son épanouissement comme condition d’une réelle transformation de la société.

Sans refaire, ici, le procès de la société de consommation, il est évident que l’irruption brusque de la Corse dans le monde dit “moderne” a désarticulé la société traditionnelle. Celle-ci est confrontée à une grave crise d’identité dont la principale manifestation est la destruction du tissu familial et social.

Cette perte de repère, source de déséquilibre, est la conséquence directe d’une politique coloniale visant à annihiler toute possibilité d’épanouissement de l’homme dans son environnement. Ce décalage croissant entre l’homme et l’individu, le poids d’une urbanisation conçue et mise en œuvre de façon anarchique dans les principales villes de Corse, la désertification de l’intérieur qui va s’accentuant, le soutien des relais clanistes à un schéma d’aménagement qui accentuera ces déséquilibres… autant d’éléments qui nous font prendre conscience de l’enjeu que constitue le projet de société que nous avons l’ambition de réaliser.

LA LIBERATION DE L’HOMME

L’enjeu est en effet crucial car la jeunesse corse est la principale victime du système. Elle est révélatrice de phénomènes sociaux tels que la délinquance, la toxicomanie, l’inadaptation sous de multiples formes. Les jeunes sont associés à cette notion de « crise » et jouent une sorte de fonction miroir qui interroge le devenir social.

Une analyse globale, pluridisciplinaire de notre société s’avère donc indispensable pour en comprendre les mécanismes que nous dénonçons et proposer une voie originale au socialisme.

La conviction selon laquelle nous ne transformerons pas la société sans libérer l’individu est le fondement même de notre pensée politique.

La question de l’individu est devenue une problématique centrale et la préoccupation majeure des sociétés modernes. Cela tient de l’individualisme-capitaliste, en l’occurrence la conception selon laquelle l’individu ne saurait s’affirmer que dans le non-respect de l’autre, comme individu dans la ruine des potentiels humains de solidarité, est une conception que nous rejetons. C’est une approche qui prévaut dans les sociétés occidentales et qui prend des formes spécifiques dans notre propre société (le fétichisme de l’argent, le besoin de paraître et non de se réaliser, la recherche d’un certain confort matériel au détriment de l’accès à la culture…).

La place de l’individu dans la société, la recherche de son épanouissement, va de pair avec la transformation de la société. La révolution des systèmes est en crise : seule la révolution de l’homme peut créer les conditions d’un changement radical.

Notre socialisme se présente d’emblée comme le dépassement des traditions communiste et social-démocrate : il prend racine, comme nous l’avons précédemment souligné, dans la mémoire collective du peuple corse et s’efforce de faire une nouvelle synthèse entre l’esprit égalitaire communautaire incarné par Sambucciu d’Alandu, les acquis de la révolution paoliste et le mouvement de libération nationale contemporain.

Ce que nous préconisons c’est une société en mouvement qui réconcilie l’individu avec son environnement dans le cadre de nouvelles solidarités.

Ce que nous recherchons ce n’est pas un progrès de la démocratie délégative, mais une démocratie participative. Notre conception de la citoyenneté, c’est de restituer à l’homme la responsabilité de ses actes dans son espace social.

L’instauration d’un type de rapport nouveau entre le pouvoir politique et les pouvoirs qui s’expriment dans la société est à la base de notre réflexion sur le rapport de l’individu à la politique qui doit se développer dans le sens d’une meilleure et nécessaire articulation.

La contestation de légitimités fondées sur la seule autorité doit nous conduire à rechercher des formes de coopération collective entre les individus, moins dépendantes, moins aliénantes. L’enjeu du développement d’un mouvement associatif puissant, garant des droits des citoyens, est ainsi posé. La notion d’« espace social » doit également retenir notre attention dans le cadre de nouveaux rapports sociaux, culturels et écologiques.

Le type de société auquel nous aspirons doit permettre à la fois la poursuite du progrès social et l’épanouissement de l’individu.

Certes nos choix politiques de démocratie, de pluralisme, de socialisme original, ne constituent pas des garanties automatiques pour un épanouissement de l’individu au sein de la société. Mais la faillite de systèmes qui ont exclu l’individu malgré une apparente panoplie de droits constitutionnels, nous renforce dans notre propre conception : notre ambition doit être la pratique d’une société conçue pour l’homme.

Nous devons encourager toutes les initiatives qui vont vers une reconstitution du tissu social. Notre démarche d’autodétermination doit aussi être une démarche de société qui vise à concilier un niveau de vie nécessaire, une accession à la modernité, avec nos valeurs et nos repères ancestraux. Tout en observant un équilibre entre l’individu et la nécessaire cohérence de l’espace collectif.

La conquête de cet espace collectif passe par une modification de l’ensemble de la société et pas seulement par quelques réformes sectorielles. Mais c’est dès aujourd’hui, par notre lutte de tous les jours, que nous devons commencer à changer le cours de l’histoire.

Nous devons donner les moyens aux femmes et aux hommes de notre peuple, de s’organiser, de se regrouper en corps…

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…sociaux structurés afin de ne pas être des assistés d’un combat mais des acteurs, partie prenante d’une construction collective. Nous souhaitons et agirons pour que puissent mieux participer à ce combat collectif, toutes celles et ceux, quelles que soient leurs origines, qui souhaitent construire cette nouvelle société corse. Qu’il s’agisse de Corses d’origine ou d’adoption, de travailleurs non-corses aspirant à vivre sur notre terre et à participer à notre destinée collective.

L’autodétermination n’est pas un outil mais la philosophie de notre combat. C’est dans la vie de tous les jours que ce choix permettra de réconcilier la politique et la pratique. C’est cette capacité à s’auto-organiser qui est le fondement révolutionnaire de notre combat. Toute autre approche serait vouée soit à la récupération par le système, soit à l’isolement, soit à la confiscation du pouvoir par une minorité qui se transformerait, progressivement, en une classe de privilégiés. Les événements à l’Est constituent une illustration en la matière.

LA QUESTION INSTITUTIONNELLE

Cette pratique de l’autodétermination exclue d’autres simplifications. La revendication institutionnelle, de type autonomie interne ou indépendance, peut séduire, mais elle ne répond pas aux questions de fond que nous venons de poser. Axer les espoirs d’un peuple sur une recette institutionnelle constituerait une erreur politique lourde de conséquence.

L’expérience indique, ici également, que l’exploitation coloniale ne s’est pas éteinte après l’accession de certains pays à l’indépendance. Le vêtement juridique a changé mais les rapports de force interne à leur société ont perduré.

La façon de lutter contre un système est donc déterminante. C’est notre option. Ce qui ne signifie nullement que nous devions considérer la question institutionnelle comme sujet tabou car elle est incontournable. Mais elle n’a pas d’effet magique. Lorsque nous examinons nos propositions en matière économique et culturelle, il est incontestable que se pose cette question des moyens juridiques d’une telle politique. Il faut cependant noter que la mise en pratique de cette politique implique que notre stratégie aura créé les avancées nécessaires. En effet, dans le cadre d’un processus de décolonisation, les évolutions juridiques seront toujours tributaires des rapports de force politique.

Des propositions, dans le but de l’enclenchement d’un tel processus, ont déjà été formulées. En demandant la reconnaissance du Peuple Corse, la dissolution de l’Assemblée de Corse, l’extension de ses pouvoirs, la suppression des conseils généraux, de nouvelles règles du jeu en matière électorale, nous nous inscrivons dans une telle optique. Mais l’autodétermination n’est pas une option réformiste. Elle ne conçoit pas la vie politique comme une succession d’étapes. Fussent-elles institutionnelles, mais comme un mouvement.

Le colonialisme, face à notre progression d’ensemble, est condamné à lâcher du lest pour préserver limiter notre influence. Le statut particulier correspondrait à ce besoin. Demain, sans doute, l’autonomie de gestion répondra-t-elle aussi à ce même souci. Après-demain, pourquoi pas, l’octroi d’une indépendance pourrait être une autre forme de réponse… Elle ne nous satisferait pas plus que les précédentes réformes institutionnelles dès l’instant où, dans la réalité, les transformations que nous préconisons ne seraient pas en cours. Et cela dépend, évidemment, beaucoup de la stratégie de lutte développée par les nationalistes.

Les choix que nous faisons pour une véritable libération nationale et sociale impliquent que nous nous donnions les moyens d’une réelle souveraineté de notre Peuple. Il y aura forcément une traduction juridique de cette souveraineté tant dans la capacité que nous devons avoir à décider de nos choix d’ensemble que dans les mécanismes politiques même qui régiront notre société.

Mais l’optique de notre organisation n’est pas de se réfugier dans la simplification politique en suggérant l’indépendance comme panacée au problème corse. Nous voulons soutenir un combat qui a pour cible toutes les formes d’exploitation et pour ambition une réelle libération nationale et sociale. C’est donc notre Peuple qui arrachera tous les moyens de sa pleine souveraineté. Nous recueillons déjà aujourd’hui les fruits de notre stratégie politique. Le déploiement de la lutte de libération nationale est la donnée majeure de la vie politique en Corse. Notre dynamique est évidemment renforcée par les formidables bouleversements internationaux qui mettent en cause de vieux raisonnements et de vieilles méthodes. C’est parce que nous avons basé notre stratégie sur l’auto-organisation du peuple que nous sommes aujourd’hui en mesure de proposer au débat les grands axes d’un projet de société.

PROJET EDUCATIF

Les axes que nous soumettons au débat aujourd’hui ne prétendent pas recouvrir tous les domaines de la vie économique, culturelle et sociale.

La question culturelle est bien évidemment le fondement même de notre combat. Mais nous ne commettrons pas l’erreur de dissocier cette question de la problématique d’ensemble.

Lutter pour l’autodétermination de chaque individu est un choix culturel. Toutefois, dans ce domaine comme en matière économique, nous devons nous battre pour imposer le respect de nos droits nationaux.

Le système éducatif est la clé de voûte de cette reconquête…

PROJET D’UN SYSTEME EDUCATIF

Le système éducatif que nous proposons ne peut se concevoir sans une politique économique et sociale entièrement nouvelle. Ayant fait le choix d’un socialisme original, avec comme philosophie politique l’autodétermination, le rôle fondamental de l’Ecole devra être de permettre l’essor de valeurs nouvelles : l’autodétermination des individus, la participation, la coopération, la liberté et la démocratie.

En Corse, comme dans toute société, il existe des savoirs et valeurs, dont certains sont transmissibles. Les enseignants, corps spécialisé, ont la charge de cette transmission dans un lieu spécialisé, l’école. Il faut déterminer les savoirs et les valeurs que l’on veut voir transmettre, ce qui entraîne des choix de conjoncture, spécifiques à chaque société, qui sont tout autant économiques que sociaux et politiques.

Il nous appartient de proposer au peuple corse un projet éducatif, qui, parce qu’il se substitue à celui imposé par le système colonial, est indissociable de notre projet de société. Pour parvenir à ces objectifs, nous avons l’ambition d’organiser les formes institutionnelles et spécialisées de la transmission, par des méthodes d’enseignement adaptées.

DIMENSION HISTORIQUE, POLITIQUE ET SOCIALE DE L’EDUCATION FRANCAISE EN CORSE
A / Rappel historique
La conquête de la Corse par la France correspond aux dernières années de l’ancien Régime. La révolution établit un sys..

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…tème nouveau dont le rôle est de briser les « provinces » et les terres conquises, en particulier leur langue propre. Sous l’impulsion de l’abbé Grégoire, la révolution française décide d’extirper les parlers « paternels », dont le corse, par une campagne punitive. Une seule phrase la contient : « L’enseignement se fera en français ».

L’Université di Corti, symbole de la période de l’indépendance de la Corse, est fermée dès l’annexion française. Les conceptions impérialistes imposées à l’enseignement secondaire pendant la période napoléonienne s’expriment dans le cadre des lycées, lieu privilégié de la campagne de francisation.

