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L’heure est venue aujourd’hui de faire le point, de se concerter rapidement avec le Peuple Corse de l’île et de la Diaspora, pour trouver une solution à la question corse et nous extraire définitivement du bourbier colonial et claniste où nous avons pataugé depuis plus de 2 siècles. La liberté nous attend.

Le pouvoir central de la France est ultra-jacobin avec son Etat dominateur ; il est basé sur la verticalité abrupte et descendante des décisions et, sous couvert d’efficacité, il révèle en fait une tare originelle ; en effet, il repose sur une profonde méfiance à l’égard de la périphérie, des élites et pouvoirs locaux, en fait du peuple qu’il infantilise et domestique ; il concentre tous les leviers de conception  et de commande à Paris. Ils ont décapité le roi et sacralisé la République ultra unitaire !

La décolonisation a renforcé cette évolution alors que dans l’Europe démocratique, fleurissent les autonomies, les Länder, les Statuts particuliers, le fédéralisme et le régionalisme politique. La décentralisation en France est dérisoire si on la compare à d’autres Pays de progrès.  L’Etat n’a entamé la révision de l‘effort multiséculaire de décentralisation dénoncé par De Gaulle dans son fameux discours de Lyon en mars 1968 que contraint et forcé ;  il s’est engagé  dans cette voie à minima,  avec François Mitterrand et Gaston Defferre en 1981 !!

L’exemple de la Corse est démonstratif ; nous sommes, en quarante ans, aux quatrièmes institutions spécifiques, – une tous les dix ans- reposant sur des faux-semblants, des délégations de pouvoir restreintes et sans pouvoir réel. L’architecture coloniale repose sur la Préfecture, le SGAC, le contrôle des moyens financiers et la tutelle serrée sur les grandes décisions, régaliennes ou pas. L’objectif n’est pas d’améliorer la gestion, faciliter l’émergence d’élites locales, décentraliser les décisions,  mais d’empêcher toute évolution significative, en jouant la montre.

Cette attitude correspond totalement d’ailleurs à celle de la France vis-à-vis de l’Union Européenne où elle est la championne incontestée de « l’Europe des Etats », technocratique, qui veille sur les trésors des Finances publiques et des armées nationales, les temples de la domination. Une Europe sans âme, discréditée, peu opérationnelle, mercantile dont les peuples se détachent et où fleurissent les populismes. La lecture des évolutions récentes démontre la stratégie de l’Etat en Corse ;

Juste avant Aléria, en Mai 1975 , la pression étant forte, l’Etat crée deux départements dans l’ile, pour diviser la population, aviver les campanilismes et les appétits des notables en demande de reconnaissance, de postes  électifs supplémentaires, institutions dont la gestion est confiée au clanisme local, – courroie de l’Etat- incarné à merville, par les Conseils Généraux, hauts lieux de la démocratie et du clientélisme.

Après la secousse d’Aléria qui sonne la révolte, l’Etat accorde en 1976, la continuité territoriale dont l’objectif aurait été de mettre à parité, la Corse et la France continentale. Théoriquement. Le résultat, faible mais indéniable sur le plan  de la cherté du coût de la vie, s’est avéré, ensuite, pénalisant pour notre économique qui importe presque tout ; les importations dans l’île sont boostées et ceci ne favorise pas l’émergence d’une économie locale,  par ailleurs abandonnée à l’incurie claniste.

En 1977, alors que nous avions été à la pointe de tous les combats pour l’agriculture et pour l’intérieur de l’île désertifié, l’Etat accorde sous la pression des agriculteurs – milieu professionnel où nous pesions beaucoup-, la Safer, un outil de  préservation et de défense de la terre, outil qui n’est pas en mesure ,bien sûr,  de ralentir la déprise agricole et rurale, d’arrêter le déclin d’une activité amorcée depuis des décennies et que la mirage de la mise valeur de la Côte orientale n’a pas pu masquer longtemps.

Mai 1981 marqué avec François Mitterrand une inflexion positive, incontestable, de la politique de la France en Corse, avec le Statut particulier, la libéralisation de l’information, la dissolution de la Cour de Sûreté de l’Etat, la libération et l’amnistie des prisonniers politiques, l’Université, etc. Mais le passif séculaire était si considérable, la population si déresponsabilisée, la démographie si atone, le clanisme toujours si puissant avec l’accord de Paris, les avancées institutionnelles si faibles, que l’emprise coloniale, légèrement assouplie, n’a pas pu être desserrée.

A posteriori et compte tenu de l’évolution ultérieure de la politique française en Corse, il apparait que Mitterrand, ayant compris le sens de la revendication d’émancipation nationale, désireux de la conjurer, conscient de la faiblesse du peuple corse et de ses potentialités de mobilisation, utilisant un clanisme qu’il condamnait mais qui le servait, a consenti les réformes minimales, pour nous désarmer, nous rassurer mais sans jamais rien céder sur l’essentiel. Avec au sommet de son grand art florentin » «  le peuple corse, composante du peuple français, » trouvé par Maître Badinter et naturellement retoqué par le Conseil Constitutionnel.

Le scandale a continué avec le Statut Joxe de 1990, les « Accords de Matignon » de 2002, la mandature rétrograde de Hollande-Valls de 2012 à 2017, le Statut de Collectivité Unique en gestation actuellement ;  une véritable  usine à gaz, impropre pour assurer la survie du peuple corse, la démocratie et la construction d’une économie, normale et raisonnable. La grande victoire politique actuelle serait la disparition des Départements que nous revendiquons depuis quarante ans !!!

Aujourd’hui, nous arrivons, avec une analyse lucide, à un carrefour historique.

L’imposture et les mensonges d’un Etat, soutenu par les dynasties locales et aggravés par la répression des patriotes corses, nous a plongés dans la lutte, dure, inégale, salvatrice dont le peuple, après plus de quarante ans de sacrifices, commence à peine à percevoir les dividendes ; avec les victoires à la mairie de Bastia en 2014, à la CTC en 2015, après l’accession de la Corse aux responsabilités de la direction de la Commission des Iles de la CRPM,   les élections législatives de 2017 confirment la force du courant novateur et la profondeur de la désagrégation claniste, un système qui a ruiné notre peuple et qui est totalement obsolète et dévalué.

Nous ne sommes pas prêts de croire aux manières civilisées du Président de la RF, à l’exégèse de ses propos,  aux palinodies et à atermoyer encore dix ans. Nous n’avons plus le temps ; pour l’heure, il est totalement hermétique à nos revendications de base :  un peuple reconnu dans son existence et dans ses droits, libre de choisir son destin,  signant un nouveau contrat avec l’Etat –respectueux des intérêts légitimes des deux parties- et dans un cadre européen. L’Autonomie interne doit être la prochaine, nécessaire et rapide institution pour répondre aux exigences populaires et aux défis de la modernité.

La liberté est un droit pour tous les peuples, reconnu par les Nations Unies. Nous l’exigeons parce que c’est légitime, parce que c’est juste, parce que les Corses font déjà et feront demain  ce choix démocratiquement. L’Etat a deux possibilités : le dialogue apaisé pour une vraie solution politique ou le conflit avec une aggravation assurée. Nous sommes prêts à être des partenaires égaux mais aussi des adversaires résolus. Au soir de ma vie, – engagée et claire- je préfèrerais la première solution. S’il le faut, je choisirais la seconde sans aucune hésitation et sans tarder. Espérons que la raison prévale enfin.

Dr Edmond Simeoni
Ajaccio le 17 Juin 2017

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