Langue corse : une lettre ouverte appelle à « un autre art de gouverner les langues »

(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, publié le 15 mai 2026) Dans une lettre ouverte adressée au préfet de Corse après son intervention dans l’émission « Cuntrastu » sur Via Stella, Jean-François Bernardini revient sur la situation de la langue corse et sur le dossier de Scola Corsa.

Tout en reconnaissant la connaissance du sujet et le respect du cadre administratif actuel, il estime que la situation ne peut être comprise sans prendre en compte l’histoire plus ancienne de la politique linguistique menée en Corse.

L’auteur évoque un long processus ayant conduit, selon lui, à un affaiblissement profond de la transmission de la langue corse. Il souligne notamment que celle-ci ne serait plus transmise naturellement que dans une faible part des familles insulaires, entraînant la disparition progressive des locuteurs natifs et fragilisant à terme l’ensemble de la pratique linguistique.

Jean-François Bernardini considère que les initiatives actuelles visant à défendre et transmettre la langue corse traduisent une volonté de sauvegarde culturelle et une réaction face à ce qu’il décrit comme une forme de « mort culturelle ». Il insiste sur le fait que les demandes formulées autour de Scola Corsa ne relèvent ni de la provocation ni d’exigences excessives, mais d’une urgence liée à la préservation de la langue.

Dans cette lettre, il appelle également à une réflexion politique plus large sur la place de la langue corse, rappelant que la Corse a historiquement vécu avec deux langues et que cette coexistence constitue, selon lui, une richesse. Il conclut en affirmant que « le dixième chapitre reste à écrire », appelant à inventer une autre manière de gouverner les langues et de préserver le patrimoine linguistique corse.

Scrianzatu

La lettre ouverte de Jean François Bernardini d’I Muvrini : Lettre ouverte au préfet de Corse :
Monsieur le Préfet de Corse.
Je vous ai écouté avec attention et un profond respect lors de l’émission « Cuntrastu » sur Via Stella ce 13 mai 2026.
Vous avez évoqué la question « Scola Corsa ».
J’ai bien compris que vous avez connaissance du dossier, c’est à dire du neuvième chapitre relatif au sujet « Lingua Corsa ».
Tout est clair, parfaitement administré, conforme aux règles, au cadre en vigueur, et aux efforts accomplis.
Il n’en demeure pas moins que les chapitres précédents pèsent très lourd.
Ils pourraient nous éclairer quant au désastre linguistique et culturel sur lequel nous « dansons », en parfaite bonne conscience, face à un linguicide programmé au cours des huit chapitres précédents.
C’est de là que nous venons.
Et c’est bien là que nous nous trouvons aujourd’hui, Monsieur le Préfet. Tous, nous sommes les dépositaires de ce triste héritage.
Je n’en exposerai pas ici les détails et les étapes, mais je constate que le programme linguicidaire, initié il y’a bien longtemps, a fonctionné avec une éfficacité redoutable, dans une gestion conforme aux règles et au cadre en vigueur.
Ainsi, la langue Corse ne bénéficie plus aujourd’hui que de 2% de transmission naturelle dans les familles insulaires.
La chaîne essentielle des « Native Speakers » est coupée.
Leur disparition coupera forcément la chaîne des « Adoptive Speakers ».
J’en conviens, chacun a pourtant le droit de parler Corse où il veut et quand il veut.
Reconnaissons cependant qu’il est difficile de courir, quand on vous a coupé les jambes.
L’ignorance des chapitres précédents est confortable. Au coeur d’une maltraitance et d’un appauvrissement sans nom, d’une « Mort Culturelle », elle permet la bonne conscience.
Elle condamne des milliers d’orphelins linguistiques au service minimum.
Mieux encore que la langue, les visages de celles et ceux qui se lèvent pour remettre sur pied cette première richesse de la Corse sont émouvants.
Ils témoignent d’une soif, d’un besoin profond, d’une audace, d’un sérieux, d’une responsabilité, et d’un espoir aussi. Tout ce qui est révélateur d’une réaction de survie.
Sans doute, même inconsciemment, portent-ils dans leur chair les traces de la « vieille école » et des huit chapitres précédents.
Ne vous étonnez pas, Monsieur le Préfet, de leur requête.
Elle n’est ni provocation, ni exigence démesurée.
Si elle est dictée par l’urgence, elle est loin d’être proportionnelle à la mutilation programmée de cette langue « désapprise », dont la pratique risque de se limiter, dans l’avenir, au silence, ou à 50 mots décoratifs et exotiques.
Monsieur le Préfet, nous en sommes aujourd’hui au neuvième chapitre. Le propre du Politique, n’est-il pas de réparer l’injustice ?
La Corse avait deux langues.
Par leur existence même, les langues ne portent qu’unité et richesse.
La Corse a droit à ce merveilleux équilibre.
C’est une force, une chance historique.
Monsieur le Préfet, merci de nous dire que la langue Corse existe, et que tout est fait pour la sauver.
Cela fait Trois semaines que je ne l’ai plus rencontrée dans la rue.
Le dixième chapitre reste à écrire.
À nous de l’inventer : un autre art de gouverner les langues.
Respectueusement à vous.
Jean-François Bernardini.
U 15 di maghju 2026

. . A l'accorta annant'à Google Infurmazione For Latest Updates Follow us on Google News Nos dernière informations sur Google Actus

Produit CORSU E RIBELLU

bandeauribelluteeshirt (1)

Produits à partir de 13e

error: