(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, publié le 22 janvier 2026) Le communiqué établit un parallèle entre la mobilisation actuelle des agriculteurs français contre le traité Mercosur et la situation vécue par l’agriculture corse depuis quarante ans.
Alors que les paysans français dénoncent aujourd’hui une concurrence déloyale liée à des importations à bas coût ne respectant pas les normes sociales et environnementales, cette réalité est, selon l’auteur, ancienne et structurelle en Corse.
L’île subit depuis des décennies une politique d’importations massives, encouragée par l’État, qui asphyxie la production locale et empêche toute autonomie alimentaire. Cette situation s’est accompagnée d’inégalités flagrantes, notamment en matière d’aides de la Politique Agricole Commune, sans provoquer de solidarité nationale ni de mobilisation syndicale.
La crise du Mercosur révèle ainsi l’hypocrisie d’un système qui tolère les effets destructeurs du libre-échange dans les territoires périphériques, mais s’indigne lorsqu’ils menacent le cœur du système agricole français. Le texte conclut que l’enjeu dépasse le seul Mercosur : il s’agit de savoir si la Corse acceptera de poursuivre un modèle qui détruit sa souveraineté alimentaire, condition essentielle de sa survie.
Tuninu
Le communiqué : Les agriculteurs français ont manifesté contre le traité de libre-échange Mercosur.
Ils dénoncent, à juste titre, l’ouverture des frontières à des importations agricoles à bas coût, produites sans respect des normes sociales, sanitaires et environnementales. Ils parlent de concurrence déloyale, d’effondrement des prix, de disparition programmée des paysans.
Ce discours, la Corse l’entend depuis quarante ans.
Mais cette fois, il vient de France.
Car en Corse, nul besoin de traité international pour détruire une agriculture nourricière, vivante et pérenne. Depuis quatre décennies, l’île subit une politique d’importation massive organisée, tolérée, encouragée par l’Etat français et ses relais économiques. Les produits venus d’ailleurs, moins chers, standardisés, subventionnés, saturent le marché insulaire et écrasent toute tentative sérieuse d’autonomie alimentaire. La concurrence déloyale n’est pas une menace future : elle est une réalité quotidienne, ancienne et structurelle.
Pendant que l’agriculture corse étouffait, où étaient les grandes organisations agricoles françaises?
Où étaient les cortèges, les communiqués, les blocages de ports pour dénoncer la situation coloniale d’un territoire insulaire soumis aux règles du marché continental sans en avoir les moyens ni les protections ?
Quand un agriculteur français percevait 100€ de la Politique Agricole Commune, un agriculteur corse n’en recevait que 30€.
Cette injustice massive, documentée, reconnue, n’a pourtant suscité ni “solidarité nationale”, ni indignation syndicale, ni mobilisation d’ampleur. Elle fut acceptée comme un dommage collatéral, comme une anomalie périphérique, comme si la paysannerie corse pouvait disparaître sans que cela ne pose problème.
Aujourd’hui, le Mercosur menace les équilibres agricoles français. Et soudain, la colère explose. Tracteurs sur les routes, frontières symboliques, discours enflammés sur la souveraineté alimentaire.
Ce que les paysans corses vivent depuis quarante ans devient, pour les Français, un scandale…mais uniquement lorsqu’il frappe le cœur du système.
La réponse est politique. L’agriculture corse a été pensée non comme une nécessité vitale, mais comme un folklore tolérable, un supplément d’âme touristique. On a préféré importer plutôt que produire. Dépendre plutôt que construire. Consommer plutôt que transmettre.
Ce que révèle la crise du Mercosur, ce n’est pas seulement un traité injuste.
C’est l’hypocrisie d’un système qui découvre les ravages du libre-échange quand ils frappent le centre, mais les accepte sans broncher quand ils ravagent les marges.
La Corse n’a jamais bénéficié d’un protectionnisme agricole.
Elle a servi de laboratoire à ciel ouvert du dumping, de la dépendance et de l’abandon.
La question n’est donc pas de savoir s’il faut être pour ou contre le Mercosur.
La question est de savoir si la Corse continuera à accepter un modèle qui détruit sa capacité à nourrir sa population, à maintenir ses paysans, à faire vivre ses terres.
La souveraineté alimentaire n’est pas un slogan, c’est une condition de survie.
Core In Fronte

