#Corse – La SNCM, la CGPME et l’imposture des économistes « pédagogues »

L’étude réalisée par MM Guidoni et Siméoni pour le compte de la CGPME sur la grève des personnels de la SNCM en juillet 2014 fait la UNE de Corse Matin depuis deux jours.

Le scoop repose sur le manque à gagner estimé à 125 M€. Pour arriver à ce chiffre conséquent les économistes « pédagogues », comme ils se définissent, ont consulté de nombreuses données. Ils ont pris en compte tous les modes de transports aériens et maritimes, compter les passagers « directs et induits ». Au final, ils constatent une perte de 124 200 passagers, après avoir appliqué la méthode de calcul par « ricochet » incluant les mois d’aout et de septembre. C’est d’autant plus surprenant qu’à l’Assemblée de Corse les 17 et 18 juillet 2014, il a été affirmé par l’Exécutif que sur les 30 000 passagers, détenteurs d’un titre de transport à la SNCM sur la période de grève, 27 000 ont quand même été acheminés en Corse.

De fil en aiguille les chiffres étayent une argumentation tellement à charge qu’elle devient saugrenue. La louche est large et les secteurs touchés, selon eux, représentent 29 % des établissements marchands soit 9 815 parmi lesquels 54 % sont uninominaux. Ils totalisent 21 418 emplois. Sans doute, trop influencés par la CGPME, coutumières du fait dès lors qu’il s’agit de la CGT et de la SNCM, les rédacteurs de l’étude en ont oublié l’élémentaire objectivité de la rigueur scientifique. Les négociations avec le gouvernement pour obtenir des aides y sont sans doute pour quelques choses. Quelques unes des aberrations relevées découlent de cette approximation. Notamment celle qui consiste à affirmer que ce montant de 125 M€ est équivalent en termes de salaires à 4 000 emplois. Cela ne veut rien dire le premier divisé par le second donne 31 250€. Il s’agit d’un salaire annuel chargé (17 432,5 en net 1452,63 mensuel) pas d’un emploi mais le raccourci permet d’alimenter la critique habituelle contre le droit de grève et l’action syndicale ouvrière destructrice d’emplois.

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L’idée est la suivante 21 418 emplois ont été menacés (le type d’emploi n’est pas précisé temps partiel ou pas) et 4 000 emplois auraient pu être créés avec 125 M€. Quand chaque mois le chômage augmente pour atteindre 22 000 personnes le poids de ces arguments sur l’opinion n’est pas anodin. Pour enfoncer le clou, il est même précisé qu’en 40 ans il y aurait eu 1 000 jours de grèves 25 jours chaque année. c’est extravagant mais peu importe le contenu pourvu qu’on ait l’ivresse. On se souvient des inscriptions réactionnaires et menaçantes (CGT Fora !) et les dénonciations scandaleuses (« La CGT veut affamer la Corse ! »). Voila comment en détournant la colère contre les marins et la CGT, sans aborder la menace que cela fait peser sur les entreprises sous-traitantes et leurs salariés, la mort de la SNCM est sournoisement préconisée, la réduction du service public de continuité territorial est préparée et la concurrence déloyale plébiscitée.

Il se disait ici bienvenue aux low cost sur mer et dans les airs. Le pont d’or fait à ces opérateurs habitués des paradis fiscaux, a un impact, non pris en compte par nos économistes, notamment pour ce qui est du vol de la taxe de transport, du non respect du droit social ou encore de l’environnement. En quelques chiffres, il s’agit des 180 M€ d’aide sociale versés essentiellement à Corsica Ferries France, des 60 M€ donnés à Buttler, grand gagnant de la privatisation de la SNCM en 2006, des 5 M€ de taxe de transport subtilisés en trois ans. À cela peuvent s’ajouter les détournements de réfaction de TVA (environ 250 M€ annuels) qui ne bénéficient pas aux consommateurs.

La pédagogie libérale, même nustrale, fait l’impasse sur cette réalité. Marc Siméoni explique qu’on injecte 30 M€ chaque année dans les Chemins de fer. Il en déduit que cette somme réservée à l’action économique et la recherche tous les ans aurait permis « de découvrir la téléportation avant la micheline ». Ce faisant, il ne fait pas la distinction entre l’investissement annuel environ 10 M€ et la contribution financière 20 M€ et surtout il feint d’ignorer que cet argent public destiné au service public de transport ferroviaire est quasiment réinjecté dans l’économie locale. Ainsi il souligne l’enjeu du débat sur la politique de transport en traduisant la volonté patronale de capter plus d’argent public au détriment de l’intérêt général bien compris.

Enfin il eut été plus pertinent, pour ces économistes « pédagogues », de prendre le temps de consulter les notes de conjoncture pour ne pas ignorer des choses aussi élémentaires que les effets de la crise depuis 2008, la baisse du pouvoir d’achat (2/3 de la fréquentation touristique repose sur les continentaux) qui en résulte ou encore la politique d’austérité qui pèse sur la commande publique essentielle en Corse. Sans doute rendraient-ils une analyse plus conforme à la réalité économique et sociale de la Corse.

Michel STEFANI

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