(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, publié le 21 janvier 2026) Le communiqué exprime le rejet par le FLNKS d’un projet présenté comme un « pseudo‑accord » issu de discussions avec l’État français.
Le mouvement considère que ce texte ne constitue pas une avancée politique, qu’il exclut le peuple autochtone kanak et ses représentants, et qu’il est incompatible avec le processus de décolonisation prévu par l’Accord de Nouméa et par le droit international.
Le FLNKS critique notamment une réforme institutionnelle jugée trop favorable à une « hyper‑provincialisation », susceptible d’accroître les inégalités territoriales, d’affaiblir la solidarité entre provinces et de créer des risques économiques, sociaux et sécuritaires. Il dénonce également un chantage économique, l’absence de références substantielles au droit international, et la mise à l’écart du dialogue politique avec le FLNKS.
Enfin, le mouvement indépendentiste estime que le report des élections provinciales constitue un déni démocratique et que l’État porte la responsabilité de la rupture du dialogue. Il réaffirme son objectif d’accession à la pleine souveraineté, dans un cadre qu’il présente comme progressif, coopératif et conforme au droit international.
Jean Rossi
Le communiqué avec prière d’insérer : FRONT DE LIBÉRATION NATIONALE KANAK ET SOCIALISTE
Nouméa, le 21 janvier 2026
Un pseudo-accord imposé sans le Peuple Kanak ne peut engager l’avenir de notre pays, ni fonder la démocratie
Le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste rejette sans équivoque les conclusions de la séquence dite « Élysée–Oudinot ». Ce texte n’est pas un accord et ne constitue en aucune manière une avancée politique. Au contraire, il entérine un passage en force de l’État en prolongeant et en verrouillant le projet dit de Bougival, qui a été formellement et définitivement rejeté par le FLNKS du fait de sa totale incompatibilité avec la trajectoire de décolonisation de Kanaky.
Un accord sans le peuple autochtone n’a aucune légitimité
L’incohérence est totale : prétendre régler un conflit colonial sans le peuple autochtone concerné, sans ses autorités coutumières, sans son mouvement de libération nationale, reconnu nationalement et internationalement, est un mascarade.
Conclure un accord avec un seul camp politique, en écartant celui pour qui le problème se pose historiquement et politiquement, n’a aucun sens et ne peut produire ni stabilité, ni solution durable.
Nous le rappelons avec force et conviction : le Peuple Kanak n’est ni une composante humaine et politique secondaire, ni une variable d’ajustement institutionnelle et financière. Il est le sujet central du processus de décolonisation pleinement reconnu par le droit international.
Une hyper‑provincialisation dangereuse pour l’unité du pays
Nous alertons les Calédoniens sur les dangers majeurs de l’hyper‑provincialisation promue par ce texte. Cette logique est dangereuse pour tous les habitants, kanak comme non‑kanak, en particulier dans les provinces Nord et Îles, car elle introduira une rupture d’équité entre citoyens de notre pays et renforcera les inégalités déjà trop présentes.
On voit déjà les effets de cette approche aujourd’hui avec la politique menée par la présidente de la Province Sud à l’égard des habitants des autres provinces : discriminations et inégalités de traitement.
Demain, en donnant encore plus de pouvoirs aux provinces, ces pratiques pourraient devenir la règle.
Concrètement, selon la province où l’on vit, on ne bénéficierait plus des mêmes droits ni des mêmes services : écoles, routes, aides sociales, emploi. Tout dépendrait des finances et des choix politiques de chaque province, et non plus d’un cadre commun pour toute la population calédonienne.
Pour le Nord, les conséquences seraient claires : le Sud deviendrait encore plus fort, plus attractif. Le Nord s’affaiblirait économiquement et financièrement encore plus. Pour les Îles, elles disposeraient encore de moins de moyens pour résoudre leurs problèmes d’enclavement et de développement.
Moins de solidarité entre les provinces, moins d’investissements, moins d’emplois, et des services publics qui reculent.
Cette logique ouvre aussi la porte à des dérives potentielles graves en matière de sécurité, avec la perspective de la création de polices provinciales, aux pratiques différentes selon les territoires. On voit ailleurs ce que cela peut produire lorsque des forces de sécurité ciblent certaines populations plutôt que de protéger sans distinction. C’est dangereux pour les libertés et pour la cohésion sociale.
Enfin, cette hyper‑provincialisation créera de l’instabilité économique : des impôts différents selon les provinces, des réglementations distinctes, ce qui découragera les entreprises et compliquera la vie des familles. Elle fera aussi peser un risque sérieux sur les terres coutumières, avec la possibilité de mettre en place une fiscalité foncière dans le Sud.
Cela représente clairement une négation de l’objectif de rééquilibrage porté par l’Accord de Nouméa.
Cette logique va à l’encontre de la construction d’un peuple national
Cette logique va à l’encontre d’un objectif essentiel : la construction d’un peuple national, uni par les mêmes droits, les mêmes protections et le même avenir. Elle divise là où il faudrait rassembler.
Un chantage économique et financier assumé
Ce pseudo‑accord repose sur un chantage économique clair : effacement de dettes, reconstruction, aides financières présentées comme conditionnées par l’acceptation du projet de l’État. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une tentative d’achat politique, indigne d’un processus censé régler une question de décolonisation.
Les droits politiques d’un peuple colonisé ne peuvent pas servir de monnaie d’échange dans la recherche d’une stabilité économique.