A partir de la période de la Restauration (1815), la carte géopolitique de l’Europe est celle des expansionnismes coloniaux, dont la Méditerranée est l’objectif majeur du moment. De par sa situation la Corse constitue un espace stratégique pour la France qui a besoin, pour assurer son développement économique, social et culturel, d’imposer l’unification, à travers un plan de glottophagie linguistique.

Ses visées sont clairement impérialistes, le but étant de franciser la Corse, c’est-à-dire de tout mettre en œuvre pour que les Corses deviennent français. Après l’échec de la politique de répression, le pouvoir français sous le masque des idées libérales, essaye de « civiliser » la Corse : le moyen choisi est celui de l’assimilation par la langue et la culture françaises, dans la plus pure tradition colonialiste. Les Corses sont ces sauvages qu’il va falloir prendre aux bienfaits de la civilisation française. Pour ce faire, dès 1818, le français tente de s’imposer en Corse par le canal de l’enseignement.

La France de la troisième République met en place un instrument de guerre pour l’uniformisation des territoires soumis par la force : l’école.

L’école gratuite, laïque et obligatoire est l’outil de cette conquête. Elle est militante et exige des maîtres une vocation de missionnaires et de pionniers. Des écoles normales sortent des générations d’instituteurs, véritable « armée » de l’instruction française.

Dès le plus jeune âge, les élèves sont soumis à une propagande active, comme l’attestent des extraits de manuels « d’éducation morale et civique » encore en vigueur il y a moins de 20 ans : « Ecole de mon pays, je t’apporte mon âme. De cette jeune âme, plus débile encore que le corps qui l’enveloppe, fais une âme française, fais une âme humaine » (Léo Déries : Salut à l’école)…

Cadre de l’ascension sociale, l’école républicaine française est chauvine en imposant aux disciplines une finalité : trouver un passé, un cadre et un esprit uniformes à un Etat qui ne l’a jamais été. La géographie est ramenée à celle des départements, une histoire mythique de la France est créée, justifiant a posteriori la formation de l’unité « nationale » dès la Gaule. Une continuité est inventée de Vercingétorix à Napoléon, en passant par Charlemagne. Il n’y a pour ainsi dire pas d’annexion de « provinces » mais des adhésions, ou, au pire, quelques malentendus, comme celui de Ponte Novu…

Cette histoire n’est qu’une suite d’images patriotiques, d’où l’on tire des leçons de morale.

Les instituteurs en Corse se trouvent devant une absurdité : ils y appliquent des programmes conçus pour la France. Ils exaltent le souvenir des Gaulois. Ils expliquent ce que sont la liberté, l’égalité et la fraternité à des enfants dont les parents ont l’expérience des répressions les plus dures, et ils ont la tâche d’effacer les traces de la Corse indépendante, en en déformant les événements.

L’impérialisme de la France est déguisé en mission civilisatrice. L’uniformisation française vise la dépossession de l’histoire de la Corse, sa dépersonnalisation dans tout ce qui la caractérise de façon différente de la France (langue, traditions, mœurs, mode de vie, systèmes de valeurs) et à la détérioration des conditions qui pourraient alimenter des actions et des comportements « divergents » de la France, en un mot à la dépersonnalisation des individus.

Elle met en place des procédés de police psychologique, basés sur la dénonciation et le sentiment de honte. La France républicaine, bourgeoise et capitaliste est colonisatrice. Jules Ferry pense qu’elle doit porter « partout où elle le peut sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes et son génie ».

B. Ecole et société, la situation actuelle

En Corse, sous des formes se voulant plus « progressistes », le système éducatif perpétue la même logique coloniale.

Les efforts des fossoyeurs de notre culture, de ceux qui ont écrit « il est interdit de parler corse et de cracher par terre » au fronton des écoles, ont été récompensés. Aujourd’hui la langue et la culture corses n’ont aucune réalité profonde dans l’enseignement. Le système scolaire n’a jamais produit un seul corsophone. L’école de la France est celle de l’échec pour les jeunes Corses qui, dans leur grande majorité, entrent dans la vie active sans culture ni qualification professionnelle. Les enfants des milieux les plus défavorisés, ceux de Lupinu, de Saint Jean ou des villages de l’intérieur, sont éliminés massivement du cursus scolaire, niés dans un droit pourtant fondamental, celui de l’éducation pour tous.

Ainsi le système éducatif ne remplit pas sa fonction initiale. L’école engendre un malaise profond chez les enfants, les enseignants, les parents. Le peuple corse ne se reconnaît nullement dans le système de l’éducation nationale française. Cette détérioration de l’école n’est pas innocente : elle répond en quelque sorte à l’idéal social du système colonial. A travers son idéologie élitiste, l’école française met tout en œuvre pour reproduire la division du travail à l’échelle sociale, c’est-à-dire assurer et développer sa domination politique, économique et culturelle.

L’échec scolaire, tant décrié par les bonzes de l’institution, est en fait la réussite du système idéologique dominant. L’Etat français peut se satisfaire d’une élite : c’est le choix de l’actuelle sélection par les grandes écoles. Cela caractérise un des systèmes éducatifs les plus sélectifs et les plus ségrégatifs qui soient. L’école française privilégie une conception aristocratique de l’enseignement et élimine tout ce qui correspond à la dimension populaire de la culture. Dans un système éducatif corse, un des rôles de l’école sera de faire le lien entre culture populaire et culture savante.

C. Rôle idéologique de l’école.

Pour le colonialisme l’enseignement a toujours été un moyen de diffuser des idées qui contribuent au maintien de sa domination. La question de l’école ne peut être séparée de celle du pouvoir politique. Néanmoins, ce système produit ses propres contradictions : les idées de la lutte de libération nationale s’y développent chaque jour un peu plus. L’école est le lieu d’un combat idéologique.

Idéologiquement c’est le triomphe de la bourgeoisie à travers l’histoire. En Corse, cela s’est réalisé par l’intermédiaire des notables locaux, des clans et des sgió. En diffusant la langue et la culture dominantes, ils assuraient par là-même la domination politique, économique et sociale d’une minorité privilégiée sur l’ensemble du peuple.

Notre projet de société doit prendre en

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compte la reconquête de l’espace idéologique corse sur le terrain éducatif, comme une des conditions de la construction d’un socialisme original. L’enjeu des luttes actuelles est la reconquête de savoirs stratégiques comme la langue, l’histoire, la géographie, la littérature, ou les sciences naturelles, qui fondent le champ d’investigation d’un enseignement reflet de la réalité et de l’identité corses.

POUR UN SYSTEME EDUCATIF AU SERVICE DU PEUPLE CORSE
A. L’école outil de formation.
L’école doit être un outil de formation pour tous, assurant l’éventail complet des savoirs et des savoir-faire pour tous les enfants. Elle doit donner une formation générale de bon niveau dans tous les domaines, c’est-à-dire permettre à l’enfant d’acquérir une bonne culture générale, ce qui induit une plus grande liberté de l’individu par rapport à tous les pouvoirs, qu’ils soient économiques ou politiques. La logique d’apprentissage doit s’appuyer sur une conception globale qui donne au savoir un sens, savoir pour agir, comprendre, réaliser, transformer.

B. L’école outil d’émancipation.
La construction d’un socialisme original implique la mise en place d’un nouveau système scolaire. L’école porte les marques de la société corse. Si on ne peut supprimer toutes les différenciations dans la société en les supprimant dans le cadre scolaire, l’école reflet des luttes idéologiques peut être un des instruments de l’émancipation individuelle et collective. Elle doit développer des valeurs nouvelles comme la coopération, la lutte contre le sous développement, l’oppression et la dépendance. Elle doit s’ouvrir aux problèmes de la vie sociale et économique, au respect de la culture et de l’environnement. Elle doit développer les concepts de solidarité et de fraternité entre les peuples. Elle doit combattre l’inégalité et le racisme sous toutes ses formes.

L’hypocrisie du système actuel est de faire croire que l’absence d’échec à l’école (obtenu par une réorganisation ad hoc des examens) entraînera automatiquement l’absence d’échec hors de l’école : en fait le système actuel se satisfait pleinement de cette situation, en ayant une main d’œuvre massive et malléable, à rémunérer au niveau le plus bas puisque sans qualification au départ, et qu’il est possible de former par des stages qui ne sont plus organisés par l’école, mais par les entreprises…

C. L’école outil de démocratisation et de réappropriation.
L’égalité des droits devant l’école est le lieu de la question politique de la démocratie. Tous les peuples ont droit à tous les savoirs, y compris les savoirs abstraits ou improductifs : aucun n’est inutile. La grande question de l’école est que la transmission s’accomplisse, en considérant dans le même temps l’accroissement quantitatif des élèves. Notre lutte allant dans le sens d’un système de démocratie économique et politique, l’école doit combattre toutes les formes d’inégalité.

L’école est l’instrument privilégié de la réappropriation de la langue et de la culture corses. De moyen d’aliénation et d’acculturation, l’école doit devenir le moteur du développement et de la renaissance des valeurs et des savoirs de notre communauté.

LES PROPOSITIONS
A. Rôle moteur de l’Università di Corti

Notre Université doit être au centre de la formation des enseignants, tant ceux du primaire que ceux du secondaire. Cette formation est à concevoir dans le contexte nouveau de la mise en place d’un corps unique d’enseignants. Au sein de ce corps, diverses orientations seront offertes, après une formation universitaire et pédagogique de haut niveau commune. Un Centre Pédagogique Universitaire assurera la formation de tous les enseignants.
La formation des instituteurs, intégrée alors à l’Université di Corti, doit passer par l’acquisition d’une Licence spécifique, comportant d’une part un tronc commun avec la psycho-pédagogie, la socio-pédagogie, la linguistique, le corse, et d’autre part des U.V. de spécialisation (Mathématiques, Histoire, Géographie, Français, Biologie etc.). Après l’obtention de cette Licence, les futurs instituteurs devront avoir deux années de formation pratique, la première en « situation » à tous les niveaux, et la seconde en « responsabilité ». Au terme de la formation, c’est-à-dire à Bac + 5, les instituteurs travailleront au sein d’une équipe pédagogique, où ils interviendront de manière privilégiée dans la discipline correspondant à leur spécialisation.

Dans le même esprit, la formation des enseignants du secondaire devra être conditionnée par la réussite au CAPES ou à l’Agrégation. Le CAPES étant accessible pour les titulaires d’une Licence, et l’Agrégation pour les titulaires d’une Maîtrise. L’Agrégation différant du CAPES par son orientation vers la recherche, outre le fait d’ouvrir sur une carrière d’enseignant.

Pour le CAPES comme pour l’Agrégation, il est nécessaire d’exiger des futurs candidats l’obtention préalable (lors du cursus qui les mène à la Licence) d’U.V. de psycho-pédagogie, de socio-pédagogie, et de corse. Les certifiés et les agrégés ne doivent pas avoir à subir d’épreuves pratiques après la réussite au concours, mais simplement suivre un stage, pour partie en situation, et pour partie en responsabilité.

L’Università di Corti doit offrir l’ensemble des formations et des filières de base, c’est-à-dire celles que l’on trouve dans les Universités normalement développées. Cela nécessite donc le développement complet des cursus. Dans certains cas, des contrats pourront être passés avec d’autres universités dans une double perspective de coopération et d’ouverture.

