(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 24 avril 2026) Les déclarations de l’ancien ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, qualifiant l’enseignement immersif en langue corse d’« illégal et inconstitutionnel », ont suscité de vives réactions. Le réseau Eskolim, ainsi que plusieurs acteurs politiques et syndicaux, dénoncent une remise en cause du modèle immersif, alors que l’avenir de Scola Corsa apparaît incertain.
En Corse, la polémique autour de l’enseignement immersif en langue corse s’est ravivée après des propos tenus sur le réseau social X par l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer. Qualifiant ces dispositifs d’« illégaux et inconstitutionnels », il a provoqué une réaction immédiate du réseau Eskolim, qui regroupe plusieurs structures dont Scola Corsa.
Eskolim a exprimé son incompréhension face à ces déclarations, rappelant que l’enseignement immersif s’inscrit dans un cadre déjà mis en œuvre au niveau national. L’organisation souligne également que ces propos interviennent dans un contexte sensible, alors que des discussions sont en cours concernant une contractualisation généralisée du réseau Scola Corsa.
Créée en 2021, cette structure associative regroupe plusieurs établissements et emploie actuellement 33 personnes. Selon ses responsables, son modèle économique est fragilisé par des incertitudes liées aux financements publics, notamment après un retour défavorable du contrôle de légalité sur certaines subventions.
Mardi 21 avril, les dirigeants de Scola Corsa ont organisé une conférence de presse devant la préfecture à Ajaccio, avant d’être reçus par les services de l’État. Ils ont alerté sur les conséquences d’une éventuelle interruption d’activité, évoquant la situation des salariés et des familles concernées.
Dans la foulée, plusieurs rencontres ont été organisées avec le rectorat et la Collectivité de Corse. Les différentes parties ont exprimé leur volonté d’ouvrir un dialogue.
Par ailleurs, une motion de soutien a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée de Corse.
Au-delà de la polémique immédiate, ces déclarations s’inscrivent dans une opposition ancienne à l’enseignement immersif des langues régionales. Déjà à l’origine du recours contre la loi Molac, partiellement censurée par le Conseil constitutionnel, Jean-Michel Blanquer incarne une vision centralisatrice régulièrement dénoncée par les défenseurs de la diversité linguistique.
Pour Eskolim, à travers Scola Corsa, c’est l’ensemble des réseaux immersifs — breton, basque, occitan, catalan ou alsacien — qui se trouvent fragilisés. L’organisation rappelle que ce modèle pédagogique est aujourd’hui considéré comme le plus efficace pour former des locuteurs actifs dans des contextes largement francophones.
Dans un contexte où, selon l’UNESCO, près de la moitié des langues dans le monde sont menacées de disparition, les acteurs de terrain insistent sur l’urgence de sécuriser juridiquement ce type d’enseignement.
Face à cette situation, les prises de position se multiplient.
Le mouvement Femu a Corsica a réaffirmé son soutien à Scola Corsa et appelé à une contractualisation rapide afin de garantir la pérennité des postes et du dispositif.
Le syndicat STC a également dénoncé une menace directe contre la transmission linguistique, estimant que « c’est bien plus qu’un modèle éducatif qui est en jeu ».
De leur côté, le PNC et Avanzemu ont inscrit leur soutien dans une continuité politique, évoquant une revendication historique du mouvement national corse.
D’autres responsables, comme le sénateur Paulu Santu Parigi, ont également pris position, dénonçant une remise en cause du développement de la langue corse.
Alors que les discussions se poursuivent entre les différents acteurs institutionnels, la question de l’avenir de Scola Corsa dépasse désormais le seul cadre éducatif. Elle s’inscrit dans un débat plus large sur la place des langues régionales en France et sur les moyens concrets de garantir leur transmission.
Pour les défenseurs de l’enseignement immersif, l’enjeu est désormais clair : obtenir une sécurisation durable du modèle afin d’éviter une remise en cause de structures jugées essentielles à la vitalité linguistique.
Tuninu