Une porte ouverte au dégel et à la fin de toute perspective d’indépendance
Derrière un habillage institutionnel, ce texte ouvre en fait la voie au dégel du corps électoral et verrouille durablement toute perspective d’accession à la pleine souveraineté. Les verrous constitutionnels et institutionnels envisagés actent de fait la fin du projet d’indépendance, en contradiction totale avec l’Accord de Nouméa et les résolutions des Nations unies.
Un texte ignorant le droit international
Il n’y a aucune référence sérieuse au droit international, au droit des peuples à disposer d’eux‑mêmes, ni au cadre onusien de décolonisation.
Pourtant, la résolution des Nations unies A/RES/80/98 du 5 décembre 2025 est sans ambiguïté sur la méthode que doit suivre la puissance administrante : respect du processus de décolonisation, centralité du peuple autochtone et perspective d’accession à la pleine souveraineté.
Ce que nous demandons à la France n’est pas un privilège. C’est seulement de respecter le droit international auquel elle a adhéré.
La responsabilité de l’État dans la rupture du dialogue
Nous n’avons jamais refusé le dialogue. Nous avons proposé une prise de parole politique par visioconférence afin d’exposer clairement notre position et nos propositions.
Cette option a été refusée par l’État, qui a choisi de poursuivre sans le FLNKS.
La rupture du dialogue ne relève donc pas de notre responsabilité, mais bien d’un choix unilatéral de la puissance administrante.
Double discours, pressions séditieuses et déni de démocratie
Le 18 janvier 2026, à propos du Groenland, le Président de la République déclarait que « la France est attachée à la souveraineté et à l’indépendance des Nations, en Europe comme ailleurs. Cela préside à nos choix. Cela fonde notre attachement aux Nations unies et à notre Charte ».
Nous prenons acte de ces paroles. Mais en Kanaky, les actes disent l’inverse.
Ici, l’État tente d’imposer un pseudo‑accord sans le Peuple Kanak, par un chantage économique, en mettant à l’écart des autorités coutumières, en créant les conditions d’une rupture du dialogue politique, et surtout en organisant un déni démocratique majeur : le report des élections provinciales jusqu’en décembre 2026.
Ce report signifie concrètement que les élus actuels continueront de siéger deux ans et demi au‑delà de leur mandat, sans renouvellement démocratique, sans légitimité populaire. C’est là que se situe le véritable déni de démocratie.
Ce choix intervient dans un contexte particulièrement grave. Dès l’ouverture de la séquence à l’Élysée, le 16 janvier, le député loyaliste de la 1re circonscription a publiquement menacé l’État français de sédition en déclarant : « Soit nous sortons de cette séquence avec des textes précis, assortis d’un calendrier clair d’examen et d’adoption par le Parlement. Soit nous changerons radicalement de stratégie et nous nous retournerons contre notre propre État en utilisant l’ensemble des moyens à notre disposition. »
Céder sous la menace affaiblit la démocratie
Nous le disons avec gravité : céder politiquement sous la menace et organiser un calendrier institutionnel sous pression rappelle de sombres précédents historiques, notamment la logique qui a conduit, en Algérie, à la constitution de l’OAS par des colons refusant toute évolution politique.
Ce sont pourtant ces mêmes groupes politiques, aujourd’hui regroupés sous l’étiquette Les Loyalistes, qui se présentent comme les défenseurs de la démocratie tout en se battant pour repousser les élections, pour conserver le pouvoir sans mandat et imposer leurs vues par la contrainte.
La réalité est donc claire : ce n’est pas le Peuple Kanak qui bafoue la démocratie, mais l’État lui‑même qui, en cédant à des pressions séditieuses, organise son propre affaiblissement démocratique.
Une perspective politique claire et responsable
Contrairement à ce que certains ressassent, le FLNKS ne se contente pas de dénoncer. Nous portons un projet politique cohérent et assumé.
Ce projet est clair : conformément aux promesses de l’Accord de Nouméa, la Kanaky doit accéder à la pleine souveraineté, récupérer l’ensemble des compétences régaliennes, puis, par accord politique, si elle le souhaite, elle pourra décider de confier à la France et à d’autres partenaires régionaux l’exercice de certaines compétences, dans le cadre de relations nouvelles, équilibrées et librement consenties.
Comme le rappelait Jean‑Marie Tjibaou : « L’indépendance, ce n’est pas la rupture. L’indépendance, c’est la gestion des interdépendances ». C’est exactement la vision que nous portons.
C’est une solution politique réfléchie et responsable, conforme à notre histoire et au droit international, que nous souhaitons mettre en œuvre avec l’ensemble des citoyens du pays. Cette vision permettra de construire l’indépendance sans rupture brutale, dans la stabilité, la coopération et le respect mutuel.
Notre position est sans ambiguïté
Comme la 3e consultation du 12 décembre 2021 que nous n’accepterons jamais, comme une modification unilatérale du corps électoral que nous combattrons toujours, comme nous n’accepterons jamais le projet d’accord de Bougival, nous ne reconnaissons pas ce pseudo‑accord et ne l’accepterons jamais.
Le FLNKS poursuivra son action politique pour faire respecter la trajectoire vers la pleine souveraineté, telle que prévue par l’Accord de Nouméa et le droit international.
Acte de civilisation, la décolonisation d’un pays ne peut pas être contournée. On la respecte, on l’accompagne ou on la combat.
Le Président du FLNKS
Christian Tein

