Si n’hè andatu Yann Pini, omu di bè è di stintu corsu – #Corse

(Unità Naziunale) Yann nous a quitté mardi (29 juin 2021). L’enterrement a eu lieu ce vendredi.(2 juillet 2021)

A tè, Yannucciu,

Ils étaient tous là, bien sur, ta famille et tes amis proches, qui sont restés à tes cotés. Mais aussi ceux qui te connaissait depuis toujours.

Tes amis, spinghjifocu avec ou sans uniformes de toutes les casernes, gradés ou non, tes amis de l’époque du rugby, ceux du jet-ski, d’A Fiera di u Mare, les politiques aussi, d’hier et d’aujourd’hui, et j’en oubli, ils étaient tous là.

Il y avait beaucoup de monde, autours de notre église, et tout autant t’accompagnant à ta dernière demeure, à u Travu. La tradition a été respecté, les soirées ont été annulée de Sulinzara à Ghisunaccia, les commerces étaient fermés ce vendredi. Il y a encore un peu de stintu Corsu dans notre village. Village que tu aimais détesté, comme nous tous. Mais qu’au fond nous aimons tous.

Tout au long de ces derniers jours, les hommages ont été nombreux. Notamment sur ces nouveaux moyens de communications dont nous nous sommes tant servis.  Tu étais aimé, respecté, tu n’imagines même pas le nombre de personne à qui tu vas manquer. Tu avais beau faire le salvaticu, les gens t’aimaient.

Ce n’est pas simple d’écrire ses mots sur quelqu’un que je connaissais depuis les années 80, il était plus jeune que moi de quelques années, je l’ai toujours considéré comme mon ainé, un exemple dans bien des domaines que nous partagions, les pompiers et la politique. Son parcours de vie aura été de se mettre au service des autres.  Il n’était pas parfait, loin s’en faut. Ses défauts étaient souvent aussi sa force.

Je ne parlerai que du triptyque commun de notre parcours de vie (Pompier, Turchinu et Politique), le privé, c’est entre nous.

Je pourrais raconter les anecdotes quand il bossait comme serveur au Bar Jean, quand il chantait avec Serge, les soirées au comptoir du Bar Jean et d’ailleurs. L’époque bénie où les fumeurs de joints détalaient des terrasses… Les quelques soirées « In Cantu » à Scaffa Rossa, près du camping… les soirées du comité des fêtes… et d’autres choses.

Un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaitre, pour ceux qui savent.

il était de ceux qui avait pour objectif de s’engager au quotidien pour la Corse et son peuple. Que son engagement ai été professionnel ou volontaire au sein des pompiers en Corse, ou bien associatif au sein de divers associations culturelles ou sportives (Jet-Ski), syndical quand il était délégué au STC, ou politique quand il  militait au sein d’A Cuncolta dans les années 90. D’ailleurs  c’est à cette époque qu’il me parle de l’engagement militant structurel, du fonctionnement d’une section, des dossiers à faire,  moi qui me cherchait en politique. Il me parle de la Section du Fium’orbu portée alors par H.S.

Des dossiers portés par A Cuncolta à cette époque. Comme le projet du POSEICOR (Je peux me tromper de dossier) qui sera déposé à Paris au Ministère concerné, Yann fera parti du voyage sur Paris, une occasion de plus pour se rencontrer et parler de politique.

Quoi qu’il décidait de faire, c’était pour défendre les droits des corses, des siens, que ce soit sur la problématique de la santé (SMUR à Ghisonaccia par exemple mais pas que), l’occupation des terres par l’armée (plage des vaches à Travu, mais pas que), dans son rôle de conseiller municipal ou bien de représentant des parents d’élève, militant du STC SPINGHJIFOCU.

Il sera avec nous à Furiani en mai 1992, turchinu qu’il était aussi, et politique. Parce que ce match n’était pas que sportif. Nous sommes restés ensemble dans cette catastrophe : dans la chute, essayant de se porter secours, jusqu’à être évacué à Aix dans le même hosto, dans la même chambre. (Article).

« Vers 10h00 du matin, je suis arrivée à l’hôpital d’AIX en Provence, les médecins et infirmiers se sont de suite occupés de moi, attelle pour mon épaule, piqûres, affari. Avant de rentrer en salle RADIO, j’ai demandé si on était nombreux de la promo FURIANI 92, elle me répondit que ce n’était pas la le sujet et me mis dans la salle  » transfert « . Ensuite direction la salle de radio, j’ai croisé Yann Pini qui sortait de la salle de soin direction la salle radio, et la ce fut l’explosion de joie,  » Oh Yann  »  » oh ANTO  »  » mettez nous dans la même cellule, heu chambre ! Après ça je suis tombé dans les vapes suite a leur bidouille d’épaule dans la salle de soin. Yann pini m’a dit plus tard que j’avais crié et insulté les infirmiers. Dans la chambre avec Yann Pini, je ne me souviens pas de tout, sauf d’avoir vu deux vielles dames qu’on a surnommés les VAMPS, un flic que j’ai envoyé balader, des gens, des amis et la famille venus en catastrophe de paris, Marseille…

Dans la nuit Yann qui avait en plus de ses blessures répertoriés une autre fracture au genou n’arrêtait pas de bouger en se lamentant tout en dormant et en se tripotant tout le corps ! Il se réveilla et s’aperçut que je regardais la télévision à 4 heures du matin. Un jour où j’ai voulu lui passer un document, on a eut un fou rire réconfortant. Je suis parti deux jours après (enfin je crois). »

Il était aussi avec l’équipe de choc à Nice qui se reconnaitront, lors du Nice-Bastia de 1991. Qui se solda par un bus, un car, une garde à vue et un retour en corse.