Centre d’ouverture, l’Università di Corti doit être aussi un centre de diffusion. Université populaire, elle favorise l’accès à la culture pour l’ensemble des travailleurs corses (comités d’entreprise, coopératives agricoles, ou artisanales…).
Le caractère méditerranéen de l’Università di Corti doit être au centre de son développement, son articulation générale. Ses centres de recherche doivent ainsi s’inscrire dans ce cadre de développement, et le second cycle universitaire devra même comporter des échanges systématiques au niveau des étudiants avec des universités du monde méditerranéen comme Barcelone, Naples, Palerme, Alger ou Marseille pour ne citer que quelques exemples. Cela serait rendu possible par la création de bourses d’études en nombre adéquat. Les sujets de recherche devront être prioritairement centrés sur le domaine méditerranéen.

Centre de recherche, l’Università di Corti devra être un foyer d’innovation. La mise en place de nouveaux modèles sera une donnée essentielle, par exemple dans le secteur économique.
La formation professionnelle doit faire le lien entre l’éducation et l’utilité productive. Il s’agira de préparer les mutations économiques par une formation ouverte à tous les savoirs et toutes les technologies nouvelles qui doivent être suffisamment souples pour demeurer compatibles avec les changements rapides caractérisant le monde moderne. Cela suppose des savoirs stratégiques, abstraits, théoriques et souvent formels. Il nous faudra éviter de

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professionnaliser l’école, car ce serait programmer le vieillissement prématuré de toutes les formations.

B. Une nouvelle organisation de l’école.

Le recrutement national corse devra s’opérer sous la responsabilité de l’Université di Corti. Les enseignants doivent être recrutés par concours, où sont introduites des épreuves relatives à la psychologie, la sociologie et aux sciences de l’homme. Leur spécialisation ne nécessitera pas la monovalence de leur enseignement. Les personnels non certifiés, de même que les exilés désirant rentrer en Corse, devront être intégrés progressivement à ces corps, sur la base d’une planification des besoins en postes.
Dans la perspective de la construction de la communauté de destin Corse, des stages lourds obligatoires de langue corse devront être mis en place pour les non corsophones.

La réorganisation du secondaire est nécessaire : les lycées et les collèges doivent être réunis, essentiellement pour des raisons pédagogiques, et afin de briser une cassure artificielle. Les lycées devront avoir la charge de l’enseignement de la sixième à la Terminale. Il faudra effectuer des regroupements de type administratif, un collège actuellement isolé devenant l’annexe d’un lycée. Les enseignants ne seraient plus limités ainsi à un seul cycle de secondaire.
La réorganisation de zones pédagogiques, s’appuyant sur le développement économique et démographique de la Corse de l’intérieur permettrait de répondre aux nouvelles exigences de la société corse. Les techniques modernes, telles l’informatique, ou les différentes formes de l’audio-visuel, permettront d’améliorer les conditions pédagogiques, et de rompre l’isolement de certaines régions, par le télé-enseignement par exemple. L’école en Corse doit être conçue en fonction des conditions spécifiques de la troisième révolution industrielle, qui permet de briser l’enclavement et de repenser totalement l’organisation du cadre scolaire.
La refonte des programmes et des contenus éducatifs doit prendre en compte l’introduction dans toutes les matières de la réalité corse. La confection du matériel pédagogique et des manuels scolaires doit être soustraite aux entreprises extérieures de l’édition. Ils doivent être élaborés sous la responsabilité de l’Université di Corti, et intégrer une dimension critique alternative aux contenus idéologiques de la majorité des manuels scolaires actuels, de même qu’une dimension nationale corse à travers l’expression de la langue et de la culture du peuple corse.
C. Langue corse, langue nationale.
La coofficialité doit être envisagée comme une étape transitoire. Elle concerne l’ensemble de la société corse. L’école aura certainement un rôle fondamental à jouer dans sa mise en place. Un statut, rendant officielle la langue corse et la mettant à parité avec la langue française, permettra un enseignement en langue corse et un enseignement en corse. L’enseignement de la langue corse doit être obligatoire, et de ce fait induit de la maternelle à l’Université une éducation bilingue.

L’introduction de la langue et de la culture corses dans les programmes devront se faire par une intégration horizontale, c’est-à-dire par discipline, et par une intégration verticale, c’est-à-dire par niveau.

D. Une école alternative et populaire
L’école de la Nation corse doit être laïque, obligatoire et gratuite. La philosophie politique qui y sera développée doit être celle du respect rigoureux de toutes les idées et de toutes les croyances. Dans le cadre d’une société au socialisme original, pluraliste et démocratique, il ne saurait y avoir de philosophie d’Etat, ni de doctrine officielle du système éducatif.

L’autodétermination, processus de prise de pouvoir démocratique par le Peuple corse, implique une réappropriation des appareils institutionnels, et le regroupement des services administratifs centraux sur Corti, ainsi que des centres de diffusion pédagogique. La priorité absolue devra être donnée à la création corse et à la diffusion écrite et parlée en langue corse (cinéma, Télévision etc).

L’ensemble de cette réflexion et de ces propositions est soumis au débat. Nous entendons ainsi apporter notre contribution. Confiants dans la capacité du peuple corse à construire lui-même, dans les luttes, sa libération nationale et sociale, nous proposons une alternative démocratique et révolutionnaire au système éducatif colonial en Corse.

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ECONOMIE

Dernière partie du texte remis par le FLNC lors de sa conférence de presse consacrée à l’économie…

PLAN DU DOCUMENT

I) Quels sont les choix possibles pour une Corse du XXIème siècle dans l’espace européo-méditerranéen ?
a) Choix à long terme et contexte européo-méditerranéen
b) L’option du « tourisme-marchand »
c) L’option du développement intégré

  1. La valorisation des avantages de la Corse
  • Le patrimoine écologique d’intérêt européen
  • les ressources touristiques
  • les débouchés pour les produits corses
  • la Corse dans la Méditerranée

2. La promotion des activités productrices
3. La mobilisation de notre spécificité culturelle
4. La prise en compte des contraintes propres à la Corse
5. L’amélioration des conditions de vie du peuple corse
6. Une stratégie de développement intégré

II) Quelles politiques faut-il mettre en œuvre pour atteindre les objectifs possibles ?
a) Une politique de valorisation du patrimoine écologique
b) Une politique de développement de l’agriculture
c) Une autre politique touristique
d) Une politique de promotion de la petite industrie
e) Une politique d’accueil d’activités technologiques et scientifiques de pointe
f) Une politique de la population et de l’emploi
g) Une réelle politique culturelle

III) De quels instruments faudrait-il disposer pour mettre ces politiques en pratique ?
a) La notion de planification
b) L’approche par projet
c) Le foncier
d) Les moyens de commercialisation
e) Une politique fiscale au service du secteur productif
f) Fonds européens pour la protection des patrimoines écologiques privilégiés
g) Une autre politique de transports
h) Une véritable formation des hommes

IV) Quels obstacles faudrait-il lever pour créer les conditions de départ d’un développement à long terme ?

QUELS CHOIX POSSIBLES POUR UNE CORSE DU XXIème SIECLE DANS L’ESPACE EUROPEO-MEDITERRANEEN ?
A) CHOIX A LONG TERME ET CONTEXTE EUROPEO-MEDITERRANEEN

La situation de la Corse au centre de la Méditerranée, lui donne, incontestablement un positionnement stratégique dont les incidences notamment en matière de développement économique ne peuvent être ignorées, comme cela a été fait depuis toujours. Ce contexte spatial mérite que l’on s’y attache dans un chapitre qui lui est réservé par ailleurs.

Quoi qu’il en soit, la Corse est également en Europe. Nous nous devons de constater que l’héritage historique de notre Pays fait une large part à l’ouverture vers l’Europe. La France, l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre même, ne sont pas étrangères à notre histoire. Quand bien même cette histoire est marquée par une suite de douloureux épisodes dus à notre résistance séculaire aux puissances coloniales. Logique coloniale qui se perpétue encore aujourd’hui et que nous combattons.

Quelle que soit l’évolution de ses institutions, la Corse du XXIème siècle ne semble pas devoir échapper aux conséquences d’une histoire en marche, celle de l’intégration européenne. Elle est de ce fait appelée à être une « région » dans une Europe communautaire, dans le cadre de souverainetés nationales dont il est encore impossible de prévoir l’évolution, mais dont on peut au moins dire qu’elles seront conduites à abandonner des fonctions d’importance croissante aux institutions supra-nationales.

Notre combat s’inscrit dans le sens d’une Europe des Peuples, en rupture avec l’Europe du capital dont les choix, notamment pour notre Pays, sont synonymes de désastre économique, social et culturel. Ce combat, loin d’être passéiste va dans le sens de l’histoire, la montée des nationalismes et le réveil des revendications de nombreux peuples illustrent cette réalité nouvelle aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest (Arménie, les Pays Baltes, la Roumanie, la Pologne, la Hongrie, l’Allemagne, l’Ulster, l’Euskadi…).

Se situer dans la perspective de l’Europe, c’est donc se situer clairement dans la perspective d’une Europe des peuples.

Mais se situer dans cette même approche de l’Europe signifie également que les possibilités de notre pays, ses avantages comparatifs, sa plate-forme d’échanges économiques et culturels devront être appréciés en tenant compte des débouchés et des complémentarités d’un espace considérablement plus large que celui auquel on s’est habitué pour poser les problèmes économiques et sociaux de la Corse. De là, certaines ouvertures pourraient correspondre à la vocation de notre pays.

La prise en compte du long terme implique enfin que l’on intègre à l’analyse trois données nouvelles dont l’importance ne fera que s’affirmer au cours du prochain siècle.

La première de ces données est l’écologie : l’environnement comme régulateur de la planète, comme patrimoine collectif, comme produit offert à une exigence d’un type nouveau prend une place incontournable en Europe et dans le monde. La Corse pourrait avoir sur ce plan un rôle privilégié à jouer.

Les caractéristiques des nouvelles technologies constituent la seconde donnée : certaines d’entre elles en effet, permettent d’envisager des activités industrielles et scientifiques qui soient à la fois décentralisées et de dimension modeste. C’est là aussi une ouverture possible pour la Corse.

La troisième donnée est celle du temps libre comme activité. Les loisirs croissants de la population européenne active, la place grandissante des personnes du troisième âge créent des besoins de plus en plus exigeants. Notre pays pourrait y répondre en accord avec ses propres exigences.

Dans ce contexte à long terme qui se dessinerait sur de telles bases, la Corse peut faire deux grands choix stratégiques. L’un de ces choix a en réalité déjà été fait pour elle, celui de l’intégration européenne dans le cadre du capitalisme.

Ce développement se concentrerait sans nul doute, aux dépens des autres activités et des héritages sociaux, historiques et culturels, sur la ressource la plus immédiatement rémunératrice sur le marché européen, celle du tourisme marchand…

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…et de la promotion immobilière qui lui est associée. Cette option a reçu un nom qui résume ses excès et ses risques : « la baléarisation ».

L’option que nous proposons doit être celle d’un développement harmonieux, contrôlé, soucieux de notre spécificité culturelle et sociale, respectueux de nos ressources naturelles et de la répartition équilibrée des activités sur notre territoire.

Cette option s’attacherait à donner de nouvelles règles du jeu, et à guider ses activités selon les orientations et les choix de base d’un programme de développement à court terme de l’île.

Cette stratégie serait celle du « développement intégré de la Corse ».

B) L’ILLUSION DU TOURISME MARCHAND

L’option du tourisme marchand « la baléarisation » se fonde sur le constat d’une vocation de la Corse pour l’industrie touristique et sur le choix de cette industrie comme moteur du développement à long terme de l’île.

Ce constat est « justifié » par les ressources exceptionnelles de la Corse telles que la longueur des côtes, la beauté des sites, l’absence de pollution maritime, la qualité du climat et de l’ensoleillement, les possibilités de sports nautiques, l’intérêt des paysages de l’intérieur.

