« Décolonisation : les élus polynésiens interpellent l’ONU et demandent une mission »

(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 8 octobre 2026) À New York, le 5 octobre dernier, des élus indépendantistes et autonomistes de Polynésie française ont porté devant la Quatrième Commission de l’ONU leur demande d’une implication des Nations unies dans l’évolution du statut politique du territoire.

Le président indépendantiste Moetai Brotherson, le président de l’Assemblée Antony Géros et plusieurs élus ont notamment défendu l’envoi d’une mission onusienne, l’élaboration d’un programme de travail sur le statut et l’ouverture d’un dialogue avec Paris sous l’égide de l’ONU. Tous n’abordent toutefois pas la question de la même manière : tandis que les indépendantistes mettent en avant le droit à l’autodétermination et la situation de blocage du processus de décolonisation, l’autonomiste Édouard Fritch souhaite que la mission puisse constater le fonctionnement des institutions et la réalité de l’autonomie polynésienne.

La France a, de son côté, réaffirmé que la Polynésie dispose d’une large autonomie politique et annoncé des consultations avec les acteurs polynésiens, tout en maintenant son refus d’une mission de visite des Nations unies. Cette position est contestée par Moetai Brotherson, qui estime que la réinscription de la Polynésie sur la liste des territoires non autonomes fait de la question un sujet relevant des Nations unies et non une simple affaire intérieure française. La Quatrième Commission doit se prononcer le 15 octobre sur les projets de résolution relatifs à la décolonisation, alors que cette réunion a également été marquée par l’hommage rendu au délégué polynésien Léon Tefau, décédé le 4 octobre à New York.

Le communiqué du gouvernement Polynésien : Ce lundi 5 octobre, une délégation polynésienne de 39 membres s’est exprimée devant la Quatrième commission des Nations Unies, à New York. Le Président Moetai Brotherson y a présenté une proposition de dialogue avec l’État, sous l’égide des Nations Unies, afin de permettre aux Polynésiens d’être pleinement informés des différents statuts possibles pour le Pays, puis de se prononcer librement et de manière éclairée sur leur avenir. La démarche proposée prévoit trois étapes :

  • Un programme d’information sur les différents statuts politiques possibles pour le Pays.
  • L’accueil d’une mission de visite des Nations Unies en Polynésie française afin d’entendre directement la population.
  • La définition d’un calendrier pouvant mener à une consultation par référendum.

Cette proposition ne fixe aucune issue à l’avance. Elle vise à créer les conditions d’une information complète et d’une expression libre des Polynésiens.
Moetai Brotherson.

