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Corse – Il se passe toujours quelque chose aux « Ghjurnate »

Les Ghjurnate Internaziunali fêteront leur trentième anniversaire les 6 et 7 août prochains à Corte. Elles restent un événement politique.

Les Ghjurnate sont nées en 1981 quand la Lutte de Libération Nationale (LLN) alors essentiellement incarnée par le FLNC, a commencé à se doter d’une véritable expression politique publique. Assumant l’héritage de la LLN, Corsica Libera organise désormais cet événement qui est devenu traditionnel. Toutefois, depuis 1981, les choses ont beaucoup changé. D’une part, les propositions et la propagande armée du FLNC ne sont plus au centre du jeu, mais Corsica Libera et ses quatre élus à l’Assemblée de Corse assurent la quasi-totalité de la production et de la diffusion du message indépendantiste. D’autre part, les participants aux Ghjurnate sont moins nombreux que durant les années 1980, mais, en mars 2010, plus de 10 % des &lecteurs insulaires ont accordé leur confiance aux candidats investis par Corsica Libera. Ces évolutions n’ôtent toutefois rien à l’importance des Ghjurnate Internaziunale. Elles restent un rendez-vous politique majeur qui permet le débat et la mise en exergue de nouvelles orientations. Les dernières éditions ont d’ailleurs permis de le vérifier. Les Ghjurnate 2006 ont été celles d’un retour aux sources. Considérés indésirables au début des années 1990 suite aux déchirements du nationalisme, Pierre Poggioli et Yves Stella ont été reçus à bras ouverts. Par ailleurs, les appels à combattre la spéculation immobilière et le tourisme résidentiel ont révélé une remobilisation anticolonialiste rappelant les premières heures du nationalisme corse contemporain. En effet, dans les années 60, c’est à partir d’une question foncière – la crainte que les terres agricoles de la Plaine orientale soient accaparées par les rapatriés d’Afrique du Nord – que sont nées les revendications autonomiste puis nationaliste, et que s’est développé le recours aux plasticages. Les Ghjurnate 2007 ont été celles d’une nouvelle dynamique politique. Elles ont popularisée une décision longtemps différée par les organisations publiques de la LLN : l’officialisation de la revendication indépendantiste. Depuis au moins 30 ans, de nombreux nationalistes regrettaient ou critiquaient l’hésitation d’assumer la revendication d’indépendance nationale, en août 2007, ils ont pu exulter. Sous le chapiteau des Ghjurnate, la clarification qu’ils attendaient est intervenue. Organisatrice des Ghjurnate, Corsica Nazione Indipendente a fait sienne la mission historique de tout mouvement de libération nationale qui se respecte : construire un Etat indépendant et reconnu internationalement.

Clarification et nouvelles ambitions

Les Ghjurnate 2008 ont été l’occasion d’une clarification des rapports avec les autonomistes. Il a été pris acte de la rupture de la coalition électorale Unione Naziunale qui, en mars 2004, avait porté des autonomistes et des indépendantistes à l’Assemblée de Corse. Il a aussi été mis fin à l’équivoque suivante : les autonomistes faisaient le pari qu’entraînés dans une démarche électorale et réformiste offrant une perspective d’accession aux responsabilités, les indépendantistes ajourneraient sine die leur projet de faire reconnaître un Etat corse et inciteraient les clandestins à mettre fin à leurs activités ; les indépendantistes considéraient que leur force militante et la radicalité de leur message leur feraient, à terme, prendre le dessus. Toutefois, contrairement à ce qui s’était passé lors de précédentes ruptures, les indépendantistes ont joué la différenciation et non l’antagonisme. « Les autonomistes ne sont ni des adversaires, ni même des concurrents tant nos positions respectives sont distinctes. Pour notre part, nous voulons rompre avec le système français. Notre offre politique est très différente de la leur. Toutes les positions sont respectables, dès lors qu’elles sont exprimées clairement et sincèrement » a précisé Jean-Guy Talamoni. Lors des Ghjurnate 2009, les indépendantistes ont confirmé la refondation autour de Corsica Libera (associant Corsica Nazione Indipendente, U Rinnovu, les amis de Pierre Poggioli, les partisans de Paul Quastana, des nationalistes isolés) et affirmé leur volonté de s’organiser autour d’une cohérence politique et stratégique. En ce sens, après avoir annoncé leur participation au scrutin territorial de 2010 sous leurs propres couleurs, ils ont fait connaître leur vision politique (réhabiliter une alternative politique stratégique et éthique afin de remettre au cœur d’un vaste projet sociétal de développement économique, social et culturel, le Peuple Corse comme principal acteur de son présent et de son avenir). Enfin, l’an passé, forts de leur réussite au scrutin territorial de mars 2010 (10 % des suffrages, 4 élus) et du score remarquable réalisé par l’ensemble de la mouvance nationaliste (36 % des suffrages, 15 élus), les indépendantistes ont placé les Ghjurnate sous le signe du règlement politique. En ce sens, ils ont mis en exergue les évolutions encourageantes intervenues en Irlande du Nord en recevant Paul Flemming (membre du bureau politique du Sinn Fein, maire de London Derry) et en louant l’initiative du premier ministre britannique David Cameron de présenter les excuses de son pays pour le tragique Bloody Sunday. Quel sera le message des Ghjurnate 2011 ? Nous le saurons bientôt.

Pierre Corsi

Journal de la Corse

 

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