Il se « justifie » encore par le niveau relativement faible d’exploitation de ces ressources et donc par les marges de développement possibles. Il se « justifie » enfin par l’avantage d’une frange côtière encore peu densément occupée par le domaine bâti (du moins comparativement aux autres zones côtières méditerranéennes) et donc par les juteuses perspectives offertes aux opérations immobilières…

A l’échelle européenne, ce potentiel représente un atout considérable, il s’agit en effet de la dernière frontière touristique, de la dernière zone à développer en Méditerranée occidentale, alors, qu’on atteint la saturation sur la côte française, dans les îles espagnoles, sur la côte italienne, en Sardaigne, en Sicile, en Tunisie, à Malte, et en Yougoslavie !

Le marché pour un tourisme marchand en Corse existe donc, en Europe principalement, et les capitaux nécessaires à son développement sont déjà tout prêts à se déverser sur notre pays par l’intermédiaire des grandes sociétés du tourisme. L’on peut affirmer sans risque de se tromper que seule notre présence politico-militaire a empêché la spoliation quasi totale de notre Pays par les grands intérêts capitalistes européens.

Les dangers que représente ce type de choix de développement ont déjà été largement définis, et il suffit de se pencher sur l’étude des pays qui ont fait ce choix pour en mesurer les conséquences désastreuses… (Baléares, etc…).

Il est certain que ce choix entraînerait l’enrichissement de groupes d’intérêts corses, soit que ceux-ci aient disposé des ressources financières pour investir en parts sociales dans les entreprises touristiques, soit qu’ils aient su monnayer avec profit leur patrimoine foncier, soit qu’ils aient su négocier leur influence et leur rôle d’intermédiaires « obligés ». Ces groupes d’intérêts se profilent déjà derrière ceux qui soutiennent actuellement l’option d’un tel développement, le clan bien sûr, mais aussi, et le danger est de taille, un certain nombre d’intérêts mafieux… Les deux étant d’ailleurs souvent étroitement liés !

Hormis la défense de ces intérêts particuliers, et à travers eux l’intérêt colonial qui se soucie fort peu des intérêts collectifs de notre peuple, quel impact peut avoir ce type de développement pour notre pays ?

Le tourisme marchand crée d’abord un déséquilibre territorial de l’investissement : à côté contre l’intérieur, celui-ci n’étant plus qu’un paysage traversé par des touristes balnéaires. Le développement privilégié des côtes, c’est aussi et surtout la promotion immobilière, la formation d’une ceinture bâtie à haute densité d’occupation s’opposant au désert intérieur. Sardaigne illustre bien les excès auxquels pourrait conduire un tel déséquilibre de l’investissement.

Le tourisme marchand c’est aussi la prédominance des investissements étrangers dans les choix architecturaux, les plans d’aménagement, les implantations commerciales, les activités développées, la sélection de la clientèle, la préférence des marchés…

Ce ne sont certes pas les institutions locales qui pourraient s’opposer (elles ne le désirent d’ailleurs pas !) à la puissance financière des grandes sociétés touristiques.

Ne sont-elles pas elles-mêmes gangrenées par les groupes d’intérêts locaux, associés à ces entreprises ? Le schéma d’aménagement concocté tambour battant par l’Assemblée de Corse est révélateur à cet égard ! Comment, dans ce contexte, réguler le volume des flux touristiques, imposer d’autres choix en matière de politique sectorielle ?

Le tourisme marchand est également la condamnation de l’île à une activité pendulaire, haute saison en été et stagnation tout le reste de l’année. C’est encore la mise en cause d’une diversification des activités hors du champ touristique, celui-ci imposant ses choix et son calendrier au marché intérieur.

Le tourisme par exemple, ne constitue pas un marché porteur pour l’agriculture corse car celle-ci ne saurait investir de façon rentable pour une demande limitée à une période de pointe.

Mais surtout, le tourisme marchand est un facteur de déculturation. Avec lui la spécificité culturelle corse devient un produit de vente, un décor ! Un péril particulièrement grave à l’heure où notre peuple né dans ses droits les plus élémentaires (langue, culture) est voué à la disparition pure et simple !

Ces risques sont connus et les choix effectués malgré tout ne sont pas le fruit du hasard mais bien celui d’une volonté politique délibérée, celle du rapport Prada, celle d’un colonialisme qui ne veut pas renoncer…

Il ne s’agit pas de faire ici le procès du tourisme, mais bien celui d’une politique touristique. C’est le principe même de cette politique touristique qui doit être mis en cause. Donner au tourisme une priorité trop grande, en faire le moteur du développement, implique un développement déséquilibré.

Le tourisme comme activité a certainement sa place en Corse, il ne doit pas être cependant un facteur de déstabilisation de la société.

Il doit être repensé, et en tout état de cause, être intégré à un système d’activité lui-même en harmonie.

C) L’OPTION DU DEVELOPPEMENT INTEGRE

L’option de développement intégré a pour ambition de traduire un message politique en matière de développement économique, celui de la mesure, de l’équilibre, de l’interdépendance des actions entreprises. Cette option a pour caractéristique essentielle d’aborder la problématique du développement en tenant compte simultanément de plusieurs impératifs, notamment de la place de la Corse dans son contexte géopolitique.

1 . La valorisation des avantages de la Corse dans l’espace économique européo-méditerranéen

Si la Corse dispose d’avantages sus…

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…ceptibles d’intéresser le tourisme marchand, elle n’est pas pour autant dépourvue, au contraire, d’autres avantages qui doivent être valorisés pour un autre développement. Ces avantages seraient essentiellement l’intérêt européen du patrimoine écologique de la Corse, la capacité d’attrait de notre île pour des entreprises exigeantes en matière de qualité de vie, les ressources touristiques sous condition que celles-ci soient exploitées sans création de déséquilibre, la possibilité de certaines productions répondant au marché européen, le rôle de la Corse dans la Méditerranée.

Un patrimoine d’intérêt européen
Il s’agirait d’une notion nouvelle correspondant à l’évolution actuelle des sensibilités politiques en la matière. Cela consisterait en quelque sorte à considérer certains patrimoines écologiques privilégiés qui existent encore en Europe, comme des « produits » répondant à des besoins de consommation d’un type nouveau. La gestion de ce patrimoine deviendrait une activité économique, elle justifierait l’allocation de ressources spécifiques, et la rémunération de services.
La Corse a toutes les raisons d’être considérée comme l’un de ces espaces écologiques privilégiés. Elle est en effet en Méditerranée, le seul ensemble d’importance où sont conservés des écosystèmes complets, alliant une façade maritime préservée dans son ensemble et en même temps, à l’intérieur, des milieux naturels extrêmement diversifiés. Un tel ensemble doit être protégé et valorisé car il serait au siècle prochain l’un des derniers « jardins » de l’Europe. Il justifie ce que l’on pourrait appeler une solidarité écologique européenne.

La gestion du patrimoine écologique corse appellerait une adaptation et une relance des activités agricoles, pastorales, forestières. Elle induirait par ailleurs des métiers spécifiques liés à l’écologie des activités touristiques d’un genre nouveau (agro-tourisme par exemple) ou encore une promotion des loisirs de plein air.

Des transferts de ressources seraient nécessaires pour en assurer le financement car les services dans ce domaine ne pourront avoir qu’une rentabilité modeste. Ces ressources devraient en bonne logique être allouées à la Corse par le budget de l’Europe au titre d’un patrimoine d’intérêt commun.

Une capacité d’attrait résidentiel
C’est là aussi un avantage de la Corse à l’échelle européenne. Il existe aujourd’hui une exigence de plus en plus grande de qualité de la vie, et à cet égard, la résidence en zone méditerranéenne est très recherchée. Cet avantage est le plus souvent exploité par la promotion immobilière et par la création d’habitats secondaires.
Cette voie, généralement associée à l’option du tourisme marchand n’est pas celle que doit rechercher la Corse ; l’habitat saisonnier, s’il enrichit les promoteurs, apporte relativement peu à l’économie. Il contribue en outre à la déstabilisation de la vie sociale.

L’attrait résidentiel peut en revanche être exploité de façon beaucoup plus positive lorsqu’il incite à l’installation d’entreprises apportant avec elles le prestige de certaines activités et les hautes qualifications de son personnel. Ce dernier devenant l’occasion catalyseur d’amélioration de la vie sociale.

Cet avantage peut être exploité pour la Corse.

La démarche à cet égard, pourrait être celle d’une création de structures d’accueil pour des entreprises de pointe, des organismes de recherche, des congrès scientifiques, etc…

De telles implantations auraient sans nul doute un effet qualitatif important. Elles créeraient en particulier une demande pour une consommation culturelle de haut niveau.

Elles inciteraient par ailleurs des universitaires ou des cadres corses à rechercher leur épanouissement professionnel dans de telles structures au lieu d’émigrer.

La réalisation de cet objectif implique bien évidemment que les conditions d’accueil nécessaires soient créées.

Les ressources touristiques
Les ressources touristiques de la Corse constituent son troisième grand avantage à l’échelle européenne. Leur exploitation appelle des réserves car elles ne doivent pas créer de déséquilibre ni entrer en conflit avec les autres impératifs de développement.
La Corse doit dans cette perspective prendre une position claire vis-à-vis du « tourisme marchand ». Celui-ci existe déjà, il apporte quelques revenus à une partie de la population de l’île, on ne peut envisager de les supprimer totalement.

On doit par contre s’opposer à son expansion (gel) et cantonner ce tourisme dans des zones qu’il occupe actuellement.

Son contenu existant doit par contre être influencé par une politique culturelle offensive – en affirmant la présence corse par une animation musicale, théâtrale, etc… car il n’y a actuellement rien de tel dans les centres touristiques en Corse.

Mais l’effort essentiel doit se porter sur d’autres formes de tourisme. Celles-ci, bien que moins rémunératrices que les premières, peuvent être associées utilement à la gestion écologique, à l’agriculture ou à d’autres activités.

Plusieurs formules peuvent ainsi être envisagées : agro-tourisme, camps de jeunes pour l’entretien de l’environnement, centres d’accueil du 3ème âge, centres nautiques et activités de montagne, etc…

Les débouchés européens pour les produits corses
Le marché européen peut permettre également de développer certaines productions, en particulier dans le secteur agricole, pour lesquelles la Corse peut avoir un avantage comparatif.
La Corse dans la Méditerranée
Reste enfin que, quels que soient les autres paramètres politiques ou économiques, la Corse est une île méditerranéenne. Ses affinités, ses dialogues naturels la portent à s’adresser aux autres îles de la Méditerranée, aux autres rivages de la Méditerranée, Italie, Espagne, Grèce, Maghreb…
La Corse a, dans ce domaine, la caractéristique d’être une partie sous-développée d’un ensemble très développé. Ceci lui confère le privilège d’être une passerelle.

La Corse île de la Méditerranée peut ainsi être un des ponts obligés entre l’Europe et le Maghreb. Ceci lui ouvrirait des perspectives culturelles, des possibilités comme lieu de formation mutuellement accepté, des responsabilités enfin comme lien politique entre pays différents.

2 . La promotion des activités productrices
La promotion des activités productrices constitue un deuxième impératif d’un développement intégré de la Corse.
Le principal secteur d’activité serait sans doute l’agriculture.

