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Première rencontre officielle d’Emmanuel Macron en Europe : Angela Merkel.

Difficile de ne pas donner la primeur à celle que tous les Européens, d’Estonie au Portugal, et de Chypre en Suède, considèrent comme le « numéro un » de l’Union Européenne. Deuxième rendez-vous parmi les vingt-sept : Mariano Rajoy, le premier ministre espagnol, en visite officielle à Paris. Ce calendrier semble indiquer avant tout le choix d’exprimer une solidarité politique du nouveau président français avec l’Exécutif espagnol contre la volonté d’indépendance en Europe du peuple catalan, alors que le Président de la Generalitat vient d’annoncer un referendum d’autodétermination le 1er octobre prochain.

Lors de la conférence de presse commune des deux chefs d’Etats à l’issue de leur rencontre, la question vient de la presse, et la réponse d’Emmanuel Macron fuse : « je vais être simple et direct, il s’agit d’une affaire interne à l’Espagne ». S’il en était resté là, et il le pouvait parfaitement, cela pouvait passer : personne n’attend de lui qu’il devienne subitement le chantre du droit à l’autodétermination du peuple catalan.

Mais il n’en est pas resté là !

« Je connais seulement un partenaire et un ami qui est l’Espagne. L’Espagne toute entière. Je connais un seul interlocuteur que j’ai ici à mes côtés et qui s’appelle Mariano Rajoy, le reste ne me concerne pas. » On ne doute pas une seconde que Mariano Rajoy était aux anges en écoutant ces propos, et qu’il a trouvé avec le nouveau Président français le partenaire idéal pour véhiculer une politique de fermeture au sein de l’Union Européenne.

Même en langage diplomatique, et sans vouloir en faire trop, Emmanuel Macron aurait pu placer un lieu commun sur « l’importance pour l’Europe de la démocratie », ou sur la nécessité du compromis et de la négociation, ou une autre déclaration qui, même sans vouloir déplaire à son hôte espagnol, aurait pu être comprise comme une main tendue aux dirigeants de Catalogne. Par exemple, plutôt que sa référence à « L’Espagne toute entière », il pouvait évoquer « l’Espagne dans sa diversité ». Et son propos « je connais un seul interlocuteur, que j’ai ici à mes côtés et qui s’appelle Mariano Rajoy » semble signifier qu’il refusera même de rencontrer le Président de la Generalitat de Catalogne.

Pour les Catalans, rien de bien nouveau. De Sarkozy à Hollande, ils ont toujours eu la même réponse de l’Etat jacobin français, le principal allié en Europe de la dérive autoritaire de l’Etat espagnol qui refuse de concéder la moindre entorse à sa vision d’un Etat unitaire.
En tous les cas, pour la Catalogne la messe est dite : le grand prêtre français du jacobinisme ferraillera aux côtés de l’Espagne éternelle contre les droits du peuple catalan.

Et pour la Corse ? La religion jacobine est notre ennemi irréductible. Qu’elle soit dominante au sommet de l’Etat n’est pas une surprise en soi. Il en était ainsi au début, avant l’affaire d’Aleria, puis les concessions faites ont été régulièrement remises en cause. L’Etat avance à reculons, mais, pour autant, il n’a jamais pu enrayer le processus de prise de conscience qui a, des décennies durant, forgé les convictions qu’aujourd’hui le peuple corse exprime majoritairement.

En Catalogne aussi, le sentiment national a gagné les cœurs et les esprits. Les coalisés du statu quo n’y pourront rien : l’Union Européenne devra faire sa place au peuple catalan, pour une simple et bonne raison : il est un peuple européen ! Et le peuple corse l’est tout autant.
Tous les peuples d’Europe seront parties prenantes de l’avenir de l’Europe. C’est leur intérêt, et c’est surtout l’intérêt de l’Europe elle-même. Aucune « raison d’Etat » ne justifie aux yeux de l’Europe que l’on vienne ainsi compromettre ses intérêts au nom de constructions qui appartiennent au passé.

Le referendum catalan aura lieu, et son résultat démocratique s’imposera, quelles que soient les gesticulations de Mariano Rajoy et de ses alliés.

François Alfonsi
21 juin 2017

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