(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 28 octobre 2015) Le débat organisé à l’Università di Corsica le 21 octobre 2015 sur la notion de « communauté de destin » a donné lieu à une large participation et à de nombreux débats.
Communauté de destin mise en place par le FLNC, (<–Lien ici) puis proposée en motion à l’Assemblée de Corse par A Cuncolta Naziunalista (<–Lien Ici).
La notion de peuple corse et de communauté de destin occupe une place centrale dans les réflexions du PNC Ghjuventù, de Ghjuventù Indipendentista et de Corsica Libera. Si leurs approches comportent des nuances, ces organisations partagent une conviction : le peuple corse constitue une communauté historique et politique qui doit pouvoir préserver son identité, maîtriser son avenir et faire reconnaître ses droits nationaux. Cette appartenance ne repose pas uniquement sur les origines, mais aussi sur la volonté de participer à la vie collective de l’île, dans le respect de sa langue, de sa culture et de son histoire.
La contribution de Niculaiu Battini apporte un éclairage particulier sur la notion d’intégration. Elle récuse l’idée selon laquelle les difficultés d’intégration traduiraient nécessairement un déclin moral ou civilisationnel, une lecture qu’il considère susceptible d’alimenter des idéologies racialistes et xénophobes. Pour lui, intégrer ne signifie pas simplement s’adapter à la société française présente en Corse, mais reconnaître l’existence du peuple corse et choisir de participer à son avenir politique, économique et social. La communauté de destin suppose ainsi une cohabitation initiale, puis une volonté de construire une société commune, jusqu’à reconnaître la possibilité d’une future souveraineté nationale corse.
Cette conception repose sur une appartenance qui dépasse les seuls critères ethniques ou religieux. Niculaiu Battini évoque le « sang social » développé par Rinatu Coti dans Trà locu è populu : une communauté humaine nourrie par des liens collectifs et ouverte à ceux qui souhaitent en faire partie. La citoyenneté corse, même si elle ne dispose pas encore d’une véritable reconnaissance juridique, doit selon lui s’établir dans les consciences comme une volonté renouvelée de faire nation ensemble. La terre, l’histoire, la langue et un contrat social commun deviennent alors les fondements d’une appartenance accessible à tous ceux qui désirent s’inscrire dans le destin collectif de l’île.
La langue corse joue, dans cette réflexion, un rôle essentiel. Elle est présentée comme un facteur d’intégration et de cohésion, mais aussi comme un lien qui a historiquement permis à des populations venues d’ailleurs de rejoindre progressivement la société corse. L’exemple des immigrés italiens du siècle dernier, parfois désignés sous le terme péjoratif de « Lucchesacci », rappelle que l’intégration ne s’opère pas nécessairement dès la première génération. Battini souligne toutefois un paradoxe : alors que certains imputent les difficultés d’intégration aux populations étrangères, notamment musulmanes, l’usage quotidien de la langue corse a lui-même considérablement reculé sous l’effet de la francisation. La reconquête linguistique ne peut donc reposer uniquement sur les nouveaux arrivants ; elle suppose également que les Corses pratiquent et transmettent leur langue.
Sur les conditions concrètes de cette appartenance, les positions de Ghjuventù Indipendentista et de Corsica Libera mettent en avant la nécessité d’un processus d’intégration durable. Ghjuventù Indipendentista défend notamment un critère de résidence permanente de dix ans et un niveau B2 en langue corse, tandis que Corsica Libera retient, dans la proposition évoquée, un niveau A2 associé à dix années de résidence. Ces propositions s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la maîtrise des flux migratoires, le statut de résident, la corsisation des emplois et la reconnaissance du peuple corse comme communauté de droits sur son territoire. Elles s’accompagnent d’une conception de l’intégration qui implique la reconnaissance de la société d’accueil, sans exiger pour autant le renoncement aux origines ou à la religion de chacun.
Les trois organisations soulignent également que la construction d’une communauté de destin ne peut être dissociée des conditions économiques, sociales et culturelles. Le développement de l’entrepreneuriat local, de l’agriculture et de l’autonomie alimentaire, la formation, l’accès au logement, la maîtrise des emplois, la production culturelle et la revitalisation de la langue sont présentés comme autant de leviers pour renforcer la cohésion de la société corse. La capacité d’accueil et d’intégration dépend aussi des moyens dont dispose la population et de la possibilité, pour les nouveaux arrivants, de prendre part à une vie collective structurée.
La communauté de destin se veut ainsi une voie distincte, à la fois du modèle d’intégration français et du multiculturalisme, au profit d’une forme d’interculturalisme fondée sur la reconnaissance du peuple corse et la participation à un projet commun. Cette approche entend concilier affirmation nationale, ouverture et solidarité, notamment envers les réfugiés, tout en refusant aussi bien les thèses racialistes d’extrême droite que les logiques coloniales. Pour Niculaiu Battini, la revendication nationale, la reconquête linguistique et la production culturelle doivent permettre de faire émerger une véritable conscience collective corse, comparable aux démarches engagées par d’autres peuples en quête de reconnaissance nationale.
Au-delà des différences de méthode et des critères proposés, le débat porte donc sur une question fondamentale : comment construire une société corse capable d’affirmer son existence nationale tout en permettant à celles et ceux qui le souhaitent de prendre part à son avenir ? La communauté de destin répond à cette interrogation par la volonté de faire nation ensemble, autour d’une histoire, d’une langue, d’un territoire et d’un projet politique partagé.
AnTo FpcL

#Corse « Commauté de destin, laicité, réfugiés, intégration » – @Corsica_Libera se positionne
Niculaiu Battini : « La #corse produit-elle encore des corses ? »
« Le Peuple #Corse – une communauté de destin » – Contribution de la Ghjuventù Indipendentista
« Le Peuple Corse – une communauté de destin » – Contribution de PNC GHJUVENTU
Délibération de l’Assemblée de #corse relative à la notion de « Peuple Corse » – 1988
