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(article du 20 octobre 2015 – CM) La convention de Versailles de 1737 garantit le maintien de la Corse dans le cadre génois. La France dépêche le Comte de Boissieux, qui débarque à Bastia avec trois mille hommes

Malgré la suspension de tout commerce dans l’île, la révolte ne cesse pas au point que Gênes demande l’aide de la France. En novembre 1737 à Versailles, M. de Maurepas Secrétaire d’Etat à la Marine ne se berce pas d’illusions, écrivant à M. de Campredon son représentant à Gênes :

« Certainement ce ne sera pas par des sièges et par des batailles que l’on réduira les révoltés, s’ils veulent faire aux troupes du Roi une résistance aussi longue et aussi obstinée que celle qu’ils ont faite jusqu’à présent aux Génois. »

Toutefois, la République dit s’en rapporter au Roi seul juge « s’il convient ou non qu’il reste quelque partie de ses troupes dans l’île », étant convenu que la plupart des révoltés se disent « disposés à se soumettre à des conditions équitables que la France imposera. » Maurepas conseille au commandant des troupes royales « de s’aboucher avec M. Wachtendonk » – chef de guerre allemand ayant combattu dans l’île – afin de s’informer sur la réalité du terrain.

Pour les troupes françaises, la mission est claire : prêter main forte aux Génois en empêchant la Corse de passer sous une autre domination que celle de la République. Au moment où Louis de Boissieux débarque à Bastia, les « révoltés » reçoivent vingt-quatre caisses d’armes, trente barils de poudre, trois cents lingots de fer et quelques trente mille pierres à fusil par une barque catalane.

On fait dire aux chefs de la révolte qu’ils sont désormais connus et qu’ils n’échapperont pas au supplice. Pour Campredon, « ce ne sont pas là des préliminaires favorables à la négociation de M. de Boissieux dont on parle déjà dans les conversations génoises avec une liberté qui approche fort de la plaisanterie. »

Pas de bois pour les troupes françaises logées à Bastia dans des « cloaques »

Le 23 février 1738 les Corses se concertent sur la conduite à tenir face à cette nouvelle donne. Le gouverneur génois Mari préconise une action dure « pour mettre l’île à feu et à sang et faire mourir tous les chefs des rebelles. »

De tels propos sont répandus jusqu’aux oreilles des révoltés. Selon D’Angelo, vice-consul de France à Bastia, il s’agit de les « éloigner de toute soumission aux ordres du Roi et de toute intelligence avec M. le Comte de Boissieux. » Une felouque partie de Portoferraio arrive à Bastia avec un message pour le gouverneur : un vaisseau est prêt à partir de Porto Longone chargé de munitions et de provisions pour les rebelles.

Quelques semaines après son arrivée à Bastia, le Comte de Boissieux fait l’objet de plaintes auprès du Sénat à Gênes. Informé, Campredon en alerte aussitôt l’intéressé par une lettre du 19 février 1738.

Pour de Boissieux, il ne s’agit que de viles calomnies, et il s’en explique : « Je commence par vous dire qu’il n’y a pas un mot de vrai de tout ce que vous me marquez à cet égard. Premièrement, je n’ai encore eu avec les rebelles aucun commerce de quelque espèce que ce soit, et il ne s’est trouvé aucune occasion à pouvoir juger que j’aie voulu

empiéter sur la juridiction de la République. Ce n’est point mon intention. » En revanche, le Comte de Boissieux se plaint de la réception faite à ses troupes à La Bastia « sur la destination des cloaques les plus infâmes pour le logement de la plus grande partie des officiers, rendus même encore plus horribles par des dégradations préméditées. » Mais il y a pire à ses yeux. L’hiver est là, et ses troupes risquent de manquer de bois de chauffage.

Devant le risque de pénurie, le général se verrait contraint de faire couper les arbres de la ville, disposition qu’il envisage à contre coeur mais comme une « extrémité » nécessaire, priant Campredon de plaider sa cause auprès de Gênes. Pousser les soldats à couper des arbres fruitiers en ville alors que la Corse exporte du bois en Provence, dans quel dessein ? Le Sénat s’empresse de faire venir du bois pour les troupes françaises « rejetant toute la faute de ce manquement sur la malice des

habitants et de La Bastia qui s’entendaient dit-il, avec les soulevés. » Si de Boissieux ménage le gouverneur par souci diplomatique, il n’en dénonce pas moins les petitesses dont il se dit la victime, des gens espionnant jour et nuit sa maison pour observer qui entre et qui sort.

La ligne politique génoise est de faire comprendre aux Corses qu’ils ne doivent pas espérer de la part du Roi de France une situation plus douce et plus équitable. Selon Campredon, le but des Génois « serait de faire de la Corse un pays de conquête, de la diviser en fiefs pour la partager entre nobles qui ont le plus de crédit. » En mai 1738, le Comte de Boissieux écrit au Cardinal de Fleury, Premier ministre de Louis XV pour lui résumer la situation : « Quelle félicité pour lui si le Roi voulait mettre la Corse au nombre de ses provinces…

Au surplus, soyez persuadé Monseigneur, que si la France la perd de vue, elle échappera infailliblement aux Génois. Les principes de leur gouvernement et l’antipathie des Corses les livrera à la première puissance qui voudra leur faire la faveur de les recevoir. »

À sa lettre, il joint une supplique des députés corses Orticoni et Gaffory demandant audience au Cardinal tout en montrant beaucoup d’intérêt, par des formules de politesse, au rétablissement de sa santé. Le Cardinal de Fleury leur répond en adressant parallèlement un courrier à de Boissieux révélant les véritables intentions du Roi en ces termes : « Sa majesté ne pouvait, sans manquer à son honneur ni à sa parole, traiter autrement avec eux que sous la condition qu’ils se remettront sous l’obéissance légitime de leurs souverains.

La République de Gênes lui a confié tous ses intérêts et je ne crois pas qu’il soit impossible de les concilier avec ceux des mécontents. » Le Roi appelle également à « la suspension de toutes les hostilités à laquelle les mécontents ne peuvent se dispenser d’obéir. » La teneur de cette lettre n’est pas vraiment de nature à apaiser les craintes du chanoine Orticoni et de Gaffory. Or, coup de théâtre en septembre : le gouverneur Mari fait savoir au Sénat que trois vaisseaux battant pavillon hollandais rôdent autour de Porto-Vecchio et que des lettres signées de Théodore auraient été diffusées, annonçant son retour avec des soldats et des munitions….

Extrait du nouveau Settimana, en supplément de votre Corse-Matin du vendredi 16 octobre

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