X

Lors des choix essentiels, un moment d’hésitation est toujours de mise.

Surtout si le choix est à « enjeu différé », c’est à dire qu’il bouscule une situation actuelle somme toute plutôt confortable dans l’intention d’en créer une autre radicalement meilleure dans un futur plus éloigné.

Effectuer une rupture pour sortir d’une crise, c’est psychologiquement plus facile : il n’y a rien à perdre, il faut chercher à rebondir pour éviter le pire qui s’annonce. Effectuer une rupture pour sortir d’une situation d’euphorie qui endort la lucidité fait hésiter davantage. Ils sont légion les proverbes qui prônent l’immobilisme: « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » par exemple. Et pourtant il faut passer outre.

Ce qui est en jeu, ce n’est pas l’élection de la prochaine Assemblée Territoriale de Corse en décembre prochain. Tous les observateurs la donnent comme acquise pour la majorité sortante après son succès sans appel à l’élection législative.

Ce qui est en jeu, c’est la réussite de la mandature qui va suivre, et la montée en puissance du mouvement populaire qui tiendra le rapport de forces nécessaire pour faire s’épanouir la nouvelle Collectivité Unique, capitaliser la confiance du peuple corse, et, in fine, faire céder l’Etat français sur l’autonomie du peuple corse. L’enjeu, ce n’est pas l’élection dans 4 mois, mais l’autonomie dans 4 ans !

Or, pour s’inscrire dans une perspective de moyen et long terme, nous ne sommes pas en ordre de marche. Max Simeoni l’a maintes fois exprimé dans ces colonnes, et encore dans un récent numéro: «La tâche historique est énorme. Il convient de mettre de l’ordre dans la « famille», de regrouper les troupes derrière un même fanion pour mener la bataille des territoriales dans cinq mois. La victoire est belle et exalte l’espoir. Encore faut-il ne pas s’endormir, mais exploiter la victoire pour aller plus vite et plus loin vers l’objectif historique, et, de victoire en victoire, gagner la guerre contre l’injustice faite à ce Peuple, le nôtre. »

Depuis 2010 et son irruption sur la scène politique insulaire, Femu A Corsica a révolutionné la vie politique en Corse. Installée comme première force d’opposition en 2010 à sa création, elle a été à l’origine de la disparition du totem jacobin Zuccarelli à Bastia (2014), puis de l’éviction de la «maison Giacobbi » à la tête de l’Assemblée de Corse (2015), et, tout récemment, de la chute du bastion de Rocca Serra à Portivechju !

Sur la base de ces succès successifs, la route semble plus dégagée que jamais pour que le mouvement national, depuis la tête de l’Exécutif, puisse mener sur le long terme un combat historique pour l’avenir du peuple corse.

Jean François Stefani l’a analysé à l’attention des membres du Cunsigliu du PNC:

« Le nationalisme corse s’apprête à prendre les rênes, pour quelques années, d’un pouvoir régional renforcé. Il ne s’agit plus maintenant, simplement de gagner les élections. Pour ça, une coalition électorale, même chaotique, peut faire l’affaire, les dernières élections législatives en attestent. Il s’agit de construire la nation corse, un défi sans commune mesure avec la tambouille électorale. Comment traduire ce formidable élan électoral en force politique nécessaire à l’exercice du pouvoir ?

Qui ne voit pas le manque cruel de forces vives pour accomplir l’immensité de la tâche, que ce soit en responsabilité politique ou en relais sur le terrain ?

Comment mobiliser, au sein de cet électorat nouveau, les bras, les cerveaux et les énergies nouvelles pour bâtir la nation ?

Voilà les enjeux historiques du moment, si on veut bien prendre un peu de hauteur. Qui peut imaginer sérieusement aujourd’hui que le PNC ou Inseme, dont les capacités d’action et de production tournent pour le moins au ralenti, soient séparément suffisamment attractifs pour ces forces nouvelles ?

Qu’a-t-on à craindre, après tant de campagnes et de succès en commun, d’une fusion qui ne serait que la suite logique des multiples fusions déjà intervenues dans la restructuration de l’offre politique depuis les ancêtres UPC et MPA?

Quels sont les éléments objectifs de nature à retarder légitimement cette fusion ?

Personnellement, je ne vois que des éléments qui concourent à la nécessité d’accélérer le processus. »

Cette analyse est lucide et limpide. Je la fais mienne sans réserve, et je propose à chaque lecteur d’Arritti d’en faire de même.

Femu a Corsica. Sùbitu !

François ALFONSI

à suivre sur  l'application android Unità Naziunale ou bien sur ce lien mobile (Apple, tablettes...)