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Corse – Du « couple infernal Etat-CGT » imaginaire à celui du « MEDEF-gouvernement » bien réel.

L’éditorialiste de 24 Ore dans l’édition du 18 août se plaignait que, « dans la chaleur estivale », les élections professionnelles à la SNCM soient passées inaperçues. Après une analyse rapide, il en vient à se féliciter de ce qu’il considère comme un événement « historique » pour la compagnie puisque pour la première fois depuis 1976 la CGT y aurait perdu sa position « hégémonique ».

Pour autant, la campagne péniblement orchestrée par l’hebdomadaire repose sur un mensonge grossier étant donné que la CGT reste, n’en déplaise aux bons libéraux ou sociaux démocrates, la première organisation de l’entreprise. « L’alternance » ainsi dénommée par ses promoteurs ne doit en effet sa « victoire » qu’à l’alliance entre la CFTC la CFDT et le STC apparemment maître d’œuvre de ce rassemblement nouveau fer de lance de la lutte anticapitaliste à la SNCM. Cette « alternance » serait ainsi, et à elle seule, le projet d’un avenir public pour la compagnie dont la CGT, bien sûr, se serait elle débarrassée.

L’amnésie volontaire conduit par conséquent ces détracteurs de la CGT à lui reprocher d’avoir voulu vérifier par un vote des salariés que le « projet industriel », non la privatisation de la compagnie par le gouvernement Villepin-Sarkozy, au bénéfice du groupement ami Buttler-Veolia, permettait de mettre fin à la grève en ayant à l’esprit non d’avoir obtenu satisfaction sur toutes les revendications mais d’avoir préservé l’intérêt des travailleurs à travers le maintien de leur outil de travail et les capacités de combattre la logique prédatrice de la mise en concurrence libérale. Mené dans un premier temps par la seule CGT, ce conflit était indiscutablement contre cette privatisation scandaleuse.

C’était également le temps où les adversaires de la compagnie nationale, notamment en Corse, s’empressaient de formuler les recouvrements de créances pour enclencher une procédure de liquidation judiciaire. En 2005, la CGT a eu ainsi le mérite d’éviter de nombreux pièges et d’arracher, ce qui n’était pas acquis côté gouvernemental, un montage financier confirmant, à travers sa participation au capital de la compagnie privatisée, la responsabilité de l’Etat à l’égard de celle-ci et de la Corse.

L’« anticégétisme » a des attaches profondes en Corse, elles ressortent à chaque conflit et vont des attaques habituelles du patronat stigmatisant « les grévistes de la CGT », en passant par des expéditions punitives, comme en 1995, contre l’union départementale de Haute Corse, pour aller jusqu’au recours à l’armée en février dernier, quand les marins, excédés par la surdité de la direction de Veolia, demandaient l’ouverture de négociations en bloquant le port de Marseille. Au regard de ce conflit, l’un des plus longs que la compagnie ait connu, on ne peut pas dire, sauf à vouloir se ridiculiser, que la CGT entretient de la sorte une relation privilégiée avec la multinationale capitaliste. Etrangement c’est ce que fait Alain Mosconi.

L’acharnement patronal contre la CGT n’est pas nouveau. De tous temps il a existé à la Libération, sur le port de Marseille quand les dockers s’opposaient aux guerres coloniales, à la Poste, à EDF GDF, à Air France… laisser penser que cela puisse se faire dans l’intérêt des travailleurs et du pays est une supercherie de plus.

Pour autant dans ce conflit particulièrement dur, de février 2011 à la SNCM, un seul syndicat le SAMM a rejoint la CGT les autres, « Alternance » comprise, regardaient, quand ils ne proposaient pas de reprendre la mer avec les grévistes à bord. Il était question de réduction de la flotte, de vente du siège de la compagnie, de pavillon premier registre français, de concurrence déloyale sous couvert d’aide sociale…

En bref, il s’agissait de l’avenir de la SNCM de la desserte de service public de la Corse mais aussi de l’activité Maghreb de la compagnie qui représente comme le service complémentaire au départ de Marseille pour la Corse des centaines d’emplois. Les raisons qui ont conduit à ce que tant d’incertitudes pèsent sur l’avenir de la compagnie sont donc connues.

Outre la privatisation de 2005, la suppression de 750 emplois ou postes depuis l’ouverture en 2002 à la concurrence sur les ports de Toulon et de Nice, il y a l’aide sociale, extrêmement couteuse avec ses 20 M€ de déficit et ses 40 M€ d’excédents évaporés en 6 ans sur une enveloppe de continuité territoriale gelée depuis 2009 par le gouvernement Fillon Sarkozy et enfin la flambée du prix du pétrole. Aujourd’hui la confirmation d’un autre déficit sur la DSP aérienne de Paris, ouverte elle aussi à la concurrence, sur l’aéroport de Roissy accentue le déséquilibre et la fragilisation de la continuité territoriale dans son ensemble.

Madame Santoni Brunelli, qui a voté la politique désastreuse de l’ancienne majorité de droite, contrairement à la CGT qui l’a toujours combattue, s’est une fois encore, piteusement, distinguée en déclarant dans l’édition du 25 août du même hebdomadaire, « il ne peut pas y avoir pire syndicat que la CGT », et l’élue très libérale de rappeler ses multiples interventions en faveur de « l’instauration d’un service minimum au sein de la SNCM ».

Mais Gilles Siméoni, dont le groupe ne s’est jamais opposé aux low costs aériens ou maritimes, s’est montré tout aussi virulent en expliquant « le couple infernal Etat-CGT a littéralement ruiné la Corse pendant 40 ans. L’île était en permanence l’otage d’une politique qui se définissait à Marseille » ce qui est totalement faux. En effet, la CTC établit le cahier des charges et les obligations de service public, tarifs compris, décide d’attribuer l’aide sociale, d’inclure ou pas les ports de Toulon et Nice dans la délégation de service public, d’ouvrir à la concurrence.

On se souvient, dans la même veine, des positions exprimées en 1989, à l’occasion du plus grand mouvement social de l’histoire de la Corse, dont la plus emblématique qualifiait « de prime coloniale » la revendication portée par les 22 000 agents de la fonction publique en Corse. Derrière ce vocabulaire, souvent emprunté au patronat, se cache en fait la remise en cause, ou la crainte, du mouvement social et populaire dont la CGT a toujours été un acteur majeur. Sans elle, les grandes conquêtes sociales et démocratiques du mouvement ouvrier, en Corse comme dans tout le pays, n’auraient pas été arrachées au patronat et aux pouvoirs à son service.

Ainsi, dans sa réflexion politique, Gilles Siméoni, serait bien inspiré de substituer au « couple infernal Etat-CGT » fruit de son imaginaire, celui du « MEDEF-gouvernement » bien réel et surtout responsable d’une politique particulièrement antisociale combattue par la CGT de manière concrète. Il gagnerait en crédibilité.

Michel Stefani

 

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