Celle-ci se heurte actuellement à des handicaps multiples, certains d’ordre structurel (irrigation, indivision, formation, etc…), d’autres directement liés à la volonté politique européenne et française qui vise à la disparition de l’agriculture corse, celle-ci n’ayant pas sa place dans le cadre de la spécialisation des régions prévue qui…

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…destine la Corse à la seule activité touristique.
Cette agriculture est actuellement constituée d’une économie moderne, localisée dans la plaine orientale et quelques grandes vallées, et d’une économie de montagne tournée vers l’élevage (porcins coureurs, ovins laitiers, caprins, bovins à viande).
L’agriculture moderne, en partie irriguée, est centrée sur la production viticole, les agrumes, quelques fruitiers et du maraîchage. Cette économie est fragile en raison de sa compétitivité insuffisante, et en raison de l’instabilité de ses débouchés. Le vignoble en particulier, qui représente la moitié de la production agricole traverse une crise grave, symbolisant l’échec de la monoculture spéculative… Le revenu brut des exploitations est en baisse constante.
La relance de l’agriculture passe par de nouvelles formes de productions et de nouveaux produits.
L’une des possibilités serait celle de l’agriculture sous serre. Celle-ci permettrait de s’adresser de façon plus concurrentielle à la demande de l’île en produits maraîchers et de trouver les créneaux de vente de certains produits à l’exportation. Cette agriculture nécessite une politique d’investissements importants et un environnement d’appui technique et de services qui fait défaut actuellement à la Corse.
Des progrès doivent être également réalisés dans le domaine de l’agriculture irriguée.
Dans les zones de montagne, il y a place pour des formes d’élevage extensif plus économique et pour des activités forestières. Ces deux types d’activités étant essentiellement conjugués avec des mesures de restauration et de protection de l’environnement naturel.
Les conditions naturelles de la Corse permettent aussi le développement des plantes médicinales.
La qualité des eaux maritimes et la configuration des côtes se prêtent par excellence au développement de l’aquaculture. Celle-ci doit permettre de produire certaines espèces de poissons et de crustacés dont les débouchés d’exportation sont bien assurés. Là aussi, il convient de créer les conditions favorables en matière d’investissement et d’appui nécessaires pour l’environnement technique.
Des approches possibles sont évoquées plus loin dans la section consacrée à la politique agricole.
D’autres activités sont envisageables, dans l’agro-alimentaire, et certaines petites industries (le bois, par exemple).
En agro-alimentaire, même les possibilités offertes par la fromagerie, la charcuterie, sont sous exploitées.

3 La mobilisation de notre spécificité culturelle
Cette mobilisation constitue, au même titre que la sauvegarde du patrimoine national, un impératif essentiel du développement à long terme.

Les moyens de mise en œuvre d’une politique culturelle sont définis dans notre Projet éducatif. Le rôle prépondérant de notre culture dans la mobilisation pour le développement implique, cependant, que celle-ci ne se contente pas d’être un instrument de défense tourné vers la conservation des valeurs du passé.
Elle doit au contraire devenir une culture beaucoup plus créatrice, beaucoup plus mobilisatrice, une culture en mouvement.
A cet égard, la confrontation avec des étrangers qui visiteraient l’île ou qui s’y installeraient pour travailler dans des entreprises de pointe, devrait être une occasion d’échange et de création.
Cette dimension culturelle doit nous permettre d’être un lieu d’échange privilégié en Méditerranée, une passerelle entre l’Europe et les pays méditerranéens.
Les valeurs fondamentales de notre culture doivent guider notre démarche économique. L’attachement à la terre, une tradition communautaire de même que la dimension de l’individu dans son environnement doivent être des éléments moteurs d’un développement qui doit permettre l’épanouissement de l’homme.
Il faut, pour relancer cette mobilisation, une réelle politique culturelle.

4 La prise en compte des contraintes propres à la Corse
Le dernier des impératifs qui devrait être pris en compte pour assurer les chances d’un plan de développement de la Corse, serait la prise en compte de ses contraintes propres.

Il existe en effet des difficultés de départ considérables. L’un de ces obstacles, nous l’avons abordé plus haut en faisant allusion aux groupes d’intérêts et de pression dont le rôle est primordial au niveau corse alors que ces groupes sont complètement impliqués dans le système claniste. Ceux-ci en tant que défenseurs d’intérêts particuliers, sont notamment à la source de divergences sur les choix stratégiques fondamentaux.
Ils entérinent sans problème le choix de l’Etat français et de la CEE en matière de développement pour notre pays, le choix du tout tourisme. Là est leur intérêt, ils sont donc les relais privilégiés du colonialisme en Corse. Ayant opté pour ce choix, ils ont également choisi la dépendance face aux subsides de l’Etat.
D’autres difficultés sont connues, coût des transports, insuffisance de l’environnement technique, structures d’accueil peu favorables à l’installation d’entreprises, problèmes fonciers, sous peuplement de l’île, et dépeuplement de l’intérieur.
Mais l’une des contraintes essentielles tient à la très faible importance de la population active qui pourrait être effectivement motivée par le développement de la Corse. La majeure partie de la population corse, probablement les 4/5ème n’est pas productive. Cette majorité tire en effet ses revenus des salaires de la fonction publique ou de retraites…
A cela s’ajoutent les retombées des subventions de l’Etat qui dénaturent l’esprit d’entreprise de leurs bénéficiaires, utilisées en réalité à asseoir la clientèle électorale claniste. Le poids dans les décisions politiques d’un corps électoral fantôme ou totalement étranger aux choix à long terme (fonctionnaires de passage, forces de répression, etc…) n’est certes pas étranger au maintien de l’aliénation.
Cette accumulation de facteurs encourage le statu quo, un statu quo qui satisfait l’Etat qui, enfermé dans la logique coloniale se refuse à remettre en cause cette situation au nom d’une démocratie qui n’existe pourtant pas.

5 L’amélioration des conditions de vie du Peuple Corse
Cette orientation doit de toute évidence constituer l’un des principes directeurs d’un plan de développement à long terme.

Cette amélioration passe en premier lieu par la création d’emplois, elle-même liée à la mise en œuvre des différentes activités économiques envisagées par le plan (activités de production, activités dans le tourisme, les services).
Cette amélioration dépend également des conditions d’approvisionnement de la population. Elle dépend à cet égard, des progrès de l’agriculture qui doit pouvoir satisfaire à meilleur coût une grande partie des besoins en produits frais et réduire la dépendance actuelle vis-à-vis de coûteuses importations.
Il convient aussi d’influer sur la politique des prix qui doit revenir à des niveaux plus « normaux ».
L’amélioration des conditions de vie passe aussi par un rééquilibrage des investissements sociaux et certains équipe…

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…ments, de façon à envisager le repeuplement de l’intérieur autour d’activités promues par le plan.

6 Une stratégie de développement intégré
Au total, les lignes directrices évoquées ci-dessus délimitent les contours d’un développement intégré que l’on peut résumer ainsi :

  • Un développement dont les axes économiques sont : d’une part une valorisation des avantages de la Corse dans l’espace méditerranéen-européen (valorisation du patrimoine écologique, de la capacité d’accueil résidentiel pour favoriser l’implantation d’entreprises de pointe, valorisation sous certaines conditions des ressources touristiques).
  • D’autre part, la promotion d’activités productrices, avec une place essentielle faite à l’agriculture, notamment pour la culture sous serre, l’irrigation, l’élevage extensif de montagne, la foresterie et l’aquaculture.
  • Un développement dont les moteurs sociaux seraient fondés sur la mobilisation de la spécificité culturelle, et sur le soutien des initiatives de la population économiquement active.

Pour être mis en œuvre, un tel développement appellerait des politiques spécifiques propres à chaque secteur ainsi que la mise en place d’investissements et d’équipements de développement appropriés. Il convient également de prendre en compte le fait que la Corse est actuellement sous-développée et qu’elle ne peut d’emblée se mettre au diapason de la concurrence internationale.

Une phase transitoire permettant la mise à niveau est indispensable, elle pourrait correspondre à un « rattrapage historique ».

II) QUELLES POLITIQUES FAUT-IL METTRE EN ŒUVRE POUR ATTEINDRE LES OBJECTIFS POSSIBLES ?

A) Une politique de valorisation du « patrimoine écologique »
Cette politique constituerait une dominante dans la politique d’ensemble du développement à long terme de la Corse. Elle serait en effet au carrefour de plusieurs types d’activités : elle correspondrait tout d’abord à des activités qui lui seraient propres, les métiers liés à l’écologie, à la conservation et la gestion du patrimoine écologique. Mais elle concernerait également l’agriculture (notamment dans le cadre des exploitations d’élevage extensif), l’exploitation des forêts, le reboisement, le tourisme (agro-tourisme, tourisme de montagne, utilisation des côtes), la protection contre les incendies (aménagement des zones de maquis, pare-feux, etc…). Elle concernerait enfin les relations de la Corse avec l’Europe dans la mesure où son patrimoine écologique serait considéré comme d’intérêt européen et dans la mesure où la gestion de ce patrimoine impliquerait une répartition des ressources propres à la sauvegarde de ce patrimoine.

Il s’agirait donc d’une sorte de toile de fond d’une politique générale servant de cadre à d’autres activités qui tiendraient compte de ces exigences.

En tant que telle, la gestion du patrimoine écologique devrait être considérée comme une activité économique. Cette gestion, en effet, impliquerait des transferts de ressources, principalement de l’Europe (voir en section IV, les propositions pour un Fonds Européen de Gestion des Patrimoines Ecologiques Privilégiés). Ces ressources seraient utilisées pour :

  • Le fonctionnement des organismes locaux de gestion du patrimoine : personnel de surveillance écologique et de gestion des parcs, personnel administratif chargé de suivre les subventions accordées aux autres activités économiques pour leur contribution écologique (notamment l’agriculture, les forêts) ou pour prélever les rémunérations sur les services, etc…
  • L’exécution des travaux d’intérêt écologique (ou régie directe ou en sous-traitance avec d’autres organismes ou entreprises, notamment les administrations des forêts et des parcs) : aménagements de parcs, reboisement, aménagement de pare-feux, etc…
  • L’organisation d’un accueil de travailleurs de « l’écologie » (chercheurs, jeunes volontaires pour des travaux d’entretien de patrimoine-entretien des chemins, balisage, etc…) et de la liaison avec les activités touristiques tournées vers l’écologie.

Ces activités ainsi financées seraient appelées à constituer un véritable secteur économique opérant directement ou indirectement (agriculture, tourisme) pour la gestion du patrimoine écologique de la Corse.

B) Une politique de développement de l’agriculture
Il n’est pas possible de transformer rapidement l’agriculture de la Corse. Par contre, il est essentiel de préparer dès maintenant l’environnement humain, technique et institutionnel qui permettra de développer son potentiel.

Sur le plan interne, le développement agricole a une grande importance. Il est la condition et le moyen d’un repeuplement des zones rurales de l’intérieur et d’une nouvelle articulation de ces zones avec les régions côtières. Cette articulation a toujours constitué une donnée traditionnelle de la vie sociale et économique de la Corse jusqu’à ce qu’elle soit remise en cause par les changements survenus depuis le début du siècle. Sa réactivation apparaît comme une nécessité de caractère culturel autant qu’économique.

Le développement agricole est aussi, par le biais d’un certain repeuplement et de certaines activités agro-pastorales, une condition pour protéger les ressources naturelles et l’environnement, soumis aux dégradations continuelles du feu et de l’érosion. Ce développement agricole constitue également l’un des moyens d’augmenter les revenus de la population, soit dans le cadre d’activités directes de production, soit dans celles d’activités annexes de commercialisation et de transformation des produits agricoles. Le développement agricole constitue enfin sur le plan interne, le support indispensable pour une expansion du tourisme en zone rurale et pour faire de celui-ci un véhicule des valeurs culturelles de la Corse.

Sur le plan externe, l’agriculture corse, replacée dans le contexte européen, aurait aussi son importance. Cela signifierait que la Corse ne devrait pas miser sur des productions méditerranéennes qui seraient plus compétitives dans d’autres pays. Les marchés extérieurs les plus difficiles pour l’agriculture corse seraient à cet égard ceux des agrumes, des vins, des fruits, des légumes en général, de la viande bovine. Des marchés potentiels pourraient par contre être prospectés pour la viande ovine (demandée en Europe et en Afrique du Nord), pour les jeunes bovins, exportés pour l’engraissement (il existe une demande en Italie), pour le poisson (notamment celui qui pourrait être produit en aquaculture), pour les produits forestiers. Certaines légumineuses, si elles étaient cultivées sous serre, pourraient trouver des créneaux de vente sur le marché des primeurs. Il y aurait aussi une place pour la confiture, les jus de fruits naturels, les vins de qualité, les plantes médicinales, les produits d’agriculture biologique, le miel et la cire.

