(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 27 novembre 1990) Dans un très long article de Corse Matin, les journalistes reviennent sur la conférence du FLNC (canal historique désormais) à Borgu. L’article ainsi qu’une grande partie du texte du FLNC sont publié dans le journal du 27 novembre 1990.

À l’automne 1990, les divisions apparues au sein du FLNC prennent une nouvelle dimension. Après la conférence clandestine de Tavera du 19 septembre, contestée par une partie importante de la base militante, une nouvelle conférence organisée à Borgu le 24 novembre 1990 officialise la rupture entre deux courants désormais désignés comme le « canal habituel » et le « canal historique ».
Dans son récit, Corse-Matin décrit une démonstration de force exceptionnelle à Borgu, avec plusieurs centaines de militants armés mobilisés autour de la conférence. Pour le journal, cette mise en scène entend notamment montrer que la démarche engagée à Borgu bénéficie du soutien d’une large partie de la base du mouvement clandestin.
La fracture trouve notamment son origine dans le fonctionnement interne du FLNC. Les militants réunis à Borgu reprochent à la direction dite « stratégique » d’avoir organisé la conférence de septembre sans véritable consultation de la base et d’avoir, selon eux, monopolisé les décisions. La publication du journal U Ribellu, en octobre 1990, avait déjà constitué une expression de cette contestation interne.
Le « canal historique » affirme alors vouloir restructurer le mouvement afin de remettre l’organisation collective, le débat interne et l’auto-organisation populaire au centre de son fonctionnement. Il rejette notamment les pratiques qualifiées de dirigistes, élitistes ou antidémocratiques et défend l’idée que le FLNC doit rester à la fois un instrument de lutte et un « lieu de synthèse et de direction politique ».
La déclaration replace également cette crise interne dans une réflexion plus large sur l’avenir de la lutte de libération nationale. Le FLNC réaffirme alors le triptyque lutte de masse, lutte institutionnelle et lutte armée, tout en appelant à un débat politique plus large, y compris autour de la question de l’indépendance.
Sur le plan idéologique, le texte réaffirme par ailleurs la perspective d’une société corse socialiste et souveraine, tout en rejetant à la fois le modèle du parti unique et le capitalisme. Il revendique un « socialisme original » inspiré notamment de l’histoire et des traditions communautaires corses. La langue corse et la lutte contre le colonialisme français occupent également une place importante dans cette orientation.
Cette conférence marque ainsi une étape majeure de la crise du nationalisme clandestin de 1990. Corse-Matin souligne que la disparition du FLNC comme espace commun de synthèse ouvre une nouvelle période de fragmentation du mouvement nationaliste, déjà visible parallèlement dans l’espace politique public avec la multiplication des organisations nationalistes.
La déclaration de Borgu se conclut enfin par une affirmation claire de la légitimité du « canal historique », qui annonce que ses futures communications seront authentifiées par le canal utilisé depuis plusieurs années pour revendiquer les actions du FLNC.
AnTo FpcL

l’article de presse de Corse Matin :
C’est une véritable armada (400 hommes cagoulés et armés) qui a investi dimanche à minuit u pianu di a battaglia à Borgu. Ce déploiement de forces exceptionnel a entériné la rupture entre la « base » du mouvement clandestin et sa direction stratégique.
Les nouveaux porte-parole ont dénoncé la conférence de presse du 19 septembre à Tavera, affirmant « qu’en aurait été écarté de facto la grande partie des militants » ajoutant aussi qu’un a « détourné de sa destination le code d’authentification du canal de revendication. »
C’est désormais une évidence : il y a deux FLNC : celui de la conférence du 19 septembre à Tavera, dit du « canal officiel », celui de la conférence de presse du dimanche soir à Borgu, dit du « canal historique ». D’un canal à l’autre, l’unité s’est perdue. Entre la « base » et les « politiques », la rupture est consommée au sein de l’organisation politico-militaire.
