« 14 % de surcoût alimentaire : quelles solutions pour les consommateurs corses ? »

(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 26 septembre 2026) Pour sa rentrée politique, Nazione a choisi de placer la question sociale au premier plan.

Lors d’une action menée le 26 septembre dans la galerie commerciale de Toga, à Bastia, une vingtaine de militants ont voulu mettre en évidence la pression exercée par le niveau des prix sur les ménages corses et réclamer des mesures immédiates. Après avoir récemment porté leurs revendications sur le logement social et affiché leur soutien aux salariés et aux agriculteurs mobilisés, les indépendantistes entendent désormais faire de la vie chère un axe central de leur rentrée. Leur proposition principale est la tenue d’Assises réunissant producteurs, distributeurs et pouvoirs publics afin de travailler sur les causes de la dépendance alimentaire. Nazione souhaite notamment remettre en place un dispositif portant sur plusieurs centaines de produits essentiels avec des prix encadrés, s’inspirant d’un mécanisme déjà expérimenté en Corse puis abandonné.

Le mouvement fixe comme premier objectif de réduire le différentiel alimentaire annoncé de 14 % à 5 %, en combinant plusieurs leviers : mutualisation des approvisionnements à travers une centrale d’achat, soutien au fret maritime conditionné à une baisse effective des prix pour les consommateurs, suivi des marges, outils de comparaison et contrôle des prix. Nazione veut également exploiter davantage la position de la Corse en Méditerranée, renforcer la production insulaire et soutenir les commerces de proximité, considérant que le coût du transport, les marges et les situations de concentration participent au problème. Les militants demandent ainsi aux pouvoirs publics de reprendre l’initiative et de construire un cadre permettant d’éviter que la dégradation du pouvoir d’achat ne s’aggrave. Pour Petr’Antò Tomasi, cette séquence constitue une « rentrée sociale » et doit déboucher sur une véritable concertation autour des solutions à apporter à la cherté de la vie.

AnTo FpcL

Revue de presse

(Corse Matin) Une rentrée politique très sociale pour Nazione qui défend « des assises de la vie chère en Corse ».

(Corse Net Infos) Nazione se mobilise à Toga pour dénoncer le coût de la vie en Corse.

