Corse – ARRITTI : Des avancées conséquentes

ARRITTI consacre un dossier de 5 pages sur cette session spéciale « Foncier et Logement » avec notamment un retour sur les interventions du groupe Femu a Corsica, et l’énoncé des 31 mesures adoptées par l’Assemblée de Corse. Procurez-vous dans les kiosques, ou bien réclamez le en appelant au 04 95 32 65 78 (le matin). Vous pouvez aussi vous abonner. Si vous le faites à travers ce site, nous vous accordons un tarif promotionnel :  45 euros (au lieu de 55 euros le tarif habituel).

En attendant, lisez ici une première analyse…

Ce 30 juin 2011 est à marquer d’une pierre blanche. Il consacre la dédramatisation du concept de «citoyenneté corse» à travers le débat sur le «statut de résident», désormais inscrit au calendrier de l’Assemblée de Corse. Il souligne aussi que la majorité peut se faire là où on ne l’attend pas, et sur des dossiers fondamentaux qui symbolisent à eux seuls près de 50 ans de combat nationaliste contemporain.

Il marque enfin une large volonté de la représentation élue insulaire de conserver une spécificité en matière de droits de succession et de tendre vers l’obtention d’une compétence fiscale qui ouvre d’autres débats importants…

Bref, il s’est passé quelque chose dont on peut tirer des enseignements intéressants.

Enfin du concret ! serait-on tenté de dire… Femu a Corsica a souvent reproché à la majorité actuelle ses lenteurs à produire quelque chose de nouveau en rapport avec ses prétentions d’incarner «l’alternance». Voilà plus d’un an que cette mandature est lancée, beaucoup de bonnes intentions affichées, probablement avec sincérité, mais rien de bien concret jusque là. Au contraire, des inquiétudes dans les tergiversations pour rompre avec le passé, comme par exemple dans le dossier du train, des difficultés à agir aussi, comme dans le dossier maritime, des interrogations quant au fonctionnement même de l’institution, les mécontentements du personnel, et l’observation d’un certain nombre de bouleversements aussi qui ne peuvent tous se justifier dans la réorganisation somme toute logique d’un changement de majorité, donc d’équipes, mais qui font au contraire qu’on est plus porté à croire les on-dit au sujet d’un «système» qui se met en place.

Bref, jusqu’ici, en dehors des promesses d’engagements dans des discours se voulant généreux, on avait du mal à pouvoir se dire «quelque chose a changé».

Aussi, ce 30 juin est un événement.

D’abord parce qu’il intervient sur un domaine fondamental pour l’avenir de la Corse: la question foncière. Ensuite, parce qu’il révèle tout le potentiel de cette Assemblée, au-delà des clivages et des différents courants politiques, pour peu qu’elle ait le courage de franchir des seuils, d’accepter les possibles convergences d’idées sur des points essentiels pour l’avenir de ce pays.

Ceci dit, pas d’emballement pour autant. Il serait prématuré d’en tirer une quelconque analyse politique définitive. Il s’agit d’une circonstance précise, un dossier encore une fois très important, porté largement durant la campagne électorale, traduisant une grande attente de l’opinion, et où chacun savait qu’il devait se mettre à la hauteur de l’événement. La suite reste à écrire.

Une chose est sûre, il confirme la «méthode Maria» qu’on avait déjà vu à l’œuvre pour le pré-débat sur le Padduc et l’avis à donner sur son décret d’application. Maria Guidicelli sait mettre en place des équipes, offrir des espaces de débats, écouter. Elle a aussi le courage d’aller jusqu’au bout de ses propres convictions et ne craint pas les sujets jusqu’ici tabous au sein de la classe politique traditionnelle. Mais ça n’est pas la seule explication. Il est évident qu’elle a l’aval et le soutien du président Paul Giacobbi qui lui aussi, visiblement, ne craint pas d’aller au bout de ce débat. Le «signal» est intéressant.

Une réussite nationaliste

Enfin, la grande majorité des groupes a joué le jeu, malgré les difficultés internes évidentes au sein de la droite, du groupe communiste ou du groupe de la Gauche Républicaine. Femu a Corsica a été particulièrement actif et entreprenant pour convaincre. Il est clair qu’un groupe de 11 élus ça pèse, parce que nous avons davantage de moyens que par le passé, ne serait-ce que physiques, d’être de tous les débats et de faire entendre partout notre voix. Nos interventions sont complémentaires, il y a un partage de compétences, notre présence est simplement plus forte.