Ces turbulences interviennent à un moment crucial de l’histoire de l’île fraîchement dotée d’un nouveau statut. Si la reconnaissance du peuple corse n’est qu’un préalable aux yeux des clandestins, elle est vécue comme une rupture par une large fraction de l’opinion. D’où l’urgence de recentrer le débat.
L’avant-projet de société du FLNC constitue la vraie bible de la décolonisation voulue par la totalité du mouvement clandestin. Il faut donc clarifier sans tarder une situation préjudiciable au développement des luttes de libération.
« U Ribellu »
Les « divergences internes » évoquées lors de la conférence de presse clandestine du 19 septembre dernier à Tavera, éclatent ainsi au grand jour avec une étape importante : la distribution à travers la Corse par des militants en armes au soir du 8 octobre 90, du « Ribellu », l’organe de presse du mouvement clandestin. Mais cette action était aussitôt condamnée (notre édition du 10 octobre) en termes sévères par le canal officiel :
« L’opération menée par des militants dans la soirée du 8 octobre ne peut être assumée par notre structure(.). En s’appropriant le sigle du Front, ces militants se sont malheureusement placés d’eux-mêmes en dehors de leur propre structure. »
Quelques jours plus tard, on apprenait qu’une partie des « démissionnés » avaient été réintégrés.
Deux nouvelles « communications » étaient rendues publiques par le canal officiel : l’une pour « situer les enjeux », l’autre pour appeler à la « constitution d’un grand mouvement politique public de masse ».
Cette dernière suivait de peu la mise en cause par la Cuncolta du fameux « canal officiel ».
Une lumière dans la nuit
Depuis la nuit de dimanche et la conférence de Borgu, le scénario de la rupture est donc devenu plus clair. Ainsi sur le point précis de la distribution du « Ribellu », on sait désormais que c’était la réplique de la « base » à la conférence du 19 septembre.
« la majorité des militants de base avaient décidé, après concertation, d’exprimer leurs critiques et leurs propositions », ont déclaré les clandestins réunis à Borgu.
Pour conclure cette chronologie des faits, on observera que depuis la fameuse consulta qui vit le majorité de la Cuncolta basculer à Midicardia, les événements se sont précipités de l’émergence d’une possibilité au sein du mouvement public, on est passé à la création, mardi dans le palais de Paoli, du MPA (Muvimentu per l’Autodeterminazione), répondant ainsi à un souhait exprimé par le canal officiel.
À sa tête, on retrouve les pères fondateurs du nationalisme insulaire : Yves Stella, Léo Battesti, Alain Orsoni. La dernière n’a épargné la rédaction du « Ribellu », ce qui la position d’Yves Stella est menacée.
Dernier acte : la rupture officielle au sein de l’organisation politico-militaire elle-même. Deux mouvements concurrents qui revendiquent tous les deux la même appellation : celui qui, le 19 septembre dernier, s’est exprimé à Tavera ; l’autre rencontrait la presse ce dimanche soir, nous les clandestins de Borgu, à quelques centaines de mètres des lieux où fut tournée la vidéocassette du Front (encore uni) projetée cet été à Corti.
Avec la déchirure désormais officialisée au sein de l’organisation politico-militaire elle-même, c’est en fait le lieu de « synthèse » qui disparaît.
Dans la déjà longue histoire du nationalisme insulaire, plus rien ne sera plus comme avant…
Impressionnant déploiement de force
Nouvelle (et pluvieuse) rencontre nocturne, donc, dimanche soir entre le Front et les journalistes. Un scénario traditionnel : rendez-vous dans la région bastiaise à 22 heures ; premier contact avec les militants cagoulés et armés une demi-heure plus tard. Puis vingt minutes de camion sur une route sinueuse suivies de minutes de marche avant d’atteindre le « site », tout près « di u pianu di a battaglia », déjà vu sur la cassette vidéo cet été.
