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(1er juin 2017 – 11h00) Chers collègues,

Pour commencer, je voudrais que nous ayons une pensée pour une ancienne conseillère territoriale, partie trop tôt, Marie-Jeanne Mosconi, élue en 2007.

Je veux également saluer la mémoire de Jean-Paul Jimenez, agent des routes de la CTC, qui nous a quittés au mois de mai. Qu’ils reposent en paix. Pour eux, je vous demanderais de respecter une minute de silence.

Je voudrais vous dire, solennellement, combien je suis inquiet pour notre jeunesse. Je voudrais vous dire combien il me semble inacceptable de savoir que des jeunes étudiants, ou même lycéens, sont incarcérés alors qu’ils devraient être sur les bancs de l’Université ou du lycée.

« La situation ne cesse d’empirer »

On sait que dans chaque pays, à toutes les époques, la jeunesse a toujours représenté la part de la population la plus prompte à s’enflammer. On sait également qu’aujourd’hui notre jeunesse est en proie à de vives inquiétudes que nous n’avons pas eu à connaître.

À l’issue de nos études, nous étions certains de trouver du travail, de pouvoir nous loger, de fonder une famille. Les temps ont changé. Aujourd’hui, le diplôme ne représente plus l’assurance de trouver un emploi. Pire, l’emploi, quand on le trouve, peut aussi transformer un jeune en travailleur pauvre. Pour la première fois depuis le Moyen-Âge, les jeunes d’aujourd’hui connaîtront des conditions de vie moins bonnes que celles de leurs parents.

Nous transmettons à nos jeunes un monde moins sûr que celui que nous avons connu. En Corse comme ailleurs, la jeunesse est une braise. Ceux qui cherchent à l’attiser prennent une énorme responsabilité. Il faut le dire. L’affaire Reims-Bastia a représenté une grande injustice. Nous avons vu les films des rues de Reims mais les violences faites aux jeunes sont protégées et tues par l’autorité de l’Etat. Après plus d’un an de batailles pour la justice, malheureusement, rien n’a progressé.

Aujourd’hui, je veux vous rappeler que la jeunesse subit chaque jour la répression ; il n’y a pas une semaine sans arrestations massives. 150 arrestations, cela correspond, pour 320 000 habitants, à 30 500 arrestations au niveau de la France. Plusieurs jeunes sont désormais incarcérés et ont mis en danger leur santé avec des grèves de la faim et des plateaux. Certains sont mineurs. Plus ils sont jeunes, plus les conséquences pour eux peuvent être importantes.

« Ces jeunes sont nos enfants, à nous tous »

Ces jeunes, vous le savez, vous qui êtes père, mère, enseignant, vous le savez, ce sont les enfants de chacun d’entre nous ici. Tous. Les démarches que nous avons portées avec l’ensemble de la majorité territoriale et avec le Président du Conseil Exécutif, la délibération de l’été dernier de l’Assemblée de Corse, nos appels à l’apaisement sont restés vains. Il faut bien le reconnaître.

« Pourtant, il y a urgence »

Personne ne peut présumer de ce qui va se passer désormais. Personne ne connaît les conséquences que cette situation aura sur l’ensemble de la société. Nous pouvons craindre le pire. Je l’ai déjà dit, je me dois de le répéter aujourd’hui, devant notre Assemblée. Nous ne pouvons pas abandonner nos jeunes. Nous ne pouvons pas les laisser en prison sans faire notre possible pour rendre leur vie plus sûre, plus belle, plus juste et plus libre. J’ai été saisi il y a plusieurs jours par le groupe majoritaire de l’Assemblea di a Giuventù. J’ai reçu une délégation. Ces jeunes m’ont demandé d’oeuvrer en faveur de l’apaisement de la situation. Pour leur part, ils m’ont assuré être prêts à prendre en compte un geste de la part de Paris. J’ai consulté également les autres présidents des groupes de l’Assemblea di a Giuventù.

De manière générale, leur point de vue est le même. Désormais, il m’appartient de saisir cette Assemblée. Face à la gravité de la situation, il me semble primordial d’adopter une position collective, claire et unie. Je crois que nous serions irresponsables si nous ne faisions pas tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les jeunes à sortir de ce cycle infernal qui ne porte aucune promesse d’avenir pour notre pays. J’ai rédigé une proposition de motion qui pourrait être signée par l’ensemble des groupes de l’Assemblée de Corse. Il s’agit d’une proposition. Je voudrais que, au manque de respect des institutions de la Justice face aux jeunes, l’Assemblée de Corse puisse répondre par un acte de confiance envers notre jeunesse. Je convoquerai une Conférence des présidents pour en parler aujourd’hui à 14 heures.

Nous pourrons parler des mots précis, de ce que nous voulons dire, nous pourrons parler de notre façon de mesurer notre responsabilité. Et nous pourrons parvenir, je l’espère, à un texte commun.

« La place des jeunes ne sera jamais en prison »

Les jeunes doivent être au lycée, à l’université, ils doivent découvrir le monde et apprend

re. Chaque jeune incarcéré, c’est le signe d’un échec, le signe d’une erreur quelque part dans la société. Nous avons une responsabilité morale et politique vis-à-vis des jeunes. Nous devrons décider ce que nous devons faire pour être à la hauteur de l’appel à l’aide de notre jeunesse.

Je vous remercie.

Jean-Guy Talamoni, Président de l’Assemblée de Corse

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