La Corse aurait par ailleurs à tirer profit de son insularité si celle-ci présente des inconvénients – notamment en matière de coûts de transport – elle offre aussi cer…

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…tains avantages, en particulier celui d’un marché intérieur relativement protégé. La Corse, à cet égard, pourrait produire moins cher une partie substantielle de son alimentation, notamment les légumes, les fruits, la viande bovine, le lait frais, le poisson. Elle pourrait aussi améliorer certaines productions locales, notamment les poulets et les œufs, la charcuterie, les fromages locaux, le vin.

La relance de l’agriculture passerait de toute évidence par l’existence d’une population active intéressée à ce type d’entreprise. Il y a actuellement peu de candidats car les revenus sont faibles comparés à ceux d’autres secteurs. Il est, à l’évidence, certain que la relance de l’agriculture corse devrait être fondée sur une politique d’incitation propre à motiver certains segments jeunes de la population. Ces incitations pourraient comporter des avantages financiers, des conditions de fermage très favorables, le soutien technique et matériel de projets de développement, etc…

Mais il est probable que cela ne suffira pas pour les zones de montagne. Ceux qui accepteraient d’y vivre existent pourtant : par exemple des éléments jeunes de la population qui sont attirés par les problèmes de l’environnement et de l’écologie. Ces éléments pourraient être incités à s’établir avec la perspective d’une polyvalence d’activité fondée sur l’agriculture, les métiers de l’écologie et l’agro-tourisme. Une telle injection de population pourrait être considérée favorablement car elle pourrait ainsi contribuer au repeuplement de la Corse intérieure.

L’agriculture corse pourrait être fondée sur le potentiel de trois espaces de production complémentaires : les zones côtières, les zones de montagne, la façade maritime.

La zone côtière et certaines basses vallées qui présentent un bon potentiel de développement agricole pourraient être mises en valeur sous trois formes :

  • Les cultures irriguées sous serre, principalement pour la production de légumes destinés au marché local et à la production de primeurs. Ce type d’agriculture est bien développé sur la côte italienne qui fait face à la Corse. Elle pourrait y être également développée sous réserve de passer par le montage de projets spécifiques (sur cette approche, voir en section III). Ce développement pourrait éventuellement se faire en association avec des Italiens. L’agriculture sous serre pourrait se substituer, dans une certaine mesure, à des productions moins rentables, vignoble ou agrumes.
  • L’agriculture de plein champ irriguée. Actuellement, l’irrigation est surtout gravitaire. Elle concerne la vigne, les agrumes et certains fruitiers. Des améliorations pourraient être apportées par l’introduction des techniques de goutte à goutte et d’aspersion.
    Des extensions d’irrigation seraient également envisageables, grâce aux ressources en eau de la Corse. Les cultures concernées devraient cependant être diversifiées. On pourrait notamment envisager la production de raisin de table de qualité, certains fruitiers (y compris les avocatiers), des agrumes sélectionnés pour la confiture de qualité ou les jus de fruits. La production fourragère ne devrait pas être oubliée.
  • Les cultures en sec des zones côtières actuellement dominées par la vigne, pourraient souvent être réorientées vers la production fourragère et l’élevage intensif. Cette production pourrait aussi être exportée vers les zones de montagne, rétablissant ainsi l’ancienne complémentarité entre montagne et côte.

Dans les zones de montagne, quatre types de mise en valeur pourraient être envisagés :

  • Les petites exploitations polyvalentes, de montagne. Ces exploitations seraient tournées vers l’élevage intensif de bovins et porcins sur une base de prairies permanentes et de cultures fourragères. Le développement de telles exploitations serait cependant limité en raison de la topographie et des possibilités de mécanisation.
  • Les petites exploitations de montagne spécialisées. Celles-ci seraient tournées par exemple vers l’apiculture, les plantes médicinales, les produits biologiques.
  • Les grandes exploitations d’élevage extensif. Celles-ci seraient constituées sur des terres réunies dans le cadre de « sociétés foncières » dont on examine plus loin le mécanisme.
    Elles seraient fondées sur l’exploitation des ressources fourragères du maquis régénéré dont la recherche agronomique et les expériences pratiques de la SOMIVAC ont démontré les possibilités et la faisabilité. Un élevage y serait développé selon les principes de « ranching », c’est-à-dire en déplaçant successivement le cheptel dans des parcs plus ou moins clôturés qui diviseraient les pâturages de l’exploitation.
    Ces espaces pâturés constitueraient les ovins et les bovins rustiques de montagne. Les domaines d’élevage extensif auraient 500 à 1 000 hectares chacun. Leur aménagement pourrait être fait en utilisant les cartes de zonage agro-sylvo-pastoral qui existent déjà en Corse. Les investissements comprendraient l’établissement des clôtures, la régénération du maquis (au moyen notamment du rotovator), les chemins d’accès, les bâtiments et le cheptel. Ces exploitations pourraient être confiées en gérance à de jeunes éleveurs ayant reçu une formation appropriée.
  • Les exploitations forestières. Celles-ci incluraient des périmètres de reboisement et des zones d’exploitation du bois.

La façade maritime pourrait être le lieu de développement d’une activité nouvelle, l’aquaculture. Celle-ci serait tournée vers la production de poissons et de crustacés. En raison des investissements impliqués et de la technicité requise, cette activité ne pourrait vraisemblablement être évoquée que dans le contexte de projets d’investissements spécifiques avec une participation extérieure importante.
Le développement de l’aquaculture en Corse impliquerait également de nouvelles activités dans les services amont (ateliers, approvisionnement des exploitations) et dans les filières aval (commercialisation et transformation des produits).

C) Une autre politique touristique
Une politique touristique mieux adaptée aux besoins et à l’intérêt à long terme de la Corse pourrait être fondée sur l’acceptation d’un certain dualisme : en effet, il pourrait y avoir d’une part, certaines formes de tourisme marchand – on ne peut, en effet, l’ignorer parce qu’il existe déjà et parce qu’il est devenu une source de revenu indispensable pour certaines professions de l’île.
Il y aurait d’autre part, les activités liées à un « autre tourisme ».

En ce qui concerne l’actuelle politique du « tourisme marchand », celui-ci serait dans toute la mesure du possible cantonné dans les zones où il existe déjà. Ce cantonnement serait soutenu par des mesures sévères contre l’extension incontrôlée du tourisme marchand et de la spéculation foncière.
L’acceptation pour des raisons économiques et par réalisme social, d’un certain tourisme marchand ne saurait cependant pas signifier qu’on le laisserait bourgeonner n’importe comment (comme à Marbella ou à Capri). Une politique pourrait être en effet envisagée pour en orienter certains aspects.

Tout d’abord, lors de l’approbation des…

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…plans d’aménagement qui devraient satisfaire des critères d’esthétique, de densité, d’harmonie avec le paysage établis par des commissions locales adéquates.
Il serait également possible d’influencer le contenu de ce tourisme en affirmant dans les centres touristiques une présence culturelle corse, qui fait aujourd’hui très largement défaut, en cherchant une amélioration qualitative.

« L’autre tourisme » serait celui qui chercherait à s’appuyer sur d’autres activités de l’île, qui chercherait leur apporter un soutien.

On pourrait ainsi concevoir :

  • Un tourisme lié à la gestion du patrimoine écologique, celui-ci comprendrait : l’accueil des métiers liés à l’écologie (chercheurs, laboratoires, gestionnaires…), le tourisme « écologique » (visites de parcs, randonnées, activités marines…), l’accueil de jeunes volontaires participant à l’entretien du patrimoine (par exemple entretien des chemins, aide à la préservation de la faune, la flore…).
  • Un tourisme sportif (sports de montagne, sports nautiques).
  • Un tourisme d’accueil des clientèles préférentielles, celui-ci comprendrait par exemple : l’agro-tourisme, notamment pour des clientèles familiales, les camps de jeunes, les centres d’accueil du troisième âge…
  • Le thermalisme.

Ces activités touristiques impliqueraient la construction d’infrastructures, la mise au point de programmes d’activités attrayants, la formation des gestionnaires et animateurs, la mise en place de réseaux commerciaux ouverts sur l’Europe.

Il conviendrait en effet d’éviter des politiques incomplètes comme celles des subventions pour les gîtes d’étapes qui n’ont été complétées ni par une politique commerciales, ni par des programmes d’activité, ni par une formation de gestionnaires.

D) Une politique de promotion de la petite industrie
La petite industrie pourrait sans nul doute avoir une place dans un développement à long terme de l’île.

Certaines activités existent déjà (sous forme d’ateliers d’entretien et de fabrication semi-artisanales). Celles-ci ne répondent que très partiellement aux besoins locaux. Elles rencontrent, pour se développer, des problèmes de rentabilité, de compartimentage du marché, de possibilités de financement, et souvent de technicité.

Des débouchés pourraient leur être ouverts par une relance du processus de développement : elles auraient tout d’abord, à répondre à la demande en amont ou en aval du secteur agricole. Celui-ci créerait une demande pour des équipements dont certains pourraient être fabriqués ou assemblés dans l’île (clôtures, mécanisation de l’entretien des maquis, production de semences, entretien du matériel agricole…).

Mais le développement de ce secteur aurait surtout un effet sur les filières aval : celles-ci ont déjà été évoquées. Elles concerneraient tout d’abord, la modernisation et l’expansion de certaines activités existantes (comme la charcuterie, la fromagerie, la laiterie, le conditionnement de produits) et dont les débouchés pourraient s’ouvrir plus largement sur l’extérieur, grâce à une politique commerciale sectorielle plus agressive.

Mais elles pourraient aussi concerner des secteurs nouveaux : ceux des plantes médicinales, des produits biologiques, des produits de l’aquaculture…

Des débouchés pourraient être également ouverts dans d’autres secteurs (par exemple, dans l’industrie du bois), dans les applications de l’énergie solaire et dans d’autres secteurs qui restent encore à identifier.

Les entreprises des bâtiments et travaux publics auraient aussi un rôle à jouer, mais il est probable qu’il faudrait adapter leur politique actuellement conditionnée par les marchés (souvent subventionnés) de l’Etat français et par la construction privée dans les zones de spéculation foncière. Ces entreprises pourraient avoir à servir d’autres demandes, notamment pour l’équipement de l’intérieur de l’île.

Des entreprises compétitives pourraient également mieux assurer les services d’entretien du bâti.

Une politique de promotion de la petite industrie ne pourrait pas être programmée au sens strict, en raison de l’impossibilité de prévoir la réponse des entrepreneurs possibles.

Elle pourrait par contre faire l’objet d’incitations de caractère financier (mais ce n’est pas vraiment là l’essentiel) et de caractère technique.

Des entrepreneurs pourraient en effet se manifester s’ils étaient aidés par des organismes conseils qui les informeraient des possibilités, les aideraient à concevoir techniquement les projets, évaluer leur rentabilité financière, à en trouver les débouchés commerciaux.

Une telle assistance « technique » serait dans la logique des mesures envisageables pour remédier au développement de la Corse.

E) Une politique d’accueil d’activités technologiques et scientifiques de pointe
La Corse, on l’a vu, pourrait valoriser sa capacité d’« attrait résidentiel » en créant des conditions susceptibles d’encourager l’implantation « d’activités technologiques et scientifiques de pointe ».