Une mise en condition classique donc, mais, sur place, rien de comparable aux précédentes conférences de presse. En ces lieux très connotés historiquement, le déploiement d’hommes en armes est impressionnant : 300 clandestins puissamment armés (PM, fusils d’assaut, fusils à pompe, armes de poing et grenades) ont planté derrière la bandera « A populu fattu bisognu à marchja ».
Sur une profondeur d’une vingtaine de mètres, ils sont encore une centaine, tout aussi puissamment armés, répartis en aval et en amont de la piste d’accès, assurant la sécurité. Cette manifestation de « masse » entend démontrer que la majorité du mouvement clandestin adhère à cette démarche de clarification.
Justement, la première prise de parole fait la lumière sur ce que, en termes très sévères, on n’hésite pas à dénommer comme « un coup d’Etat interne effectué par la conférence clandestine du 19 septembre ». (Voir les principaux extraits publiés ci-dessus). Trois autres textes suivent, proposés par d’autres militants : une réflexion sur « le mouvement clandestin », un « socialisme original », une étude sur « la langue corse », pilier de la résistance et une mise au point politique sur le renforcement de la lutte contre le colonialisme. »
Au bout d’une heure, la conférence de presse proprement dite s’achève. Ce sera alors le retrait des militants. Un repli long et délicat en raison du nombre de personnes mobilisées et du matériel nécessaire (des camions et vraisemblablement des véhicules plus légers). Il faudra attendre encore une heure et demie avant que la presse puisse quitter les lieux vers trois heures. C’était la fin d’une nouvelle opération « historique » intitulée : « Cunferenza di stampa à Borgu, 24 novembre 1990 ».
Texte et photos : Louis BERNARDINI
L’obscure clarté de Borgu
En août, alors que des milliers de personnes acclamaient à Corte un FLNC triomphant, la nouvelle de ses divisions aurait créé un choc. Trois mois après, au terme de polémiques incessantes au sein de la famille nationaliste, l’annonce que le Front se déchire ne provoque qu’une demi-surprise.
Car il y a en Corse, pratiquée par tous, une pesanteur sociologique propre, une « logique de division » sans laquelle le paysage politique insulaire ne présenterait pas le visage particulier qu’on lui connaît.
Ici, la passion du pouvoir l’a toujours emporté sur l’adhésion aux idées. Voilà pourquoi on chercherait en vain, entre le canal dit « habituel » et le canal dit « historique » de l’ex-FLNC, des divergences suffisamment « graves » pour justifier l’existence de deux mouvements clandestins. Sur la condamnation du projet Joxe, sur la situation « coloniale » de l’île, sur la lutte de libération nationale, sur le rôle du FLNC comme « lieu de synthèse », bref sur toutes les idées, les deux canaux parlent d’une même voix. Mais sur l’exercice du pouvoir, ils se divisent…
Le mystère c’est de comprendre pourquoi cette division n’intervient qu’à présent. Les récentes conférences, qu’elles émanent de l’un ou l’autre canal, apportent la aussi la même explication : les discordes existaient bien, mais des circonstances exceptionnelles (entendre l’âpreté de la répression) empêchaient qu’elles s’expriment. Il a suffi d’une amnistie généreuse suivie de deux années de rêve, pour que les conflits refoulés reprennent le dessus. En trois mois, on a rattrapé les années perdues.
Désormais, le nationalisme n’est pratiquement mis en phase avec le reste du paysage politique insulaire. Qu’on en juge : trois tendances (de Rocca Serra, Musso et Antonini) se disputent le RPR. Trois (ou quatre) autres (rocardienne, fabiusienne, etc.) convoitent le PS. Le PCF a monolithique ailleurs, abrite ici deux courants. L’UDPF aussi. Le Front national a cru bon, malgré sa jeunesse, de se diviser en « anciens » et « nouveaux ». Quant aux nationalistes, ils alignent quatre mouvements publics : l’UPC, la Cuncolta, l’ANC et le tout jeune MPA. Enfin, côté clandestins, on se bouscule à la MASC et « R », il convient maintenant d’ajouter deux FLNC.