 

Nous étions tous deux pompiers saisonniers (volontaires) au centre de Sari-Sulinzara. Etre pompier dans les années 90, au delà du métier, c’était un engagement politique : défendre sa terre, s’engager, un sacerdoce, rien d’alimentaire, en tous cas pour une grande partie des engagés que nous étions.

j’ai fais mon premier FDF en 1994, à ses cotés, celui de l’Ospedale avec Cyril et Alain. Là encore, nous avons partagé un moment fort. (photo ci dessus, c’est yann sur le camion) (article)

Yann participera aussi à la mise en place du premier syndicat des pompiers volontaires en 94, ce qui emmerda clairement tout le monde.

1995, entre la municipale de Sari-Sulinzara, et la division entre nationaliste, l’époque n’était pas facile. Il aura fallu assumer bien des choses.

De portivechju à Bastia, en passant par Corti, j’ai eu la chance de l’accompagner sur diverses mobilisations, dans une période qui n’était pas simple, les années 90 étaient déjà porteuse de divisions au sein de la famille nationaliste , jusqu’aux accords de Migliacciaru du 3 juillet 1999.

Je pourrais raconter ces années là pendant des heures, à l’Università di Corti… La CSC… Les amis de cette époque, dont un que j’ai croisé à tes obsèques. Les « montées » sur Aiacciu, qui m’a permis, grâce à toi, de rencontrer des militants sincères.

Les années 2000

2007, janvier, la route est barré sur la route menant à Ghisonaccia, un feu de palettes, la pression monte, un pneu est lancé dans les flammes, au grand dam de certains, puis deux puis trois, soudain arrive les capimachja, discussions, puis « coordination ». Le projet qui devait se faire dans la foulée, est abandonné, une manifestation en hommage à Ange Marie Tiberi est programmée.

En 2008, il est élu conseiller municipal.

En juin 2010, la plaine orientale possède son médecin urgentiste détaché du Smur, résultat d’un long travail entrepris par les élus et les médecins généralistes de la microrégion depuis plusieurs années, et fait suite à la signature d’une convention entre le Sdis 2B et l’hôpital de Bastia. Une demande portée par les Pompiers et les militants politiques de la région. A ce moment, ils demandent une pérennisation du SMUR avec la construction à terme d’une antenne médicale. (Centre Hospitalier Régional).

En octobre 2010, alors qu’il est sergent au centre de secours de Ghisonaccia et délégué STC Spinghjifocu de Haute-Corse, il alerte les autorités compétentes sur la nécessité du maintien du SMUR dans la région. Sans le SMUR, les pompiers travaillent sous pression. Les interventions sont nombreuses entre Moriani et Solenzara. (Article)

En 2011, les parents d’élèves bloquent l’école, pour s’élever contre la suppression du poste d’emploi de vie scolaire par le Ministère de l’Education Nationale. Poste nécessaire au bon fonctionnement de l’école primaire en raison de l’aide apportée au directeur. Après avoir longuement parlementé au téléphone avec M. Janel, inspecteur de l’éducation nationale à Cervione, Yann Pini, délégué des parents d’élèves obtenait finalement, auprès de ce dernier, un rendez vous fixé à lundi prochain, avec une délégation de parents d’élèves.« D’après l’inspecteur, il reste encore à établir des critères pour la suppression de ces emplois. Nous irons donc lui expliquer notre démarche car nous voulons absolument le maintien, au moins d’un poste sur les deux écoles, afin de soulager les directeurs concernés. Après ce rendez-vous, selon les réponses obtenues, nous déciderons, de façon collégiale des actions à mener sous des formes encore à déterminer « .

Deux ans plus tard, en janvier 2012,  il porte toujours la même revendication pour le maintien du SMUR à Ghisonaccia, rien n’était réglé.  (article) Cette revendication est devenu depuis deux ans un sujet central pour le mouvement national.  En 2011, aux cantonales, Corsica Libera demande de « rationaliser la couverture sanitaire dans la région, autour des antennes médicales d’urgence, en rattachant Sulinzara au Fiumorbu, en maintenant le Smur de Ghisonaccia, et en supprimant la départementalisation du secours public, ce qui tiendrait davantage compte des données réelles de notre île. » Revendication portée en 2016 par Corsica Libera, lors d’une question orale.

Avec Esteban Saldana, membre de Corsica Libera et du collectif « Per u drittu à a salute in piaghja urientale » ils porteront cette revendication. Quelques jours après une réunion un peu tendue, l’ARS confirmera la création d’un Médipôle organisé autour de l’antenne Smur, le service mobile d’urgence et de réanimation en plaine orientale. Pour autant les problématiques liées aux urgences en plaine orientale ne sont pas résolues pas plus qu’ailleurs.

