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(Unità Naziunale – 10 janvier 2018 – 10h30 Il y a eu par le passé des saisons où les incendies étaient au moins aussi nombreux et importants? (1971 : 35000 ha brulés dont désastre de l’Ostriconi fin août … entre-autres!).

Mais à l’époque il y avait moins de constructions, et elles n’étaient surtout pas érigées partout comme aujourd’hui.., et en dépit du « bon sens »!! Et surtout il y avait plus de ruraux qui travaillaient le maquis et le « contrôlaient » plus ou moins…

ET ça c’était avant !!

Depuis avec l’industrie du feu et la spéculation sur les terres, les causes des incendies se sont diversifiées : irresponsabilité collective et individuelle, perte du sens du bien commun, chasseurs, bergers, fous en tous genres, campeurs sauvages, mécontents ou revanchards des PLU et du PADDUC… la liste n’est pas exhaustive…

Incendies sur fond de sécheresse et de vents violents

Cette année, après les durs incendies de cet été, la Corse a encore brûlé, et ce en Hiver!! On pouvait pourtant espérer diminuer les dangers de ce fléau avec la fin de la saison chaude et souffler en cette saison en faisant surtout de la prévention en prévision des risques de l’été prochain..

Mais voilà, disgrazia, cette année aura été terribe, car la sècheresse sévit partout, particulièrment sur le pourtour  Méditerranéen!!! Et nombre de pays doivent payer un lourd tribut en matériels et en hommes..

Cette année  les pluies se sont donc faites attendre,  pour être au final trop insuffisantes pour régénérer la nature et  les  nappes phréatiques La sècheresse n’a guère disparu, perdurant depuis des mois. Et Il faut ajouter à cela les vent violents qui s’abattent de plus en plus y compris sur notre ‘île, signe évident d’un changement total des conditions climatiques et du réchauffement de la planète..

Aussi la Corse a-t-elle encore payé chèrement, une fois de plus,dans des circonstances dramatiques pour la nature, les habitations, les humains et les troupeaux..

En contrepoint,  les Corses auront montré le côté positif de certaines de leurs valeurs ancestrales par un  magnifique élan de solidarité comme seule l’île peut en faire la démonstration dans ces moments-là…

Les soldats du feu ont été exemplaires d’abnégation et de courage. Par ses dons de toute nature, la population a fait montre de son soutien dans tous les domaines, y compris par un investissement sur le terrain (transports, hébergements des sinistrés, aides de toutes sortes, réconfort des familles touchées..) et même dans les reconstructions..

Et maintenant ?

Mais, l’émotion  et la mobilisation  passées que faire maintenant ? Tout va-t-il redevenir come avant avec un peu plus de notre patrimoine parti en fumée, des plaies plus ou moins soignées mais non refermées, et des dégâts considérables en tous genres plus ou moins réparés ?

Maintenant, au-delà et au-delà des sentences et appels au meurtre sans appel lancées à tire larigot via les réseaux sociaux ou les discussions dans la rue contre les incendiaires, qu’allons-nous  faire  ?

Rebâtir et panser les plaies… de celles et ceux qui ont particulièrement souffert de ces incendies, notammant les bergers qui ont perdu le fruit de leur  travail et les habitants qui ont du fuir leurs maisons dont certaines sont parties en fumée, avec leurs souvenirs familiaux, inestimables pour eux.

Mais au-delà de l’immédiat, Une fois la tension retombée, la vie va-t-elle continuer comme durant ces dernières années ? Le moment n’est-il pas venu de réfléchir et de se poser les bonnes questions ?

La réalité rurale d’aujourd’hui

La réalité aujourd’hui est qu’en Corse, l’Urbanisation gagne avec un développement des zones urbaines et péri-urbaines, alors que le rural se meurt. Avec cette urbanisation, la Corse se convertit, volens/nolens à «son art de vivre»  citadin tandis que les comportements individualistes/égoïstes gagnent au détriment de ce qui faisait la force du monde rural, à savoir une “vraie vie paysanne” faite de travail au quotidien sur fond d’activités agricoles avec une véritable occupation du maquis.

Hors les incendies sont aussi la conséquence de l’abandon de l’espace rural. Les villages se vident ou sont des villages-dortoirs, les terrains sont déclassés au profit de la spéculation ou sont envahis par les ronces !
                                             

Quelles solutions ?

Lutter contre les incendies passe par une réelle politique de prévention, car il ne faut pas attendre que les incendies éclatent pour lutter efficacement contre ce fléau, même si on augmente constamment les moyens en hommes et en matériels aériens et terrestres pour le combattre une fois qu’il s’est déclaré.

Cette prévention doit être permanente. Remarquons au passage cependant que si l’on compare avec les saisons passées, les incendies sont toujours moins nombreux en cas de fortes pluies en avant-saison!!! Par contre les risques se multiplient en cas de sècheresse !

