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(Unità Naziunale – 19 novembre 2017 – 23h00) En Catalogne, le Guiness Book des manifestations vient régulièrement s’enrichir de nouveaux records. Celle de Barcelone ce 11 novembre a mis dans les rues 750.000 personnes venues demander la libération des prisonniers politiques embastillés à Madrid par un Etat espagnol qui est en train de perdre toute boussole démocratique. Madrid a pu dissoudre les institutions et emprisonner les dirigeants élus de la Catalogne. Mais il a d’ores et déjà perdu la partie essentielle, celle des cœurs et des esprits.


Car cette partie ne se joue pas à Madrid, Bruxelles ou Paris. Elle se joue en Catalogne et la manifestation géante de ce week-end est venue doucher les espoirs de Mariano Rajoy d’une « reprise en main » du territoire dissident. Cette manifestation, tenue de façon inhabituelle un mois de novembre, s’est terminée à la nuit tombante. Le spectacle des centaines de milliers de portables, comme autant de torches allumées, brandis par les manifestants, a fait le tour d’Europe et du monde pour exprimer l’essentiel : la volonté du peuple catalan est intacte, insensible à la répression, certaine de son bon droit.

Les élections du 21 décembre prochain seront une échéance capitale. Le mouvement indépendantiste catalan, est formé de trois composantes, le PDeCat, parti de Carles Puigdemont, classé au centre droit, Esquerra Républicana di Catalunya du vice-président Oriol Junqueras, classée au centre gauche, et la CUP (Candidature d’Unité Populaire) classée à l’extrême gauche. Ils iront séparément à l’élection, dans le cadre d’un scrutin proportionnel, après avoir formé la majorité indépendantiste de la précédente mandature. S’ils sont à nouveau majoritaires en décembre, ils seront à nouveau coalisés et il n’y aura plus d’autre option pour Madrid que d’ouvrir enfin le dialogue jusqu’ici obstinément refusé. Ou alors de re-dissoudre, de relancer l’article 155 pour arriver à un nouveau blocage qui ne pourra qu’aller crescendo. Mais les soutiens européens à Madrid ne pourront que prendre acte de la nouvelle donne issue des urnes catalanes, ce qui les amènera à davantage de retenue dans le soutien apporté au gouvernement espagnol.

Le succès de la manifestation du 11 novembre accentue la pression sur le pouvoir espagnol. Déjà la remise en liberté de Carmè Forcadell, la Présidente de l’Assemblée qui a adopté la Déclaration Unilatérale d’Indépendance, marque une rupture avec les précédentes décisions de justice.

L’incarcération des élus catalans a été l’excès de trop de la machine répressive espagnole. Les réactions ont été nombreuses, et pas seulement de personnalités isolées, mais aussi, sotto voce, de plusieurs gouvernements européens. Les premiers à désavouer Madrid ont été les juges belges qui ont laissé en liberté sans condition Carles Puigdemont et ses ministres séjournant à Bruxelles. La réussite de la manifestation du 11 novembre va accentuer les difficultés de Mariano Rajoy : garder les têtes de liste du mouvement catalan en prison sera vécu comme une entrave inacceptable à la démocratie, et leur libération comme un désaveu de sa politique répressive. Le vent est en train de tourner.

Le mouvement En Comù, version catalane du mouvement Podemos, est traversé d’une crise liée au débat sur l’avenir de la Catalogne. Un de ses principaux dirigeants en a claqué la porte pour apporter son soutien à l’indépendance, et la majorité de ses militants a décidé de rompre le pacte passé à Barcelone entre Ada Colau, la maire issue de leurs rangs, et le Parti Socialiste Catalan dénoncé pour avoir soutenu à Madrid le recours à l’article 155 et l’incarcération des dirigeants catalans.

Pour tous, l’échéance du 21 décembre sera l’heure de vérité. La prétendue « majorité silencieuse » invoquée par Madrid sera mise à nu, et le mouvement catalan mis face à ses responsabilités historiques si le peuple lui confirme sa confiance.
Quoi qu’il en soit, la démocratie catalane aura gagné.

François Alfonsi

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