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La Corse en parle, les Canaries le font : « Energies nouvelles à El Hierro »

El Hierro est une des îles Canaries, Territoire d’Outre-Mer de l’Espagne. À quelques encablures de Tenerife, grande comme le Cap Corse, El Hierro compte un peu plus de 10.000 habitants, et elle reçoit 60.000 touristes tous les ans. À la fin de l’année 2011, El Hierro sera le premier territoire européen qui produira toute son électricité avec des énergies renouvelables.

Les Iles Canaries ont bien des similitudes avec la Corse. L’archipel est volcanique, sa topographie présente le même caractère de «montagne dans la mer», et ses paysages prestigieux sont comparables aux nôtres. Le tourisme y a pris une place essentielle dans l’économie, et là-bas aussi, l’électricité produite pour accompagner son développement a été de l’électricité thermique au fioul lourd. On y compte une centrale thermique par île, avec sur Tenerife et Gran Canarias, les deux plus importantes, des capacités de production semblables à celles de Lucciana ou du Vaziu, et, sur El Hierro, l’île la plus avancée dans l’océan atlantique, une petite centrale au fioul lourd.

Ce parc de centrales génère des coûts économiques et des pollutions que la population refuse de supporter davantage. Aussi, depuis plusieurs années, le gouvernement autonome des Canaries a décidé de réformer les centrales au fioul lourd, et de passer à de nouvelles centrales au gaz naturel, avec un approvisionnement par mer pour chacune des deux îles.

La similitude va plus loin : afin d’anticiper sur l’approvisionnement gaz qui est plus long à mettre en place, le gouvernement des Canaries a fermé les vieilles centrales au fioul, construit les futures centrales au gaz, et, pour les faire tourner en attendant que les deux terminaux portuaires soient achevés et raccordés, il utilise le fioul léger. Exactement ce que demande la population corse ! Dans l’autonomie des Canaries, les choses avancent autrement mieux que dans le droit commun français ! Endesa, l’homologue espagnol d’EDF qui approvisionne l’archipel, vient de construire là-bas un parc de centrales gaz à cycle combiné, c’est-à-dire la technologie qui permet les meilleurs rendements, et ce qui élimine la pollution des rejets dangereux pour la santé publique. Grâce à de meilleurs rendements, ce nouveau parc de production diminue fortement les rejets CO2 dans l’atmosphère. Sans compter la facture énergétique finale bien moindre pour l’économie locale face à un baril de pétrole qui a bondi largement au-delà des 100 dollars le baril.

Mais sur El Hierro, ENDESA et les autorités autonomes, représentées dans le projet par une société publique locale, Gorona del Viento El Hierro, vont plus loin. C’est un système 100% énergies renouvelables qui est mis en place sur cet île, alors même qu’EDF prétend qu’en Corse les énergies renouvelables ne peuvent dépasser le seuil fatidique de 30%.

La technologie pour y parvenir est simple à mettre en œuvre dans cette île aux très fortes pentes, et donc avec une énergie hydroélectrique potentielle forte, et balayée par les vents des alizés qui permettent, plus encore que l’énergie solaire, de bénéficier d’un très important potentiel d’énergies renouvelables. Et pour assurer la fourniture de l’électricité toute l’année, quelque soient les conditions météo, même quand le vent cesse de souffler, il suffit de combiner les deux, c’est-à-dire de stocker de l’énergie hydraulique dans les barrages les jours de grand vent, et de turbiner cette eau quand l’apport des énergies renouvelables devient insuffisant.

Ce principe, c’est celui d’une STEP, Station d’Energie par Transfert de Pompage. Il n’a rien de révolutionnaire, et si El Hierro a dû construire des retenues d’eau pour le mettre en œuvre, la Corse pourrait l’adapter à certaines de ses installations hydroélectriques existantes.

Pour El Hierro, la réception fin 2011 des installations de la STEP et des éoliennes est un événement de toute première importance qui change ses perspectives d’avenir. Le Monde du 5 avril y consacre un pleine page, dans laquelle les projets sont déclinés. Tout d’abord la perspective de ressources nouvelles pour l’île grâce à la vente de cette électricité «gratuite». Le représentant du Conseil Territorial de El Hierro l’affirme : « une fois les installations amorties, la vente d’électricité devrait rapporter 9 millions d’euros par an, cela fait beaucoup d’argent qui pourra être réinvesti dans l’économie locale». Puis il annonce ses projets : «notre prochain objectif est de remplacer le parc actuel de 6.000 automobiles par des véhicules électriques ; en vendant aux automobilistes l’électricité au même prix que l’essence, la dépense sera amortie en moins de dix ans». Autre projet, faire tourner avec les kWh en surplus une usine de dessalement de l’eau de mer qui assurera en partie les besoins agricoles. Pour une agriculture qui projette, avant la fin de la décennie, de devenir intégralement biologique.

En fait ce projet transforme la relation des habitants à leur île. Il ouvre des perspectives nouvelles d’activités et d’emploi pour la jeunesse jusqu’ici tournée vers l’exil ou les seuls emplois du tourisme. Des formations supérieures aux énergies renouvelables vont s’ouvrir sur l’île en s’appuyant sur les réalisations d’avant garde en cours d’achèvement. Les habitants expriment leur satisfaction, voire davantage. Ainsi un professionnel du tourisme s’exclame : «quelle publicité !». Et au-delà, c’est toute une fierté qui gagne population et élus. Car le modèle de El Hierro est en train de s’exporter. Endesa lance son projet sur Tenerife, vingt fois plus peuplée, et une île de Grèce, Ikaria, se lance à son tour.

Pour la Corse, ne serait-il pas enfin temps de rattraper le temps perdu pour devenir, nous aussi, l’île des énergies nouvelles ? Nous avons tout le potentiel pour cela.

François ALFONSI

Article paru dans ARRITTI le 14.04.2011

(en vente dans les kiosques)

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