Il y a encore quelques mois, en septembre 2020, des problèmes concernaient le possible démantèlement du service public de soins et de couverture de l’urgence en plaine orientale.

Sans parler de la territorialisation des SIS en Corse, des problèmes liés à la gestion de la crise sanitaire récente, la liste est longue des dysfonctionnements. Bref, tamata strada. Tu n’avais pas ta langue dans ta poche, et cela dérangeait la tranquillité de l’administration.

 

Avec  ses deux filles ils militent pour la langue corse, en participant activement à l’associu Soffiu di lingua, en se mobilisant lors des rassemblements du Culletivu « Parlemu Corsu ».

Ta vie était un engagement permanant pour les autres, pour les tiens quelque soit tes domaines de compétences.  Il est impossible de résumer ce qu’il était ou les domaines dans lesquels il est intervenu pour contrer des projets contraire à nos idées. Pour aider son prochain, soutenir une démarche, associative, humanitaire, politico-humanitaire

L’amitié qu’il portait aux siens transcendait tout y compris les étiquettes politiques.

Pas besoin d’être encarté ou structuré pour avoir été un militant de la cause corse, se battre dans son quotidien pour rester corse dans cette mondialisation et francisation, le transmettre aux siens, défendre sa terre, sauver les autres, a fait de toi, le militant que j’ai toujours respecté, écouté même si nos choix politiques convergeaient, divergeaient en même temps selon les unions, les coalitions, les scissions.

Les nationalistes sont incapables de faire front commun, obligeant les amis a toujours devoir choisir un camps. Alors que nous n’avons qu’un seul « ennemi » politique, l’état colonial.

Vendredi, tu as reçu, même si certains étaient tes amis, le soutien dans cette épreuve, des listes en présence pour cette territoriale du village, colistiers, candidats, militants. Cela parait naturel, mais dans cette ambiance de division, c’est toujours à noter.

Je ne peux pas, ne pas citer la présence à tes obsèques du Maire de Bonifaziu, Jean Charles Orsucci, du Premier Adjoint de Portivechju, Michel Giraschi (Pà Portivechju, Corsica Libera), le Président actuel de l’exécutif, Gilles Simeoni, qui a fait le déplacement d’Aiacciu alors qu’il était en pleine installation de son exécutif. J’en oubli peut être, j’en suis désolé, mais il y avait trop de monde.

Sur les réseaux sociaux, j’ai vu l’hommage que te rend Paul Félix Benedetti, de Core In Fronte : « Umaghju à Yann Pini, omu di bè, chì si n’hè andatu à l’eternu. Pienghjeni oghji i rughjoni di Sulinzara è di Travu. Par a so famidda è par tutti quiddi chì l’ani cunisciutu, u so ricordu firmarà par sempri. »

En ce 3 juillet, tes amis et collègues du STC Spinghjifocu t’ont rendu hommage sur leurs outils sociaux (twitter et facebook)

Tu as réussi à faire l’unanimité politique, parce que tu était un tipettu sincère. C’était ça le « stintu Fiumorbacciu ».

Voici une interview de 2020, qui résume bien son « stintu corsu » qui faisait de lui un corse à part entière.



Je ne sais pas aller vers les autres, je n’ai pas pu aller voir les tiens, pas assez de courage. Ce que je sais faire, c’est le virtuel, te rendre hommage, comme je l’ai fait depuis des années pour les autres. Te rendre immortel sur internet. Tant que faire se peut.

@ Prestu « O Conu »

Simonpoli Anthony – AnToFpcL™



Si tu pensais que tes amis se contenteraient de passer à autre chose en quelques jours, tu es loin du compte.

Le 4 juillet 2021, dimanche dernier, les membres de l’Associu Soffiu di Lingua  participaient à une mobilisation (a spassighjatta Currilingua) du Collectif Parlemu Corsu avec Micheli Leccia, passant en silence dans le village de Sulinzara.

D’ailleurs on parle de toi, dans un article de Corse Net Infos en date du 7 juillet (<– lien ici) : « Nous avons tenu à rendre hommage à Yann Pini fondateur de l’école de chant Un Soffiù di Lingua, tragiquement disparu avant la course. C’est pour cela que le dernier kilomètre a été parcouru en marchant silencieusement. Cet hommage lui a été rendu auparavant, aussi, à Travu. C’était un moment d’émotion intense avec les représentants de l’école primaire et de l’école de chant ».

Les hommages ont continué sur les réseaux sociaux, et ce mercredi 7 juillet, la commune de Ventiseri (<– lien ici) a publié l’article de Corse Matin, co-écrit par Arrighi Pasquà ton ami et à Isabelle Volpajola.

En cette semaine du 10 juillet, c’est le journal ARRITTI qui à travers un article sur la mobilisation de PARLEMU CORSU, te rend un dernier hommage.

Ce samedi 24 juillet, lors du premier match de Bastia en ligue 2, la minute de silence était aussi pour toi.

 

 

 

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