« La nation face au verrou d’État. La Corse mérite mieux qu’un statut au rabais »

(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 4 février 2026) La remise à l’agenda du projet de loi constitutionnelle sur l’« autonomie » de la Corse marque le retour d’un débat central, mais profondément trompeur. Derrière l’affichage politique, ce texte ne constitue en rien une avancée historique. Il enferme au contraire la Corse dans un statut figé, sans droits réels ni pouvoir de décision pour son peuple.

Nazione se positionne et déclare que cette perspective n’a rien d’une avancée historique.

Autonomie factice : la Corse face au piège constitutionnel

La reprise de la vie parlementaire à Paris, après une séquence politique artificiellement suspendue, remet à l’agenda le projet de loi constitutionnelle censé ouvrir la voie à une prétendue « autonomie » pour la Corse. Une hypothèse évoquée pour le printemps, après les élections municipales. Pour Nazione lors de son interview sur RCFM. (<–lien ici, cette perspective n’a rien d’une avancée historique : elle constitue au contraire un verrou durable contre les revendications fondamentales du peuple corse.

Depuis l’annonce, à l’été dernier, du dépôt de ce texte constitutionnel, notre position est claire et constante : nous y sommes totalement opposés. Ce projet fige un statut au rabais pour plusieurs décennies, tout en neutralisant à court, moyen et long terme les leviers politiques essentiels permettant au peuple corse de décider librement de son avenir.

Un texte qui ferme toutes les portes

La constitutionnalisation proposée empêche toute avancée réelle sur des questions centrales :
– le statut de résident, indispensable pour lutter contre la spéculation et permettre aux Corses de se loger ;
– la co-officialité de la langue corse ;
– la redéfinition du corps électoral, aujourd’hui altéré par un processus de colonisation démographique ;
– plus largement, toute mesure de fond relevant du droit à l’autodétermination.

En droit français, le principe d’égalité interdit toute différenciation sans dérogation constitutionnelle explicite. C’est précisément pour cela que des territoires comme la Polynésie ou la Kanaky–Nouvelle-Calédonie disposent de dispositifs spécifiques. Or, rien de tel n’est garanti pour la Corse dans ce texte. La porte est fermée, et verrouillée à double tour.

Pas de pouvoir législatif, donc pas d’autonomie

L’autonomie véritable suppose un pouvoir législatif propre, comparable à celui dont disposent les communautés autonomes en Espagne ou certaines régions italiennes. Or, le projet actuel n’en contient aucun. Il ne fait que reconduire, sous une autre forme, le fonctionnement déjà limité de l’Assemblée de Corse.

Même l’avis du Conseil d’État – que le gouvernement prétend suivre – est limpide : avec cette rédaction, il n’y a ni statut de résident, ni co-officialité, ni citoyenneté corse, ni pouvoir législatif sans contrôle direct du Parlement français. Appeler cela « autonomie » relève soit de l’illusion, soit de la tromperie.

À l’étranger, cette situation prête à sourire. En Italie comme en Espagne, les observateurs ne reconnaissent pas dans ce dispositif ce qu’ils appellent une autonomie. La Corse se situerait deux niveaux en dessous de standards déjà considérés ailleurs comme limités.

Le corps électoral : une urgence politique

Contrairement à ce que prétendent certains autonomistes, la redéfinition du corps électoral est une question centrale. Le droit du peuple corse à disposer de lui-même est aujourd’hui gravement compromis par un déséquilibre démographique structurel. Sans maîtrise du foncier, de la terre, de la mer et du corps électoral, toute consultation populaire est biaisée.

Du statut quo à la résignation

Cette mandature territoriale restera comme celle du statut quo. On se félicite du maintien de dispositifs existants – continuité territoriale, DSP maritime, investissements publics – tout en abandonnant les outils de souveraineté économique. La majorité dite autonomiste s’est muée en gestionnaire résigné de l’ordre établi.

Maritime : dix ans de renoncements

Le dossier de la compagnie maritime publique illustre cette faillite politique. Votée en 2016 par l’Assemblée de Corse, elle a été enterrée en 2022 sous prétexte de contraintes européennes. Un argument fallacieux : la Commission européenne a validé, dans le même temps, la nationalisation totale d’Alitalia par l’État italien.

Pourquoi ce qui est possible ailleurs serait impossible en Corse ? La vérité est simple : le combat politique n’a pas été mené. Résultat : au moins quatre années perdues, pendant que les marins se mobilisent pour défendre leurs emplois, l’avenir des jeunes Corses et un service public digne de ce nom.

Refuser l’imposture

Si, par circonstance, le projet de compagnie publique revenait aujourd’hui sur la table, Nazione s’en réjouirait. Mais nous refusons d’être dupes. Comme pour l’« autonomie », les actes passés autorisent le doute sur la volonté réelle de la majorité.

La Corse n’a pas besoin d’un habillage constitutionnel sans substance.
Elle a besoin de droits, de pouvoirs et de souveraineté.

Refonder le mouvement national : sortir des désillusions, renouer avec la transformation

Les premières années de participation aux responsabilités ont suscité des espoirs légitimes. Elles ont aussi engendré de profondes désillusions. Nazione a assumé ses responsabilités au sein de l’exécutif, dans des fonctions décisionnelles, avec une exigence claire : faire avancer le droit à l’autodétermination et engager une véritable transformation politique de la Corse.

Force est de constater qu’avec le temps, et plus encore depuis l’installation d’une majorité monolithique, les dynamiques se sont ralenties, voire figées. Là où le pluralisme interne permettait débats, tensions créatrices et avancées, l’uniformité actuelle a produit l’inverse : une gestion sans ambition, enfermée dans le court terme.

L’autodétermination bradée, la transformation abandonnée

Le cœur du problème est politique. Le droit à l’autodétermination, pour lequel le mouvement national s’est battu durant des décennies, a été sacrifié dans l’accord de Beauvau. En échange de promesses floues et d’un statut sans substance, on a renoncé à l’essentiel : le pouvoir de décider librement de notre avenir collectif.

La transformation annoncée n’a pas eu lieu. À la place, s’est installée une forme de statu quo, faite de gestion « à la petite semaine », et, plus grave encore, du maintien de pratiques politiques que le mouvement national avait précisément vocation à rompre. De ce point de vue, les désillusions sont réelles et assumées.

L’idée nationale reste intacte

Mais qu’il n’y ait aucune ambiguïté : ces échecs ne disqualifient ni l’idée nationale, ni le combat de libération du peuple corse. Le mouvement national demeure le moteur de l’espoir politique en Corse. Ce qui est en cause aujourd’hui, ce ne sont pas les objectifs, mais les choix stratégiques et les renoncements.

C’est pourquoi Nazione affirme la nécessité d’une refondation profonde, sur de nouvelles bases, autour d’un programme national clair, recentré sur l’autodétermination, la souveraineté politique, la justice sociale et la rupture avec les logiques de gestion coloniale.

Un mouvement debout, présent dans le combat politique

Cette refondation se jouera dans les mois à venir et s’inscrira pleinement dans les échéances à venir, y compris électorales. Contrairement à certaines insinuations, Nazione ne se retirera pas du jeu politique. Nous avons vocation à nous présenter devant le peuple corse, à solliciter sa confiance et à construire les conditions d’un véritable changement.

L’échéance de 2028 est encore lointaine, mais une chose est certaine : Nazione déclare lors de son interview sur RCFM. (<–lien ici) restera une force politique positive, déterminée, et tournée vers l’avenir, avec l’ambition de rassembler largement et de remettre la Corse sur le chemin de la souveraineté et de la dignité politique.

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