Sous forme d’un manifeste, le FLNC annoncera sa première nuit bleue, lors d’une publication massive de tract dans la nuit du 4 au 5 mai 1976.
Cette « nuit bleue » inaugure une stratégie de violence clandestine destinée à marquer une présence nationale sur l’ensemble du territoire corse. Elle s’inscrit dans un contexte de mobilisation politique de la jeunesse et de structuration progressive d’un mouvement nationaliste radical. Les autorités, prudentes, peinent encore à mesurer l’ampleur et la portée de ce nouveau phénomène.
5 mai 1976 – La « nuit bleue » : acte fondateur du FLNC
Dans la nuit du 4 au 5 mai 1976, une série coordonnée d’une vingtaine d’attentats vise des bâtiments publics, administratifs et symboliques en Corse, ainsi que dans certains quartiers de Nice et de Marseille. Ces actions, essentiellement matérielles, marquent une rupture nette dans l’histoire du nationalisme corse : pour la première fois, une organisation clandestine revendique simultanément et publiquement une action armée d’ampleur.
Des tracts, imprimés à 20 000 exemplaires en région parisienne puis acheminés clandestinement vers l’île, sont déposés sur les lieux des explosions. Ils portent la signature d’un mouvement jusque-là inconnu : le Front de libération nationale de la Corse (FLNC). Cette nuit, rapidement baptisée « nuit bleue », constitue l’acte de naissance officiel de l’organisation.

Un tournant dans la violence politique en Corse
À Paris, les autorités minimisent d’abord la portée de l’événement, y voyant une agitation marginale. En Corse, en revanche, la perception est toute autre : cette action coordonnée signale le passage d’un nationalisme revendicatif à une stratégie de lutte armée structurée. Une étape décisive est franchie dans l’escalade de la violence clandestine.
Le manifeste diffusé ce soir-là se présente comme l’aboutissement de dix années de mobilisations nationalistes. Il affirme la volonté d’unifier les différents courants indépendantistes au sein d’un front unique et fixe un programme politique radical articulé autour de plusieurs axes : reconnaissance des droits nationaux du peuple corse, dénonciation du « colonialisme français », réforme agraire, instauration d’un pouvoir populaire et droit à l’autodétermination à l’issue d’une période transitoire.
Un discours de rupture et de confrontation
Le texte adopte un registre révolutionnaire, inspiré des mouvements de libération nationale alors actifs dans le monde. Il dresse un réquisitoire global contre l’État français, accusé d’avoir détruit l’identité, la langue, l’économie et la cohésion sociale de la Corse depuis son rattachement au XVIIIᵉ siècle. Les élites locales sont également mises en cause, décrites comme complices du système dénoncé.
L’appel final s’adresse à l’ensemble des Corses, invités à s’engager dans une lutte présentée comme existentielle, où la libération nationale est posée comme une alternative exclusive à la disparition du peuple corse.
Le témoignage d’un militant du FLNC, Pantaleon Alessandri dans son « Indépendantiste corse, Mémoire d’un franc tireur » : Le 5 mai 1976, le FLNC faisait sa première apparition sous la forme d’un tract bilingue, français et corse, distribué entre 22 heures et 23 heures à plusieurs milliers d’exemplaires dans toute l’île. Dans ce tract, outre la création du Front, nous révélions les six points de notre programme :
– Reconnaissance des droits nationaux du peuple corse.
– Destruction de tous les instruments du colonialisme français.
– Instauration d’un pouvoir populaire démocratique.
– Confiscation des grandes propriétés coloniales et des trusts touristiques.
– Réalisation de la réforme agraire (débarrasser le pays de toutes les formes d’exploitation).
– Droit à l’autodétermination après une période transitoire de trois ans.
La distribution terminée, à minuit, vingt et un attentats étaient simultanément commis à Bastia, Ajaccio, Corte, Sartène, Porto-Vecchio, Ghisonaccia, Linguizetta, Calenzana. Les cibles : perceptions des impôts, sous-préfectures, entreprises appartenant à des « colons », sociétés immobilières, infrastructures touristiques ou villa d’un colonel de la Légion8. Ce soir-là, notre distribution de tracts terminée, Guy Pancrazi et moi étions allés à la dernière séance du cinéma de Bastia et, durant tout le film, nous avions entendu des explosions et des spectateurs qui ne cessaient d’arriver. Le film fini, les lumières s’étaient rallumées sur une salle remplie de nationalistes. Tout le monde se souriait d’un air entendu ; nous avions tous eu la même idée. Le FLNC était né par une belle nuit bleue ! Je n’avais fait que tracter car, avec quelques amis, nous nous préparions déjà pour une action de plus grande envergure avec le commando spécial que nous étions en train de former. En effet, notre première allait être l’attentat contre le Fort Lacroix.

#Corse « Manifeste du 5 Mai 1976 » – Tract création du FLNC en 1976

