La cour d’assises en Corse avec Colonna pour l’affaire Erignac

La cour d’assises de Paris s’est déplacée lundi Ajaccio pour une audience dans la rue où fut tué par balles le préfet de Corse Claude Erignac, le 6 février 1998.

L’avion militaire qui transportait les neuf magistrats de la cour, les avocats de la défense et de la partie civile, deux experts en balistique, un médecin légiste et Yvan Colonna, jugé pour la troisième fois pour ce crime, est arrivé peu après 18h00 à l’aéroport d’Ajaccio.

C’est le point d’orgue du cinquième procès de ce crime, le plus grave en 40 ans de violence politique en Corse.

L’audience dans la rue Colonna d’Ornano devait commencer dans la soirée, à huis clos – donc sans public et sans presse – et sous la protection de quelques 640 policiers et gendarmes. Le coût de ce transport approcherait les 500.000 euros, selon une source proche des autorités.

Le militant nationaliste, condamné deux fois à perpétuité mais rejugé après une cassation, sera un témoin passif des débats, puisqu’il dit qu’il n’était pas présent sur la scène du crime. L’accusation le voit au contraire comme celui qui a tiré trois balles dans la tête du plus haut représentant de l’Etat.

Pierre Alessandri, condamné à perpétuité pour sa participation à l’assassinat et ami d’enfance d’Yvan Colonna, était également présent. Il fait partie des quatre acteurs du crime qui ont initialement accusé Yvan Colonna avant de se rétracter.

Un commando de nationalistes dissidents voulant « refonder la cause » avait abattu à la tombée du jour le haut fonctionnaire qui se rendait à pied au théâtre.

Après quatre autres procès depuis 2003, dont deux pour Yvan Colonna, la défense entend remettre en cause des éléments vus comme acquis.

REMISE EN SITUATION

Ce déplacement, d’un coût de plusieurs centaines de milliers d’euros, sera davantage une simple remise en situation avec la cour et les avocats qu’une reconstitution. La procédure ressemblera donc au « transport » de la cour qui avait eu lieu en 2007, au premier procès Colonna.

En 2009, en appel, le refus de la cour de procéder à une reconstitution plus approfondie avait amené l’accusé et ses avocats à quitter l’audience qu’ils jugeaient biaisée.

Devant la cour début mai, les experts balistiques ont recommencé un débat technique sur la taille du tireur censée se déduire de l’analyse balistique des tirs, mais cette discussion est jugée vaine par l’accusation.

La rue Colonna est en pente et des témoins oculaires ont dit que le préfet était plié en deux quand le tueur a fait feu sur lui, ce qui rend contestable toute conclusion technique.

La défense entend par ailleurs mettre à profit les discordances entre ces témoins oculaires, certains ayant vu deux tueurs près du préfet et d’autres trois. La version jusqu’ici retenue par la justice est que trois hommes, dont Yvan Colonna, ont approché le préfet pour le tuer.

Là encore, l’accusation conteste tout problème, puisque le troisième homme que certains témoins ne voient pas était selon elle hors de vue, en faction en bas de la rue. Il a d’ailleurs été vu par un autre témoin après le crime, qui décrit un trio fuyant en courant, souligne le parquet général.

Après ce transport, le procès pourrait donc revenir sur son point focal, les dépositions initiales des hommes ayant participé au crime rue Colonna ou ailleurs.

Quatre d’entre eux, dont Pierre Alessandri, ont désigné Yvan Colonna en 1999 comme l’auteur des coups de feu, avant de se rétracter de manière tardive et contestée.

Les rétractations paraissent d’autant moins crédibles à l’accusation qu’est apparue au dossier la semaine dernière une lettre où Yvan Colonna menaçait Pierre Alessandri de « guerre » s’il ne déposait pas en sa faveur.

Thierry Lévêque avec Roger Ortoli à Ajaccio, édité par Yves Clarisse

 

http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE75501B20110606

 

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