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L’assassinat de la député anglaise Jo Cox a jeté un voile de deuil sur toute l’Europe. Sans doute la campagne sur le Brexit britannique en a-t-elle été bouleversée. Jusqu’à quel point ? Le résultat du jeudi 23 juin* le dira. Mais ce geste épouvantable d’un « fou du Dieu Etat britannique » est la manifestation de l’obscurantisme qui se répand en Europe, du Yorkshire à l’Europe de l’Est, de l’extrême droite française aux néo-nazis de l’Aube dorée en Grèce.

A n’en pas douter, le vote britannique sera capital pour l’avenir de l’Europe. Un score serré pour le oui ne règlera rien définitivement. Mais le projet européen sera au moins en sursis, tout en laissant pendant le problème majeur qui le mine, à savoir une absence de désir au sein des nouvelles générations qui n’ont pas grandi dans l’omniprésence du souvenir du nazisme et de la seconde guerre mondiale. Par contre, si le non passe, cela réveillera tout ce que l’Europe compte de nostalgiques d’un passé révolu, qui n’existe plus que dans leurs rêves, mais auquel ils s’accrochent avec fanatisme.

Non on ne reviendra pas à une Europe dominant le monde du haut de son avance démographique, technologique et économique. Ce qui était vrai au début du 20ème siècle ne l’est manifestement plus aujourd’hui, ni démographiquement, -le ratio de population entre l’Europe et le reste du monde n’est que de un sur 14 désormais quand il était de un pour 4 en 1900-, ni technologiquement, -depuis l’après-guerre le génie des découvreurs est bien davantage outre-Atlantique, notamment ces trente dernières années avec les développements de l’internet, ni économiquement – les économies émergentes comme la Chine rivalisent désormais avec le PIB européen.

Face à ces acteurs majeurs de l’économie mondiale, l’Europe peut encore rivaliser. Mais, elle ne peut plus envisager de les dominer comme elle le faisait il y a encore un siècle à peine, quand une guerre civile européenne entre l’Etat français et l’Etat allemand était alors spontanément appelée une « guerre mondiale ». Et ce que l’Europe peut encore faire, aucun de ses Etats-membres ne peut espérer le faire séparément.

JoCox

Chez beaucoup, particulièrement à l’extrême droite, le refus de la mondialisation des temps actuels exprime en fait la nostalgie de la mondialisation « à l’ancienne », celle qui permettait à certains en Europe, notamment le Royaume Uni, de dominer le monde grâce à la colonisation. Mais ce temps est révolu, définitivement. Les petits peuples, qui n’ont jamais dominé personne, l’admettent facilement. Mais chez ceux qui ont dominé des continents entiers, comme le faisait l’empire britannique, cela génère encore des frustrations irrépressibles, comme celle qui a conduit un déséquilibré à poignarder à mort la député travailliste en hurlant « Britain First ».

La construction européenne c’est avant tout la réponse raisonnable des peuples européens à la nouvelle réalité mondiale. Le PIB de l’Europe c’est encore un quart du PIB mondial, et cela permet à ses habitants, bien que beaucoup moins nombreux proportionnellement, de peser encore fortement dans les équilibres mondiaux, c’est à dire, ni plus ni moins, dans la préservation du monde contre de nouveaux conflits dévastateurs pour l’Humanité. Et aussi pour garantir l’Europe elle-même contre des conflits qui la mettraient en danger, et pas seulement économiquement. Car le monde est dangereux, l’actualité nous le fait savoir quotidiennement, particulièrement aux portes du continent européen.

En relançant un projet national pour leur peuple, les Ecossais ont redonné sens à leur participation à l’Union Européenne. Idem en Irlande du Nord depuis la fin du conflit entre Londres et les nationalistes irlandais. Au Pays de Galles aussi, l’adhésion à l’Europe progresse au rythme de la prise de conscience nationale dont Plaid Cymru est la représentation politique. Mais en dehors de ces peuples qui pèsent 15% du corps électoral global en Grande Bretagne, le Brexit est porteurs d’illusions potentiellement dangereuses. Le geste fou qui a tué Jo Cox ces derniers jours en est l’expression. Puisse-t-il avoir réveillé ceux qui, par nonchalance, auraient pu manquer à l’appel du oui à l’Europe des peuples !

François ALFONSI

*Par tradition, les Britanniques votent le jeudi, et non le dimanche. Notre journal paraissant le jeudi, cet article a été écrit avant que le résultat du référendum ne soit connu.

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