𝑅𝑒𝑡𝑟𝑜𝑢𝑣𝑒𝑧 ci-dessous 𝑙𝑒 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑢𝑛𝑖𝑞𝑢𝑒́ 𝑑𝑢 𝑇𝑎𝑣𝑖𝑛𝑖 𝐻𝑢𝑖𝑟𝑎’𝑎𝑡𝑖𝑟𝑎 𝑓𝑎𝑖𝑠𝑎𝑛𝑡 𝑠𝑢𝑖𝑡𝑒 𝑎𝑢𝑥 𝑖𝑛𝑡𝑒𝑟𝑣𝑒𝑛𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑓𝑎𝑐𝑒 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑄𝑢𝑎𝑡𝑟𝑖𝑒̀𝑚𝑒 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑖𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒𝑠 𝑁𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑈𝑛𝑖𝑒𝑠 𝑙𝑜𝑟𝑠 𝑑𝑒 𝑠𝑜𝑛 𝐴𝑠𝑠𝑒𝑚𝑏𝑙𝑒́𝑒 𝑔𝑒́𝑛𝑒́𝑟𝑎𝑙𝑒, 𝑙𝑒 𝑙𝑢𝑛𝑑𝑖 5 𝑜𝑐𝑡𝑜𝑏𝑟𝑒 2026, 𝑎𝑝𝑝𝑒𝑙𝑎𝑛𝑡 𝑙’𝐸́𝑡𝑎𝑡 𝑓𝑟𝑎𝑛𝑐̧𝑎𝑖𝑠 𝑎̀ 𝑜𝑢𝑣𝑟𝑖𝑟 𝑙𝑒 𝑑𝑖𝑎𝑙𝑜𝑔𝑢𝑒 𝑑𝑒 𝑑𝑒́𝑐𝑜𝑙𝑜𝑛𝑖𝑠𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛, 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑒 𝑟𝑒𝑠𝑝𝑒𝑐𝑡 𝑑𝑢 𝑑𝑟𝑜𝑖𝑡 𝑖𝑛𝑡𝑒𝑟𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙 𝑒𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑟𝑒́𝑠𝑜𝑙𝑢𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑑𝑒 𝑙’𝑂𝑁𝑈, 𝑒𝑡 𝑐𝑜𝑛𝑓𝑜𝑟𝑚𝑒́𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑟𝑒́𝑠𝑜𝑙𝑢𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑎𝑑𝑜𝑝𝑡𝑒́𝑒 𝑝𝑎𝑟 𝑙’𝑒𝑛𝑠𝑒𝑚𝑏𝑙𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑔𝑟𝑜𝑢𝑝𝑒𝑠 𝑝𝑜𝑙𝑖𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑙’𝑎𝑠𝑠𝑒𝑚𝑏𝑙𝑒́𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑃𝑜𝑙𝑦𝑛𝑒́𝑠𝑖𝑒.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Papeete, le 7 octobre 2026
Treize ans après la réinscription, l’État doit enfin ouvrir le dialogue de décolonisation
Lundi 5 octobre 2026, à New York, les pétitionnaires du Tavini Huira’atira ont pris la parole devant la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies, chargée de la décolonisation. Leur message tient en une phrase : le droit de notre peuple à disposer de lui-même est reconnu depuis treize ans, il est temps de lui donner corps.
Depuis le 17 mai 2013, notre pays est de nouveau inscrit sur la liste des territoires non autonomes des Nations Unies. Treize ans plus tard, aucun processus de décolonisation digne de ce nom n’a été engagé : ni mission de visite de l’ONU, ni programme de travail, ni dialogue avec la puissance administrante. La question n’est plus de savoir si notre peuple a droit à l’autodétermination, puisque l’ONU l’a déjà reconnue. Elle est de savoir comment ce droit devient réalité.
Le Tavini Huira’atira a donc demandé trois mesures concrètes :
➢ Une mission de visite du Comité spécial de la décolonisation (C24), pour entendre directement notre peuple et nos institutions ;
➢ Un programme de travail pluriannuel placé sous l’égide des Nations Unies, avec des garanties à chaque étape ;
➢ Un dialogue structuré avec l’État sur les modalités et le calendrier d’un véritable processus de décolonisation.
Nous ne demandons pas à l’ONU de décider à notre place, mais de créer les conditions pour que notre peuple choisisse son avenir librement, pacifiquement et en connaissance de cause. Ces demandes ne sont ni radicales ni excessives : elles sont conformes au droit international, à l’histoire et à la dignité des peuples.
Pas une seule fois l’État n’a accepté d’engager ce dialogue. Il n’a toujours pas reconnu la réinscription de 2013. La résolution 67/265 de l’Assemblée générale des Nations Unies et toutes celles qui l’ont suivie demandent pourtant ce dialogue, année après année. Notre Assemblée l’a réclamé par des délibérations formelles, y compris à l’initiative d’élus qui ne partagent pas nos convictions. La réponse, dite ou sous-entendue par le silence, n’a jamais varié : ce serait une affaire intérieure. Treize années d’une telle attitude ne relèvent plus de l’oubli. C’est un choix répété, et c’est notre peuple qui en supporte le coût.
Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un droit humain fondamental, inscrit dans la Charte des Nations Unies et dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Il a dit aussi, sans détour, ce que les atermoiements de la France ont fait naître jusque dans nos rangs : une profonde frustration et la tentation de voies plus directes, comme l’idée d’une déclaration unilatérale d’indépendance à l’issue d’une consultation populaire. Cette impatience est un avertissement.
Le Tavini Huira’atira a choisi, une fois encore, la voie du droit : il a appelé les États du Pacifique et les membres de la Commission à soutenir la saisine de la Cour internationale de Justice, sur le fondement de l’article 96 de la Charte, pour un avis consultatif sur les manquements de la France à ses obligations, comme la Cour en a rendu en 2019 sur l’archipel des Chagos.
Cette année, nos institutions ont parlé d’une seule voix. Le 24 septembre, l’Assemblée de la Polynésie française a adopté, par 54 voix sur 57, une résolution portée par ses trois groupes politiques (Tavini Huira’atira, Tapura Huira’atira et A Fano Ti’a). Ce texte demande une mission de visite des Nations Unies, un programme de travail et un dialogue structuré avec la République française. Le 30 septembre, le conseil des ministres a adopté un vœu dans le même sens. Le 5 octobre, à New York, indépendantistes et autonomistes ont, les uns après les autres, demandé à la France d’ouvrir le dialogue. Nos convictions diffèrent, mais notre demande est la même.
L’État a répondu qu’il conduirait des « consultations » avec l’ensemble des parties prenantes polynésiennes. Nous en prenons acte. Mais des consultations ne sont pas un dialogue de décolonisation, et l’avenir d’un pays inscrit sur la liste des Nations Unies ne peut plus être traité comme une affaire intérieure.
Le Tavini Huira’atira appelle solennellement l’État français à entendre cette voix unifiée des élus de la Polynésie et à ouvrir sans délai le dialogue de décolonisation : en donnant son accord à la mission de visite des Nations Unies, en convenant d’un programme de travail, en arrêtant un calendrier. Notre démarche n’est pas polémique. Elle est digne et responsable. Mais après treize ans d’attente, le temps des déclarations de principe est passé : notre peuple attend des actes.
À notre peuple, nous le redisons : ce droit n’appartient qu’à nous, et c’est à nous seuls qu’il reviendra de décider de notre avenir. Tavini Huira’atira.

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