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Pour la troisième fois consécutive, le SNP conduira, à la tête d’une très large majorité, les institutions écossaises. Nicola Sturgeon, qui sera candidate à sa réélection comme first minister a annoncé son projet : relancer le processus référendaire afin de conquérir l’indépendance de l’Ecosse. Par ailleurs, même s’ils sont moins éclatants que ceux d’Ecosse, les résultats des autres partis de l’ALE engagés au Royaume Uni, notamment Plaid Cymru au Pays de Galles, sont eux aussi très encourageants.

129 sièges sont pourvus pour le Parlement écossais d’Holyrood à Edimbourg, désignés lors d’un scrutin où chaque électeur dispose de deux bulletins : un pour les élections à l’échelon écossais, dont les résultats définissent à la proportionnelle le nombre de députés de chaque parti, et un autre pour élire son représentant dans sa circonscription, qui sont au nombre de 73. Une fois ces 73 élus de façon directe, les 56 sièges restants sont pris sur les listes régionales présentées par chaque parti. Avec près de 42% des voix, le SNP obtient 63 sièges. Il remporte 59 circonscriptions sur 73, et quatre autres ont été élus sur la liste proportionnelle. Il rate la majorité absolue, qui est de 65 sièges, pour deux sièges seulement.

Le SNP est le parti au pouvoir en Ecosse depuis deux mandats, majorité relative de 41 sièges en 2007, 630.000 voix environ (31,0%), majorité absolue de 69 sièges en 2011, 875.000 voix environ (44,0%), et très large majorité relative de 63 sièges en 2016 avec 950.000 vois environ (41,7%).

La nouveauté de ce scrutin 2016 est la poussée des conservateurs qui ont même dépassé les travaillistes, chose qui semblait impensable depuis que la démocratie existe au Royaume Uni. Avec environ la moitié des voix du SNP, ce bloc pro-britannique reste cependant très loin derrière, mais c’est le signe d’un ralliement au parti au pouvoir à Londres de la fraction d’opinion la plus anti-indépendantiste et la plus eurosceptique. Parmi les autres partis, une poussée du parti vert, lui-même pro-indépendantiste, assure aux idées nationalistes une large majorité en sièges.

La continuité assurée au SNP pour conduire les affaires de l’Ecosse, durant trois mandats consécutifs, est révélateur de la pertinence des politiques menées par ce parti nationaliste qui a fait de l’action sociale la priorité de ses politiques publiques. Nulle part comme en Ecosse le système de santé n’est aussi soutenu, les étudiants sont préservés des politiques élitistes qui dominent à Londres, la politique énergétique est à l’avant-garde de l’utilisation des énergies renouvelables, l’ouverture de crèches et de services sociaux pour les familles est une priorité, tout comme la politique d’intégration des immigrés. Le SNP est sans doute le parti qui en Europe, malgré les compétences limitées de son autonomie, mène la politique sociale la plus exemplaire, quand les partis de gauche au pouvoir dans l’Union, à commencer par la France, mais aussi l’Italie ou d’autres, y ont le plus souvent renoncé.

FrancoisAlfonsiL’autre priorité du SNP est son engagement pro-européen, et, dans un Royaume Uni très eurosceptique, notamment à travers ses grands médias de la presse écrite et audio-visuelle, ce combat est particulièrement courageux. A l’heure du referendum britannique sur le Brexit, face à toutes les démagogies londoniennes, l’Ecosse entend affirmer son arrimage à la construction européenne, au besoin en déclarant son indépendance si Londres décidait, en lieu et place du peuple écossais, de quitter l’Union.
Pour l’ALE l’autre bonne nouvelle de ce scrutin est la progression de Plaid Cymru, et notamment l’élection de sa leader, Leanne Wood, dans une circonscription très difficile, jusque là bastion du parti travailliste. Le parti travailliste a perdu sa majorité absolue et entamé des discussions avec Plaid Cymru qui pourrait alors revenir au gouvernement régional.

Les élections du 5 mai au Royaume Uni ont renforcé les processus d’émancipation des peuples d’Europe. L’Ecosse reste une locomotive pour tous, avec le SNP en situation de gouverner pour la troisième fois consécutive. A noter, car c’est important pour nous : il y a quatre territoires en Europe où des partis nationalistes dirigent les institutions locales : l’Ecosse, la Catalogne, le Pays Basque, … et la Corse.

François ALFONSI