Si elle était moins florissante en partis et davantage en entreprises, la Corse serait sans doute un pays sans problèmes. Mais serait-elle toujours la Corse ?
Nicolas GIUDICI
Le texte de la déclaration
Voici les principaux extraits de la déclaration lue par le porte-parole du FLNC au cours de la conférence de presse clandestine :
Notre conférence de presse se situe dans le prolongement de ces quinze années de lutte, de la philosophie politique de l’avant-projet de société proposé au débat fin décembre 1989, de notre communication vidéo de Borgu d’août 1990, et du numéro d’octobre 1990 de notre journal « U Ribellu ».
Notre présence ici ce soir nous est dictée par la nécessité d’éclairer notre peuple sur la situation actuelle. Nous nous trouvons à quelques centaines de mètres de l’endroit où fut donnée notre précédente conférence de presse du mois d’août dernier. Il vous appartient de vous rendre compte par vous-même du nombre de militants présents ici. Nos interventions ne sont pas destinées à faire de la surenchère médiatique, que ce soit sur le nombre de militants ou sur la portée du discours. Notre peuple sera le seul juge de notre démarche.
La nécessité d’adapter notre structure aux exigences du développement de notre lutte s’est imposée depuis quelques mois. De plus, les contraintes dues à la forme de lutte politico-militaire que nous avons menée durant de nombreuses années ont suscité l’émergence de pratiques qui ne sauraient correspondre au fonctionnement démocratique de la lutte de libération nationale.
En effet parmi ces exigences d’adaptation est apparu que notre action de résistance au système colonial français devait nécessairement s’insérer dans une démarche d’auto organisation et de construction assumée et animée par notre peuple.
Cette phase nouvelle de la lutte de libération nationale doit préserver son caractère populaire indispensable pour faire échec aux pratiques dirigistes, élitistes et anti-démocratiques qui se sont fait jour à un moment donné dans toutes les luttes de libération. Aucune de ces luttes n’a été à l’abri des tentations affairistes, légalistes, voire militaristes lorsqu’elles n’ont pas préservé le fonctionnement démocratique de leurs structures et l’enracinement dans la réalité populaire.
Il y va de notre responsabilité de militants révolutionnaires de ne pas laisser accaparer par un petit nombre de responsables les moyens d’un combat impulsé par l’ensemble de la lutte de libération nationale et qui, au-delà, appartient à notre peuple tout entier.
« La révolution faite par quelques-uns n’est qu’une prise de pouvoir, un coup d’État, la substitution d’une oligarchie à une autre. Seul notre peuple en s’auto-organisant autour du mouvement de libération nationale pourra faire une révolution légitime, sa révolution, sous sa responsabilité. Aucune élite, qu’elle soit politique, économique, culturelle, ne peut penser un destin collectif pensé, débattu, assumé et mis en pratique dans une action commune quotidienne. » (Ribellu. Ottobre 1990).
La répression subie pendant toutes ces dernières années avait gelé des contradictions internes, la suspension des activités militaires aurait dû permettre de mettre au débat de s’adapter aux adaptations structurelles.
« Coup d’État interne »
Malheureusement, certaines pratiques qui avaient commencé à poindre dans le fonctionnement de notre organisation ont éclaté au grand jour lorsqu’est venu le moment d’avoir ce débat interne. Ces agissements, incompatibles avec l’idée que se fait notre peuple d’un militant de la lutte, ont fait éclater des contradictions à l’intérieur de notre structure.
Il est apparu alors que le code d’authentification de notre canal de revendication, instrument technique essentiel de légitimité extérieure, a été détourné de sa destination.
Ce coup d’État interne a été officialisé par la conférence de presse du 19 septembre, de laquelle a été écartée de facto la grande majorité des militants de notre organisation.
Plus grave, dans cette conférence de presse, il a été fait état de soi-disant divergences alors qu’il n’y avait pas eu le moindre commencement de débat.