Une telle politique d’accueil pourrait avoir des retombées économiques sur le secteur productif de l’île, mais dans un premier temps, son objectif serait surtout d’attirer dans l’île des activités faisant appel à du personnel de haut niveau technique ou scientifique, de chercher à faire venir des « talents » susceptibles de rehausser la qualité de l’environnement technico-culturel de l’île, d’insérer l’île dans les réseaux d’échanges internationaux auxquels ces activités appartiennent en général.

Dans l’immédiat, l’impact sur l’emploi local serait faible en raison de l’absence en Corse, de la technicité requise.

Mais à moyen terme, l’existence de ce type d’activités dans l’île, les facilités qu’elles offriraient sur le plan de la mobilité internationale, pourraient très probablement constituer un attrait pour les jeunes talents corses qui pourraient espérer faire carrière dans ces secteurs.

Cette politique d’accueil de « l’excellence technique et scientifique » se traduirait ainsi par la création de pôle de haute qualification.

Elle aurait un effet sur les exigences culturelles, sur l’environnement social, sur la consommation locale (dépense des hauts revenus), enfin sur la qualification de l’emploi local.

Elle s’adresserait à des partenaires européens engagés par exemple dans les secteurs suivants :

  • Unités de haute technologie faisant partie de grandes sociétés ou entreprises concernées par la bio-technologie, la biologie marine, les applications à l’agro-alimentaire de la bio-technologie, les énergies renouvelables (solaires, bois), l’utilisation pharmaceutique des plantes médicinales, le contrôle des pollutions…
  • Laboratoires de recherches privés ou publics, qui seraient concernés par ces activités.

D’autres activités dérivées de cette politique d’accueil pourraient mettre en évidence le rôle possible de la Corse pour les rencontres internationales, les con…

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..ment devraient essentiellement s’adresser aux problèmes suivants :

  • Problèmes de décision sur les programmes de développement et de concertation entre les partenaires.
    Ces problèmes requerraient des dispositions susceptibles de favoriser des associations pour la réalisation des programmes de développement. La formation d’association entre partenaires corses et étrangers, qu’il s’agisse de partenaires institutionnels (Etat), de sociétés commerciales, d’entreprises etc…
  • Problèmes inhérents au sous développement de la Corse et à la faiblesse de son tissu économique. Pour une remise à niveau de notre pays, nous avons déjà fait appel à la notion de « rattrapage historique », il conviendrait de mettre en œuvre une approche propre aux situations de sous développement, celle de Projet Intégré !
  • Problèmes inhérents à la mobilisation des financements. Comment en effet s’assurer que les financements se feront dans le sens souhaité par le plan ? Que les institutions financières, les entreprises locales ou extérieures seront motivées pour s’y engager.
    De tels résultats pourraient être obtenus par un ensemble d’incitations et de mesures d’encouragement ou de découragement que constituerait un Code des investissements.
  • Problèmes posés par la situation foncière, celle-ci constitue une majorité d’actions envisageables comme un facteur de blocage. Des mesures appropriées de caractère éventuellement transitoire pourraient être envisagées avec des formules fondées sur des notions de « sociétés foncières », « d’utilité publique », ou « d’obligation de mise en valeur ». On peut également envisager des mesures de type législatif, « interdiction de vente à des non-Corses » (ce type de mesures existe dans d’autres pays, Suisse par exemple).
  • Problèmes inhérents à la situation d’insularité ou plutôt de la manière dont celle-ci est traitée (monopole des transports, continuité territoriale etc).

A) Nécessité de la planification :
Les problèmes de décisions sur les programmes de développement incombent essentiellement aux institutions régionales existantes. Ces institutions, pour des raisons inhérentes au système claniste et colonial, constituent un facteur de blocage du processus de décision.

Dans le cadre d’une période transitoire s’inscrivant dans la logique d’une politique de décolonisation, des dispositions particulières (nécessairement transitoires) ainsi qu’un système de garantie de la puissance publique pourraient être envisagés afin de s’assurer que les décisions nécessaires soient prises et qu’une certaine continuité soit assurée jusqu’à ce que la situation politique ait suffisamment évolué et se soit développée.

Nous évoquerons par ailleurs ces mesures exceptionnelles. D’autres dispositions pourraient être envisagées pour faciliter la constitution de sociétés qui seraient concernées par telle ou telle composante du développement proposé et qui associeraient des partenaires locaux (collectivités locales, entreprises) et des partenaires extérieurs.

Le code des investissements servirait de garde fou pour canaliser l’activité de ces sociétés dans le sens souhaité par le plan.

Divers types de sociétés de développement pourraient être envisagés, sociétés d’économie mixte, sociétés commerciales, sociétés coopératives, etc…

La planification doit traduire les choix stratégiques du développement et s’accompagner d’instruments permettant de mettre en pratique des politiques possibles.

Le plan n’est pas un document à valeur indicative, il doit en d’autres termes se doter des moyens nécessaires à sa réalisation. S’il paraît utile de se doter d’outils appropriés pour répondre aux problèmes posés sans doute faut-il envisager plutôt que la superposition souvent anarchique des structures, le rassemblement des compétences et des pouvoirs décisionnels en matière d’action économique dans une structure du type « Agence de Développement ».

En effet, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation d’un plan de développement à long terme de la Corse impliqueraient la mise en place d’une structure de programmation rassemblant les compétences nécessaires en matière technique et économique, notamment en ce qui concerne la préparation des projets de développement.

Le type de structure à mettre en place, ses besoins en personnel, son financement, son articulation avec les institutions devraient faire l’objet d’un examen spécifique. En tout état de cause, la structure proposée intégrerait les structures de planification existantes.

B) l’approche par « projets »

Pour réaliser les programmes d’action qui traduiraient concrètement les politiques proposées, une approche tout à fait nouvelle serait nécessaire pour tenir compte de l’état de sous-développement de la Corse.

Les méthodes mises en œuvre actuellement ou recommandées sont en effet celles qui ont fait leur preuve dans le contexte très différent des régions développées de l’Europe !

Dans ces régions il existe au départ des entreprises concurrentielles, des réseaux commerciaux, une expérience technique, une organisation professionnelle qui font défaut ici. Ces méthodes sont en conséquence tout à fait inadaptées, les résultats observés en sont d’ailleurs la démonstration.

Tout au contraire, il faut privilégier une approche qui a fait ses preuves dans des contextes de sous développement économique, celle des « projets intégrés », sectoriels ou micro-régionaux.

L’approche par projet intégré consiste à regrouper dans un même système de financement toutes les opérations interdépendantes qui concourent à la réalisation d’un programme d’action donné.

Elle permet d’identifier ainsi le rôle de chaque partenaire, (institutionnel, organisation professionnel, producteur, entrepreneur) et de leur allouer sous forme de crédit, de ressource budgétaire, de subvention – pendant une période de quelques années – les ressources nécessaires pour la réalisation d’opérations identifiées préalablement.

Cette approche permet également de négocier avec les organismes financiers et les partenaires du projet, le financement global d’un ensemble d’opérations données. Cette approche a été mise en pratique il y a quelques années en Grèce notamment pour des projets d’arboriculture et d’irrigation, financés par des organismes de financement international. Elle est aussi mise en pratique par le Portugal, en Yougoslavie, en Turquie, sans parler des pays de la rive Sud de la Méditerranée où elle constitue le principal mode d’intervention dans le développement. La réussite de l’approche par projet dépend en premier lieu d’une bonne préparation des dossiers de projet, celle-ci comportant une identification précise des zones ou des entreprises concernées, l’identification des moyens techniques à mettre en œuvre, l’analyse économique et financière du projet, les services nécessaires en amont et en aval, l’organisation du projet, le rôle des partenaires concernés,…

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…les modalités du contrôle financier…
Les pays cités ci-dessus ne disposant pas de la technicité nécessaire pour la préparation de tels projets, ont souvent fait appel à des organismes internationaux spécialisés opérant en liaison avec les partenaires concernés par le projet. Il est indispensable de trouver les technologies appropriées pour préparer les projets. Il est essentiel, à cet égard, d’assurer la technicité, de l’objectivité et de la neutralité des structures qui en seraient chargées.

Parmi les actions susceptibles d’être traitées sous forme de projet, on pourrait, par exemple, mentionner :

  • un projet de développement de la culture sous serre. Ce projet pourrait concerner dans un premier temps 100 à 200 exploitations localisées dans 5 à 10 zones. Le projet financerait globalement l’achat et les installations des équipements, des services d’encadrement technique, l’expérimentation d’accompagnement, les services amont et aval. Les producteurs bénéficieraient de subventions et de crédits de campagne et s’organiseraient en coopérative.
  • Un projet de réhabilitation et de modernisation des zones irriguées. Ce projet financerait un programme global touchant les exploitations situées dans des zones prioritaires. Il concernerait notamment l’introduction d’équipements performants, l’encadrement technique et la formation nécessaire, les besoins en crédit. Le projet viserait la diversification des cultures.
  • Un projet de développement de l’élevage intensif en zone côtière. Ce projet viserait un ensemble d’exploitations intéressées par cette activité. Il financerait les équipements, la constitution de troupeaux, les incitations, l’encadrement technique et éventuellement des investissements de la filière aval (par exemple abattoirs ou frigo).
    Ce projet s’adresserait surtout à la demande locale.
  • Un projet de développement d’exploitation d’élevage extensif en zone de montagne. Ce projet financerait la constitution de sociétés foncières qui regrouperaient le domaine nécessaire (voir ci-dessus) et l’équipement de ces zones pour un élevage extensif rationnel.
  • Un projet de développement de petites exploitations polyvalentes de montagne qui pourrait concerner quelques zones et une centaine d’exploitations.

C) Le foncier
Le problème du foncier ne doit pas se limiter à son seul aspect fiscal, (indivision, droits de succession, arrêtés Miot) il faut avoir une approche dynamique qui revêt deux aspects : la protection et la mise en valeur. La gestion du foncier doit impliquer la prise en compte d’une notion fondamentale, séparer l’usage de la propriété du droit de propriété lui-même.

Après définition du schéma d’aménagement, déterminant la gestion de l’espace, des mesures seraient prises pour que les zones visées par certains aménagements soient érigées en périmètres soumis à obligation de mise en valeur. Obligation serait ainsi faite à tous les propriétaires de réaliser les opérations d’aménagement dans un délai donné et conformément à un cahier des charges.

Dans la mesure où ces aménagements ne seraient pas réalisés dans un délai indiqué (ce qui se produira de façon générale en raison de l’indivision et de l’absentéisme) les propriétaires défaillants seraient tenus d’adhérer pour une période de 10 à 15 ans éventuellement reconductible à une société foncière, ils recevraient en contre-partie soit une allocation (qui serait versée sur la base parcellaire pour éviter la complication de l’identification des propriétaires indivis) soit un revenu d’actionnariat dans la société de développement qui utiliserait les terres de la société foncière pour une activité indiquée.

Au terme de la période de 10 à 15 ans les propriétaires auraient la possibilité de décider de la reconduction ou non de la société foncière. En cas de non reconduction, la plus value apportée au terrain serait remboursée à la société de développement. Le risque de non reconduction serait cependant très faible car dans la mesure où une activité aurait été développée avec profit, les revenus de l’actionnariat étant préférable à ceux d’une terre non mise en valeur et difficilement mobilisable sur le marché.

Des variantes peuvent être imaginées lorsque l’aménagement implique des investissements de longue durée ou dans des zones où le terrain serait d’un prix élevé.