Le communiqué : En Corse, les prix sont supérieurs de 7% en moyenne par rapport à la province française pour l’ensemble de la consommation.
Le niveau général des prix à la consommation des ménages corses (hors loyers) est supérieur de 7% à celui de la province en France.
Les prix sont supérieurs pour chacune des grandes catégories de consommation des ménages.
. Alimentation: un différentiel intenable.
Les différences de prix vont jusqu’à 14% dans l’alimentation.
Dans le détail, les écarts sont de 10 à 12 % pour des fonctions de consommation essentielles (viandes, laitages, fruits et légumes). Par rapport à 2015, l’écart de prix avec la province française a doublé. Cela tient pour partie à la hausse des coûts des intermédiaires et notamment sur le transport.
Les écarts de prix les plus importants sont ceux des produits alimentaires et des boissons non alcoolisées (+14%)
La dépense alimentaire représente 16 % de la consommation des ménages et pèse ainsi de façon notable sur l’écart global des prix.
La viande et les laitages, les fruits et les légumes ou encore les boissons non alcoolisées font l’objet, on l’a vu, d’écarts importants.
La différence est encore plus grande pour certains produits de base tels que le pain et les céréales, ou le sucre, le café, le thé et le cacao. Les boissons alcoolisées sont ici, à l’image de l’alimentaire, plus chères qu’en France.
. Des produits de consommation au- delà de 10 % plus chers.
Les biens et services divers sont plus chers en Corse de + 11 %.
Ils représentent un poids important des dépenses de consommation des ménages (14 %).
Les tarifs des assurances sont nettement supérieurs, que ce soit pour une habitation ou une voiture.
D’autres services tels que les soins corporels sont marqués par des prix plus élevés en Corse.
Les prix dans l’hôtellerie et la restauration sont supérieurs de 11 %, l’écart étant porté essentiellement par la restauration.
Pour l’aménagement de leur logement, les corses doivent assumer un surcoût qui atteint 12 % et notamment à cause du prix des meubles.
De plus un écart de 8 % affecte les autres dépenses liées au logement (hors loyers) principalement celles de l’eau et de son assainissement, mais aussi la gestion des déchets et la dépense en gaz.
Un taux de TVA deux fois inférieur (10 % contre 20 %) permet d’atténuer l’impact qui s’avèrerait ingérable de la facturation d’électricité. Mais les taxes générées sont captées par un système qui permet de maintenir la dépendance énergétique et le monopole d’EDF.
En annulant la tarification spécifique sur le tabac, celui-ci serait alors plus cher de 8 % en Corse alors qu’il est moins cher actuellement.
Au total, sur l’ensemble des biens et services consommés, l’écart de prix avec la province française serait alors de 8 % au lieu de 7 %.
Par ailleurs, le carburant est plus cher en Corse malgré une TVA réduite à 13% au lieu de 20% en Corse.
Cette situation est paradoxale car l’accise réduite sur les carburants devrait permettre un coût moindre pour les déplacements des Corses. Mais là encore les problèmes liés au transport, aux modalités d’approvisionnement ainsi que l’absence de concurrence font monter le prix final à la pompe. À noter que les territoires ultramarins jouissent d’une exonération totale de la TVA pour les mêmes raisons. De plus, en France, 60% du prix du gazole et de l’essence à la pompe correspondent aux taxes. D’ailleurs la TICPE est elle-même soumise à la TVA au taux normal de 20%, ce qui constitue une taxe sur la taxe. Pourquoi pas une TVA sur la TVA au point ou on en est? Un vrai statut fiscal pour la Corse s’impose donc ici comme dans tous les autres secteurs.
. Des mesures immédiates utiles pour enclencher un cycle vertueux.
Il n’y a pas à l’heure actuelle de mesure miracle car le problème est à la fois politique, économique, logistique, concurrentiel, fiscal et productif.
Les mesures que l’on pourrait mettre en place dès maintenant consisteraient à créer un véritable « panier de première nécessité ».
Pour cela en accord avec la « grande distribution », il faudrait sélectionner 200 à 300 produits tels que : pâtes, riz, farine, huile, lait, beurre, viande, produits d’hygiène, produits pour enfants. Pour chacun de ces produits, fixer un prix plafond ou un objectif de prix correspondant au prix observé dans les 25 % des magasins les moins chers sur le continent européen.
Un système assez proche a déjà été expérimenté en Corse avec un panier de 230 produits et l’engagement des enseignes à les vendre dans les premiers quartiles des prix pratiqués en France.
Le nouveau dispositif devrait être référencé par une publication des prix magasin par magasin, par des contrôles mensuels et une obligation de résultat, et offrir la possibilité pour les consommateurs de comparer les prix en temps réel.
Au niveau institutionnel, il est important de s’attaquer au coût des transports en créant « un fret alimentaire insulaire » avec une aide publique ciblée sur les produits de première nécessité. Il ne s’agit pas d’octroyer une subvention générale au transporteur ou au distributeur.
Elle devra être conditionnée à une baisse du prix final déterminé par l’observation des prix pratiqués dans les 25 % des magasins les moins chers en France.
Par exemple 10 M€ d’aide publique au fret entrainerait l’obligation pour les distributeurs bénéficiaires de répercuter au moins 8 M€ dans les prix des produits concernés.*
L’autorité de la concurrence a identifié le transport maritime, les faibles capacités de stockage et donc des livraisons plus fréquentes comme des facteurs supplémentaires de surcoût en Corse.
Une des mesures consisterait à créer une centrale d’achat corse commune. Chaque enseigne n’aurait plus à négocier séparément ses approvisionnements.
Par ailleurs, une centrale d’achat mutualisée pour les produits de base, pourrait négocier directement avec les industriels et grossistes en France et en Europe pour les produits tels que les pâtes, le riz, les conserves, l’huile, le lait, les produits d’entretien, l’eau, les produits d’hygiène.
Les volumes étant plus importants, cela permettrait d’obtenir des tarifs et des conditions logistiques intéressants.