C’est ce mépris pour la base, cette idée selon laquelle il y aurait des politiques pour penser et des militaires pour frapper, qui nous ont contraints à faire paraître « U Ribellu » au mois d’octobre.
Il est bien clair pour nous qu’il ne s’est jamais agi d’entériner une quelconque fracture dans le mouvement, mais bien au contraire, de lancer un appel à tous les militants de notre organisation pour que le débat que nous réclamions avec force puisse enfin avoir lieu.
Le fonctionnement du Front étant bloqué depuis plusieurs mois (pas de réunions structurelles, absence de débats à la base, décisions unilatérales de la direction dite « stratégique » entretenant de plus en plus de confusion), la majorité des militants de base du front décident après concertation d’exprimer leurs critiques et leurs propositions dans le Ribellu.
Loin de se présenter comme une bible, le Ribellu s’est voulu une contribution positive aux débats actuels. Il est une réponse à un objectif politique avoué se résumant à la destruction du Front en tant qu’organisation politique majeure. Le Front ne devait plus, selon certains, se résumer qu’à un bras armé et n’être qu’un lieu de synthèse technique.
La plus grande confusion
Cette situation s’est traduite par la plus grande confusion au niveau du mouvement public, confusion provoquée et entretenue par une série de communications du canal dit habituel, et qui a abouti à une fracture au sein de ce mouvement.
Une première remise en cause du Front en tant qu’organisation politique eut lieu avec la conférence de presse du 19 septembre 90, au mépris de la majorité des militants et, sans consultation des structures intermédiaires de décision, quelques personnes s’arrogeant le titre de « direction stratégique » décident une conférence de presse dont le contenu et la forme n’ont jamais fait l’objet d’aucune discussion, et qui ne peut être considérée comme résultant d’une analyse partagée par les militants du Front.
Au niveau pratique, les militants sont avertis au dernier momeant pour qu’ils ne puissent pas réagir. Nous condamnons fermement les tentatives d’intoxication orchestrées depuis « le canal dit habituel » et tendant à faire supporter les conséquences de cette situation et la fragilisation du mouvement dans son ensemble par des militants dont la sincérité, l’engagement et l’intégrité ne sont plus à prouver et qui dans cette situation n’ont fait que leur devoir de militant…
Pour notre part, nous affirmons qu’il est de la responsabilité de chaque militant de la lutte de libération nationale d’intensifier la lutte contre le colonialisme français et ses valets. Il appartient donc à chacun de s’organiser dans l’espace politique qui lui convient, la diversité étant pour nous synonyme de richesse, dans la mesure où elle respecte le fonctionnement démocratique et le fait majoritaire.
Il nous faut aujourd’hui restructurer notre organisation, afin d’adopter au mieux son fonctionnement à ces exigences nouvelles, isoler définitivement les pratiques élitistes et mettre toutes les capacités politiques et militaires au service de la lutte que nous menons depuis l’origine pour la défense des droits nationaux de notre peuple.
Cette restructuration a pour but de permettre à notre organisation d’assurer pleinement son rôle de lieu de synthèse et de direction politique. Pour ce faire, nous devons tenir compte de tous les débats qui se développent, non seulement dans les organisations nationalistes mais au sein de notre peuple tout entier.
Ce lieu de synthèse ne saurait être la propriété de quelques techniciens ou technocrates de la lutte. Il doit fonder sa légitimité dans la réalité démocratique de sont fonctionnement. Il ne saurait se limiter au rôle de chambre d’enregistrement de la fonction de bras armé.
La société corse est en crise
Rappelant que le triptyque « Lutte de masse », « Lutte institutionnelle » et « Lutte armée » est plus que jamais d’actualité, le porte-parole du mouvement poursuit :
La société corse tout entière est en crise. Incertitudes et malaise grandissent dans tous les domaines, et c’est dans cette crise générale qu’il faut situer l’origine et les causes de la crise traversée par le mouvement de libération nationale.