Epaulée, qui plus est, lors de questions essentielles comme celles de la terre ou de la langue, par l’autre groupe nationaliste, Femu a Corsica compte. C’est indéniable.

Pour la grande majorité des Corses et pour notre audience qui s’inquiète et nous interpelle parfois impatiente : «mais qu’est ce que vous faites à l’assemblée?», voilà la concrétisation d’un gros travail en amont.

Près de 50 ans de luttes nationalistes, je l’ai dit, nous amène à ce 30 juin 2011. La question foncière est inscrite dans l’essence même de notre combat. Elle figurait depuis toujours au cœur de nos programmes électoraux, et particulièrement, avec acuité, au cœur du programme de Femu a Corsica. Inlassablement, nous avons interpellé, démonstrations à l’appui, pour sensibiliser aux dangers de la dépossession foncière. Nous avons donc été très présents durant les 8 derniers mois écoulés, au sein des ateliers de réflexion ou des réunions de commissions pour avancer nos propositions. Le fait que près de 50.000 Corses votent nationalistes, 36% de l’électorat, n’est pas étranger non plus aux évolutions ressenties. Cela se ressent dans l’hémicycle et la majorité, toute relative, ne peut l’ignorer. Sur un dossier aussi délicat que celui du foncier, notre présence était incontournable. C’est le premier enseignement à tirer.

Enfin, les Corses sont inquiets sur cette question de la terre, des dérives constatées, du sentiment de dépossession qui en résulte. Cette inquiétude est bien évidemment transversale à tous les groupes et la grande tenue des débats le démontre. Le dossier a été visiblement travaillé dans les tous les rangs de l’assemblée, donnant lieu à des interventions de bon niveau, tant techniques que politiques.

C’est l’autre enseignement que l’on peut tirer de cette session du 30 juin : cette assemblée, si elle le veut, peut se dépasser pour aller dans le sens de l’intérêt collectif du peuple corse. On peut compter sur les élus nationalistes pour chaque fois le rappeler.

Les nationalistes permettent l’adoption de la politique foncière

Comment ne pas se réjouir du vote, on ne peut plus clair, intervenu ? Ce sont les groupes nationalistes qui peuvent faire et défaire la majorité ! La droite est dans un dilemme permanent: soutenir la gauche qui a mis fin à plus de deux décennies de gouvernance sans partage et donc renier ses propres orientations politiques, ou bien se singulariser en soulignant son fait minoritaire et son impuissance? On l’a vu encore pour cette session spéciale consacrée à la question foncière, elle a bien du mal à cacher les divisions internes au sein de ses 12 élus !

La gauche n’est pas homogène. Elle l’a encore démontrée ce 30 juin, c’est une construction opportuniste, par défaut, entérinée à Vènacu, pour barrer la route à Femu a Corsica. Les groupes de la majorité sont donc confrontés eux aussi à un dilemme: soutenir l’Exécutif malgré des divergences de fond importantes ou vivre leur identité politique en s’isolant? C’est ce choix que n’a pas su trancher le groupe Zuccarelli, au point d’agacer l’Exécutif, qui a fait réclamer par son groupe un vote individuel pour isoler encore un peu plus les réfractaires et leur faire prendre leurs responsabilités devant les Corses. Sauront-ils s’en souvenir ?

Avec l’abstention de la droite, très partagée sur le statut de résident, et les votes, foncièrement contre, du groupe Zuccarelli*, ce sont donc les nationalistes, Femu a Corsica et Corsica Lìbera, qui permettent l’adoption de ce rapport de l’Exécutif sur la politique foncière de l’Assemblée de Corse. Un comble pour l’Exécutif, mais absolument pas une surprise pour la grande majorité des Corses qui savent bien qui porte cette revendication depuis plusieurs décennies.

Fabiana Giovannini.

* À noter que Simone Don Simoni, maire de Pedicroce, n’a pas voulu se solidariser avec ce vote «contre» de son groupe, et n’a pas pris part au vote.

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