« Pour lui comme pour Euskal Herrian Euskaraz (EHE), la désobéissance civile est devenue un choix politique assumé ».

(Corsicainfurmazione.org, Lutte internationale, Unità Naziunale, Publié le 29 décembre 2025) Justice française contre euskara : chronologie d’une répression linguistique au tribunal de Bayonne contre le militant basque Gorka Torre et ses amis.

Depuis 2024, le tribunal judiciaire de Bayonne est devenu l’un des théâtres les plus visibles de la confrontation entre l’État français et les défenseurs de la langue basque. Au centre de cette confrontation : Gorka Torre, militant d’Euskal Herrian Euskaraz (EHE), poursuivi à plusieurs reprises pour des actions symboliques en faveur de l’euskara et systématiquement empêché de s’exprimer dans sa langue devant la justice.

Derrière des condamnations pour « dégradations légères de biens publics », c’est une question politique et démocratique fondamentale qui est posée : une justice peut-elle se prétendre équitable lorsqu’elle interdit l’usage de la langue basque sur son propre territoire ?

26 mars 2024 : « Arratsalde on, parlez-vous la langue basque ? »

Le 26 mars 2024, Gorka Torre comparaît devant le tribunal judiciaire de Bayonne pour des dégradations légères de biens publics liées à des actions menées en Basse-Navarre en faveur de la langue basque, ainsi que pour refus de prélèvement biologique et de prise d’empreintes.

Dès l’ouverture de l’audience, il s’avance à la barre et s’adresse à la juge en euskara :
« Arratsalde on, parlez-vous la langue basque ? »

La réponse est négative. La cour lui rappelle alors son « obligation » de déclarer en français. Face à ce refus catégorique, Gorka Torre quitte la salle d’audience. Le procès se poursuit sans lui.

Ce premier épisode marque le début d’un bras de fer assumé : le militant refuse de reconnaître la légitimité d’un procès qui interdit l’usage de la langue basque au Pays Basque.

27 août 2024 : une lettre ouverte contre une justice “juge et partie”

À la veille de son second procès, Gorka Torre adresse une lettre ouverte aux juges, dans laquelle il expose clairement sa position. Il y dénonce une justice qui, selon lui, est à la fois juge et partie dans les affaires liées à la langue basque.

Il y conteste point par point les arguments du parquet :

  • La maîtrise du français ne justifie pas l’interdiction de l’euskara.
  • L’argument de la traduction est fallacieux : ce sont les magistrats monolingues qui rallongent l’audience, non les bascophones.
  • Si la Constitution interdit l’usage du basque, alors cette Constitution est, selon ses mots, « injuste, inhumaine et linguicide ».

Il y affirme enfin que les juges ont un devoir éthique de désobéissance face à une loi qui opprime la langue basque.

10 septembre 2024 : la répétition du mépris

Le 10 septembre 2024, Gorka Torre est de nouveau jugé à Bayonne pour des inscriptions en faveur de l’euskara sur la sous-préfecture de Bayonne, le retrait de panneaux de signalisation en français dans plusieurs communes de Basse-Navarre, et des actions symboliques menées au nom de l’UNESCO.

Comme en mars, il demande à s’exprimer en basque. Comme en mars, le tribunal refuse. Comme en mars, il quitte la salle.

La justice prononce des condamnations financières qui, cumulées, atteignent 3 268 euros d’amendes. Le collectif Euskal Herrian Euskaraz annonce immédiatement qu’il refuse de payer, sous le mot d’ordre : « Insoumission à l’oppression de l’euskara et solidarité face à la répression ».

3 décembre 2024 : la justice interpellée sur ses propres murs

Le 3 décembre 2024, Gorka Torre et Intza Gurrutxaga inscrivent sur la façade du palais de justice de Bayonne :
« Justice pour l’euskara ».

Un acte hautement symbolique : puisque la justice refuse d’entendre le basque à l’intérieur, le message est inscrit à l’extérieur.

11 avril 2025 : un procès évacué par la police

Le 11 avril 2025, les deux militants comparaissent pour ces faits. Une cinquantaine de personnes sont présentes pour les soutenir. Comme à chaque audience, ils demandent à s’exprimer en euskara. Le refus est immédiat.

Le ton monte entre Gorka Torre et la présidente du tribunal. Le public réagit. La tension devient telle que la magistrate ordonne l’évacuation complète de la salle d’audience par les forces de l’ordre.

Escortés par la police, Gorka Torre et Intza Gurrutxaga quittent le tribunal sous les cris de : « Euskal Herrian euskaraz ! »

Les condamnations tombent :

  • 1 000 euros d’amende ferme pour Gorka Torre
  • 500 euros avec sursis pour Intza Gurrutxaga

Juillet 2025 : la désobéissance assumée

Le 24 juillet 2025, Gorka Torre publie une vidéo dans laquelle il déchire et lacère la notification du jugement du 11 avril. Il refuse publiquement de payer l’amende.

Il y dénonce un procès dans lequel :

  • les accusés n’ont pas pu s’exprimer dans leur langue,
  • les droits de la défense n’ont pas été respectés
  • la justice s’est comportée comme un instrument de répression linguistique.

Pour lui comme pour EHE, la désobéissance civile est devenue un choix politique assumé.

Au-delà des procès : une politique linguistique dénoncée

Ces procès s’inscrivent dans un contexte plus large de dénonciation du recul de l’État français en matière de politique linguistique. En septembre, des militants d’EHE taguent le mur du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques : « Nous voulons vivre en euskara ».

Ils dénoncent :

  • la faiblesse des financements accordés à l’Office public de la langue basque,
  • la baisse des aides à l’Institut culturel basque,
  • le traitement des bascophones comme des citoyens de seconde zone.
  • Une question politique centrale

À travers les procès de Gorka Torre, ce n’est pas seulement un militant qui est jugé, mais la place des langues territoriales dans la République française. En refusant toute interprétation dès lors qu’un accusé maîtrise le français, la justice française affirme une vision strictement monolingue de l’État, en contradiction avec les recommandations européennes et avec la réalité sociolinguistique du Pays Basque.

Face à cela, les militants euskaltzale répondent par la désobéissance, la visibilité et la confrontation directe. Le message est clair : sans justice pour l’euskara, il n’y aura pas de paix linguistique.

2026 procès « Euskaraz bizi nahi dugu »

Le 5 février 2026, quatre membres du mouvement Euskal Herrian Euskaraz seront jugés au tribunal de Baiona pour avoir peint, le 27 septembre 2025, sur le mur du bâtiment du Département : « Euskaraz bizi nahi dugu ».

Un message simple, légitime, profondément démocratique. Et pourtant criminalisé.

Tuninu

. . A l'accorta annant'à Google Infurmazione For Latest Updates Follow us on Google News Nos dernière informations sur Google Actus

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