Peut-être faudrait-il commencer d’abord par réaliser un audit sérieux sur les politiques de prévention (à grand renfort de financements) mises en place depuis une dizaine d’années au moins et les moyens de lutte aériens et terrestres  engagés ?

Mais au-delà de la prévention et de la lutte anti-incendies sur le terrain, la vraie solution qui pourrait réellement changer la situation et faire évoluer les choses implique de ne pas laisser mourrir la Corse de l’intérieur…. malheureusement si durant l’après-guerre jusqu’aux années 70-80, la Corse rurale représentait 80 %  de la population corse, alors qu’aujourd’hui, elle ne représente plus en ce début de 21ème siècle que 20 % contre 80 % pour les zones urbaines et péri-urbaines.

Malgré cela, des réponses à cette problèmatique existent. Elles sont diverses  mais elles impliquent un engagement des Corses individuellement ou familialement

Il ne suffit plus, pouer les Corses des villes qui désormais n’habitent plus les villages, d’y monter pour les fêtes, ou d’y séjourner durant les vacances ?

Les Corses de la Diaspora devraient “revenir au pays” comme après la guerre, et non plus se contenter, comme depuis quelques décennies d’y revenir pour  les vacances, “en estivants” pour aller à la plage ou profiter des loisirs de l’été comme n’importe quel touriste.  Ils doivent comprendre que  la vie au village ce n’est pas que ça et se rappeler qu’eux aussi ont un héritage avec des constructions et des terrains dans ces communes du rural. Déjà simplement débroussailler les jardins jadis cultivés par nos familles durant des générations ne devrait-il pas être un réflexe naturel pour nous tous ?

Mais au-delà des engagements individuels, il faut aussi et surtout des réponses collectives, institutionnalisées.. et mettre un terme au lascia-corre plus ou moins génarlisé, au manque de respect envers la nature, et le reste et à l’irresponsabilité individuelle et collective des gens qui y habitent en permanence ou qui y séjournent ponctuellement, en les rappelant à leurs devoirs élémentaires vis-à vis de notre patrimoine collectif, des constructions ou des terrains qui sont les leurs ou qu’ils occupent par location ou bail quelconque. Ne serait-il pas temps que les maires imposent enfin à leurs électeurs permanents, ponctuels, ou simples propriétaires dans l’indivision ou non de débroussailler les jardins envahis par les ronces bordant nos villages, constituant une menace et un danger d’incendie en faisant payer des amendes ?

L’heure ne serait-elle pas venue enfin et surtout pour nos institutions corses de lancer une véritable politique agricole pour aider nos jeunes à s’installer, une politique de pluri-activités pour aider celles et ceux qui y vivent et y travailent à développer leurs entreprises, (artisanat, petits commerces…) pour reprendre en main ces terrains abandonnés, une politique de défense et de développement des services publics de proximité ?  Quitte pour les collectivités à imposer  aux héritiers plus ou moins fantômes, éparpillés de par le monde, de ces maisons en ruines et de ces terrains en friche de les céder par location ou vente (tout en respectant leurs droits de propriétaires pour éviter certains « détournements d’utilisation » des terrains) à ces ruraux qui  font survivre l’intérieur de l’ile ?

Mais pour que la revitalisation de l’intérieur ne soit plus un simple slogan de bonne conscience, il faut aussi opter pour un autre type de développement (avec un équilibre-intérieur-littoral, où l’agriculture et le monde rural auraient toute leur place comme vecteur important de l’économie de l’île, et non plus un simple rôle-alibi ou vitrine publicitaire sur fond d’assistanat et de clientélisme) que celui imposé à l’île depuis des décennies, un pseudo-développement basé sur le tout-tourisme, qui ne profite qu’à une minorité, tandis que la majorité des Corses se paupérise, voire se précarise, et à quelques secteurs (parasites) liés à ce tourisme, à savoir les grosses structures agro-alimentaires, les tours-opérators, les entreprises de construction qui sous-traitent à des locaux de moins en moins corses, les circuits bancaires et les agences immobilières..

En conclusion

Sinon, avec la disparition du travail de ces terrains et d’un semblant d’activités économiques impliquant une vraie occupation des villages, des terres et du maquis, le rural sera voué inéluctablement à ne plus représenter qu’une multitude de  bourgs-dortoirs, sans âme et sans réelle vie, où se multiplieront les Résidences secondaires et ne se développeront plus que les loisirs/activités champêtres durant l’ete et les vacances estivales ou hivernales…

Mais la Corse rurale de nos parents ne sera plus alors pour celles et ceux qui l’auront connue ou qui y auront vécu leur enfance ou leur vie ne sera plus pour eux qu’un paradis perdu…

Petru Poggioli

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