En Corse, comme un peu partout dans le monde, les appareils désuets, archaïques, quelle que soit leur nature et leur fonction, sont désormais mis à mal par la volonté des peuples de secouer les tutelles arbitraires, de devenir les acteurs, les artisans de leur existence aujourd’hui même et à l’avenir. Les détenteurs des attributs d’un pouvoir trop longtemps usurpé au nom des peuples n’entendent certes pas passer la main ni se plier aux exigences des nouvelles réalités.
De n’être pas reconnu par l’État français n’empêche pas le peuple corse d’exister. De même, de n’avoir pas été reconnu par le canal dit habituel n’empêche pas l’action de centaines de militants du F.L.N.C. d’être légitime et conforme aux intérêts collectifs du peuple corse.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur cet aspect des problèmes internes à notre organisation. Non pas parce que nous serions opposés au débat, mais parce que le débat, pour nous, ne saurait se résumer à une guerre des communiqués et des contre-communiqués, à des polémiques publiques stériles et à la longue suicidaires, faisant objectivement le jeu de notre seul adversaire commun : l’État colonialiste auquel nous devons opposer l’unité stratégique.
Le débat doit être porté dans toutes les structures, dans le respect des sensibilités et des militants. Contrairement à ce qui a pu être affirmé, ce débat interne n’exclut pas mais suppose et stimule un débat public sans entraves et sans dirigisme hors de saison. Un débat abordant tous les sujets, y compris celui de l’indépendance.
En ce qui nous concerne, à partir de ce soir, nous observons réserve, discrétion et silence sur toute manifestation intempestive susceptible de nuire à la lutte de libération nationale.
Retour à « un socialisme original »
Faisant ensuite référence à l’avant-projet de société, le porte-parole du mouvement a précisé :
« À ce niveau du débat, il apparaît nécessaire de préciser certains axes stratégiques, comme la notion de socialisme original ».
Parlant de « société corse socialiste et souveraine », rejetant l’expérience des pays socialistes existants et du capitalisme international, le FLNC précise :
« Nous rejetons totalement la conception du parti unique, de l’idéologie d’État qui nous mènerait inexorablement à un socialisme bureaucratique et autoritariste, à l’établissement et au pouvoir d’une nomenclature et donc à la domination d’une élite sur le peuple.
« Nous réfutons parallèlement le système capitaliste qui a pour valeurs intrinsèques le profit, la concurrence sauvage, et l’individualisme, moteurs d’une société faite d’inégalités, d’injustices et d’aliénation.
« Notre conception du socialisme est celle de la libération de l’homme car, comme nous l’avons écrit dans notre avant-projet de société, « la révolution des systèmes est en crise, seule la révolution de l’homme peut créer les conditions d’un changement radical ». Cette condamnation sans appel d’une vision élitiste et bureaucratique du pouvoir politique a d’ailleurs conduit notre organisation à une remise en cause de ses propres modes de fonctionnement et à une mise au débat interne d’une nouvelle structuration.
Notre rôle de direction politique et de synthèse exige l’abandon de tous les archaïsmes structurels qui ont conduit à des comportements et des fonctionnements dirigistes.
« Nous avons aussi toujours affirmé que notre idée du socialisme s’inspirait largement de notre histoire, de nos traditions communautaires, des révolutions de Corse, de Sambucucciu d’Alandu à Pasquale Paoli, père de la patrie indépendante.
Suivent de longs développements sur la langue corse, « langue nationale du peuple souverain », et sur la nécessité de « renforcer la lutte contre le colonialisme et le pouvoir français ».
On remarquera qu’à aucun moment le porte-parole du F.L.N.C. n’a prononcé le mot « trêve ».
Enfin, il a conclu ainsi son intervention :
« La communication de ce soir, ainsi que toutes nos manifestations à venir, seront authentifiées par le canal qui, depuis de nombreuses années, a revendiqué toutes nos actions. Ce canal historique a été, et demeure le canal du F.L.N.C. ».
Evviva u populu corsu in lotta !
Evviva a lotta di liberazione naziunale !
FLNC
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