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Les mesures allant dans ce sens sont à l’évidence indispensables.
Les difficultés de mobilisation du foncier constituent un obstacle majeur pour de nombreuses activités envisagées par le plan de développement. Elles mettent ainsi en cause des activités telles que l’aménagement en pâturage des maquis péri-urbains pour la protection contre les incendies ; la création de grandes exploitations d’élevage extensif en zone de montagne ; la création des périmètres de reboisement en dehors du domaine public ; l’établissement de zones d’accueil pour des industries ou des laboratoires de haute technologie ou encore pour des infrastructures de congrès. Ces difficultés comprennent aussi des opérations de remembrement dans de nouveaux périmètres irrigués etc…

L’établissement de Plan d’Occupation des Sols (POS) constituent une approche partielle du problème. Cette mesure serait en effet nécessaire pour délimiter certaines zones d’activité, en particulier les zones réservées à l’exploitation touristique. On ne doit cependant pas en sous-estimer les difficultés car de tels plans traceront une ligne entre les « heureux », ceux qui auront des terrains dans les zones touristiques délimitées, et les autres ; il existera donc de fortes pressions pour adapter la géographie de l’aménagement à celle des intérêts particuliers. Il faudra pourtant en venir si l’on veut bloquer la spéculation et préserver les zones littorales considérées comme patrimoine écologique.

D. Les moyens de commercialisation :
La situation de monopole des sociétés de distribution et de commercialisation tient essentiellement à deux facteurs : le monopole de l’importation et la non organisation du marché intérieur, la quasi inexistence d’un secteur productif ne fait que renforcer le monopole de ces sociétés. En amont, l’organisation et le développement du secteur productif, allié à une organisation du marché doit permettre une meilleure distribution des produits corses et l’amorce de la reconquête du marché intérieur. L’organisation de marché public permettrait aux distributeurs de contourner les monopoles des sociétés d’importation (principalement en ce qui concerne les produits frais : viande, fruits et légumes).

E. Une politique fiscale au service du secteur productif
La fiscalité doit devenir un outil au service du développement d’un secteur productif. Un certain nombre de mesures semblent indispensables pour inverser le processus.

Il faut dans les créneaux retenus pour la production locale mettre en œuvre une politique fiscale qui favorise les productions corses au détriment des produits concurrents (défiscalisation des produits corses). La refonte de la continuité territoriale peut être un des moyens appropriés.

Le code des investissements auquel nous faisons allusion par ailleurs constitue l’un des instruments de base d’un plan de développement à long terme. En effet, en l’absence d’un tel code, rien ne peut empêcher que la libéralisation impliquée par les accords européens ne se traduise par une politique d’investissement non voulue par le plan de développement proposé.

La Corse ne dispose pas d’une puissance financière suffisante pour endiguer les investissements extérieurs, et il suffit aux promoteurs européens de s’associer à des groupes d’intérêts locaux pour que le développement de notre pays s’engage sur la voie de la maximalisation des profits aux dépens des intérêts collectifs du peuple corse. C’est là, le plus vraisemblablement, la porte ouverte à l’option du tourisme marchand international et à celle de la promotion immobilière.

Certaines approches en Corse de sociétés touristiques, italiennes et autres, montrent que ce processus est déjà engagé à une grande échelle.

Les institutions « régionales » (pour autant qu’elles soient soutenues par la garantie de puissance publique) doivent disposer des pouvoirs qui leur permettent de choisir les orientations du développement.

Dans ce contexte, il faut envisager la mise en œuvre d’une économie sociale de marché, affirmer les orientations choisies, promulguer des mesures visant à favoriser certains types d’investissement ou, au contraire, à décourager ou bloquer ceux qui seraient en contradiction avec ces orientations. Il s’agit, par exemple, de prévoir des avantages fiscaux pour certaines activités ou d’interdire les investissements touristiques en dehors des zones délimitées et dans un cadre défini au préalable.

Ces dispositions constitueraient le code national des investissements. Celui-ci serait également révisé au fur et à mesure de la mise en œuvre du plan et de l’évaluation de ses résultats.

F. Fonds européens pour la préservation des patrimoines écologiques
Les ressources provenant d’un « fonds européen pour la protection des patrimoines écologiques privilégiés » constitueraient un instrument financier essentiel pour la valorisation du patrimoine corse dont on a souligné l’intérêt exceptionnel dans l’espace européen du XXIème Siècle.

Un tel fonds n’existe pas encore, mais les conditions politiques peuvent être réunies pour que la question de sa création soit posée au Parlement européen. La création effective du fonds, de même que l’allocation de ressources de ce fonds à la Corse, nécessiteraient sans nul doute des délais, en raison des implications sur le budget de l’Europe. Il importerait alors que la « puissance publique » assure le relais des financements. L’importance du programme écologique dans le développement de la Corse du XXIème siècle justifierait cette prise en charge temporaire, dans la logique d’une politique de décolonisation intégrant la notion de rattrapage historique.

G. Une politique des transports au service du développement économique de la Corse
La politique des transports mise en œuvre aujourd’hui, notamment par l’intermédiaire de la continuité territoriale, favorise l’importation de produits étrangers au détriment de la production corse. Elle renforce la dépendance économique de notre pays.

Nous sommes favorables à une politique de réappropriation des moyens de transport aérien et maritime, afin de maîtriser nos échanges.

Un certain nombre de mesures à court terme allant dans ce sens s’imposent :

  • refonte de la continuité territoriale dans le but de donner la priorité à la production corse.
  • rapatriement de toutes les activités liées aux compagnies desservant la Corse.
  • réadaptation de la flotte à une desserte visant l’intérêt du peuple corse par le remplacement progressif des paquebots par des cargos mixtes permettant des dessertes journalières à partir des ports principaux et secondaires.
  • Développement des liaisons sur l’Italie, au niveau des marchandises solution plus rentable compte tenu de notre position géographique.
  • Transformation de la SNCM et de la CMN en société d’économie mixte avec

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des partenaires locaux pourrait être une solution intermédiaire allant dans le sens d’une maîtrise de notre politique de transport. En ce qui concerne la SOMIECA, cette compagnie doit impérativement disparaître, la mise à l’étude d’une création de cimenterie en Corse nous apparaît comme une solution de rupture avec la politique de dépendance en ce domaine.

H – Pour une autre politique de formation des hommes
Le premier constat que l’on puisse faire en matière d’enseignement est que la Corse souffre d’une carence grave. Plus de 65 % des habitants de l’île ne possèdent aucun diplôme, aucune formation ; 5 % seulement ont un diplôme supérieur !

Cette carence se traduit par l’importance du taux des chômeurs qui illustre l’inadaptation de la formation aux activités économiques. Dans l’enseignement supérieur, en effet, 15 % seulement des étudiants suivent des études techniques et scientifiques. Le cycle de formation supérieure, technique, professionnelle, permanente, doit s’articuler autour des axes de développement choisis à partir du plan.

Il faut impérativement qu’il y ait interaction entre la formation des hommes et les besoins découlant du choix économique. Faute de quoi, nous sommes condamnés à former des « chômeurs en puissance ».

Les choix doivent donc s’orienter vers des formations technologiques, d’ingénierie, en relation avec nos ambitions en agriculture, en aquaculture, en recherche dans les formations liées aux métiers de l’écologie (biotechnique, etc).

Tous les secteurs économiques sont concernés.

Le rôle de l’Università di Corti doit être prépondérant. Elle doit devenir le moteur privilégié d’une stratégie de développement. Certains domaines de recherche et d’enseignement peuvent et doivent être privilégiés afin que notre université devienne un pôle méditerranéen de niveau international. Notamment dans les secteurs intéressant d’autres pays riverains de la Méditerranée confrontés à des problèmes similaires en matière de développement et qui pourraient être amenés à y envoyer leurs jeunes.

La biotechnologie, l’aquaculture, l’informatique, les énergies renouvelables, peuvent constituer certains de ces axes. Nous sommes favorables au renforcement de l’existant et à la mise en œuvre de moyens nouveaux afin de faire de notre université un pôle de formation supérieure ouvert sur le monde méditerranéen.

La formation des hommes passe également par la création d’unités de formation adéquates dans tous les secteurs d’activités tels que le tourisme, l’agriculture (lycée hôtelier, formation agricole dans les « cultures méditerranéennes », plantes médicinales, etc).

La formation des hommes à tous les niveaux est évidemment un des axes prioritaires, garant de la réussite des initiatives prises, notamment en matière de développement.

IV) QUELS OBSTACLES FAUT-IL LEVER POUR CREER LES CONDITIONS DE DEPART D’UN DEVELOPPEMENT A LONG TERME ?

Les obstacles que rencontre la mise en œuvre d’un développement à long terme de la Corse ont été déjà en partie envisagés en présentant les politiques possibles ou les instruments de développement nécessaires. Il est utile de reprendre sous une forme résumée pour bien mesurer la situation que devrait affronter une stratégie de développement.

Le premier obstacle tient probablement à la nature du système politique colonial en Corse, à la place que prennent les groupes d’intérêts. Les plus puissants n’ont, en dépit de certaines apparences, que peu de raisons de changer le statu quo. Il est important à cet égard, de noter que ces groupes de pression ont déjà fait implicitement le choix du tourisme marchand et de la centralisation complète de l’investissement. La puissance de ces groupes est souvent relayée par des intérêts financiers et politiques étrangers.

La faible importance de forces économiques réellement productives a été indiquée comme une difficulté essentielle : il y a peu d’entrepreneurs en Corse, peu d’initiatives pour le développement économique.

L’association avec des partenaires économiques européens permettrait peut-être d’« injecter » de l’initiative, des moyens en hommes. L’agriculture sous serre par exemple pourrait se faire en coopération avec les italiens qui disposent déjà des hommes et de l’expérience.

A cela s’ajoute des problèmes de main d’œuvre, ceux du sous-peuplement de l’île, et de la désertification humaine de l’intérieur. Le problème de la repopulation doit être sérieusement abordé. Une politique du retour par la mise en place d’un Office, les mesures de corsisation des emplois, les moyens de l’intégration, sont les axes nécessaires à une revitalisation du tissu humain.

La Corse se caractérise par la faiblesse de son « tissu économique ». On peut, pour illustrer cette situation, reprendre l’exemple de la culture sous serre : pourquoi réussit-elle sur la côte italienne, et a-t-elle tant de difficultés à s’établir en Corse ? C’est qu’il faut, pour que cette activité demeure rentable, qu’elle atteigne une sorte de « masse critique » justifiant l’établissement des services de soutien, d’encadrement technique, de développement de la filière.

Ceci n’est pas possible avec quelques entrepreneurs isolés, d’où notamment l’approche par projet qui est proposée dans ce document, pour créer les conditions de départ de certaines activités.

CONCLUSION

Nous rappelons que ce document est soumis au débat. Il ne constitue donc pas un texte définitif.

Fruit d’une réflexion collective, irrigué par les acquis de la stratégie de libération nationale, il doit être enrichi pour permettre la rédaction d’un ouvrage dans le courant de l’année 90. Ouvrage que nous diffuserons à une très large échelle tant en Corse qu’au niveau international.

Néanmoins notre approche globale est tracée. Elle s’inscrit dans le prolongement du choix stratégique de l’autodétermination et donc dans notre volonté de créer les conditions politiques nécessaires à la construction d’une nouvelle société.

Dans cette finalité, nous avons appelé l’Etat français à engager un processus de décolonisation passant par le préalable de la reconnaissance du peuple corse.

La volonté politique de l’Etat français d’aller dans le sens de l’histoire se jugera à partir de cet acte politique sans lequel rien ne saurait être enclenché de façon durable.

Notre combat tendra à accentuer la pression pour que le pouvoir colonial recule sur ses positions actuelles.

Reconnaître notre peuple, c’est reconnaître ses droits.

C’est donc bâtir le fondement d’une nouvelle construction défendant l’intérêt collectif de notre Peuple. Jusqu’à ce jour, l’Etat a détourné la question. Et évoqué ses propres fondements pour s’y opposer. Ce blocage colonial doit être levé. Nous nous y emploierons avec d’autres forces car il en va de l’existence même du Peuple corse.

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