Il faudrait également permettre une plus grande concurrence entre distributeurs.
L’autorité de la concurrence a constaté que certains bassins d’activité connaissaient des niveaux de concentration très élevés. Dans certains cas un opérateur dépensait 60 % des parts de marché en surface commerciale.
Elle considère que le « manque d’animation concurrentielle » peut contribuer à la cherté.
Pour cela, il faut faciliter l’implantation de magasins discount, empêcher les situations de quasi-monopole, surveiller le rachat des magasins, faciliter l’accès au foncier commercial, favoriser les indépendants et les petits commerces capables de concurrencer les grandes enseignes.
L’instauration d’une concurrence réelle par un maillage pertinent sur l’ensemble du territoire est certainement plus efficace à long terme qu’un contrôle administratif permanent des prix.
Le suivi des prix avec Corsica Statistiques n’est pas assez ambitieux et il faudrait passer à une version directement utilisable par les consommateurs qui mettrait les distributeurs en concurrence publiquement.
A travers cette application (publique) la puissance publique ferait de la Corse un territoire de transparence totale sur les prix. Le consommateur aurait en temps réel les prix par produit et par magasin avec comparaison automatique le prix moyen français, le prix moyen corse et le prix le moins cher en Corse.
Une autre mesure serait de ne pas simplement baisser les impôts mais conditionner toute baisse fiscale.
La Corse dispose de dispositifs fiscaux spécifiques. Pour une part importante des produits, la TVA est notamment de 2,1 % contre 5,5 % ou 20 % selon les produits.
Une nouvelle baisse de TVA ne garantit absolument pas que le consommateur en récupère intégralement le bénéfice.
La meilleure formule serait une baisse fiscale avec une obligation de répercussion et de contrôle du prix final.
L’argent public doit aller dans le caddie du consommateur et pas simplement dans les marges d’un intermédiaire.
Le volet essentiel pour lutter contre la dépendance et la cherté de la vie est de développer massivement la production alimentaire comme le lait, les œufs, la viande, fruits et légumes, farine, légumineuses, céréales et les produits transformés.
Pour être concurrentiel, il faut travailler sur la productivité et la mutualisation par le biais de coopératives, d’abattoirs, d’ateliers de transformation, de capacités de stockage frigorifiques, d’achats groupés et de conditionnement collectif, et de plateformes logistiques.
L’objectif est de construire une véritable filière alimentaire corse et ne pas se cantonner à vendre des produits corses haut de gamme.
Par ailleurs il faudrait créer deux grandes plateformes logistiques en Corse (Bastia, Aiacciu) qui permettraient de regrouper les commandes, de réduire le nombre de rotations des bateaux, de diminuer les coûts de stockage, de réduire les charges et de négocier de meilleurs tarifs.
Il faut également traiter séparément les prix alimentaires et les prix « touristiques » en instaurant un bouclier alimentaire permanent sur une liste limitée de produits essentiels qui ne pourraient pas augmenter de façon excessive entre juin et septembre.
Il ne s’agit pas ici que la puissance publique fixe tous les prix dans une économie totalement administrée. En revanche dans notre île avec une forte concentration de certains marchés, il serait nécessaire d’avoir un observatoire permanent des marges.
Il faudrait pouvoir répondre à une question très simple :
– sur une bouteille de lait vendue 1,50 €, combien revient au producteur, combien au transporteur et combien au distributeur.
Cette décomposition du prix manque pour distinguer le surcoût réel de l’insularité d’une éventuelle sur-marge.
Le plan « vie chère en Corse » devrait s’articuler autour des axes suivants :
– panier de 200 à 300 produits essentiels à prix encadré,
– aide au fret maritime conditionnée à une baisse du prix consommateur
– centrale d’achat, mutualisation des approvisionnements,
– politique ciblée en faveur de la concurrence,
– application publique de comparaison des prix en temps réel,
– développement massif de la production et de la transformation alimentaires corses,
– observation des marges et contrôles renforcés des situations de concentration.
L’objectif stratégique serait de faire passer dans un premier temps le surcoût alimentaire de +14 % à +5 % par rapport à la province française en agissant notamment sur ce qui relève réellement de l’organisation du marché. En même temps, il conviendra de développer toujours plus les comparaisons mais surtout les échanges économiques avec les îles et régions euro-méditerranéennes dans la perspective d’une véritable souveraineté nationale corse, seule garante de l’avenir.
A cet effet, dès aujourd’hui, à travers cette conférence de presse, nous demandons l’organisation d’Assises de la « vie chère en Corse » avec les producteurs et les distributeurs afin de trouver les solutions à la dépendance alimentaire et à la cherté de la vie en Corse.
Les solutions préconisées seront raisonnables, afin qu’aucun acteur économique ne soit injustement lésé, mais, à l’heure où nous nous battons contre la spéculation immobilière, nous ne pouvons laisser s’installer dans notre pays, sur fond de précarité croissante et généralisée, des démarches que l’on pourrait assimiler à une véritable spéculation alimentaire.
* Une étude faite par l’Office des Transports sous l’égide de l’ex Président Antoine Sindali, démontrait clairement, dès 2008, que l’impact réel lié aux transports des marchandises, était de l’ordre de 2 à 2,5 %.
La mise en place d’un plan de réorganisation des transports maritimes en 2017 avait généré une baisse de 8% sur le transport du fret. Cette baisse significative allait dans le bon sens et demandait à être consolidée, voire amplifiée, pour autant qu’elle serve l’intérêt général des Corses, et plus particulièrement des familles les plus démunies. Mais force est de constater que cela n’a pas été le cas.

 

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