(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 8 avril 2026) La Corse connaît depuis mardi une paralysie maritime d’ampleur inédite, provoquée par le blocage coordonné des principaux ports de l’île par des pêcheurs. À Ajaccio, Bastia, Propriano, L’Île-Rousse, Bonifacio et Porto-Vecchio, des embarcations se sont positionnées à l’entrée des infrastructures portuaires, empêchant toute circulation de navires commerciaux, de ferries ou de croisière.
Cette mobilisation, initiée par le syndicat de défense des pêcheurs corses, vise à dénoncer l’explosion du prix du carburant, jugée insoutenable dans un contexte insulaire déjà pénalisé par des coûts plus élevés qu’en France continentale.
La situation a rapidement entraîné des perturbations majeures. Des milliers de passagers sont restés bloqués en mer ou à quai, des ferries ont été immobilisés pendant plusieurs heures et un paquebot de croisière a dû renoncer à son escale pour être dérouté vers l’Italie. À Ajaccio, les navires n’ont pas pu repartir, provoquant des embouteillages et obligeant les voyageurs à trouver des solutions d’hébergement d’urgence. Ce mercredi matin, les blocages se poursuivent, notamment à Bastia et Ajaccio, où les pêcheurs maintiennent la pression et annoncent un durcissement du mouvement.
Au cœur de la colère, la flambée du gazole détaxé utilisé par la profession, dont le prix est passé en un mois d’environ 0,64 € à plus de 1,09 € le litre. Une hausse directement liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, mais que les pêcheurs jugent aggravée par un différentiel structurel avec le continent pouvant atteindre 50 centimes supplémentaires. Dans ces conditions, beaucoup estiment que la viabilité économique de leur activité est désormais menacée.
Face à la crise, les autorités ont proposé l’organisation rapide d’une table ronde afin d’analyser les mécanismes de formation des prix et d’identifier des solutions. Cette initiative a toutefois été rejetée par les représentants du mouvement, qui conditionnent toute discussion à la signature préalable d’engagements concrets. L’État exige de son côté la levée immédiate des blocages, mettant en avant les conséquences lourdes pour l’économie locale et rappelant les sanctions encourues en cas de refus d’obtempérer aux autorités portuaires.
Le conflit prend également une tournure politique. Interpellé à l’Assemblée nationale, le gouvernement est appelé à adapter les aides existantes, jugées insuffisantes pour la réalité corse. Certains élus réclament un soutien renforcé, allant jusqu’à 40 centimes par litre, dont le Député Paul André Colombani, afin de compenser les écarts de prix et préserver la filière. Parallèlement, une mission parlementaire sur le coût des carburants dans l’île est en cours.
La mobilisation pourrait encore s’élargir dans les prochaines heures. Des organisations agricoles ainsi que des acteurs du BTP ont exprimé leur soutien aux pêcheurs et envisagent de rejoindre le mouvement en l’absence de réponses jugées satisfaisantes. Dans ce contexte tendu, la journée de mercredi apparaît décisive : sans avancée rapide, la Corse s’expose à un blocage généralisé de ses activités économiques, sur fond de crise énergétique et sociale croissante. (communiqués des J.A, Mossa Paisana, sur l’article ci-dessous)
Jean Rossi

